ACTION DU FROID
glycérine à O», évaporalion de l’éther et de sulfure de carbone, le résultat final est identique, c’est toujours l’anesthésie qu’on observe. Cette anesthésie, ainsi qu’Horvath (1) l’a fait remarquer, porte d’abord sur la sensibilité à la douleur. La sensibilité tactile n’est atteinte que secondairement. J’ai souvent eu l’occasion de constater ce fait chez une malade à qui je fis pendant longtemps des injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine pour apaiser les doulçurs d’un mal de Pott. Par hyperesthésie ou pusillanimité, elle ne pouvait tolérer la petite douleur de la piqûre de l’aiguille. Afin de la lui éviter, j’anesthésiais la région avec la glace ou la vaporisation de l’éther. Elle sentait très-bien la piqûre, mais c’était une sensation de contact et non une douleur. La pénétration de la morphine dans le tissu cellulaire était quelquefois douloureuse, mais si on avait soin de prolonger la réfrigération, aucune sensation douloureuse n’était perçue.
En somme, s’il est facile de produire l’anesthésie superficielle de la peau, il est assez difficile de rendre une région profonde tout à fait insensible. L’expérience de chaque jour est là pour en témoigner.
Tout récemment, Letamendi (2)' a annoncé qu’on facilitait l’apparition de la zone anesthésique en faisant avec le bistouri une incision superficielle. Selon le chirurgien de Barcelone, on devrait se guider d’après la présence d’une zone anémique blanchâtre qui serait l’indice d'une anesthésie locale complète. Cette indication n’est pas nou-
(1) Centralblatt, 1873, n» 14.
(2) Arch. de physiologie norm. et pathoL, 1875, p. 769.
SUR LA DOULEUR. i21
velle, et quant au procédé de Tincision, s^il est nouveau» au moins il est bizarre et inapplicable. Pour notre part, nous préférerions le procédé indiqué par Horand (1) qui, s’il voit l’anesthésie tarder, touche la région en'expérience avec un petit morceau de glace. Immédiatement la zone anémique et anesthésique se produit.
Ainsi que nous l’avons dit plus haut, l’éther et le sulfure de carbone en se volatilisant agissent un peu par leurs propriétés chimiques et beaucoup par leurs propriétés physiques. C’est surtout par le froid produit qu’ils sont anesthésiques et les effets sensitifs qu’on perçoit sont identiques aux effets de la glace et d’up mélange réfrigérant. C’est d’abord une sensation très-vive de froid qui va peu à peu en se transformant, et qui ne tarde pas à devenir une sorte de pesanteur douloureuse qui devient ellemême une cuisson et une sensation de brûlure. Mais si la source de froid est à une très-basse température, la première sensation est une sensation de brûlure. Én effet son action étant identique à celle de la chaleur et produisant la désorganisation du nerf de la même manière, il ne peut y avoir de sensation différente.
Si, au lieu d’être étendue sur une large surface, la sensation est localisée en un point, ce sera moins le sentiment de brûlure qu’un sentiment de coupui’e et de déchirure. C’est ce que j’ai éprouvé moi-même en dirigeant maladroitement un jet d’éther sur mon doigt. J’éprouvai une douleur aussi vive que si j’avais reçu un coup de bistouri. Du reste, au point touché ainsi par le jet d’é-
(1) Journ. de méd. de Lyon, 1867, et Areh, de physiol., 1876, pi 17Î.
Richet.