‹ Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilitéChapitre 59 sur 132 · SUR LES NERFS SENSITIFS · texte numérisé non relu

SUR LES NERFS SENSITIFS

est-il que le froid calme les douleurs inflammatoires. Mais si la température est trop basse, au moment où on cesse l’application du froid, la réaction est très-vive, et la douleur revient plus intense qu’auparavant. Aussi faut il manier cet agent calmant avec beaucoup de prudence.

Chez l’homme et les animaux à sang chaud, la chaleur locale appliquée localement produit l’hyperesthésie, et pour que la chaleur soit anesthésique il faut que les tissus soient détruits. Chez les batraciens il en est ainsi. Claude Bernard a démontré (1) qu’en plongeant une grenouille dans de l’eau à 37 ou 38 degrés centigrades, l’anesthésie était complète. Cette anesthésie lui a semblé liée à un commencement d’asphyxie ; mais ce n’est pas une anesthésie locale, c’est une anesthésie générale, et pour que la chaleur puisse anesthésier les pattes d’une grenouille séparées de la circulation générale, il faut que la température soit à plus de 40 degrés, c’est-à-dire assez élevée pour détruire les tissus. Ayant préparé une grenouille de manière que sa patte ne soit reliée au corps que par le nerf sciatique, j’ai rendu cette patte complètement anesthésique en la plongeant dans de l’eau à 40”,2. La sensibilité ne reparut pas plus dans le nerf que les mouvements dans ie muscle. Il y avait mort par la chaleur des éléments nerveux et musculaires.

Le froid entre les mains des chirurgiens peut produire l’anesthésie ; il doit donc aussi dans des cas exceptionnels pouvoirproduire l’anesthésie accidentellement. Je ne parle pas des cas de congélation complète des membres : la destruction des tissus par le froid les rend naturellement insensibles ; je dis seulement que le froid, en agissant sur i (1) Leçons sur les anesthésiques, p. 92.

Page 1