PARALYSIES
radial. Le froid avait épuisé déjà son action et détruit l’excitabilité du nerf (1).
Au point de vue de l’anesthésie, il est rare que les paralysies du radial par le froid amènent une anesthésie cutanée complète. La plupart du temps, il est vrai, on a signalé quelques légers troubles de la sensibilité; mais qui vont rarement jusque à l’insensibilité absolue. La cause en est peut-être dans l’existence de la sensibilité récurrente. Si le nerf radial ne peut plus transmettre les impressions sensitives de la périphérie, l’excitation peut arriver aux centres par le médian et le cubital intacts, qui par leurs fibres anastomotiques vont donner la sensibilité aux régions que le radial anime principalement.
M. Panas a soutenu que la paralysie du nerf n’était pas produite par le froid, et que la cause était toujours la compression. Il y a un certain degré de vérité dans cette assertion, et il est manifeste que, dans plusieurs cas, on a attribué au froid une influence qu’il n’avait pas, la compression pouvant être plus vraisemblablement invoquée comme cause déterminante. Cependant il est impossible d’admettre l’opinion de M. Panas, laquelle est beaucoup trop exclusive; car dans un grand nombre d’observations, il n’y a eu aucune compression, et le froid paraît avoir agi seul (2).
(t) Voir sur les paralysies du radial a frigore :
Ducheime de Boulogne. Recherches sur les paralysies du membre supérieur (Arch. gén. de méd., 1850, t. XXII, p. 34). De Vélectrisation localisée, 30 édit., p. 700. Revillout. Gaz. des hop., 1870. Panas. Paralysie réputée rhumatismale du nerf radial (Arch. gén. de méd., juin 1873). Onimus et Legros. Traité d'électricité médicale. Vulpian. Bull, de la Société de biologie, 1873, p. 115. Chapoy. Th. inaug. Paris, 1874, p. 43 et suiv.
(2) Landry. Des principales variétés des paralysies de l’avant-bras. Th. inaug. Paris, 1876, p. 16. — Duchenne de Boulogne. Loc. cit., passim.
DU NERF RADIAL.
Comment le froid agit-il ? et pourquoi agit-il? C’est là
un point très-obscur. La position superficielle du radial est loin d’être une explication suffisante. D’ailleurs la plupart du temps le froid est loin d’avoir été intense. C’est 1 impression rapide d’un courant d’air, le contact avec des linges mouillés, etc., toutes causes dont l’action a été peu prolongée et peu violente.
Èst-ce par l’action du froid sur le nerf mênré?
Est-ce, comme le pense Brown-Séquard (1) par une impression sensitive réflexe dont le point de départ serait la peau frappée par le froid? Cette impression transmise par le nerf radial irait se répercuter sur ce nerf même, en paralysant sa puissance motrice? Pour Vulpian, le nerf radial étant sensible dans tous ses points, il n’y aurait pas
d’altération fonctionnelle du tronc nerveux lui même, et
ce serait dans les communications nerveuses motrices du nerf avec le musde, comme dans les cas de paralysie déterminée par le curare, que siégerait l’altération. Selon Weir Mitchell (2) le froid déterminerait une congestion du nerf.
L’argument fourni par la conservation de la sensibilité ne semble pas suffisant, car d’après ce que nous avons vu pour la sensibilité récurrente, le bout périphérique coupé d’un nerf du hras est presque aussi sensible que son bout central. D’ailleurs la paralysie des plaques motrices des muscles est tout aussi difficile, sinon plus difficile à expliquer quela paralysie dunerf lui-même. Enfin, très-souvent, dans la paralysie radiale afrigore, on observe de l’engourdissement et des fourmillements.
(1) Leçons sur le traitement et le diagnostic des principales formes de paralysie. Trad. franç. Paris, 1864,
(2) Loc. cit., p. 62.
j28 ACTION BU FROID
Un fait que j’ai remarqué quelquefois sur moi semblerait prouver que l’influence du froid ne porte pas sur la périphérie, mais sur le tronc du nerf. Trois ou quatre fois, en sortant d’une chambre chaude pour rester exposé quelque temps à l'air froid, j’ai ressenti dans les deux mains des fourmillements assez incommodes siégeant au pouce et à l’index: en même temps la sensibilité était très-engourdie, au moins superficiellement : ces sensations, qu on ne peut guère attribuer qu’à une sorte d’hyperesthésie du radial, persistaient une heure ou deux, puis cessaient tout à fait. Est-il possible de les attribuer à l’action directe du froid sur la peau, et n’est-il pas infiniment plus probable que le nerf radial de chaque côté a été plus ou moins impressionné ?
Il y a un fait qui doit mettre sur la voie de la cause immédiate des paralysies du radial, c’est que, de tous les nerfs sensitifs de l’organisme, c estle seul ou à peu près le seul qui se paralyse ainsi isolément, de même que parmi les nerfs moteurs le nerf facial est le seul qui, en dehors de toute cause centrale, puisse se paralyser par l’action du froid. Or, si le radial est placé assez près de la peau, il n’en est pas ainsi du facial; et pourtant, parleur étiologie, par leur indolence, par la forme des phénomènes, les paralysies de ces deux nerfs ont une frappante analogie. D’ailleurs combien de nerfs sont placés plus superficiellement que le nerf radial, le cubital, par exemple, qui est atteint bien rarement de paralysies isolées, le sciatique poplité externe, etc., tandis que le nerf radial et le nerf de la vii“ paire, ont l’un et l’autre une disposition anatomique spéciale qui explique l’action du froid.
En effet ils sont l’un et l’autre enfermés dans une sorte