‹ Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilitéChapitre 65 sur 132 · EXPÉRIENCES SUR UA · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES SUR UA

cochon d’Inde. L’élévation de la température hâtait la mort du nerf. La section des cordons postérieurs semblait au contraire la ralentir : Brown Séquard a même remarqué que quand la sensibilité paraissait éteinte, il suffisait de sectionner les cordons postérieurs pour la faire reparaître, ce qui montre que si la sensibilité paraît abolie, c’est que la sensation n’est pas assez forte pour exciter le èensorium commune, mais qu’en rendant cette sensation plus forte, elle peut devenir perceptible.

Neumann (2) a essayé de déterminer aussi la durée de la mort du nerf sensitif par anhémie. Mais il en a seulement conclu que la température extérieure jouait un très-grand jtôle pour la rapidité de cette disparition, et que, à mesure que le nerf mourait, la sensibilité aux couramts d’induction diminuait, la sensibilité aux courants de pile restant à peu près stationnaire. D’ailleurs il n’a fait qu’un petit nombre d’expériences.

Plus récemment, Claude Bernard, dans son rapport sur les progrès de la physiologie en France (2), a magistralement exposé la différence qui existe, suivant lui, entre la mort du nerf sensitif et celle du nerf moteur. Le nerf sensitif meurt physiologiquement par la moelle, comme le nerf moteur parlapériphérie. « Le nerf sensitif, dit-il, reste sensible indéfiniment au-dessus de la ligature des vaisseaux, et il en serait de même au-dessous, si la circulation des liquides pouvait empêcher l’altération locale de la fibre nerveuse... celle-ci n’est pas une mort physiologique.

(1) De la -perte de Virritahilité dans les nerfs et dans les muscles {Arch. de Reichert, 1864, p, 554).

(2) P. 24 et Appendice, p. 165 et suiv.

mort nu NERF SENSITIF.

Dans l’anémie nerveuse centrale, le nerf sensitif meurt physiologiquement en perdant graduellement ses propriétés, de la périphérie au centre, de son extrémité passive périphérique vers son extrémité active centrale. »

Il est certain que la mort du nerf par l’altération de la substance nerveuse n’est pas identique à la mort de la sensibilité qui survient par la destruction de la moelle ; mais il n’en était pas moins important de rechercher les

conditions de cette mort locale. C’est ce que j’ai cherche a

faire, et je crois utile de donner ici le résultat de mes expériences, et la méthode que j’ai employée (1).

J’ai fait ces expériences au Collège de France dans le laboratoire de mon savant et excellent maître, le professeur Marey. C’était par une température moyenne de 10 à 16 degrés centigrades , sur des grenouilles généralement petites et assez chétives. Le fait est important à noter, car Faivre (2)‘dit que les réactions des grenouilles sont différentes selon qu’elles sont grosses ou petites, et Harless (3) prétend qu’il n’y a jamais deux grenouilles réagissant de la même façon à l’électricite et aux substances toxiques.

Afin d’éviter un afflux sanguin quelconque, si leger qu’il fût, parla voie des circulations collatérales, je faisais la section de toute la cuisse, en ne conservant que le nerf sciatique que je garantissais contre la dessiccation.

Comme il est assez difficile ’^de savoir d’une manière

(1) J’ai présenté sur ce sujet une note à la Soc. de biologie ; voir aussi la Gaz. des hôp. et la Gaz. mêd., juin 1876.

(2) Bull, de la Soc. de biologie, 1858, p. 126.

(S) Jetions moléculaires dans la substance nerveuse {Mém. de l Acaa. royale delBavière, 1858, p. 66.

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exacte si une grenouille sent ou ne sent pas, j^ai pensé à rendre manifeste par une contraction musculaire énergique la L’,oindre sensation perçue. Pour cela, âu moment où je supposais la sensibilité sur le point'de s’éteindre dans la patte anhémiée, j’empoisonnais la grenouille avec une dose légère de strychnine. Cette substance, comme on le sait, surexcite la moelle épinière au point que la plus faible impulsion périphérique devient le point de départ d’un tétanos réflexe généralisé.

Il est vrai d’ajouter que les impressions sensitives ne donnent pas lieu à ce réflexe, que la sensibilité à la chaleur ne produit pas de contraction tétanique, et que la sensibilité tactile de la peau paraît avoir sur cette production de réflexes une influence prédominante. Toutefois, Texcitation électrique même très-faible suffit pouî-mettre enjeu l’activité des cellules de la moelle. Comme d’autre part, il est avéré que la sensibilité électrique est la dernière qui persiste, cette contraction de la grenouille strychnisée sous l’influence de l’excitation électrique est un précieux réactif qui nous fait bien connaître l’état de la sensibilité.

On pourrait objecter encore qu’en intoxiquant ainsi des grenouilles, je me mets en dehors des conditions physiologiques normales, et que, par cela même qu’elles sont empoisonnées, elles doivent réagir différemment des grenouilles non empoisonnées. L’objection ne me paraît pas fondée. En effet, le membre anhémié ne recevant pas de poison, les terminaisons périphériques du nerf sensitif ne sont en rien altérées ; quant à ses terminaisons centrales, elles le sont évidemment, mais cela importe peu, puisque je n’emploie la strychnine qu’afin de savoir si le

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