‹ Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilitéChapitre 7 sur 132 · DE DA PAIRE NERVEUSE · texte numérisé non relu

DE DA PAIRE NERVEUSE

faut prendre de jeunes chiens vivaces, bien portants, d'une race robuste, préparés par une alimentation convenable et un repas copieux.

Dans ces conditions on trouve que la racine postérieure est très-sensible, et que la racine antérieure l’est aussi, quoique beaucoup moins. Si on éthérisé légèrement l’ani-^ mal, la sensibilité récurrente disparaît la première, puis celle de la peau^puis celle des racines postérieures. A mesure que les effets de l’éthérisation se dissipent, la sensibilité revient, mais dans l’ordre inverse ; c’est la sensiblité des racines antérieures qui reparaît la dernière.

Le fait fondamental c’est que la section de la racine postérieure fait immédiatement disparaître la sensibilité delà racine antérieure correspondante, et qu’en explorant la racine antérieure on trouve le bout central insensible, tandis que le bout périphérique a conservé sa sensibilité. La conclusion qu’il faut en tirer est très-simple. Les racines postérieures sont primitivement sensitives, comme les racines antérieures sont motrices, mais un certain nombre de filets sensitifs, après s’être dirigés vers la périphérie, reviennent aux centres nerveux, etau lieu de repasser par le tronc postérieur, repassent par le tronc antérieur, auquel ils communiquent une certaine sensibilité très-bien nommée sensibilité récurrente.

C’est pourquoi tous les physiologistes sont convenus d’appeler paire nerveuse les deux racines rachidiennes se correspondant anatomiquement et physiologiquement : la racine antérieure recevant le sentiment de la racine postérieure qui lui est contiguë. Pour les nerfs rachidiens r en n’est plus facile à déterminer, mais pour les nerfs crâniens il y a«ncore beaucoup d’incertitude à cet égard,

DANS tA SÉRIE ANIMALE. 19

et les expériences contradictoires de Longet, de Cl. Bernard, de Brown-Séquard et de Schifif n’ont pas encore donné des fait« en dehors de toute contestation. D’ailleurs, comme nous ne traitons pas ici des nerfs sensitifs, mais de la sensibilité, nous laisserons cette discussion de côté, et nous dirons seulement que parmi les nerfs crâniens, il en est de moteurs, il en est de sensitifs, mais que presque tous les nerfs moteurs crâniens sont aussi sensibles, soit dès leur origine, soit après avoir reçu des filets récurrents sensitifs du nerf sensitif correspondant. \

Les données physiologiques, si peu précises et si peu nombreuses que nous avons sur les fonctions nerveuses des invertébrés, ne permettent pas d’établir d’assimilation utile entre le système rachidien des vertébrés, et la chaîne ganglionnaire des articulés et des mollusques. Newport (1), Longet (2), Grant (3) et Valentin (4) avaient cru reconnaître une différencé entre les faisceaux dorsaux et les faisceaux sternaux de la chaîne ganglionnaire. Pour Newport notamment, qui a fait sur ce sujet les premières et les plus intéressantes expériences, les faisceaux dorsaux seraient les représentants des cordons antérieurs, et les faisceaux sternaux des cordons postérieurs, justifiant ainsi la brillante hypothèse de Geoffroy Saint-Hilaire sur le renversement des articulés. Mais d’autres physiologistes, entre autres Milne Edwards (5), Gersin (6) et Vul-

(1) Philosophîcal transactions, 1834, p. 407.

(2) Anatomie et physiologie du système nerveux, t. II, p. 662.

(3) The Lancet, juillet 1834. ^

(4) De functionibus nervorum cerébralium et nervi sympathici. Berne, 1849, p. 7 et suiv.

(5) Hist. natur, des crustacés, 1.1, p. 149.

(6) Recherches sur les fonctions du système nerveux dans les animaux articulés (Bull, de la Société vaudoise des sciences naturelles, 1857, t. V).

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pian (1) ont infirmé ces expériences. D’un autre côté, plus récemment, Faivre (2) a trouvé sur des insectes que la surface supérieure des ganglions prothoraciques et thoraciquesétait motrice, et la surface inférieure sensitive, chacune de ces deux parties donnant naissance à des nerfs de fonctions différentes. On le voit, rien n’est moins connu que la sensibilité et la motricité des nerfs chez les insectes : quant aux mollusques, nous n’avons rien de précis à en dire.

Pour ce qui concerne les vertébrés, la sensibilité récurrente n’existe guère que chez les mammifères, car ch,|z les poissons, Wagner (3), Stannius (4) et A. Moreau (5) n’en

ont pas trouvé de traces, Vulpian (6) ne l’a pu constater chez les oiseaux et Muller (7) ne l’a jamais rencontrée chez les batraciens.

Aussi pouvons-nous dire que la découverte de la sensibilité récurrente, tout en ayant un certain intérêt, et en expliquant assez bien les apparentes irrégularités qui avaient tant embarrassé Magendie et Longet n’est pas un des faits les plus importants de la physiologie générale du système nerveux. Mais plus récemment un nouveau

(1) Leçons sur le système nerveux, p. 44 et suiv.

(2) Recherches expérimentales sur la sensibilité et Vexcitabilité dans les différentes parties du système nerveux des dytiques (Comptes-rendus de l’Académie des sciences, 1863, t. LVI, p. 472; Recherches sur le ganglion frontal (Revue des cours scientifiques, 1876).

(3) Handwôrterbueh der Physiologie, t. III, p. 363.

(4) Pas peripherische nervensystem der Fische, p. 114.

(5) De la distinction anatomique et physiologique des nerfs du sentiment et du mouvement chez les poissons (Bullet. de la Société de biologie, 1860, 2“ série, t. III, p. 159, et .Inn. des sciences natur., 4® série, t. XXIII, p. 380).

(6) Loc, cit., p. 153.

(7) Loe. cit.

récurrente rachidienne.

fait qui avait passé inaperçu est venu étendre au delà des étroites limites où elle semblait confinée la récurrence de la sensibilité.

Les physiologistes qui se sont occupés de cette question n’avaient guère cherché à déterminer exactement le point où dans le nerf mixte se fait la récurrence des fibres sensitives. Longet (1) avait vu que cette récurrence se faisait tout près du ganglion; Browm-Séquard (2) n’admettait pas que la douleur fût produite par le seul pincement de la racine antérieure, selon lui le pincement de cette racine provoque une contraction musculaire spasmodique, et c’est ce spasme, cette crampe, qui est douloureuse par la compression des nerfs sensitifs intra-musculaires. CL Bernard, après avoir coupé des nerfs mixtes, a trouvé la racine antérieure insensible, et il en a conclu que la récurrence se faisait probablement à la périphérie, mais qu’en tout cas la communication des propriétés de la racine postérieure à la racine antérieure est spéciale et n’établit la solidarité physiologique qu’entre les deux racines correspondantes de la même paire. Ailleurs (4) il revient sur le même sujet et reconnaît que le retour de la sensibilité se fait plus loin que dans les plexus, et qu on retrouverait la sensibilité récurrente dans tous les nerfs qui s’anastomosent entre eux, et principalement dans les nerfs crâniens. D’ailleurs Philipeaux et Vulpian (5) ont constaté directement que le bout périphérique^ de l’hypoglosse est sensible après sa section, ce qui s explique à

(1) Loe. cit. et Traité de physiologie, t. III, ?. 09, 3'^ édit.

(2) Comptes-rendus de la Société de biole U, II, P* tli.

(3) Loc. cit. 1.1, p. 28.

(4) Lûc. cit., t. II, p. 460.

(5) Me'm. de la Soc. de biologie, 1859, p. 384.

merveille par les nombreuses anastomoses de ce nerf avec les troncs sensitifs crâniens ou rachidiens. Enfin je mentionnerai encore l’opinion de Gubler (1), sur les cellules sous-cutanées placées à la périphérie, identiques aux cellules grises de la moelle et transformant le courant sensitif en courant moteur, et réciproquement.

Ainsi jusque en 1867, on regardait la sensibilité récurrente comme dépendant, d’une part, des anastomoses anatomiques pour les nerfs crâniens, d’autre part, pour les nerfs rachidiens des anastomoses siégeant probablementà la périphérie, mais ne dépassant pas les limites de la paire nerveuse qui constitue une unité physiologique.

C’est avec un juste sentiment d’orgueil filial que je rappellerai ici l’histoire des faits qui ont permis à mon père de généraliser la récurrence de la sensibilité, de façon à établir d’une manière irréfutable qu’il existe entre les nerfs appartenant même à des paires nerveuses différentes, des anastomoses plus ou moins visibles, mais en tout cas donnant au tronc périphérique une sensibilité évidente.

En 1864 Laugier vint annoncer à l’Académie des sciences qu’il avait, dans un cas de section complète du médian par un corps tranchant, affronté les deux bouts du nerf et que la réunion s’était faite par première intention : le soir même la sensibilité de la main dans la g^ihère d’innervation du médian avait reparu (2). Le fait de Laugier étonna beaucoup les physiologistes et certains auteurs, en particulier Vulpian (3), élevèrent quelques doutes sur

(1) Ga«. méd. dePœris, 1859, p, 628, et BuUet.de la Soc. debiologie,i859.

(2) Bullet. de la Soc. de chirurgie, juin 1864. Un caa analogue avait été vu par Nélaton et sommairement publié.

(3) Loc. cit., p. 268.

FERIPHÉRIQÜE.

son authenticité. Mais en novembre i867 (1), mon père eut l’occasion de voir une malade ayant aussi le nerf médian complètement sectionné. Avant de tenter la suture, il voulut s’assurer des propriétés du nerf, et il vit avec étonnement que le bout périphérique du nerf jnédian était extrêmement sensible, et que, dans la main, quoique le tronc du nerf fût complètement sectionné, il n’y avait nulle part d’analgésie ni d’anesthésie. Depuis, des observations assez nombreuses sont venues confirmer ce premier fait (2) pour le rendre absolument incontestable.

Ainsi, à partir de ce moment (3), la question de la sensibilité récurrente prenait une tout autre face. Au lieu de considérer seulement les racines rachidiennes, on songeait aux troncs nerveux eux-mêmes ; ce qui est vrai pour

(1) Union méd., 1867, t. II, p. 270 et 444*

(2) Létiévant. Traité dea sections nerveuses. Paris, 1872.

Filhol. De la sensibilité récurrente dans la main. Thèse inaugurale. Paris, 1874.

A. Richet. JournalVEcole de médecine, 1874 {Comptes-rendus de VAcad. des sciences, 1875, t. LXXXI, p. 217, et Journal d’anatomie et de la physiologie, 1875, XI, p. 549.

Cartaz. Th. inaugur. Paris, 1876.

Paulet. Union méd., mars 1868.

Weir Mitchell. Traité dea sections des nerfs. Trad. franç., 1874.

(3) Le fait de Létiévant, malgré les prétentious mal dissimulées de l’auteur à la priorité, est bien postérieur, puisque observé le 22 décembre 1867, c’est-à-dire un mois après la publication de l’observation de mon père, il ne fut publié qu’en décembre 1868 dans le Bulletin de la Soc. de chirurgie. Au demeurant, le hvre de Létiévant est fort intéressant et mérite d’être consulté. Çartaz (Th. inaug., p. 11, Paris, 1875) dit, sans qu’on puisse guère comprendre le sens de ses paroles : < M. Richet n’apportait qu’uilB hypothèse. > Il est cependant dit dans la même thèse que le fait de M. Richet était un fait bien observé. U est au moins étrange qu’un fait bien observé ne soit qu’une hypothèse.

les nerfs purement moteurs, devenait aussi vrai pour les nerfs mixtes- Le bout périphérique des nerfs mixtes est sensible à cause des anastomoses périphériques, et il estimpossible d’éteindre la sensibilité d’une région par la section d’un seul tronc nerveux. Guidés par les observations chirurgicales que nous venons de rapporter plus haut, Arloing et Tripier ont fait, pour vérifier sur les animaux las faits observés sur l’homme, une nombreuse série d’expériences qui leur ont donné les résultats les plus concluants.

Comme ces expériences sont très-importantes dans i’étude de la sensibilité, nous allons rapidement en exposer les résultats. Chez les chiens et les chats il est impossible de détruire la sensibilité d’un des doigts de la patte par la section isolée d’un des troncs nerveux. Si, au lieu de couper un gros tronc, on coupe un nerf plus éloigné des centres, par exemple, un des nerfs collatéraux des doigts, la sensibilité n’est en rien modifiée, quel que soit le ne/f que l’on coupe; mais si on coupe les quatre nerfs^ collatéraux de ce doigt, il devient insensible, la membrane interdigitale restant sensible. Que si on laisse intact un seul des nerfs collatéraux, la sensibilité de l’index est conservée (1).

Il était intéressant de rechercher la sensibilité du bout périphérique des nerfs coupés : c’est ce qu’ont fait Arloing et Tripier, et ils ont obtenu un résultat paradoxal en apparence, et cependant très-explicable. Si on fait la section nerveuse au-dessus du coude, le bout périphérique du nerf coupé est à peu près insensible. Il n’en est pas de

(1) Archives de physiologie rendus de l'Acad. des sciences,

normale et pathologique, 1869 (Comptes- 1868, Archives de physiologie, 1876, p. 11

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