‹ Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilitéChapitre 83 sur 132 · Q2 DE KA PERSISTANCE · texte numérisé non relu

Q2 DE KA PERSISTANCE

faitement avec les propositions précédentes qu’elle complète et justifie en les éclairant.

La persistance d'une excitation dans les centres nerveux a

une durée proportionnelle à l'intensité de cette excitation.

Cette loi qui règle le phénomène de l’addition dans les centres nerveux ne s’applique probablement pas au phénomène de la fusion; mais on peut la vérifier pour les phénomènes d’addition musculaire. J’ai pensé que le phénomène serait plus net si au lieu de prendre des excitations isolées, je prenais des excitations multiples formant des groupes séparés par un certain intervalle, et composes d'un nombre égal d’excitations isolées; la disposition précédemment indiquée du métronome et de l’électroaimant m’a servi à cet effet.

La fig. 12 nous donne la démonstration de ce phénomène musculaire. Les lignes e’, m’ se correspondent de telle sorte que les interruptions de e’ ont produit les contractions fusionnées de la ligne m\ Après chaque contraction fusionnée, le muscle a repris la forme primitive et est revenu à la ligne m’. Dans ce cas, l’excitation étant faible, la fusion était com.plète pour les groupes d’excitation de la ligne e’. Mais il n’y avait pas d’addition pour les groupes envisagés séparément : au contraire, pour les excitations marquées à la ligne e’ à laquelle répondent les lignes m’, l’intensité du courant étant plus forte, la persistance d’action était plus longue et le muscle ne revenait que lentement à sa force primitive. Donc, outre les fusions des excitations de chaque groupe, il y a par suite de l’intensité de l’excitation, addition des grou-

CONCUSIONS 193 pes, de telle sorte qu’après chaque période excitatrice, pour des courants forts, il y a persistance d’action, quand

avec des courants faibles, toutes choses égales d’ailleurs,il n’y apas persistance d action.

Il me semble donc

évidentque pour le muscle comme pour les centres nerveux, la persistance d’une excitation est proportionnelle a l’intensité de cette excitation.

Ainsi tous ces faits s’éclairent l’un pari autre et s’enchaînent de telle sorte que l’on ne saurait les séparer. La conclusion générale est que .pour les centres nerveux, comme pour

P) La ligne des excitations e répond à la courbe myogragrapbique m. La ligne e’ répond à m’. Bnm, par suite de la persistance d’action, le muscle ne revient pas à sa forme primitive.

Richet. 25

CONCLUSIONS

les muscles, il y a identité dans la forme de la fonction. Si l’on pouvait traduire par un graphique les phénomènes du sentiment, on aurait des courbes analogues aux courbes de la contraction musculaire avec des secousses simples, des tétanos incomplets par addition, des tétanos complets par fusion.

Sinouspouvionsprendre une comparaison vulgaire,nous dirions que l’excitation d’un nerf est semblable au passage d’un courant électrique dans un fil métallique, tandis que l’excitation des centres serait comparable aux vibrations d’une cloche qui continue à résonner longtemps après qu’elle a été ébranlée.

On pourrait aussi faire un rapprochement intéressant entre les phénomènes de perception sensitive et les phénomènes de perception douloureuse. En effet, une excitation dont la durée est aussi courte que celle d’une excitation électrique ne serait pas douloureuse, si elle ne durait que le temps même de l’excitation. Une douleur qui ne durerait pas au delà d’un dixième de seconde serait comme nulle, et on n’aurait pas à s’en préoccuper. Mais une excitation forte laisse après elle une trace qui dure longtemps, et c’est cette vibration des centres nerveux, consécutive à une excitation unique, d’autant plus prolongée que cette excitation est plus forte, qui constitue par sa durée la douleur même. Des excitations un peu moins intenses, mais durant pluslongtem§s, finissentpar devenir douloureuses et produisent par leur addition une sorte de tétanos de la sensibilité.

Enfin les auteurs qui ont étudié l’action réflexe ont vu que les centres réflexes de la moelle épinière se comportent de la même manière, en sorte que l’on peut, d’une

CONCLUSIONS

manière générale, établir une analogie entre les fonctions de ces deux tissus placés à l’extrémité, l’un des nerfs moteurs, l’autre des nerfs sensitifs, et admettre pour les centres nerveux encéphaliques ou médullaires une sorte d’élasticité comparable à celle du tissu musculaire.

Conclusions. — 1. La sensibilité ne peut être étudiée d’une manière fructueuse que sur l’homme, et l’électricité d’induction est le moyen le plus exact de l’apprécier.

2. Par une longue série d’excitations égales entre elles et très-rapprochées, la sensibilité décroit lentement, mais après un court repos revient rapidement à l’état normal.

3. Deux ou plusieurs excitations égales entres elles et très-rapprochées produisent un effet sensitif qu’elles sont insuffisantes à produire si elles sont isolées ou éloignées l’une de l’autre, ce qui démontre qu’il y a dans les centres nerveux une accumulation d’effet, ou mieux une persistance d’action comparable au phénomène de la contraction musculaire.

4. Le muscle avec lequel on peut le plus avantageusement comparer la sensibilité est le muscle de la pince de l’écrevisse dont l’élasticité est considérable et qui, par la lenteur de ses réactions et sa puissante vitalité, est trèsfavorable à l’exploration myographique.

5.11 faut distinguer la transmission d’une excitation qui est toujours très-rapide, quelle que soit son intensité, et le résultat de cette excitation, qui est tantôt un sentiment, tantôt un mouvement. La transmission est un phénomène qüi dépend du nerf, le sentiment et le mouvement sont des phénomènes dépAidant soit des centres nerveux, soit

CONCLUSIONS

des muscles, et Us ont après l’excitation une persistance d’action dont la durée est proportionnelle à l’intensité de l’excitation.

6- Par suite de cette persistance, quand les excitations se suivent avec une certaine rapidité, il se fait entre elles dans les centres nerveux récepteurs, ou dans les muscles, soit une addition, soit une fusion.

7. L’addition est évidente pour les centres nerveux comme pour les muscles : elle se produit avec un minimum de deux excitations, et un maximum qui semble être à peu près illimité.

8. La fusion s’observe plus difficilement pour les centres nerveux que pour les muscles. Elle semble se produire lorsque deux excitations sont séparées par un intervalle maximum de 1(25 de seconde.

9. Pour des excitations égales entre elles et fréquemment répétées, le moment de la perception est d’autant plus retardé que leur intensité est plus faible, et d’autant plus rapide que leur intensité est plus grande.

10. Le nombre des excitations nécessaires pour amener soit la perception, soit le mouvement, est inversement proportionnel à l’intensité et à la fréquence des excitations.

11. Il y a une sorte d’éducation de la perception, même à d’assez longs intervalles, entre deux perceptions consécütives. Le même fhénomène s’observe sur le muscle, et il est rationnel d’y Voir un fait d’addition.

12. Ces propositions sont probablement générales et peuvent s’appliquer d’une part aux excitations physiques, chimiques, mécaniques, autres que l’électricité, d autre part aux phénomènes de la perceptivité douloureuse.

CONCLUSIONS

13. Il y a analogie entre ces phénomènes sensitifs et les lois de l’action réflexe que Pflüger, Tarchanoff et Rosenthal ont récemment mises en lumière; ce qui porte à croire que le travail des centres nerveux, soit perception pour l’encéphale, soit action réflexe pour la moelle épinière, se fait d’une manière analogue.

14. Le système nerveux, placé à l’extrémité des nerfs sensitifs, et le système musculaire, à l’extrémité des nerfs moteurs, ont deux fonctions qui ne sont pas analogues, mais dont la forme est identique, et on pourrait représenter schématiquement le sentiment et le mouvement par des courbes graphiques absolument semblables.

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