GÉNÉRALE
diffère selon le mode de l’excitant. La différence de perception tient à la différence de l’excitation du nerf. Ou bien l’excitation d’un nerf est toujours identique à elle-même, ne variant que d’intensité et de durée, et la différence de perception tient à la différence des centres percepteurs.
Pour corriger ce que ce langage a d’abstrait, prenons un exemple. Le nerf sciatique transmet des sensations de chaleur, de contact, de pression, de douleur ; tel est le fait qu’il faut expliquer.
Or, on ne peut l'expliquer que de deux manières ; ou bien ces perceptions différentes tiennent à ce que l’excitant étant variable, une coupure agissant autrement qu’un morceau de glace, ou la pression par une pince, la nature de la transmission nerveuse varie selon le genre de 1 excitation que le nerf subit. C’est l’explication la plus généralement adoptée (1). Ou bien il existe dans le cerveau des
centres percepteurs pour la température, le contact, la douleur, tels que s’ils entrent en jeu par suite de l’excitation des nerfs qui y arrivent, il y a perception de chaleur, de contact ou de douleur. C’est l’opinion développée par Brown Séquard, et qu’on est maintenant porté à abandonner (2).
Pour ma part, j’ai étudié pendant longtemps les différents phénomènes des paralysies du sentiment, soit périphériques, soit centrales, et je n’ai pu me former une conviction définitive en faveur exclusivement de l’une ou l’autre de ces hypothèses. Toutefois je ne comprends guère le discrédit dans lequel est tombée l’opinion de Brown-Séquard, et, sans me faire le champion d’une hy-
(1) Voir Vulpian. Art. Moelle du Dict. encyclop.
(2) Voir Mac-Dounell dans la Revue de* sciences méd., 1876, 1.1, p. 469,
pothèse évidemment très-contestable, je dirai qu’elle a deux avantages sur l’autre. . ,
Le premier avantage, c’est qu’elle est très-claire et trèsfacile à saisir. Elle rend compte des faits démontrés de la manière la plus précise et la plus nette. Voilà aine hystérique qui a une analgésie complète de la main, et piourtant elle sent très-bien le froid, le chaud, le contact, lé chatouillement; donc les nerfs qui transmettent la douleur sont paralysés. Un ataxique ne sent que la température et la douleur ; donc tous les nerfs transmettant d’autres sensations que ces sensations de température et de douleur sont paralysés. A la vérité, on peut et on doit admettre que dans certains cas ce ne sont pas les nerfs eux-mêmes, mais les centres récepteurs qui sont paralysés. Ainsi chez les hystériques, par exemple, il est trèsprobable que l’analgésie a une cause centrale : toutefois l’explication reste la même.
Le second avantage de la théorie de M. Brown Séquard est qu’elle fait rentrer le nerf sensitif dans les conditions générales du nerf moteur, et qu’elle cadre bien mieux avec les données physiologiques.
Ces deux avantages seraient donc suffisants pour la faire adopter dans son ensemble, si elle ne prêtait pas à trois objections, dont une seule d’ailleurs nous paraît digne de considération.
La première objection est qu’il faudrait supposer une complexité prodigieuse aux centres nerveux et aux nerfs, puisque chaque région du corps, si petite qu’elle fût, devrait posséder plusieurs sortes de nerfs, dont chacun serait en rapport avec un des centres destinés spécialement à la perception d’une des impressions périphériques.