CLASSIFICATION
OU telle perception. Ils sont mis en jeu par les nerfs venant de la périphérie.
Ces nerfs n’ont pas de spécificité d’action ; ils sont simplement excitables, et selon Je centre avec lequel ils sont en rapport, c’est telle ou telle excitation qui est perçue. Ainsi l’excitation du nerf optique donnera une sensation de lumière, l’excitation du nerf laryngé supérieur, le besoin de tousser, l’excitation d’un nerf mixte, la sensation de température, de contact, de pression, de chatouillement, de douleur même, selon ses connexions avec les centres de contact, de pression, de chatouillement ou de douleur.
Ces excitations nerveuses sont renforcées et développées par la disposition des appareils périphériques qui sont annexés aux nerfs et qui rendent les sensations plus nettes et mieux déterminées, en développant 1 intensité des faibles excitations. Cela est démontré pour les nerfs sensoriels, très-probable pour les nerfs du toucher, et vraisemblable pour les autres nerfs.
Mais laissons de côté les hypothèses, qui sont toujours plus ou moins stériles, et venons à l’étude des différentes sensibilités, en tâchant d’éclaircir ce dédale obscur qu’on appelle la sensibilité générale. 4
La distinction entre la sensibilité tactile et les autres sensibilités avait échappé à Weber, qui a fait sur le sens du toucher de si belles observations (1). Entrevue par Gerdy (2) et Gendrin (3), elle a été réellement affirmée d’une manière précise, pour la première fois, par Beau,
(1) De pulsu, respiratione et tactu, t842. ^
(2) Mém. sur le tact et les sensations cutanées. L'Expérience, 1842, t. IX>
^ (3) Bull, de VAcad. de méd., août 1846.
qui en a fait le sujet d’un mémoire important. Beau distingue avec beaucoup de sagacité la perte de la sensation tactile ou anesthésie de la perte de la sensation douloureuse ou analgésie (1). Plus tard, Landry étudia avec soin (2) les divers genres de sensibilité, et il a été suivi dans cette voie par beaucoup d’auteurs, parmi lesquels je citerai seulement Brown-Séquard (3) et Schiff (4). Quant aux autres auteurs qui ont parlé des différents modes de sensibilité, je les mentionnerai en temps et lieu.
La classification admise actuellement pour les différentes sensibilités et développée dans les traités classiques de physiologie, est qu’il y a environ six genres de sensibilités :
Le toucher ;
La pression ;
La température ;
Le chatouillement ;
Le sens musculaire;
La douleur.
Cependant, si nous recherchons quelles sont les différentes sensations arrivant aux centres nerveux, nous en trouverons un certain nombre d’autres qui n’ont pas pris place dans cette classification.
Eliminons d’abord les sensations générales telles que la
(1) Bull, de VAead. de méd., août 1847, et Recherches dingues sur Vanesthésie (Arch. gén. de méd., 1848).
(2) Des sensations tactiles {Arch. gén. de méd., 1852).
(3) Transmission dans la moelle épinière {Journ. de physîol., t. VI, p. 124).
(4) Même sujet (Comptes-rendt,i de ï'Acad. des sciences, mai 1854 et sept. 1862).
faim et la soif. En effet, quoique rapportées à des organe périphériques, ces sensations sont manifestement centrales ; nous n’avons pas à nous en occuper ici.
Nous passerons encore sous silence la sensation qu’on a appelée sensation d'équilibre, et qu’on a voulu localiser dans les canaux semi-circulaires de l’oreille int;erne (1) et le sentiment général de l’existence (2), deux sensations trop mal définies et trop peu connues pour être étudiées avec fruit.
Parmi les autres sensations, les unes sont sensorielles ou perceptives, la vue, l’ouïe, l’odorat et le goût; les autres sont rapportées à la sensibilité générale ; c’est de celles-là seulement que nous nous occuperons.
Parmi elle, il en est un petit groupe qui a un caractère commun le différenciant nettement des autres. Certaines sensibilités sont spéciales à certains organes et liées à des mouvements de ces organes. Ce sont des sensibilités qu’on pourrait appeler motrices, parce qu’elles éveillent toujours l’action réflexe. Elles sont locales, provoquées par l’excitation des nerfs de la région et tiennent très-probablement à l’excitabilité de certains centres sensitifs, liés étroitement aux centres moteurs correspondants. Ce sont les sensations de :
(1) Flourens. Recherches sur le système nerveux. Paris, 1842, p. 438. — Goltz. Pflüger s Archiv, t. III, p. 172.
(2) Béraud et Rcfcin {Elém. -de physiol., t. I, p. 155) décrivent comme eensation distincte les angoisses circulatoires, et une sensation de malaise général, qu’ils attribuent aux nerfs centrifuges du cœur, et qui seraient au sentiment de la vie (cénestbésie) ce que la fatigue est à la contraction musculaire.
MOTRICES
Volupté (1) ;
Respiration ;
Bâillement;
Eternument ;
Toux;
Déglutition ;
Vomissement ;
Défécation ;
Miction;
Clignement.
Sans pouvoir entrer dans tous leè détails qui seraient nécessaires, nous allons étudier le caractère général qu’otfrent ces dix sensibilités. Cette étude étant faite, nous comprendrons plus facilement les différentes variétés de la sensibilité générale.
Des sensibilités motrices.
Ainsi que nous le disions plus haut, toutes ces sensibilités ont un caractère spécial, qui est de mettre en jeu un groupe de muscles appropriés à une fonction, ou quelquefois le muscle qui est seul à remplir cette fonction.
Prenons un exemple ; la sensation de iatoux,je suppose : cette sensation est un véritable besoin, en ce sens qu’ell e
(1) Le rapprocbement de la sensation voluptueuse avec les sensibilités spécialement liées à une fonction musculaire a été fait il y a déjà plusieurs années par Lussana {Journ. de physioL de Brown Séquard, t. VI, p. 187).
commande énergiquement l’acte musculaire qui doit expulser des bronches le corps etranger qui s’y est introduit. En analysant cette sensation et l’ensemble de ce phénomène, on trouve ;
1° Des nerfs bronchiques transmettant une excitation aux centres ;
2° Un centre sensitif excité, et par -conséquent une perception;
3" Le centre moteur juxtaposé, excité de même; et par conséquent un mouvementmusculaire, par l’intermédiaire des nerfs expirateurs ;
4“ La conscience de ce mouvement revenant aux centres, grâce au sens musculaire.
Nous pourrions analyser de même toutes les autres sensibilités que nous avons appelées motrices ; et nous y trouverions toujours les mêmes éléments, nerf centripète excitateur d’un centre sensitivo-moteur qui donne à la fois la perception aux centres neveux et le mouvement aux muscles.
Ainsi ce sont des sensibilités différentes, mais ces différences tiennent uniquement à la nature du centre nerveux excité, et non à la différence de l’excitation. La fonction du nerf laryngé supérieur qui donne la sensation de la toux, est la même que celle de la branche ophthalmique de Willis qui donne la sensation du clignement. Dans l’un et dans l’autre cas, c’est toujours la fonction nerveuse, tandis que la fonction des centres qu’ils excitent est différente dans l’un et dans l’autre cas.'
Aussi ces nerfs ne font-ils aucune différence entre les agents qui les<excitent ; que ce soit un agent thermique,
MOTRICES
chimique et mécanique, le résultat est le même et la sensation produite ne diffère pas.
Ce point est trop important pour ne pas mériter d’être éclairci.
Lorsque la vessie est distendue par l’urine, la muqueuse vésicale donne aux centres une sensation spéciale qui est le besoin d’uriner, et de même la muqueuse rectale distendue par les matières fécales provoque le besoin de la défécation.
Mais il n’y a dans ces sensibilités rien qui dépende fatalement de la nature de l’agent excitateur; et l’excitation des deux muqueuses, de quelque nature qu’elle soit, amène le même effet. Par exemple, si on introduit dans l'anus des corps étrangers, on provoque le besoin de la défécation absolument comme si le rectum était rempli de matières. Les blessures du rectum occasionnent souvent la même, sensation. Quand, à la suite de rectite, la muqueuse rectale est enflammée, comme dans la dysenterie, par exemple, l’hypéresthésie nerveuse est telle que le plus léger contact entraîne le besoin de la défécation. Il en est de même pour la vessie. Lorsqu’on sonde un malade, le cdiitact de la sonde avec le sphincter vésical provoque la même sensasion que l’accumulation d’une trop grande quantité d’urine. C’est ainsi qu’un calcul vésical donne lieu à de fréquentes envies d’uriner. Comme dans la rectite, il y a dans la cystite une telle hypéresthésie nerveuse, que la plus légère excitation devient une excitation forte capable de mettre en jeu le centre sensitivo-moteur, d’où dépendent d’une partie besoin d’uriner, d’autrepart, l’expulsion de l’urine.
On comprendra sans peine qu’il serait inutile de poursuivre la même démonstration pour tous les nerfs sensitifs Richet. 27
qui servent à provoquer ainsi des actions réflexes irrésistibles: il me suffira d’ajouter que l’excitation électrique de ces nerfs provoque des sensations de même nature, ce qui par conséquent est une preuve de plus pour démontrer qu’il n’y a pas de spécificité dans le genre de l’excitation, et que le caractère particulier de telle ou telle de ces sensations tient aux centres nerveux excités. Ainsi un fort courant électrique appliqué près de l’anus provoque le besoin de la défécation; l’excitation du bout central du largyngé supérieur fait tousser les animaux sur lesquels on expérimente.
Il est intéressant de voir à quel point ce que nous avons dit dans le chapitre précédent de la perception et de la lenteur du travail cérébral se justifie pour ces perceptions sensitives spéciales. Rien n’est plus lent en effet que l’ébranlement nécessaire pour amener le mouvement réflexe et la perception complète. Par exemple pour la sensation nauséeuse produite par la titillation du voile du palais, ce n’est qu’au bout d’une demi-minute et souvent plus de temps encore que la nausée et le vomissement surviennent. D’abord, il n’y a aucune sensation très-nette, puis peu à peu l’excitation finit par s’accumuler : elle monte, monte graduellement, comme de l’eau tombant goutte à goutte dans un vase, finit par déborder le vase. C’est qu’il se passe là dans les centres nerveux un travail analogue au travail cérébral et au travail médullaire étudiés plus haut, et que l’élaboration, soit d’une perception, soit d’un mouvement, nécessitent un espace de temps appréciable. Toutefois, pour des excitations très-fortes, la duiée du travail perceptif est négligeable. Ainsi une blessure de la conjonctive produit immédiate-
MOTRICES
ment le clignement. Un corps étranger dans le larynx amène immédiatement la toux qui doit l’expulser des voies aériennes.
Quoi qu’il en soit, la perception du besoin précède toujours le mouvement qu’elle doit provoquer. Le mouvement ne se produit qu’à la fin, lorsque les centres nerveux sont chargés, pour ainsi dire, par l’excitation prolongée venant de la périphérie. Si, le mouvement étant accompli, la cause de l’excitation persiste, le besoin deviendra de plus en plus impérieux, et peu à peu se transformera en une véritable douleur. Tout se passe donc comme si l’excitation exagérée des centres sensitifs mis en jeu, finissait par arriver jusqu’à un centre cérébral siège de la douleur. Mais c’est là un domaine encore trop hypothétique pour qu’il nous soit permis de nous y aventurer. Nous nous contenterons donc de constater que l’excitation démesurée deces nerfs spéciaux peut produire de la douleur.
^n tout cas, ces centres sensitivo-moteurs peuvent être paralysés isolément, ainsi que la pathologie nous en donne de fréquents exemples. Le bromure de potassium agit spécialement sur la sensation nauséeuse qu'il empêche. Chez les personnes ayant pris une dose plus ou moins forte de ce sel, on peut titiller la luette, le voile du palais, et l’arrière-gorge sans provoquer de vomissements
Pareillement, chez les hystériques, cette sensibilité est souvent paralysée isolément, comme aussi la sensibilité spéciale de la conjonctive au clignement (1). Il en est de même pour la partie supérieure des voies respiratoires
(1) Liégeois {Mém. de la Soc. de biol., 1859, p, 209 et 261) a constaté r anesthésie de cette sensibilité avec persistance du clignement.
chez les malades atteints de paralysie labio-glosso laryngée et la paralysie de la sensibilité réflexe du larynx y est notée comme un des premiers phénomènes (1). Chez un grand nombre de paralytiques généraux, l’anesthésie rectale ou vésicale précède la plupart des autres symptômes, lorsque à ce moment il n’y a encore aucune anesthésie des téguments. Les malades ne sentent pas le besoin d’uriner ou de déféquer, et ces paralysies isolées devancent toutes les autres.
Réciproquement, les sensibilités spéciales du rectum et de la vessie peuvent être conservées alors que toutes les autres sont abolies. Ainsi récemment, j’ai vu dans le service de M. le professeur Lasègue, (salle St-Charles, n® 22) une hystérique de 17 ans complètement anesthésique. Cette malade, ainsi qu’elle le disait elle~même, ne sent aucun point de son corps, et cependant elle sent parfai- ^ tement le besoin d’aller à la selle et d’uriner (2).
De même la sensation delà volupté est aussi, dans des cas fort rares, lésée isolément. Brown-Séquard a vu deux cas d’anesthésie spéciale de la volupté ; toutes les autres espèces de sensibilités de la muqueuse uréthrale et de la peau de la verge persistant (3).
Althaüs en rapporte un autre cas (4). On en trouverait peut-être un plus grand nombre sans la fausse honte qui empêche les malades de parler. Fonsagrives en cite un
(1) Krishaber. Gaz. hehd., 1872.
(2) Son observation, assez incomplète d’ailleurs, est rapportée dans la thèse inaug. de Desbrosses (Paris, 1876). De l’anesthésie dans l’hémiplégie hystérique, p. 75.
(3) Journ. de physiol,, Transmission des impressions sensitives dans la moelle épinière, t. VI, p. 125.
(4) Gaz. méd. de Paris, 1859. P. 525,
MOTRICES
exemple très-remarquable observé sur une femme (1). Pour ma part, j’ai vu le cas inverse. Un jeune homme atteint de fracture de la colonne vertébrale avait une paralysie complète des membres inférieurs, delà vessie et du rectum. Cependant le gland avait conservé sa sensibilité, obtuse au point de vue du tact, de la chaleur et de la douleur, mais complète au point de vue des sensations voluptueuses. Le malade m’assurait avoir des érections et des éjaculations.
De tous ces faits nous pouvons conclure qu’il y a des centres sensitifs liés aux dilîérentes sensations que nous avons énumérées plus haut. Certes, il serait désirable de pousser plus loin l’analyse physiologique et de déterminer avec plus d’exactitude la situation, la nature et les fonctions de ces centres, mais nos connaissances sont si peu avancées là-dessus que toute hypothèse serait prématurée. Heureusement les recherches contemporaines ont fait faire de grands progrès à l’étude des centres moteurs dans l^ncéphale (2) et dans la moelle (3).
Il n’y a donc rien d’invraisemblable à admettre qu’il en est de la sensibilité comme de la motricité, et qu’à certaines sensibilités spéciales répondent des centres sensitifs spéciaux placés dans l’encéphale. ^
En somme ces centres encéphaliques sensitifs ne jouent pour cesdifférents mouvements qu’un rôle assez secondaire; la déglutition, le vomissement, le bâillement etc. (4), peu-
(1) Art, Aphrodisie du Dict. encyclop., t. IV, p. 105.
(2) Femer. — Hitzig. — Carville et Duret.
(3) Büdge. Comptes-rendus de VAcad. des sciences, t. LVIII. p. 529. — Sohiff. — Gianuuzzi. Comptes-rendus de T Acad, des sciences, 1863, t. LVI, p. 53. — Masius. Journ. de l’anatomie, 1869, t. Vlj p. 103.
(4) Floureus. Expêr, sur le syst, nerveux, 1842.
214 des sensibilités
vent s’accomplir sans qu’il y ait perception : il y a là cependant un courant nerveux centripète,partant de la périphérie pour aller à la moelle; mais l’excitation ne pouvant aller plus loin, s’est bornée à mettre eu jeu le centre moteur dans la moelle, sans exciter le centre percepteur situé probablement plus haut dans l’encéphale : le courant nerveux centripète serait à bon droit nommé sensitif, mais il faudrait alors distinguer la sensibilité consciente de la sensibilité inconsciente.
Cependant, dans la plupart des cas, en dehors de l’état pathologique et de l’état de sommeil, il y a perception sensitive. Quelquefois les centres nerveux intellectuels peuvent arrêter ou suspendre le réflexe provoqué par l’excitation périphérique, mais cet arrêt ne peut durer longtemps, et cette influence cérébrale est forcément limitée. Lorsque les aliments sont préparés à la déglutition, il est très-difficile de retenir les mouvements de déglutition qui doivent introduire le bol alimentaire dans l’œsophage, et une fois le premier temps de la déglutition achevé et le second commencé, il est impossible d’arrêter l’action synergique des muscles du pharynx. De même, quand le rectum est distendu par les matières, ou la vessie par l’urine, un moment arrive enfin où la volonté est impuissante à empêcher la contraction expulsive de l’un ou l’autre de ces réservoirs.
Pour la sensation de volupté, l’action des centres supérieurs a une influence prédominante; cette influence est telle que l’excitation périphérique est facilement entravée dans son action par une influence cérébrale de sens contraire ; une préoccupation, une crainte, une inquiétude suffisent pour rendre nulles toutes les excitations des nerfs des
organes génitaux. D’un autre côté, en dehors de toute action cérébrale, il a pu y avoir chez des animaux dont la moelle était sectionnée, érection et même éjaculation en sorte que dans les circonstances dont nous parlons plus haut, l’action des centres nerveux serait une sorte d action paralysante plus ou moins analogue à ces paralysies par irritation que Brown Séquard a si bien etudiees.
Enfin, pour terminer, nous dirons que souvent 1 excitation sensitive, venant de la périphérie, n’est pas nécessaire,
et que l’excitation des centres sensitifs eux-mêmes peut,
en dehors de tout courant nerveux centripete, produire des sensations spéciales. Certains poisons provoquent le vomissement en agissant sur l’éncéphale comme aussi les tumeurs cérébrales.
Dans les rêves, des illusions érotiques suffisent pour
provoquer l’éjaculation et la sensation voluptueuse Mais toutes ces conditions sont rares, et dans la plupart des cas il faut une irritation venant de la périphérie. Il n y a ex ceptionque pour le bâillement et le besoin de respirer Ces besoins sont très-probablement d’origine purement centrale, et tiennent aux modifications chimiques du sang qui nourrit le bulbe rachidien.
Toutefois des excitations partant de la périphérie peuvent par une sorte de phénomène d’arrêt, suspendre la. respiration. Ainsi Schiff (1) a remarqué qu’un J^t d eau froide sur la peau produisait de la dyspnée. Rolhng et Falk (2). disent que toutes les excitations cutanées amènent un ralentissement des mouvements respiratoires.
(1) Comptes-rendus de VAead. des f P'
(2) Arci fur anaU, 1869. — Deutsche Klimk, 1873.
De la sensibilité tactile et de ses différentes formes.
Nous venons de voir qu’il y avait des sensibilités spécialement dévolues au mouvement; il y en a d’autres qui ont un autre but, c’est de nous faire connaître les objets extérieurs, la forme, la consistance, le poids, la température de ces objets.
Aussi, à côté des sensibilités motrices, proposons-nous d’établir un groupe de sensibilités perceptives ayant pour fonction une connaissance plus ou moins complète du monde extérieur.
Les physiologistes ont établi six groupes; mais il est facile de voir que le chatouillement n’a aucune analogie avec le sens du toucher : c’est une modification des centies qui ne nous fait rien savoir sur l’excitation produite, et par conséquent nous devons le ranger, ainsi que la sensation de démangeaison, dans le groupe des sensibilités que j’appellerais volontiers affectives, dans lesquelles la sensibilité à la douleur joue le principal rôle.
Cette classification est en partie artificielle, comme toutes les classifications des faits. En réalité, les faits ne peuvent être classés naturellement ; car il y a une chaîne ininterrompue de l’un à l’autre, en sorte que tout ce qui établit des catégories est factice : mais il importe peu. Ce qu’on peut exiger d’une classification, c’est qu elle soit de nature à rendre les démonstrations plus claires et plus méthodiques, et à faire saisir le lien qui réunit des faits en
TACTILES
apparence disparates. Aussi croyons-nous bien fondée cette division ; sensibilités motrices, provoquant un réflexe musculaire particulier, et une perception sensitive particulière; sensibilités affectives, provoquant une sensation douloureuse à différents degrés ; sensibilités perceptives, &men&nt une connaissance du monde extérieur.
Etant ainsi comprises, ces sensibilités perceptives seront toutes destinées à un seul sens, c’est-à-dire au sens du toucher. A vrai dire, elles doivent se subdiviser en plusieurs sous-ordres : contact, température, sens musculaire, pression. Le sens du toucher n’est donc qu une entité psychologique: car il se compose de ces quatre variétés qui peutêtre exigent chacune des nerfs spéciaux, et en tout cas se paralysent isolément.
, Examinons d’abord le contact.: cette sensation se compose elle-même de plusieurs éléments qu’il faut distinguer.
Létiévant (1) fait remarquer avec raison que l’on sent le contact même à travers une masse inerte, que par conséquent la notion du contact léger, de l’ébranlement produit par une impression extérieure peut très-bien coexister avec une paralysie superficielle de la sensibilité. Il suffira que les parties sous-jacentes aient conservé l’intégrité de leurs fonctions sensitives, pour qu’il y ait courant nerveux centripète et perception dans les centres.
Cette sensation que j’appellerais volontiers le contact léger, ou simplement le contact, est la sensation tactile par excellence. Il est probable que chez les animaux intérieurs, tels que les mollusques et les bryozoaires, la sensa-
(1) Des sections nerveuses, p. 50.
Richet. 28
2j‘g DES SENSIBILITÉS
t.on tactUe se borne à la notion d-„n corps
toucher leur périphérie tégumentaire. Eu tout cas, chez
l’homme elle est prodigieusement
fait remarquer plus haut (1) que le
facilement excitable que le nerf moteur, et
rence tenait probablement au
pour les nerfs sensibles par les appareils places a la per phérie. Bien des faits viennent à l’appui de cette yp
‘“"ais an citer nn qui concorda arec las expériancas da Volkmann at las nriennas snr la sansibihta flexa chas la granouilla, Sonrant on a 1 occasion da vo des plaies bonrgeonnnntas, assez sensibles do ranses ; or, si on las toucha fortamant, on provoqua de la douleur; an contraire, si on ne las toucha que la contact ne sera pas perçu, l’excitation était insuffisante pour mettra an jeu las narts sans appareils terminaux Ldis que cette même excitation est suffisante pour exciter les nerfs du derme qui ont une disposition de renforcement toute particulière. De même sur la granouilla l’excitation cutanée produit un tétanos que 1 excitation directe du nerf ne produit pas. . -a -
Cette sensation de contact ne peut pas être ItyParestha-
siée- si, à l’état normal, sur la peau saine, un contact loger
n’asi pas perçu, il n e sera pas perçu non plus meme dans la cas d’hypéresthésie delà région. Cependant 1 hyperesth^esie pourra être telle qu’un léger contact devienne <i»"-
Lr Dans les inflammations de la peau (phlegmon furoncle, etc.), comme dans les névralgies, le fait est très-
(1) Voyez page 38 et suiv.
tactiles.
évident. Dans certains cas même, ^
Générale par exemple dans quelques myehtes. Carpe ter fl) rapporte l’observation extrêmement curieuse ter (1) rapporte^ moindre ébranlement
individu nomme Kitt , p ^ g tactiles
‘":=?E='lS:=“:--=
been slight, but to me tn and pain, tbe
a„.ostn..de.escrea.^th..e^^^^^^
TTTioÛlLl tL gaouBd when te haajBmped from a
1 +hat be augbt. » Chez les névropathiques, place ‘l*»* ies, lemoindreéba.ale-
Te—
"ThypTeaThreUa douleur, .1 n'y a pas h.péresthdsie
'^“.““‘'“fdu touclaer estcoustitaé par d’autres perceptions " en particulier par la locali^tion et la distincfion
? lermârad'ê” et du toucher plrjsiologiqne,
"‘esdouuTscluenousfournisseut les modiücations de ces
“ptur lÜgVrîi u.“—langue parfaitement deux (,) Tedd. CsCofcd. d-C. «"d
pointes, on emploie le compas de Weber (1), l’esthésiomètre de Sieveking (2) ou celui de Manouvries (3). Beaucoup d’auteurs ont fait des recherches sur cette particularité du sens du toucher. Weber a constaté qu’il y avait des différences considérables entre les différentes régions du corps, et il a dressé des tableaux qu’on trouvera dans tous les traités élémentaires de physiologie (4). Vierordt (5) appelle sens du lieu cette sensibilité qui permet de distinguer deux points différents. Ses recherches et celles de ses élèves (6) ont démontré que la délicatesse du sens du lieu était d’autant plus marquée que l’on s’éloignait plus de l’axe de rotation du membre. Plus récemment le même auteur a étudié la précision avec laquelle on juge le trajet et la direction d’une excitation cutanée. Gubler (7) a fait remarquer, après Weber, que la sensibilité transversale était plus développée que la sensibilité longitudinale, à l’exception du bout des doigts et de la langue. Enfin, M. Brown-Séquard (8) a fréquemment étudié les modifications pathologiques de la sensibilité tactile (9).
(1) Loc. cit.,
(2) British and Foreign med. chir. Review, janvier 1858.
(3) Bull, de la Soc. hiol., 1874, p. 375 et Arch. dephysiol. 1876, p. 757.
(4) Beaunia, p. 878 ; Longet, t. lit, p. 66, etc.
(5) Zeitschrift fur Biol., 1870, t. YI, p. 53. Traduit dans le Joum. Æanat. et de physiol., 1870, t. YII, p. 265.
(6) Kottenkamp et Ulrich. VersuChe ueber den Raumsirn der Haut der oberen Extremitâten (Zeitschrift für Biol., 1870). Hartmann. Ibid., 1871.
(7) Comptes-rendus de la Soc. de biol., 1859, p. 125.
(8) Journ. de physiol., t. IV, p. 124.
(9) Voir aussi Meissner. Zeitschrift für Rationnelle medizin, 1859, t. VII, p. 92. — Schuppel. Revue des sciences méd., t. III, p. 618. — Putnam. Ibid., t. VI, p. 120. — Drosdorff. Centralblatt, 1875, n» 17, p. 259. —
Rendu. Ann. de dermatologie, déc. 1874 et janv. 1875. Belfilld. Lefèvre. Th. inaug. Paris, 1837.
TACTILES
J’ai fait de nombreuses explorations au moyen du compas de Weber, et j’ai été frappé de la difficulté qu’on éprouve à faire des observations précises. Rien n’est plus étonnant à cet égard que les dixièmes de millimètre que les élèves de Vierordt reconnaissent avec tant de sûreté. Si on n’applique pas les deux pointes instantanément, si on ne les maintient pas absolument immobiles, si on permet au sujet de faire le plus léger mouvement, si on les laisse trop longtemps en place, toute l’observation est faussée : or, est-on jamais assuré de réaliser toutes ces conditions ?
Outre cela, il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, de saisir quelle est exactement la limite de la sensation. Il y a pour chaque région de la peau une étendue très-nette où, par l’application de deux pointes, on ne perçoit qu’une seule pointe; mais au delà de cette zone en existe une autre, d’autant plus étendue que la sensibilité tactile est moins développée (Vierordt) : c’est une zone d’indécision, dans laquelle les sujets ne peuvent dire si on les touche avec deux pointes ou avec une seule. Je proposerais donc d’établir, d’une manière précise, l’étendue de cette zone aux différentes régions : nous aurions ainsi une exactitude beaucoup plus grande.
Enfin, il n’est pas indifférent d’aller en augmentant l’écartement du compas ou en le diminuant. Si on prend un écartement perçu nettement pour arriver à la sensation limite, cette limite sera très-reculée et toute différente de ce qu’elle aurait été, si l’on eût procédé en sens inverse, en mettant d’abord les deux pointes toutes voisines pour les écarter ensuite peu à peu. Manouvriez (1), qui a aussi re- (1) Th. inaug. Loc. cit et Arch. de physiol., p, 759, 1876.
222 des sensibilités
marqué le fait, propose de prendre la moyenne de deux observations faites ainsi en sens contraire.
J’ai eu plusieurs fois l’occasion d’explorer avec le compas de Weber des malades ayant une distension énorme de la peau, et j’étais surpris de la distance à laquelle il fallait mettre les pointes du compas pour obtenir une distinction des pointes. Une malade portant une énorme tumeur sarcomateuse de la cuisse, grosse comme une tete d’enfant, à plus de 20 centimètres ne distinguait encore qu’une pointe. Un malade, ayant une tumeur du scrotum, ne distinguait les pointes qu’à 9 centimètres, ce qui est près de trois fois plus qu’à l’état normal. Je pourrais citer d’autres exemples, mais il suffit de signaler le fait qui est constant.
Sur les malades ayant une cicatrice qui réunit deux portions de la peau piimitivement éloignées, c est en vain qu’on rapproche les pointes; pourvu que chacune d’elles soit sur un côté distinct de la cicatrice, elles ne seront jamais confondues.
Tous ces faits sont confirmatifs de la théorie de Weber, qui est ingénieuse et probablement vraie, quoique encore hypothétique.
J’ai fait une observation qui a vraisemblablement échappé à Weber et aux auteurs qui l’ont suivi. La notion de contact est très-obscure sur les parties autres que la peau, en particulier sur les plaies granuleuses. Si on met les deux pointes du compas sur la p.laie, le malade sentira un écartement A, par exemple (en général 6 à 10 centimètres). Si, au contraire, on ne met qu’une pointe sur la plaie, l’autre étant située sur la peau, en appuyant également avec les deux pointes, on n’obtiendra qu’une seule
TACTILES
sensation même avec un écartement 2 A (12 à 20 centimètres).
En somme, le fait est facile à expliquer, c est la confirmation expérimentale du vieil adage hippocratique :
« Duobusdoloribussimulobortis,nonineodemloco, ma-
« jor alterum obscurat. » En tout point c’est analogue a l’expérience que j’ai faite sur la sensibilité électrique, par laquelle je montrais qu’une excitation forte paralysait une excitation faible et empêchait la perception de cette der¬
nière.
Ainsi que Weber l’avait remarqué, la muqueuse du gland est douée d’une sensibilité tactile très-obscure (1), tandis que le prépuce a une sensibilité tactile assez développée : or, en appliquant une pointe sur le prepuce et l’autre sur le gland, on voit qu’il faut un écartement de plus de 8 centimètres pour qu’il y ait distinction de la perception. Au contraire, si les deux pointes sont appliquées simultanément sur le gland, un écartement de 4 centimètres est distinctement perçu. L’explication de ce fait est absolument la même que pour le fait d’une surface granüleuse. La pression du compas sur la peau produisant beaucoup plus que la même pression sur le gland, cette dernière n’est pas sentie; elle le serait cependant si 1 autre n’existait pas qui obscurcit la plus faible.
Si on touche très-rapidement la peau avec une pointe et qu’ensuite avec l’autre pointe, à quelque distance, on touche une autre région de la peau, le sujet percevra quelquefois, mais non toujours, deux sensations. Il faut evi-
(IjWeter, loc. cit., Berne, 1839, et Gra new PhüoaophicalJo'^
, et Valentin. Defunct ives Observât, on ih i., 1836, t. XLI, p.
nervorum cerehralium,
1 of Touch {Hdimburgh