‹ Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilitéChapitre 98 sur 132 · COMME CAUSE DE FOLIE · texte numérisé non relu

COMME CAUSE DE FOLIE

délire alcoolique et que les opérés étaient tout simplement des ivrognes ; mais peut- être y aurait-il lieu de vérifier plus rigoureusement le fait.

Descot (1) rapporte le cas d’un malade qui, ayant un traumatisme du nerf sciatique, était pris par accès de douleurs si vives qu’elles « allaient jusqu’à l’épilepsie. » D’un autre côté, le spasme douloureux des amputés et des blessés est excessivement douloureux, et il est possible que la douleur perçue au moment du spasme, quoique l’ayant précédée, fût confondue avec celle-ci.

En somme, ce qui fait ici pour nous l’intérêt des spasmes traumatiques, c’est qu’ils nous permettent de bien comprendre les phénomènes sensitifs avec lesquels, ainsi que je l’ai dit plus haut, les phénomènes moteurs présentent une remarquable analogie. Dans les deux cas il y a intermittence, repos apparent, pendant lequel soit le système nerveux central, soit le muscle, semblent se charger lentement pour donner ensuite une brusque décharge soit de mouvement, soit de sensibilité.

Ces vues sont sans doute hypothétiques, mais il est possible que les faits pathologiques les confirment. Je pourrais citer à ce sujet l’observation d’une femme chez qui le spasme traumatique et la douleur se confondaient au point qu’on ne pouvait les distinguer. M. Verneuil avait fait l’amputation du sein pourune tumeur cancéreuse de cet organe, et pour aller chercher les ganglions malades dans l’aisselle, le nerf musculo-cutané avait été sectionné. Les douleurs furent très-vives pendant les quelques heures qui suivirent l’opération ; elles disparurent

(1) Affections locales des nerfs.

des effets

peu à peu le jour suivant pour reparaître le surlendemain avec une intensité vraiment formidable. Toutes les huit ou dix minutes, la malade est prise de crampes douloureuses qui vont du coude à l’épaule ou de l’épaule au coude sans qu'elle puisse préciser dans quel sens. La douleur est telle que la malade crie, contracte la bouche et la face et ouvre démesurément les yeux. L’agitation est contil nuelle; elle se remue sans cesse, ne fait que parler de plaies, de coupures, de blessures, de son opération. Une injection de 2 centigrammes de morphine, puis une autre dose égale sont impuissantes à la calmer. Le lendemain, ce sont les mêmes phénomènes, plus accentués encore, surtout du côté de la crampe musculaire qui est devenue plus intense. Enfin survient vers dix heures un véritable accès de délire ou de manie aiguë, qu’il est tres-difficile de calmer. C’est sur cette malade que M. Verneuil fit, pour la première fois, l’opération de névrothripsie dont nous avons parlé plus haut (1).

La marche de cette douleur est des plus instructives en ce sens qu elle a suivi une voie parallèle à la contracture. D abord localisée dans la plaie, la douleur s’est étendue ensuite a tout le bras; puis est survenue la crampe des muscles du bras, consécutive à l’irritation périphérique produisant d abord de la douleur, ensuite du spasme musculaire. L hyperesthésie est devenue ensuite générale et a sans doute ete la cause des accès de manie, et il serait possible que le tétanos fût survenu plus tard, si la névrothripsie neût entravé la marche ascendante de la névrite.

(1) Voy. Ire partie, chap. 1.

d’une douleur prolongée. 255

Dans les maladies chroniques accompagnées de longues souffrances, quel est le médecin qui n’a remarqué le changement de caractère, rirritabilité, le nervosisme des malades ? La moindre chose les contrarie ou les met en colère. Les goutteux, les rhumatisants, les névralgiques sont dans ce cas. Il semble qu’à la suite d’une hypéresthésie médullaire il y aitplus tard une sorte d’hypéresthésie cérébrale. L’aptitude du système nerveux à être excité fortement par des excitations faibles, irait donc en suivant cette progression : hyperesthésie de la partie malade, d’abord; plus tard, de toute la région avoisinante ; plus tard enfin, hyperesthésie sensitive générale ; et enfin, après de longues années où la douleur semble s’être accumulée par le temps, hypéresthésie morale.

Ainsi il existe un rapport étroit entre une douleur ét l’état des nerfs. Nous savons que ce qui est douloureux dans un cas, n’est pas douloureux dans un autre, par suite de l’hypéresthésie soit acquise, soit idiopathique de l’individu atteint, et nous avons vu que la névralgie, irradiée ou directe, était une des'causes les plus fréquentes de l’hypéresthésie, que l’inflammation était une cause non moins efficace, et que des excitations sensitives, longtemps prolongées, finissaient par produire une hypéresthésie gagnant progressivement une région de la moelle, puis toute la moelle, et, plus tard, les centres nerveux eux-mêmes.

La douleur ne peut agir directement que sur le système nerveux; mais par l’entremise du système nerveux elle semble porter son action sur les fonctions nutritives. Une douleur prolongée produit un abaissement notable de la température (Mantegazza). Je rappellerai aussi le fait qu’ont signalé les physiologistes d’Alfort : sur les animaux

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