CHAPITRE II
Pancréatites aiguës non hémorrhagiques.
Toutes les pancréatites aiguës ne sont pas hémorrhagiques. Des inflammations aiguës de l'organe peuvent évoluer par elles-mêmes, ou bien aboutir ultérieurement à la forme hémorrhagique (chose rare), à la forme suppurée dont elles représentent les premiers stades. Elles peuvent enfin guérir, et dans ce cas, la symptomatologie de l'affection étant vague, elle .passe généralement inaperçue. Tel est le cas, par exemple, des pancréatites ourliennes, décrites surtout par analogie du pancréas avec les glandes salivaires. MonDièRE Consrarr, et récemment Cucxe (1) ont attiré sur elles l'attention.
(1) Cucue, Soc. méd. des hôpitaux, 1897. LS
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Les pancréatites survenues au cours du typhus, de la fièvre jaune, de la rougeole (AnGELET), de la fièvre typhoïde, de la pneumonie érysipélateuse évoluent généralement sans hémorrhagie.
Dans cette classe doivent également prendre place les inflammations aiguës que l’on observe au cours d’un grand nombre d'infections générales : et ces inflammations nous conduisent jusqu'aux cas frustes, aux pancréas infectieux, décrits par certains auteurs, comme on décrit une rate, un foie infectieux etc. KztpPeL (1), dans un tout récent article, attire l'attention sur ces cas.
Nous avons observé des inflammations caractérisées uniquement par une infiltration leucocytaire interacineuse, d’autres, caractérisées par une irritation purement canaliculaire, d’autres enfin par une prolifération épithéliale irritative (intoxication diphtérique, phosphorée, coli-bacillaire). |
Sur des pancréas, qui m'ont été remis par mon collègue et ami GRENET, provenant d’enfants assistés, morts d’entérites et recueillis aussitôt après la mort, nous avons généralement trouvé des lésions irritatives des cellules canaliculaires (prolifération cellulaire) parfois considérables, prouvant l'infection ascendante.
Nous relaterons ici des faits plus vagues encore, qui ne sont même pas indiqués par les méthodes histologiques actuelles : tels, la mollesse très particulière ou la dureté de la glande.
Dans certains cas, en effet, nous avons obtenu simplement (infection coli-bacillaire, tuberculine) des pancréas blancs, à contours lobulaires effacés, extrêmement mous, difficiles même à couper au couteau, tant leur consistance était flasque. L'examen histologique de ces faits n’indiquait, pour ainsi dire, aucune lésion.
Parfois au contraire, nous avons obtenu sur l’animal ou récolté chez l'homme des pancréas très fermes, durs même, dans lesquels nous nous attendions à trouver des lésions de sclérose. L'examen histologique n’indiquait, également, aucune lésion.
Nous connaissons des faits analogues concernant d’autres organes, dans lesquels l'histologie paraît encore impuissante : telle la dureté
(1} Kurwper,Le pancréas infectieux. Arch. gén. de médecine, novembre 1891.
très spéciale du cerveau dans les encéphalopathies saturnines. Les variations très grandes de consistance des muscles (viande de boucherie) ne correspondent, de même, à aucun caractère histologique différentiel.
Enfin, bien certainement, beaucoup d'états infectieux ou toxiques se manifestent uniquement par un trouble physiologique de la glande; les conséquences en doivent être une dyspepsie pancréatique, qui, de même que les troubles fonctionnels analogues de l’estomac, rendent compte de l’état d’inappétence et de non assimilation communes à presque toutes les maladies. Peut-être même sont-elles la cause de glycosuries passagères, observées si communément.
Nous ne pouvons songer à réunir, dans une même description, des faits si disparates et nous ne les rassemblons ici que pour embrasser dans un coup d’œil d'ensemble, les différents degrés de l’inflammation pancréatique.
Ces types si différents, rencontrés en des cas multiples, se succèdent dans l’évolution d'une même lésion.
Si, dans une seule inflammation à marche lente, nous suivons la genèse des lésions, nous voyons que l’inflammation, d’abord légère, produit les lésions que nous rencontrons dans les infections générales où la glande est peu touchée (prolifération cellulaire etc.).
Puis l’inflammation s'accentue ; les leucocytes infiltrent la glande. Cette lésion est, elle aussi, fixée dans des cas plus intenses, mais qui ne dépassent pas ce degré d’irritation.
Les jours suivants, l’inflammation augmente encore ; des abcès sont en voie de formation, et ce stade est, lui aussi, fixé par des cas particuliers etc., etc.
On peut dire que la loi du développement des êtres et des espèces est une loi générale. Chaque espèce nosologique est, elle aussi, la fixation d’une étape de l’évolution pathologique entière. Là encore, on peut observer des condensations de développement ; les maladies à marche rapide brülent les étapes : celles-ci sont mauvaises, pour qui veut établir la filiation des lésions d’une part, et d’autre part la
- grandeur de l'irritation qui les fait naître et qui les fixe.