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CHAPITRE PREMIER

Infections expérimentales à coli-bacilles.

Nous avons pris, pour type d'infection pancréatique expérimentale, l’infection coli-bacillaire.

Nos raisons sont faciles à comprendre ; le coli-bacille étant l’agent général des infections ascendantes, et celles-ci déterminant la plus grande partie des lésions pancréatiques.

Ces expériences ont été faites sur le chien, dont on connaît le pancréas en équerre, avec son lobe horizontal et son lobe vertical.

Autant que nous l’avons pu, nous avons employé des cultures fraîches, de virulence différente. Malheureusement, la virulence du coli paraît très variable et nous ne pouvons compter sur elle qu'après expérience faite.

Nous avons, tantôt inoculé le coli-bacille, tantôt favorisé par différents moyens les infections d’origine intestinale, la preuve étant faite ensuite par cultures et inoculations.

Nous étudierons encore ici, des cas où l'infection d’origine intes-

-tinale s’est produite à notre insu, mais a été vérifiée bactériologiquement.

Les injections de coli-bacille en cultures diluées, ont été faites par deux méthodes, représentant deux variétés cliniques : 4° injection

sanguine ou lymphatique, 2° injection canaliculaire.

410 L'injection vasculaire a été rarement pratiquée : nous ÿ avons renoncé pour les raisonssuivantes : le pancréas est irrigué par plusieurs artères : chacune de ces artères irrigue aussi d’autres organes : Une injection poussée par l’une d’elles, est dunc poussée dans plusieurs organes et dans une partie seulement du pancréas. De plus, l'injection dépasse toujours l'organe : il en résulte des infections générales rapides.

L'injection lymphatique est, au contraire, un procédé très commode. Comme pour l'étude des lymphatiques, cette injection consiste à piquer une aiguille en un point quelconque, et à pousser lentement l'injection. On voit alors les espaces péri-lobulaires se distendre et la partie de la glande irriguée se congestionner légèrement.

On peut se contenter d'une seule piqüre: on peut, au contraire les rapprocher, de facon qu'aucun point du parenchyme glandulaire n'échappe à l'injection.

Le très léger traumatisme occasionné par la piqüre ne détermine aucun trouble, s’il survient une hémorrhagie, celle-ci légère, mais parfois assez tenace, est arrêtée par une pointe de feu, ou mieux par le simple contact d’eau gélatinée à 5 p. 100 (1).

On doitavoir soin surtout qu'aucune goutte du liquide septique ne ressorte par la piqûre et n'infecte le péritoine. Pour éviter tout accident, 1l est bon de protéger le voisinage par des compresses stérilisées, Si ce léger accroc arrive, on doit laver les alentours au sublimé d’abord, puis à l’eau bouillie.

2° L'injection canaliculaire est d’une technique un peu plus compliquée : elle nécessite, en effet, la découverte du canal de Wirsung.

Voici comment nous procédons :

Après incision sur la ligne blanche à quelques centimètres du sternum, on ouvre le péritoine : puis on relève ou on effondre le grand épiploon : la main va directement à la recherche de l'estomac et du pylore : elle saisit et ramène l'anse d’intestin qui lui fait suite. Le duodénum est du reste immédiatement reconnu par l’adhérence

du pancréas. On tire à soi le duodénum jusqu'à limite d'extension :

(1) Paur Carnot. De l’hémostase par la gélatine, Presse médicale, sept. 1897.

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cette limite est due à une corde rigide que l’on sent en arrière et qui n'est autre que le canal cholédoque : on le suit du doigt jusqu’à son entrée dans l'intestin. L'abouchement du canal pancréatique se trouve à quelques centimètres plus bas (longueur de la partie intraduodénale du cholédoque). On a ainsi une limite supérieure. La limite inférieure est donnée par le point où le pancréas vertical s’écarte du duodénum. Le canal de Wirsung doit être cherché entre ces deux extrêmes : il coïncide, assez généralement, mais non toujours, avec le 2° gros vaisseau compté de bas en haut qui passe du pancréas vertical sur l'intestin. En tout cas, en rabattant à droite duodénum et pancréas, en décollant, très prudemment, avec la sonde, le bord pancréatique qui s'étale souvent sur l'intestin, on arrive, entre ces deux limites, à voir des tractus blancs transversaux sur l'intestin : c’est l'épanouissement intestinal des fibres du canal de Wirsung. On dénude à la sonde : on charge le canal, qui se trouve de taille très inégale, souvent gros, parfois petit si le canal accessoire est plus considérable.

L'abouchement du canal accessoire doit être cherché quelques centimètres plus haut.

Un écueil à cette très simple opération provient des vaisseaux qui, parfois, gênent beaucoup : on les décolle et on les écarte avec la sonde. Si l’on ne peut faire autrement, ce qui est rare, on les résèque entre deux ligatures : on se crée, ainsi, un jour considérable.

I1 faut éviter de chercher le canal trop haut : c’est l’écueil commun au début.

Enfin si la glande est légèrement déchirée (ce qui ne doit pas être), et qu’elle saigne, on tamponne avec un peu d’eau gélatinée.

Nous insistons sur cette technique parce que nous n'avons vu signalé nulle part le repère du cholédoque et qu’il nous a rendu les plus grands services.

Pour pousser l'injection, tendre le canal par la sonde placée dessous et piquer le plus loin possible de l'intestin pour éviter toute cause ultérieure d'infection ascendante. Le canal se bifurquant presque aussitôt, on n’injecte ainsi qu'un lobe. On doit alors retirer la canule et lui faire prendre une autre direction, oblique en bas pour

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injecter le lobe vertical. On peut mettre une ligature sur le canal pour empêcher l'injection de ressortir et pour injecter du coup les 9 canaux. Généralement, nous nous passons de ligature, pour éviter toute apparence de rétention.

L'injection doit être copieuse, si l’on veut pénétrer toute la glande. Il est bon de diluer sa culture dans du bouillon ou de l’eau stérile, de façon à injecter environ 20 centimètres cubes. On voit alors la glande se gonfler légèrement, puis se congestionner presque en entier. Nous faisions, au début, des injections beaucoup moins étendues : elles ne dépassaient guère la tête du pancréas.

Nous rangerons nos cas expérimentaux, d'après le temps qu’a duré chaque expérience : la lésion obtenue est surtout, en effet, subordonnée à la virulence de l'injection, donc à la durée de la survie. Nous obtiendrons très rapidement, d'une façon suraiguë, des pancréatites hémorrhagiques, puis au bout de quelques jours, avec une virulence moindre, des pancréatites suppurées, enfin au bout d’un certain

temps, avec des microbes atténués, des sc/éroses de l'organe.

Expérience n° 83 de la collection. — Injection de coli-bacille dans le canal et dans la glande. — Mort en un jour. — Pancréatite hémorrhagique.

Chien blanc-brun à grands poils. Le 22 octobre à 8 heures, injection de 2 centimètres cubes d’une culture, sur bouillon, de coli virulent, diluée dans 10 centimètres cubes d’eau stérile. Une partie de l’injection est faite dans le canal: on injecte aussi, par piqûre, plusieurs points de la glande. Mort le 23 au matin.

Auropsie quelques heures après : Pancréas très altéré, hémorrhagique, avec caillots entre les lobules : sérosité sanguinolente à la coupe. Les lésions sont surtout prononcées à l'extrémité horizontale et près du col. Foie ictérique. Pas de péritonite. Pas d'épanchement de sang dans la cavité péritonéale,

EXAMEN HISTOLOGIQUE. — Pièces durcies au sublimé à 7 p. 100, et à l'Altmann.

Colorations : hématéine-éosine, thionine, carmin de Orth et acide picrique. :

Une large hémorrhagie occupe la moitié de la coupe : elle dissocie les lobules qu’elle entoure et fragmente par places. Des groupements d'acini sont visibles, au milieu du sang épanché.

: «) Le centre de l’hémalome ne présente plus de formes cellulaires : il

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n’y a plus trace de cellules glandulaires. Les leucocytes eux-mêmes y sont rares, paraissent altérés et en train de se fragmenter.

8) Les contours de l’'hématome présentent, au contraire, une grande quantité de leucocytes ; on voit un certain nombre d'’acini glandulaires, groupés par 3 ou #, ou isolés au milieu du sang : leurs cellules sont en dégénérescence rapide : noyaux ne prenant plus la coloration, protoplasma trouble ou granulo-graisseux ; les coupes à l'acide osmique montrent une infiltration de ces cellules par de très petits grains noirs de différentes dimensions. Par la thionine, le protoplasma présente des contours dégradés. Il prend par places une teinte spéciale, bleu verdâtre.

y) Les points de la glande, voisins de l'hémorrhagie présentent une topographie bouleversée du lobule : les espaces inter-acineux sont élargis : ils sont bourrés de débris cellulaires colorés en rose un peu brique par l’éosine, en bleu clair par la thionine. Ces débris n’ont plus de forme reconnaissable : il est difficile d'en affirmer l'origine. Les espaces interlobulaires sont, eux aussi, élargis, remplis de sang. L’épanchement s'infiltre dans les fentes conjonctives, à une certaine distance du point central. La disposition des acini est bouleversée : on n'observe plus nettement de lumière centrale ; les cellules sont dépolarisées ; dégénérescence cellulaire encore très considérable. Noyaux à peine colorés, protoplasma indistinct.

S) Points plus éloignés du foyer de l’hématome : La glande apparaît à peu près normale ; on est frappé de la dilatation très considérable des vaisseaux. Les acini présentent des cellules à noyau fortement coloré, à protoplasma contenant une série de granulations plus ou moins réfringentes et d'égale taille. Rien de particulier dans les espaces interacineux.

En résumé, hémaiomes multiples, avec infiltration de sang au loin dans les fentes conjonctives élargies. Centre de l’'hématome impropre à toute vie cellulaire ; périphérie riche en leucocytes avec des restes de cellules glandulaires dégénérées. Puis, zone glandulaire altérée. Puis enfin glande à peu près normale présentant une énorme vaso-dilatation.

Expérience n° 85. — Infection coli-bacillaire par le canal de Wirsung. — Mort en un jour. — Pancréatite aiquè. — Tendance à la suppuration.

Chienne venant de mettre bas : le 13 novembre, injection de colibacille (culture sur bouillon). On injecte 5 centimètres cubes de la culture, puis 10 centimètres cubes d’eau bouillie pour la pousser plus loin dans la glande.

(En vue d’une autre expérience, la vésicule biliaire a été liée et sa base ouverte est retournée). Le chien meurt dans la nuit. Début de péritonité autour de la vésicule.

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