‹ Recherches Expérimentales et Cliniques sur les PancréatitesChapitre 41 sur 49 · PATES · texte numérisé non relu

PATES

tives ont continué sans aucun trouble. On cite même des exemples chirurgicaux analogues chez l'homme, tel est le cas de ScHLATTER qui, sur une femme âgée de 57 ans, pratiqua la résection totale de l’estomac pour un néoplasme étendu. Cette femme commença, dès le 20° jour, à manger des aliments de toutes sortes (viande, poulet, graisses, lait etc.). Elle engraissa de 4 kilogrammes en deux mois. L'examen des matières fécales et des urines, montra que l’utilisation des matières azotées se faisait normalement. Les urines ne contenaient pas beaucoup d’indol ni de scatol, preuve que les putréfactions intestinales n'étaient pas exagérées.

Le pancréas, à lui seul, suffit donc à la digestion des albuminoïdes.

De même, on peut voir la sécrétion biliaire supprimée ou détournée (fistule) pendant un temps fort long, sans que la résorption des graisses soit supprimée, LENTZ, B1DDER et SCHMIDT (proportion de graisses résorbées 20 0/0) Voir, (40 0/0), Ronmann, Muccer Munx, DAsTRE ; HEeDoN et VILLE ont même trouvé une résorption de 69 0/0. Si le pancréas suffit, à peu près seul à l'élaboration des aliments, par contre chacune de ses fonctions est doublée par celle d’un autre organe (sécrétion gastrique, biliaire, intèstinale) en sorte qu’inversement, l’extirpation complète du pancréas ne suffit pas non plus à entraver l'assimilation.

Chaque organe digestif a son organe vicariant, les maladies de l’un d’eux ne suspendent pas la fonction, tant que l’autre est intact.

Le pancréas, malade, ne trahira donc pas forcément son altération par des troubles digestifs, si l'estomac d’une part, le foie de l’autre sont en bon état, tout au plus se produira-t-il une assimilation de moindre quantité, phénomène difficile à apprécier, surtout en clinique.

EXPÉRIMENTALEMENT, le processus a été, du reste, étudié pour les graisses et les matières albumoïdes :

a) Graisses. — ABELMANN (1) après extirpation totale du pancréas, trouva dans les fèces la totalité des graisses ingérées. Si, par contre,

il laissait la queue du pancréas (tout apport de suc pancréatique dans

(4) ABELMANN, Inaug. diss., Dorpat, 1890.

l'intestin se trouvant naturellement supprimé), il observait une ré- Sorption de 50/100 pour les graisses, de 80/100 méme, pour les graisses émulsionnées du lait.

VAUGnAN, HARLEY (1), puis Hépon et Vice ont repris la question.

HÉDon et VILLE (2) ont vu, contrairement à ABELMANN, que, même : après extirpation complète du pancréas, il y a résorption des graisses (18/100 dans un cas). Le chyle en contient, du reste.

Enfin ces auteurs ont étudié la résorption des graisses après fistule : biliaire et extirpation du pancréas: Ils ont encore trouvé une résorption de 10/100 des graisses non émulsionnées, de 22/100 des graisses émulsionnées du lait.

La différence entre les quantités de graisses ingérées et évacuées dans les fèces n'indique peut-être pas, du reste, absolument la quo-. tité de graisse résorbée ; et l’on doit tenir compte, tout autant, des décompositions microbiennes subies dans l'intestin que du rôle propre à la muqueuse intestinale. La mutation des graisses est, dureste, encore pleine de mystère, et la lipase de M. Hawrior joue peut-être également son rôle, même dans l'absorption. Disons pourtantque Levin (3), avant introduit dans une anse intestinale isolée (fistule de Thiry) des matières grasses, les ayant mises ainsi à l’abri des sécrétions biliaires et pancréatiques, n’obtint, dans les villosités et dans le chyle, aucune résorption.

b) Pour entraver l'élaboration des ulbuminoïdes, le processus morhide devra porter à la fois sur lestomac et sur le pancréas (par exemple, néoplasme étendu propagé de l’un à l’autre).

Expérimentalement, on devrait faire l’extirpation du pancréas sur un animal déjà dépourvu d’estomac. Il est probable que les troubles généraux succédant à une telle mutilation compliqueraient beaucoup les résultats.

Après extirpation du pancréas seul, les albuminoïdes sont en partie assimilés. Néanmoins, nous rappellerons qu’alors les troubles nutritifs sont extrêmement intenses. Les chiens présentent une vo-

(1) Vauenaw, HarLev, Journ. of phys., 1895.

(2) Hénox et Vice, Archiv. physiol., 1897.

(3) Levis, Pflüg. Arch., 1896.

racité remarquable, un amaigrissement très rapide. Les selles montrent parfois des aliments mal digérés, fibres musculaires, etc. Elles présentent une fétidité particulière: les hémorrhagies sont fréquentes. La survie est de 4 à 3 mois: Après dépancréatisation et fistule biliaire, les animaux sont plus voraces encore, maigrissent encore plus rapidement, et survivent seulement de 10 à 20 jours (Hépon). Les phénomènes de putréfaction intestinale et les troubles trophiques de la muqueuse (hémorrhagies) sont très marqués.

Dans le cours de nos expériences, nous avons toujours remarqué cet amaigrissement très rapide des chiens à pancréas malade, et cela d'une façon très indépendante du diabète qui, le-plus souvent, manquait. Nous citerons, notamment, les exemples de chiens ayant rèçu dans le pancréas de l'alcool naphtolé, de la tuberculine, de la: papaïne. Certains d’entre eux étaient devenus squelettiques.

Nous avons observé le même fait à propos de chiens dont le pancréas avait été expérimentalement infecté. Mais, dans ce cas, nous ne pouvions dire ce qui, dans l’état général, était attribuable à l'infection. |

Toujours, nous avons pu faire le diagnostic de présence ou d’absence de lésion pancréatique d'après l’amaigrissement denos animaux.

La voracité des animaux à pancréas malade était très grande. Plusieurs d’entre eux mangeaient leurs matières fécales, riches encore en matériaux assimilables, Ces fèces présentaient souvent un aspect gras, une odeur fétide. La soif paraissait par contre, comme la polyurie, liée surtout au diabète et manquer en partie lorsque manquait la glycosurie.

CLINIQUEMENT, les mêmes phénomènes nutritifs sont observés au cours du diabète pancréatique et le grand mérite de LANCEREAUX consiste à avoir relié l’un à l’autre ces deux termes : amaigrissement rapide et lésion pancréatique,

Mais chez l’homme, comme sur nos animaux, l’amaigrissement ne marche pas toujours de pair avec la glycosurie. Il a été signalé, dans plusieurs cas avec la mention expresse qu'il n’y avait pas de glYco-

surie. L'amaigrissement, dans le cancer de la tête du pancréas, est

Page 1