Partie organique
Acide sulfurique 0,000549
Acide phosphorique 0,000683
Matières miné-]Acide carbonique 0,000149
Matières solub. dans,
l'eau
raies solubles, (Chlore 0,'
0,01208 jPotassium 0,001200
Sodium, matières indéterminées et perte 0,005817
Matières minérales insolubles 0,000140
Propriétés générales des déjections ahines des cholériques filtrées.
On a vu précédemment que la matière soluble des déjections donne deux produits fort distincts par l'emploi de l'alcool concentré. Il importe beaucoup de rechercher la nature de ces produits, afin de remonter, s'il se peut, jusqu'à leur origine, et d'avoir des renseignements positifs sur l'étiologie du choléra.
Les phénomènes qui s'accomplissent chez les cholériques, l'altération du sang* rendue si évidente par la tentative de la saignée, l'amaigrissement, les crampes, le flétrissement des yeux, la cyanose, la suspension du pouls et de la sécrétion des urines, m'avaient, dès mes premières observations qui datent de l'année 1832, porté à penser que les déjections devaient provenir du sang et contenir du sérum, sous une forme quelconque. Cependant M. Andral (C. R. de l'Académie des Sciences, t. XXV, p. 229, année 1847) a dit que le sang" des cholériques n'était point altéré, qu'il renfermait la même quantité d'albumine que dans l'état normal, que les déjections n'en contenaient point, et que la théorie qui rapporte les symptômes de la période de cyanose du choléra à un changement que le sang aurait éprouvé dans sa composition par suite d'une grande et subite perte de sérum, ne saurait être admise.
Le corps de l'homme ne renferme aucun liquide inconnu ; on y trouve du sang1, du chyle, de la lymphe, et ces trois fluides contiennent de l'albumine. Le mucus même des déjections des
cholériques, aussi bien que les mucosités rendues par l'intestin lors de l'emploi des purgatifs, doivent provenir du sang. Toutefois, il faut reconnaître que des produits solides pouvaient se dissoudre par une réaction analogue à celles que les chimistes classent parmi les fermentations, et s'ajouter à ceux du sang. Telle pouvait être la chair musculaire ; mais encore cette chair est de nature albuminoïde.
Or, les déjections provenant du sang devaient, sous une forme quelconque, renfermer les éléments d'une matière albuminoïde. J'ai donc cru devoir faire une étude spéciale de l'albumine puisée dans les œufs de la poule et dans le sérum du sang humain, afin de la comparer aux produits contenus dans les déjections alvines des cholériques. Ces déjections étant généralement alcalines, j'ai dû expérimenter l'action des alcalis, et spécialement celle des carbonates ou des bi-carbonates qu'elles contiennent.
Une dissolution de bi-carbonate de soude, ajoutée à de l'albumine des œufs filtrée, s'oppose à sa coagulation par la chaleur. Cette liqueur, après le refroidissement, précipite abondamment par l'alcool; ce qui prouve qu'elle contenait réellement de l'albumine en dissolution et que la chaleur ne l'avait point détruite. C'est bien au bi-carbonate qu'est due cette propriété, car le carbonate simple ne produit pas le même effet ; il n'empêche pas l'albumine de se coaguler par la chaleur, à moins d'en employer un très grand excès, et elle prend une teinte grise foncée, presque noire.
Une dissolution de bi-carbonate de potasse est moins efficace que celle du bi-carbonate de soude pour empêcher la coagulation de l'albumine par la chaleur, et la liqueur prend une teinte brune foncée.
Un mélange de chlorure sodique, de chlorure potassique, d'azotate potassique et de bi-carbonate sodique, dissous dans l'eau distillée, ne s'oppose qu'en partie à la coagulation de l'albumine ; il y a formation d'un coagulum, et la liqueur se trouble, ce qui n'arrive pas avec le bi-carbonate de soude seul.
Si les déjections cholériques filtrées contiennent une matière albuminoïde, et si celle-ci ne se coagule point par la chaleur, cela peut donc être attribué à la présence d'un bi-carbonate alcalin .
J'ajouterai ici, que la soude ne peut point être à l'état de carbonate dans le sang, comme on l'a admis jusqu'ici, mais bien à l'état de bi-carbonate ; car le sang contenant toujours de l'acide carbonique libre, qui se produit dans l'acte de la respiration, c'est bien du bi-carbonate et non du carbonate sodique que ce fluide contient. Ce bi-carbonate peut être entraîné avec l'albumine, qui abandonne le sang- pour pénétrer dans l'intestin.
Ce qui précède permettra de mieux comprendre l'action des réactifs sur les déjections filtrées.
La plupart des réactions qui vont être décrites ont été essayées comparativement avec celles données par l'albumine des œufs et celle du sérum du sang* humain, dissoutes séparément dans l'eau distillée, ainsi que cela vient d'être dit.
Action de la chaleur. Il se produit un trouble léger, devenant un peu plus considérable après le refroidissement.
V acide sulfurique y fait naître un précipité abondant.
U acide azotique concentré, ajouté goutte à goutte, donne un précipité immédiat abondant. Il se comporte de même avec l'albumine du sang et celle des œufs.
L'acide azoteux concentré ne réagit pas notablement sur des déjections desséchées et redissoutes ; il précipite abondamment l'albumine des œufs.
U acide acétique ne troublant point une dissolution d'albumine ordinaire, et pensant que la présence d'un carbonate alcalin s'opposait à la coagulation par la chaleur, la liqueur a été saturée par de l'acide acétique dilué; elle s'est troublée immédiatement, et la chaleur a déterminé ensuite la coagulation d'une matière qui devait être albuminoïde. On sait que l'albumine du sang et celle des œufs, même lorsqu'elles sont fort étendues d'eau, se coagulent aussitôt par la chaleur.
Alcool. Précipité, quand il est très concentré. Dans un tube, en douze heures, le liquide est clarifié, et il y a un dépôt abondant. Les deux albumines, celle du sang et celle des œufs, se précipitent immédiatement.
Chlore. Précipité blanc, très sale, peu abondant; avec les albumines ordinaires, précipité abondant.
Tannin. Précipité blanc sale, immédiat. On sait que les albumines ordinaires donnent aussi immédiatement un précipité par ce réactif.
Bi-clilorure de mercure . Précipité blanc sale, immédiat. La même chose a lieu avec les matières albumineuses du sang" et des œufs.
Azotate d'argent. Précipité jaune, ressemblant au phosphate tri-arg"en tique, soluble dans l'ammoniaque, en partie soluble dans l'acide azotique, et laissant un résidu blanc qui a toute l'apparence du chlorure d'argent. Avec les albumines ordinaires, ce réactif donne immédiatement un précipité blanc abondant.
Sulfate de une. Précipité blanc sale, abondant, insoluble dans un excès de réactif. Avec l'albumine des œufs, on obtient immédiatement un précipité blanc, soluble dans un excès de réactif. La différence de ces deux réactions peut être due à une formation de carbonate et de phosphate de zinc, dans le cas de l'emploi des déjections. Je dois faire remarquer cependant qu'une dissolution de zinc, ajoutée dans une dissolution de bi-carbonate de soude, ne donne aucun précipité; d'où il faut conclure que c'est à la présence d'un phosphate qu'il faut attribuer la permanence du précipité, bien plus qu'à celle du carbonate.
Sulfate de cuivre. Précipité d'abord blanc bleuâtre, puis bleu, soluble en partie dans un excès de réactif, mais se troublant ensuite. Dans ce cas, il a pu se former du carbonate et du phosphate de cuivre, parce que les sels de cuivre précipitent même dans un excès de bi-carbonate de soude.
Azotate de sesqui-oxyde de fer. Précipité rougeâtre, idem avec l'albumine ordinaire.
Acétate de sesqui-oxyde de fer. Précipité abondant, d'une couleur brune-claire, qui se redissout en grande partie dans l'acide acétique, mais qui laisse un résidu insoluble de phosphate de sesqui-oxyde de fer.
Voxalate d'ammoniaque ne fait naître aucun trouble, d'où l'on peut conclure que ces déjections ne contiennent pas de sels calcaires.
Le bi-carbonate de soude ne fait naître aucune réaction appréciable à la température de l'ébullition.
Le sulfate de magnésie ne fait naître aucun précipité, ni à chaud jj ni à froid ; mais il se forme un précipité abondant quand à ce ! mélang'e on ajoute de l'ammoniaque. Ce précipité m'a paru | trop abondant pour pouvoir être attribué entièrement à la j formation du phosphate ammoniaco-mag'nésien.
Le chlorure calcique fait naître un précipité abondant formé de carbonate, de phosphate et de sulfate calciques.
Le chlorure barytique donne aussi un précipité fort abondant formé des mêmes sels à base de baryte.
Après le repos et la décantation, la liqueur, traitée par le chlorure barytique, ne précipite en aucune manière par le chlorure calcique. Cette expérience prouve d'une façon évidente que les déjections cholériques ne contiennent aucun oxalate soluble. On sait que l'oxalate barytique est soluble dans l'eau et que l'acide oxalique ne peut être précipité par la baryte.
La majeure partie des réactions qui viennent d'être signalées sont bien celles d'une matière albuminoïde, associée à quelques substances salines qui en modifient les propriétés. Si la mat &;re albuminoïde n'est point coagulée par l'action de la chaleur, cela doit être attribué à sa grande dilution et à la présence d'un bi-carbonate alcalin.
J'ai voulu tenter encore un essai. On sait que les matières albuminoïdes, mises en contact avec l'acide chlorhydrique concentré, prennent une teinte bleue très foncée. Le produit de la dessiccation des déjections a été mis en présence de cet acide. Il en est résulté une liqueur brune très foncée, qui paraissait bleuâtre ; mais il n'y a eu rien de décisif à cet égard. L'albumine étant accompagnée d'autres matières organiques, il est évident qu'elle n'a pu donner une réaction franche.
Quoi qu'il en soit, la présence d'une matière albuminoïde dans les déjections des cholériques ne peut paraître douteuse après l'examen qui vient d'en être fait. Dans le chapitre suivant, on trouvera une preuve plus évidente encore de son existence dans ce produit morbide.
j&ssais faits avec divers produits de cholériques mis en présence de quelques substances alimentaires.
Désirant savoir si les produits des cholériques exerçaient quelque influence appréciable sur différentes substances, et notamment sur celles qui sont alimentaires, j'ai tenté quelques expériences dans cette direction. Elles m'ont donné un résultat éminemment remarquable, et qui précise le mode d'altération éprouvée par l'albumine du sang.
Les produits essayés ont été :
1° Le liquide des déjections filtré;
2° Le produit muqueux de ces déjections;
3° Le sang1 veineux des cholériques.
Les liqueurs mises en présence des agents précédents ont été : du lait, du bouillon de bœuf, une dissolution aqueuse de sucre filtrée, de l'empois d'amidon et de l'albumine d'oeuf, étendue d'eau et filtrée.
La liqueur des déjections filtrée jouit de la propriété caractéristique de la diastase : elle fluidifie immédiatement l'empois d'amidon et le rend limpide. Le lendemain, le fond du vase dans lequel on avait opéré était tapissé par des enveloppes de fécule.
Cette liqueur ne coagule pas immédiatement le lait à froid et ne l'empêche pas de se coaguler sous l'influence du temps, comme cela a lieu ordinairement. Elle ne produit rien de remarquable dans les autres matières et n'en détermine nullement la putréfaction.
Le mucus, retenant un peu de la partie soluble des déjections, jouit de la propriété de la diastase, mais à un très faible degré. Il coagule fortement le lait.
Les déjections filtrées, mais ayant éprouvé un commencement de putréfaction, ne jouissent plus de la propriété de la diastase.
L'albumine du sang existe donc dans les déjections des cholériques, mais elle y est modifiée et à l'état de diatase.
Dans la crainte que la réaction opérée avec l'empois d'amidon ne puisse être due à une autre cause que la présence de la diastase, tous les sels, dont l'analyse permet de supposer l'existence dans les déjections des cholériques, ont été essayés en présence de l'empois d'amidon : carbonates et bi-carbonates, phosphates, sulfates et chlorures, potassiques et sodiques. Aucun d'eux n'a pu le fluidifier.
Il importait beaucoup, pour l'étiologie de la maladie, de savoir si l'altération de l'albumine avait lieu après son extravasion, ou si elle s'était produite dans les vaisseaux mêmes qui récèlent le sang. L'expérience suivante va répondre à cette question.
Le sang des cholériques jouit de la propriété de la diastase, comme les déjections filtrées.
Enfin, il fallait savoir si cet état du sang était normal.
Le sang d'un homme atteint d'une simple congestion cérébrale
et celui d'une femme n'ayant d'autre affection qu'une bronchite furent soumis à l'expérience, et il fut démontré qu'ils ne jouissent nullement de la propriété de la diastase.
A tous les désordres observés chez les individus atteints du choléra épidémique, il faut donc ajouter l'altération de l'albumine du sang- et sa transformation en diastase, autre matière albuminoïde qui existe dans l'orge germée et qui transforme la fécule de ce fruit d'abord en dextrine, puis en sucre.