‹ Recherches expérimentales et observations sur le choléra épidémiqueChapitre 9 sur 10 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Les conclusions de ce travail sont simples et découlent nettement des faits qui y sont rapportés.

Dans le choléra, le sang est profondément altéré. Il éprouve une perte considérable de sérum, représentée par de l'eau, de l'albumine et différents sels. Les autres éléments ont perdu la propriété de se réunir sous forme de caillot.

L'albumine est transformée en diastase, jouissant de la propriété de fluidifier l'empois d'amidon.

Cette diastase se retrouve dans les déjections.

La matière mucoïde est bien telle qu'elle a été décrite par M. Andral, à cela près qu'il faut y ajouter les globules sphériques dont j'ai fait connaître le diamètre, qui ont été reconnus par d'autres observateurs, et que l'on a considérés comme étant les mêmes que ceux qui constituent la levure de bière. Je ne sais jusqu'à quel point cette observation est fondée, car l'emploi du microscope ne suffit point pour affirmer un tel fait. Il faudrait voir si ces globules jouissent de la propriété fondamentale et caractéristique de cette levure, propriété qui consiste dans la transformation du sucre en alcool et en acide carbonique.

Le rapprochement qui a été fait entre les globules des déjections alvines des cholériques et la levure de bière, sans savoir que l'albumine est d'abord transformée en diastase, présente cette coïncidence singulière que, dans le choléra, cet élément primitif de l'organisation animale subirait exactement les mêmes métamorphoses que la matière albuminoïde de l'orge, qui, sous l'influence de la germination, se transforme d'abord en diastase, ferment qui jouit de la propriété remarquable de réagir sur la fécule pour en faire successivement de la dextrine et du sucre,

et enfin en levure, autre ferment qui détruit le sucre pour en foire de l'alcool et de l'acide carbonique.

Il est éminemment probable que l'étude approfondie de ces métamorphoses, ne fût-ce que sur l'orge, qui est constamment à notre disposition, pourra jeter une vive lumière sur la cause primitive et générale qui fait naître le choléra.

Voilà les conséquences qui découlent immédiatement de ce travail, et peut-être devrais-je me borner à les signaler. Cependant, je ne puis m'empêcher de faire la remarque suivante, car ces faits ouvrent un nouveau champ aux observations.

Le choléra est-il caractérisé uniquement par une simple altération du sang et par l'extravasion de ce fluide?

L'amaigrissement des cholériques, la cyanose, les crampes et surtout la présence d'une quantité très notable de potasse dans les déjections , n'indiquent-ils point une altération profonde du système musculaire et au moins la perte du fluide qui imprègne ses éléments anatomiques ?

La grande ressemblance qui existe entre les déjections alvines des cholériques et le suc pancréatique, n'indique-t-elle pas encore que le choléra est dû en grande partie à une hypersécrétion de ce fluide, et que c'est principalement par le canal de Wirsung que tous ces fluides et les matières qu'ils tiennent en dissolution arrivent dans l'intestin?

Cette altération de l'albumine et sa transformation en diastase, réaction qui peut être considérée comme le résultat de la fermentation d'un ferment, ne peut-elle point conduire a de nouveaux moyens prophylactiques ou thérapeutiques ? Ne peut-il y avoir des agents antiputrides ou antiseptiques qui préviennent cette transformation ou qui l'arrêtent lorsqu'elle est commencée?

Le bi-carbonate de soude, que j'ai employé avec tant de succès concurremment avec l'ammoniaque et les sinapismes, pendant l'épidémie de l'année 1832, ainsi que plusieurs amis, plusieurs membres de ma famille et des médecins de Valenciennes l'ont fait après moi, ne serait-il point un de ces agents?

Ne voulant pas, dans cette partie de mon travail, dépasser les limites des conséquences qui découlent immédiatement de l'expérience, je me borne à ces simples observations .

La transformation de l'albumine du sang en diastase est le point fondamental sur lequel j'appelle l'attention du Congrès, de

tous les savants, de tous les observateurs. C'est un premier point acquis par la voie expérimentale ; espérons que de nouveaux faits viendront compléter la théorie du choléra et qu'il pourra en résulter quelque bien pour l'humanité.

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