DE LA DIGESTION DES MAMMIFÈRES
Les recherches que nous avons faites pour découvrir ce qui se passe dans l’acte de la digestion ont eu lieu tant sur des animaux carnivores que sur des herbivores. Nous avons choisi , parmi les premiers , le chien et le chat ; parmi les autres, non-seulement ceux dont l’estomac est simple, comme le cheval, mais encore ceux qui ont plusieurs estomacs, tels que la brebis , le veau et le bœuf. Quant à ce qui concerne le plan qu’il fallait adopter dans les expériences à faire sur une fonction si compliquée , après y avoir mûrement réfléchi , nous avons pensé que la marche suivante serait la plus simple et la plus convenable. D’abord nous avons dû faire tous nos efforts pour connaître les propriétés et la composition chimique des sécrétions glandulaires , telles que salive , suc pancréatique et bile , qui sont versées dans le canal alimentaire , pendant la digestion principalement , et qui , mêlées aux alimens reçus dans ce conduit, paraissent jouer un rôle important dans l’acte digestif. En conséquence, nous avons recueilli de la salive et du suc pancréatique chez des animaux
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vivans , en les recevant à leur sortie des conduits excréteurs. Des recherches nouvelles ont été faites aussi sur la hile accumulée dans son réservoir.
Nous avons été obligés ensuite de considérer les organes digestifs dans l’état de vacuité , les fluides qui se rencontrent dans les diverses portions du canal alimentaire , le suc gastrique , le suc intestinal, le mucus intestinal , et d’apprendre à connaître leurs propriétéspliysiques et chimiques, tant afin de pouvoir plus tard 'établir des comparaisons relativement à l’effet qui résulte de leur mélange avec les alimcns pendant la digestion , que pour savoir quelles sont, parmi les matières qu’on trouve dans le canal intestinal des animaux qui ont mangé, celles qu’on doit rapporter à la nourriture ingérée, et celles qui proviennent des sucs intestinaux. Nous n’avons pas négligé non plus de faire des expériences sur des animaux vivans, afin de reconnaître si le suc gastrique n’éprouverait pas des modifications dans ses propriétés , à la suite d’irritations portées sur l’estomac.
Après avoir ainsi examiné non-seulement les humeurs qui concourent à la digestion , mais encore l’état du canal alimentaire dans l’état de vacuité , nous avons fait des expériences sur les changemens que les aliinens subissent dans l’estomac et dans les diverses parties du canal intestinal. D’abord nous avons douné à des animaux des substances alimentaires simples , tirées du règne animal et du règne végétal , comme de l’albumine liquide et coagulée , de la gélatine , de la fibrine , de l’amidon , du glutén , du mucus végétal , du sucre et de la graisse. Ces substances ont été administrées isolément et sans mélange. Nous avons procédé ensuite à des expériences sur la digestion des alirnens composés , qui résultent seulement de l’association diverse des alirnens simples,, tels que la viande , le lait, les os, le pain , les pommes de terre , etc.
Les animaux nourris , pendant un laps de temps plus ou moins long , avec une certaine sorte d’alimens, ©rît été tués 4 différens intervalles après le repas. Nous avons recueilli avec soin les substances contenues dans l’estomac, le duodénum , les divisions de l’intestin grêle , le cæcum et le reste du
pros intestin , étudié leurs propriétés, et examiné la manière dont elles se comportaient avec divers réactifs chimiques. Dans ces recherches, nous avons presque toujours porté en même temps notre attention sur la composition du chyle que contenaient les vaisseaux lymphatiques du canal intestinal et le canal thoracique ; dans quelques cas même, nous n’avons pas négligé d’examiner aussi le sang et l’urine.
Aussitôt après avoir terminé les expériences sur la digestion de divers alimens simples et composés , notre attention s’est dirigée sur la part que la bile et le suc pancréatique prennent à l'acte digestif. Il était nécessaire , pour apprécier, l’action de ces humeurs , de lier le canal biliaire et le Canal pancréatique sur des animaux vivans , et d’empêcher ainsi les deux fluides de couler dans le tuhe intestinal. En suivant cette marche, nous devions espérer que les changemens qui auraient lieu dans la nature des substances que contenait le canal intestinal nous éclaireraient sur le rôle que ces hu>» meurs jouent dans la formation du chyle...
Enfin, nous n’avons pas omis de faire aussi quelques expériences relatives à l’influence du système nerveux sur là digestion. A cet effet, nous avons coupé, sur des animaux trivans , tantôt un des nerfs pneumo-gastriques seulement , et tantôt tous les deux, soit au cou, soit dans la cavité abdominale , afin de reconnaître si la digestion se trouverait inter—, rompue par là. . . ; .
Telle est la marche que nous avons suivie dans les expériences que réclamaient les recherches difficiles sur la digestion des mammifères.
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