III. DE LA BILE
La bile a souvent fixp l'attention des cl»imistes , depuis le milieu du dix-septième siècle. Les anciens s’accordaient à la considérer comme une espèce de savon composé principalement de soude et d’une matière particulière , résineuse ou huileuse. Fourcroy, se guidant d’après les expériences de ses prédécesseurs et d’après les siennes propres , y admettait , en outre , la présence d’une matière colorante , d’une matière odorante, d’une matière albumineuse et de diiférens sels. Thénard assigne à la bile de bœuf, pour parties constituantes , de la résine , du picromel , une matière animale jaune , de la soude et divers sels. Il a obtenu des résultats parfaitement semblables en examinant là bile de plusieurs autres animaux. Au contraire, Berzelius prétend avoir observé que la bile ne contient ni résine ni picromel. Indépendamment des sels existans dans le sang, il y admet la matière biliaire , une substance particulière , non azotée et amère , ayant .un arrière - goût douceâtre , qui se comporte avec les acides de la même manière que la fibrine , la partie colorante et l’albumine du sang , aux dépens desquelles elle est formée dans le foie. Les recherches de Prout s’accordent avec celles de Berzelius quant aux prinpaux points. Les résultats de celles qui ont été faites dans
ces derniers temps par Chevreul , Chevalier et Lassaigne , sur la composition de la bile de l’homme et de divers mammifères , s’en éloignent et se rapprochent de ceux qu’a obtenus Thénard. Ces chimistes ont constaté particulièrement la présence du picromel , substance qu’Orfila , Laugier et Caventou ont trouvée aussi dans les calculs biliaires de l’homme. La dissidence qui règne encore entre les opinions , relativement à la composition dé la bile , nous à fait juger nécessaire de soumettre ce liquide à une nouvelle analyse. •
§ I. Bile dü boeuf. — Traitement par l’alcool et par Vacétate de plomb . — La bile extraite de quatre vésicules biliaires fut évaporée à siccité , et le résidu traité plusieurs fois de suite , à une chaleur modérée , par l’alcool à 36 degrés B. , jusqu’à ce que ce dernier cessât de se colorer sensiblement.
I. La portion non soluble dans l’alcool , qui représentait une mucosité éerdâtre , fut bouillie avec de l’eau.
i. La portion insoluble dans l’eau bouillante était le mucus de la vésicule biliaire. Ce mucus , mou et verdâtre dans l’état frais , était dur , cassant et d’un gris verdâtre foncé dans l’état sec. lise boursouflait au feu, et brûlait avec flamme, en répandant l’odeur de la corne. La cendre, dont la quantité s’élevait à 8 pour cent du mucus desséché, était d’un blanc grisâtre et terreuse ; elle êoinmuniquait à l’eau un peu de sulfate et très-péu de chlorure : du reste , elle était composée d’une grande quantité de phosphate et d’une faible proportion de carbonate de chaux. Le mucus ayant été laissé pendant plusieurs jours en contact avec de l’acide sulfurique et de l’acide hydro-chlorique étendu d’eau à froid , il s’ensuivit une légère dissolution , dans laquelle la teinture de noix de galle fit naître un faible précipité. Au contraire , l’acide nitrique parut ne dissoudre aucune parcelle de mucus : au moins ne fut-il pas troublé par la teinture de noix de galle. Lorsqu’ aîprès avoir lavé avec de l’eau froide le mucus mis en macération dans ces trois acides , on le faisait digérer avec de l’eau chaude , cette dernière manifestait ensuite un léger trouble avec la teinture de noix de galle. Le vinaigre distille, digéré avec le mucus, se
DE LA DIGESTtO*
troublait ensuite par cette même teinture , et donnait aussi un précipité très-abondant avec l’ammoniaque , puis encore un faible avec l’oxalate de potasse : il avait donc enlevé au mucus, outre la matière animale, du phosphate et du carbonate de chaux , sels qui sont contenus dans plusieurs espèces de mucosités. Le mucus se ramollissait un peu dans l’ammoniaque étendue d’eau , et se dissolvait ert partie , de sorte que - la. teinture de noix de galle opérait un précipité dans cette dernière , après qu’elle avait été saturée d’acide acétique. La solution aqueuse de potasse dissolvait presqu 'entièrement le mucus. En faisant digérer , à froid ou à chaud, le mucus encore frais avec de l’eau contenant un peu de bi-carbonate de soude , il se gonflait seulement , sans former une dissolution filante et semblable à la bile pour la consistance. Les réactions du mucus de la vésicule biliaire s’accordent avec les résultats obtenus par Berzelius.
2. La décoction aqueuse fut évaporée jusqu’à siccité , et le résidu traité par l’alcool bouillant.
A. La portion insoluble dans l’alcool fut dissoute dans l’eau , et la liqueur filtrée , puis évaporée. Il resta une pellicule d’un blanc jaunâtre , transparente et inaltérable à l’air. Cette pellicule devint molle et gluante quand on y versa de l’eau , et ne se dissolvit qu’en partie ; car il resta beaucoup de grands et épais flocons. Une partie de la dissôlution fut évaporée. Le résidu, brûlé, se boursouilla peu , et répandit l’odeur du pain grillé.
Une autre partie , essayée par les réactifs , se comporta de la manière suivante :
Chlore : une grande quantité de grands flocons d’un blanc jaunâtre. — Acides phosphorique , sulfurique, nitrique et liydro-chlorique, eau de diaux, alun, chlorure d’étain : une trèsgrande quantité de très-grands flocons caséeilx et jaunes. — Ter-chlorure de fer , sulfates de fer et de cuivre , acétate de plomb neutre et sous-acétate de plomb s magma très-considérable , donnantà la liqueur la consistant d’une bouillie. — Proto-nitrate de mercure : magma très-considérable , blanc , se colorant en rouge pâle dans l’espace de quelques heures. — Per-cblorure de mercure : trouble léger , ne se
• DFS MAMMIFÈRES. /\5
manifestant que peu £ peu. — Nitrate de-mercure : rien. — Vinaigre distillé : trouble très-fort , blanc. — Teinture de noix de galle : une trps-grande quantité de très-grands flocons. — Alcool : une grande quantité de grands flocons.
Ce qui restait encore de la dissolution aqueuse fut évaporé deux fois à siccité. A chaque dissolution , il resta un grand nombre de flocons épais et insolubles. Par conséquent la matière dont il s’agit ici se comportait absolumenf comme la matière caséeuse: cependant elle contenait peut-être aussi de la matière salivaire.
B. La décoction alcoolique était d’un jaune pâle; elle se troubla par le refroidissement , et déposa un petit nombre de flocons blancs. Ces flocons furent rassemblés sur un filtre, puis dissous dans de l’alcool bouillant , que l’on évapora ensuite. Il resta une pellicule opaque et j^une , qui se comporta de la manière suivante. Elle brûlait avec la flamme et l’odeur ds la corne. Cependant son •charbon se consumait avec rapidité, et ne laissait qu’un vestige de cendre blanche. Elle se dissolvait facilement et complètement dans l’eau froide. La dissolution , qui était* jaune et insipide, réagissait comme il suit :
' Chlore , acide hydro-chlorique et acide nitrique : trouble considérable. — Chlorure d’étain , acétate de mercure neutre et proto-nitrate de mercure : une quantité considérable de grands -flocons blancs. — Per-chlorure de mercure et nitrate d’argent : une grande quantité de grands flocons d’un blanc jaunâtre.
Ceci paraît indiquer une matière particulière, dont la quantité est cependant très-petite.
Le reste de la décoction alcoolique , d’où la matière qui vient d’être décrite s’était précipitée par le refroidissement, se troubla fortement lorsqu’on y versa déjà teinture de noix de galle. Il ne fut pas examiné davantage.
II. Le liquide obtenu par la digestion de la bile avec l’alcool offrait une couleur verte quand la lumière frappait sa surface , et rougeâtre lorsqu’elle le traversait. Mêlé avec le vinaigre distillé , il donna peu de flocons ; avec le chlorure de sodium , il demeura clair. On le fit évaporer jus-
UE LA DIGESTION
qu’à la consistance de la térébenthine , et on l’agita ensuite avec de l’éther souvent renouvelé.*
i . L’éther décanté était d’un jaune pâle , et répandait une odeur de bile fortement prononcée. On l’évapora en partie , puis on l’exposa au froid. 11 s’en sépara un grand nombre de cristaux écailleux.
A. Les cristaux écailleux possédaient toutes les propriétés de la cholestérine. Nous conclûmes de là que la cholestérine n’est point un produit morbide, puisqu’on la trouve aussi dans la bile saine. 11 est donc permis maintenant de désigner cette substance , que l’on rencontre aussi dans la bile de beau-* coup d’autres animaux , sous le nom plus court de choline ( i).
B. Le reste de la liqueur éthérée donna quelques autres cristaux de choline , après qu’on l’eut encore une fois évaporé et fait refroicjir. 11 resta enfin une huile peu coulante , transparente et. d’un jaune pâle , ayant l’odeur de celle d’olive. Cette huile rougissait fortement le tournesol ; elle se dissolvait, avec une effervescence sensible, dans le carbonate de soude liquide , d’où résultait une liqueur jaunâtre , à la surface de laquelle nageaient des flocons nombreux de savon. Si l’on en juge d’après ces propriétés , l’huile en question était composée , en totalité ou en grande partie , d’acide olfique.
2 . La portion de l’extrait alcoolique non soluble dans l’éther fut dissoute dans une grande quantité d’eau- , et précipitée par l’acétate de plomb neutre , jusqu’à ce que ce sel n’en séparât plus rien.
A. Le précipité produit par l’acétate de plomb neutre était d’un blanc verdâtre tirant sur le brun , et il avait la ténacité
(i) Berzelius [Journal de Schweigger , t. x.) avait déjà observé que l’éther enlevait à la matière biliaire une matière grasse, d’une odeur désagréable ; mais il admettait que cette dernière était produite par l’action décomposante de l’éther sur la matière biliaire. Comme nous ne possédons pas d’autre exemple constatant que l’éther décompose des combinaisons organiques , et comme nous avons trouvé qu’il u’extrait pas de cholestérine de la bile de tous les animaux, il nous parait pins naturel d’admettre que cette dernière existe déjà toute formée dans la bile.
Digiti;
d’un extrait. On le délaya dans un mélange d’eau et de vinaigre distillé , à travers lequel on fit ensuite passer un courant d’acide hydro-sulfurique s jusqu’à ce que ce gaz cessât d’ètre absorbé ; alors on filtra la liqueur , et le sulfure de plomb fut lav4 avec de l'eau.
a. Le ' sulfure de ploirtb fut desséché et bouilli avec de Lalcool. L’alcool filtré était brun , et se troublait par l’addition de l’eau. Après avoir ajouté une quantité suffisante de cette , dernière , on fit évaporer le tout. On obtint , de cette manière , une résine surnagée par un liquide aqueux , d’un jaune pâle , dont un grand nombre d’aiguilles fines et blanches se séparèrent par le refroidissement. Comme ces aiguilles se trouvaient mêlées en partie avec la résine , on les débarrassa de cette dernière en lavant à plusieurs reprises le tout avec de l’eau chaude , ce qui exigea beaucoup de temps. Les eaux de lavage furent ajoutées au premier liquide ^aqueux qu’on avait décanté de dessus la résine.
oc. La résine était, à la température ordinaire , plus molle que la cire , et plus consistante que la térébenthine. Elle se laissait pétrir entre les doigts , auxquels elle adhérait un peu. Sa couleur était le brun-verdâtre foncé., Réduite en parcelles minces , elle laissait passer la lumière faiblement et confusément. Elle exhalait une forte et désagréable odeur de bile. Afin de l’isoler encore davantage , on la fit dissoudre dans un peu d’alcool, auquel on ajouta de l’éther jusqu’à ce qu’il ne se formât plus de précipité. Le précipité se réunit en une masse résineuse agglomérée.
I. Le précipité résineux produit par l’éther ne se dissolvait qu’en partie dans l’alcool à chaud : c’est pourquoi le mélange fut filtré encore chaud.
i . La portion non soluble par l’alcool , et dont la quantité était fort peu considérable , avait , dans l’état frais , une couleur jaune-brunâtre. Après avoir été desséchée , elle était d’un blanc brunâtre, opaque et insipide. Au feu elle se ramollit, s’aglutina, se boursouffla beaucoup, et brûla avec une flamme vive , en exhalant l'odeur de la corne , et répandant des vapeurs qui rougissaient le papier de curcuma
48 DE LA* DIGESTION
humecté. Le charbon spongieux qu’elle laissa se consuma rapidement sans laisser de cendre. L’acide nitrique , modérément étendu d eau et froid , colorait cette substance animale en jaune , et développait peu de gaz :\k chaud , il la dissolvait complètement , avec une vive effervescence : la dissolution était jaune , et l’eau la précipitait en blanc. Cette matière se montrait absolument insoluble dans l’eau bouillante, 1 alcool et 1 ether. C était, par conséquent, une matière voisine de l’albumine coagulée. Il serait difficile d’indiquer dans quel état elle se trouve dans la bile, et par l’intermède de quelles autres matières l’alcool l’avait dissoute précédemment.
2 . La solution alcoolique se troubla par le refroidissement, et déposa une matière brune.
A . La matière brune précipitée parut , après sa dessiccation, d’un blanc brunâtre, opaque et terne. Elle se comportait au feu comme la matière insoluble dans l’alcool dont nous venons de parler. Plongée dans l’acide hydro-chlorique concentré, elle se ramollissait f et adhérait aux parois du vase , elle s’y dissolvait en partie à froid', et en totalité à chaud : de là résultait une liqueur d’un jaune rougeâtre pâle , que l’eau précipitait en blanc. L’acide acétique dissolvait eette substance lentement à froid et rapidement à chaud : la dissolution , d un jaune pâle , était fortement troublée par la teinture de noix de galle . L’ammoniaque et la potasse liquides dissolvaient promptement cette substance à froid ; la dissolution , d’un jaune brunâtre pâle , donnait , par l'acide acétique , des flocons blancs , qui, avecle secours delà chaleur , se dissolvaient dans un excès de cet acide. L’alcool bouillant dissolvait également cette matière,- qui était insoluble dans l’éther et dans la solution aqueuse de carbonate de potasse. Par conséquent , elle avait beaucoup d’analogie avec la gliadine.
B. La dissolution alcoolique décantée était d’un jaune pâle. On l’étendit d’eau, et on la soumit à l’évaporation, pendant le cours de laquelle il s’en sépara une résine.
a. La résine était d’un brun pâle et transparente. Elle jouissait absolument des mêmes propriétés que la résine
biliaire dont nous donnerons la description plus loin. Pour se convaincre que ce n’était pas par hasard une combinaison ré* siniforme de matière biliaire avec l’acide hydro-cldoriquc , on la fit détoner avec du nitre ; mais la solution aqueuse du résidu salin ne donna aucune trace de chlorure.
b. Le liquide aqueux d’où la résine s’était précipitée laissa, après avoir été évaporé, un résidu jaune pâle, transparent , goipmeux , d’une saveur douce , qui rougissait le tournesol , et qui , après avoir été disSbus dans l’eau , était précipitable par les acides et par un grand nombre de sels métalliques. C'était, comme l’ont prouvé des expériences que nous rapporterons plus loin , un mélangé de picromel avec de la résine et un peu A’ acide.
II. Le liquide éthéré d’où la résine avait été précipitée fut évaporé jusqu’à ce qu’il ne restât plus que l’alcool, et ensuite mêlé avec de l’eau. Celle-ci précipita sur-le-champ une grande quantité de résine. Cependant le fluide qui surnageait le précipité demeura laiteux.
i . La résine précipitée par l’eau fut traitée de nouveau par de l’éther auquel on avait ajouté un peu d’alcool. Il se forma deux dissolutions superposées : la supérieure, éthérée, était d’un jaune pâle ; l’inférieure , alcoolique , était d’un brun pâle et peu coulante. Ces deux liquides furent séparés par la décantation. ,
A. La dissolution éthérée, après avoir été évaporée, laissa une graisse fernie , cristalline et d’un blanc jaunâtre. Cette graisse ayant été dissoute dans l'alcool à chaud ,'prit, par le refroidissement de la liqueur, la forme de masses blanches, mamelonnées, et celle d’une pellicule blanche. Les cristaux furent séparés par la filtration.
a. La matière grasse cristalline était formée de petites écailles nacrées. Elle entrait en fusion à la température de 5o degrés c. environ. Après avoir été dissoute dans l’alcool ; elle rougissait fortement la teinture de tournesol. Elle se dis*solvaît avec rapidité dansla potasse liquide légèrement chaude. Le chlorure de sodium , versé dans cette liqueur, en séparait sur-le-champ un savon sous la forme d’une gelée blanche , brunâtre et molle, qui acquiérait de la consistance par l’ex-
DE LA DIGESTION'
pression. Enfin cette matière grasse se dissolvait rapidement aussi, et avec une légère effervescence , dans la solution aqueuse de carbonate de potasse médiocrement échauffée : c’était par conséquent de l 'acide margariqtte. •
b. La liqueur alcoolique dont on avait séparé l’acide margarique par la filtration , contenait encore une certaine quantité de cet acide ,‘avec un peu de résine.
B. La solution alcoolique située au-dessous de l’éfhérée laissa , apres qu’on l’eut soumise à l’évaporation , un résidu brun pâle, transparent, ayant la consistance de la térébenthine et une saveur douceâtre. Ou lit bouillir plusieurs fois de suite ce résidu avec de l’eau , qui n’eu dissolvit que fort peu.
a. La portion non soluble dans l’eau était la résine biliaire.
, ■ b. La dissolution aqueuse ayant été évaporée, elle laissa une très-petite quantité d’une matière jaune pâle, transparente, d’apparence gommeuse, d’une saveur amarcscente et douce. Sa dissolution dans l’eau , abandonnée à l’évaporation spontanée, donna quelques cristaux mamelonnés et confus. Cette matière était probablement un mélange de picromel , d’un peu de résine et d’un peu à’ asparagine biliaire.
2. Le liquide aqueux et lactescent d’où la résine avait été précipitée , déposa , par le repos , un .peu d’une poudre blanche qui fut recueillie sur un filtre.
A. Cette poudre était très-fine. Elle avait une saveur sucrée, et ne se dissolvait qu’en très-petite quantité dans l’eau. C’était probablement de la résine combinée avec un peu de picromel.
B. Le liquide séparé de la poudre par filtration était incolore .£t peu trouble. Ayant été évaporé, il laissa un extrait d’unbrun très-pâle , transparent , d’apparence gommeuse , d’ une saveur sucrée, qui rougissait le tournesol, était précipité par beaucoup d’acides et de sels métalliques , et consistait sans doute en un mélange de picromel avec un peu de résine et d’àcide.
jî. Le liquide aqueux qui contenait les cristaux blancs aiguillés, et auquel nous avions ajouté l’eau de lavage de la résine, fut évaporé et placé dans un lieu froid. Il s’en sépara
DES MiMMlFÈRESj
un grand nombre d’aiguilles, qui furent recueillies sur un filtre.
I. Les cristaux aciculaires étaient très -déliés et blancs. Après avoir été comprimés et séchés entre deux feuilles de papier josepli, ils représentaient de petites lames minces, semblables à du papier, ayant un léger brillant'de soie. Cette matière avait une saveur très -douce et un peu âcre. Elle se comporta de la manière suivante avec les réactifs.
Au feu , elle se fondit en un fluide huileux , d’abord jaune , puis brun; ensuite elle se boursoufla modérément, répandit d’abord l’odeur de la corne brûlée , puis en exhala une autre plus automatique , brûla avec une flamme vive et fuligineuse, et laissa une petite quantité de charbon facile à consumer, qui ne donna lui -même qu’un atome de cendre. En distillant cette matière à sec , on obtint une grande quantité d’huile empyreumatique brune et épaisse, avec un liquide aqueux , d’un jaune pâle , qui rougissait fortement le papier de curcuma.
L'acide nitrique concentré dissolvait cette matière acicu— la ire avec beaucoup de facilité et en grande quantité. La dissolution était accompagnée d’ Un dégagement considérable de gaz et de chaleur. La liqueur, de couleur jaune, ne déposait rien par le refroidissement. Avec l’eau , elle donnait des flocons blancs, et avec l’ammoniaque, un précipité qui se dissolvait dans un excès d’alcali , communiquant à la liqueur une teinte orangée. En ajoutant de l'eau de chaux à ce dernier mélange, il ne se faisait pas de précipité.
L’acide sulfurique froid dissolvait la matière aciculaire très-rapidement et en abondance. Une partie de la dissolution , mêlée avec de l’eau , donna un précipité blanc et pulvérulent. Une autre partie , exposée à la chaleur, devint d’un brun jaunâtre, et laissa déposer quelques particules brunes. L’eau précipita de cette solution chaude une multitude de grands flocons d’un blanc jaunâtre.
La matière aciculaire était fort peu soluble dans l’eau froide. L’eau chaude en dissolvait un peu davantage. La dissolution aqueuse était incolore , rougissait le tournesol avec force , et ne manifestait aucune réaction par les acides minéraux ,
PE LA DIGESTION
Si
l'acétate de plomb neutre , les chlorures d’étain et de fer, le sulfate de cuivre , le per-chlorure de mercure , le proto-nitrate de mercure , le nitrate d’argent et la teinture de noix de galle. Il n’y eut que le sous-acétate de plomb qui la troubla un peu.
L’ammoniaque liquide dissolvait cette matière à froid , en grande quantité et avec beaucoup de promptitude. Lorsqu’elle était saturée, il en résultait une dissolution incolore , n’exhalant plus l’odeur d’ammoniaque , qui , après avoir été évaporée, laissait une masse presque incolore, d’apparence gommeuse , d’une saveur 1$ ès-douce, et rougissant faiblement le tournesol. Cette masse était complètement soluble dans l’eau.. Elle dégageait de l'ammoniaque par la potasse. Elle donnait , par les acides forts , de grands flocons blancs et caséeux.
La matière aciculaire se dissolvait arec tout autant de rapidité et d’abondance dans le carbonate de soude liquide , opération durant laquelle de l’acide carbonique se dégageait avec une èffervescence sensible. La solution , précipitable par l’acide hydro-chlorique , donnait , quand on l’abandonnait à l’évaporation spontanée une masse saline , incolore , transparente , tout-à-fait cristalline , ni efllorescente , ni déliquescente , d’une saveur très - douce et facile à dissoudre dans l’eau.
D’après ces expériences, la matière aciculaire est un acide organique azoté, qui diffère essentiellement de tous ceux qu’on connaît jusqu’à présent. Cet acide se distingue de tous les autres par sa saveur douce; des acides allanto'ique et urique par son action plus intense sur le tournesol , et par son affinité plus forte pour les bases salifiables ; de l’acide pyro-urique , par sa non-volatilité , quand il n’a pas subi de décomposition. Ses combinaisons avec l’ammoniaque et la soude ont aussi des propriétés qu’on ne retrouve pas dans les urates, les allantoates, les purpurates et les pyro-urates. En conséquence nous proposons de lui donner le nom diacide ch ali que , pour indiquer qu’il a été découvert dans la bile. '