‹ Recherches expérimentales sur l'action antifermentative et microbicide de l'antipyrineChapitre 14 sur 26 · ACTION SUR LA PUTRÉFACTION · texte numérisé non relu

ACTION SUR LA PUTRÉFACTION

Travaux antérieurs. — Les expériences sont un peu plus nombreuses sur ce sujet que sur les fermentations. MM. Brouardel et Loye (1) dans leur travail sur l’action physiologique de l’antipyrine, citent le fait suivant: le sang abandonné à l’air noircit et se putréfie; si on y ajoute 1/100 d’antipyrine, il demeure plus longtemps rouge.

Huchard fit, en 1885, une expérience sur le sang du cobaye. Il mit dans 5 gr. de sang, 5 centigr. d’antipyrine et remarqua que le flacon, laissé débouché pendant plusieurs jours, ne présentait aucune odeur. Un autre flacon contenant la même quantité de sang, mais avec de l'acide salicylique, présente, peu après la mise en expérience, une odeur fade et désagréable. L'examen microscopique du sang, fait par M. Hénocque, montra qu'après cinq jours la destruction globu-

(1) Comptes rendus de la Société de Biologie. 1885.

oi

laire était beaucoup moins avancée dans le premier ballon que dans le deuxième; tous deux contenaient des microbes. Donc l’antipyrine a retardé la putréfaction d’une façon très considérable, mais elle n’a pas empêché le développement des bactéries ; de plus, les globules rouges ont été conservés. Enfin, à l'examen spectroscopique on ne trouve pas trace de méthémoglobine.

Citons une note de Karst (1), dans laquelle cet auteur avance les faits suivants: la solution d’antipyrine à 8 pour 100 et la solution à égal volume arrêtent la putréfaction des liquides, la solution à 10 pour 100 arrête celle de l'urine; enfin la solution à 15 pour 100 empêche celle d’une infusion de viande.

Expérience. — Notre expérience a porté sur un ensemble de 8 ballons dont 6 contenant des doses différentes d’antipyrine, mais qui reçurent tous 100 de sang de bœuf étendu de 10 fois son poids d’eau. Deux ballons furent réservés comme témoins et ne reçurent pas d’antipyrine. Un troisième en reçut 10 grammes ; deux autres en reçurent chacun 5 gram-

mes; deux autres un gramme chaque; enfin un

dernier en reçut 0 gr. 50 ; puis tous furent bouchés et portés à l’étuve sèche à 300.

Quarante-huit heures après, le contenu des ballons témoins était noir, celui des ballons à 1 gramme et à 0 gr. 50 était un peu moins rouge qu’au début, ces ballons était de plus assez troubles. Tous les autres (ceux contenant 1 gr., 5 gr. et 10 gr.) étaient restés clairs et de la même teinte.

(4) Supplément au Medecinski Sbornik. N° {. 1886.

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Trois jours après le commencement de l'expérience, les ballons témoins sont complètement noirs et dégagent une odeur désagréable ; le ballon à 0,50 centigr. est noir et sent un peu. Les autres ballons ont noirci également, mais ne présentent aucune mauvaise odeur, ils sentent, au contraire, une odeur rappelant un peu celle du chloroforme.

Le lendemain aucun changement, sinon que l'odeur de la putréfaction a notablement augmenté dans les ballons qui la présentaient déjà ; les autres sont dans le même état.

Les jours suivants, la couleur noire des ballons témoins et du ballon à 0,50 centigr. s’accentue, le liquide devient épais et louche. Les autres restent stationnaires.

Dans le ballon à 10 grammes, nous remarquons un fait très curieux et important à signaler, le sang, de noir et clair qu'il était, prendune couleur rouge et il se forme ausein du liquide un véritable précipité: le liquide est trouble. Le même fait, mais beaucoup moins accentué a lieu dans les ballons à 5 grammes.

Nous n'hésitons pas à admettre qu'il s’est fait là une combinaison chimique ; combinaison qu’il y aurait lieu d'approfondir, car, peut-être, nous mèneraitelle à la connaissance des transformations de l’antipyrine dans l'organisme, ou du moins nous mettraitelle sur la voie ?

Il ne s’est formé d'hydrogène sulfuré que dans le ballon témoin et dans le ballon contenant 0 gr. 50; dans tous les autres, il n’y en a pas eu de trace ; nous nous en sommes assuré en exposant dans le goulot

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de chaque ballon un morceau de papier sensibilisé avec une solution d’acétate de plomb. On sait que ce papier noircit quand il est exposé à des émanations d'hydrogène sulfuré, même très diluées ; or, il est resté absolument intact dans les ballons à 10,5 et 1 grammes d'antipyrine et a pris, au contraire, une teinte noiràtre très caractérisée, en très peu de temps dans tous les autres.

Désireux de savoir si, malgré la présence de l’antipyrine, les microbes continuaient à vivre dans nos ballons, nous fimes une culture dans ? ballons Pasteur avec du sang pris, d’une part, dans un des ballons contenant 10 gr. d’antipyrine, et, d’autre part, dans un ballon témoin. Environ 15 heures après l'ensemencement, la culture fille du ballon témoin était absolument trouble ; l’autre ballon, au contraire, avait gardé sa limpidité première ; il ne commençait à se troubler qu'après 48 heures, et il lui a fallu trois jours pour présenter un trouble notable ; trouble qui n’atteignit jamais la même intensité que dans l’autre. En outre, la culture fille du ballon témoin présentait une teinte verdâtre qui la faisait distinguer de l’autre sans même avoir recours à la lecture de l'étiquette ; après cinq jours, elle dégageait une odeur infecte très forte, tandis que la culture fille du ballon à 5 gr. d’antipyrine n'avait qu’une très légère odeur d’ammoniaque.

De toute cette série de faits nous pouvons tirer les déductions suivantes :

1° A la dose de 10 grammes, dans les conditions de notre expérience, nous avons eu un arrêt complet de

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