‹ Recherches expérimentales sur l'action antifermentative et microbicide de l'antipyrineChapitre 16 sur 26 · ACTION DE L'ANTIPYRINE SUR CERTAINS MICROBES PATHOGÈNES · texte numérisé non relu

ACTION DE L'ANTIPYRINE SUR CERTAINS MICROBES PATHOGÈNES

Toute substance antiseptique peut agir de deux façons : 1° en s’attaquant directement au microbe . 2° en mettant l'organisme dans .un état tel qu’il réagisse d’une façon particulière contre les atteintes de l'agent pathogène vivant. C’est la première de ces deux actions que nous avons étudiée dans ce chapitre, la seconde fera le sujet du chapitre suivant.

Pour nous rendre compte des influences que lantipyrine pouvait avoir sur le microbe lui-même, nous avons fait des cultures dans des ballons Pasteur contenant du bouillon additionné de différentes doses d’antipyrine. Nous avons pu, de cette façon, chercher si l’antipyrine amenait un retard dans le développement du microbe ensemencé, si elle pouvait l'empécher totalement, et enfin, question plus ‘importante, si elle en atténuait la virulence.

PAST A. Expérience sur le bacillus coli communis (1). — La culture qui nous a servi pour cette expérience nous a été donnée par notre collègue, le docteur Vallet, qui a étudié particulièrement ce microbe. C'est avec cette culture mère que tous nos ensemencèements ont été faits. è Pour ajouter l’antipyrine au bouillon de culture, voici quel fut le moyen adopté dans cette expérience : nous fimes une solution à 11 pour 100, qui fut stérilisée à l’autoclave de Chauveau; lantipyrine peut commencer à subir des modifications à 113°; aussi, nous avons surveillé la température de l'appareil et nous ne lui avons pas laissé dépasser 110° : en agissant de la sorte, nous étions bien sûrs de ne pas altérer la composition de notre substance. La solution était contenue dans un vase bouché d'un tampon de coton et en tout semblable à ceux qui servent à remplir de bouillon les ballons Pasteur ; après avoir mis dans chacun de nos ballons une quantité déterminée de bouillon, nous y avons introduit la quantité de solution nécessaire pour avoir le titre voulu ; nous arrivions à ce résultat en plaçant le ballon à remplir sur l’un des plateaux d’une balance très sensible et en y laissant pénétrer la solution d’antipyrine jusqu’à ce que l’équilibre s'établisse avec des poids placés sur l’autre plateau. | Les mêmes opérations furent répétées avec une solution de soude à 1 pour 100, notre intention étant

(1) Dans ces expériences, comme dans celles qui suivent, les cultures ont été examinées au microscope.

yo d'opérer sur des milieux alcalins en même temps que sur des milieux neutres.

Dans certains cas, nous fûmes obligés d'ajouter différentes quantités d'eau stérilisée pour ramener tous les ballons à des dilutions sensiblement égales ; sans cela, certains ballons auraient contenu du bouillon presque pur, tandis que d’autres auraient été composés, pour la plus grande partie, des solutions alcaline et d’antipyrine et seulement de quelques gouttes de bouillon; des milieux aussi différents mettaient les microbes dans des conditions diverses et on aurait pu nous objecter que des divergences semblables pouvaient bien être la cause des résultats obtenus.

Dans le détail de nos expériences, donné ci-dessous, nous indiquons, entre parenthèses, la composition des ballons et à la suite, les phénomènes observés :

Deux ballons témoins. — (8 cc. bouillon + 12 ce. eau stérilisée).

Ensemencés à 10 heures du matin. Le soir à 5 heures, soit 7 heures après, les ballons sont franchement troubles. Vingt-quatre heures après, ce trouble a encore augmenté et à atteint son maxi-

mum.

Première série. — N° 1 (16 cc. bouillon + 2 cc. sol. alcal ne + 2? cc. sol. antipyrine), soit : soude à la dose de 1 pour 2060. — Antipyrine à la dose de 1 pour 100.

N° 2 et 3 (16 cc. bouillon +? ce. sol. antipyrine + 2 cc. eau stérilisée), soit : milieu neutre. — Antipy-

rine à la dose de ! pour 100.

OU

Après vingt-quatre heures (à compter à partir du moment où ils ont été ensemencés), les n°9 et 3 sont très légèrement troubles. Le n° 1 est resté clair. — Après 30 heures, aucun changement. — Après 48 heures, le n° 1 commence à se troubler très légerement. — Après 54 heures, aucun changement.

Enfin, au bout de trois jours, tous les trois sont devenus franchement troubles.

Deuxième série. — No ! et 2 (8 cc. bouillon + ? cc. sol. alcaline + 10 cc. sol. antipyrine), soit : soude à la dose de 1 pour 2000. — Antipyrine à la dose de 5 pour 100.

N°3 (8 cc. bouillon + 10 cc. sol. antipyrine + 2 cc. eau stérilisée), soit: milieu neutre. — Antipyrine à la dose de 5 pour 100.

Ces trois ballons restent absolument limpides jusqu'au 2"° jour ; après ce 3° jour, le n°? est légèrement louche, le n° 3 commence à se troubler. Quant au n° {, il ne s’est jamais troublé.

De toutes ces observations, il résulte ce fait: 1° que, à la dose de 1 gramme pour 100, l’antipyrine a retardé considérablement le développement du microbe, surtout dans les ballons alcalins ;

?° Que, à la dose de 5 pour 100, il faut trois jours à deux de ces ballons pour arriver à se troubler très légèrement; enfin, il en est un plus favorisé que les autres, qui demeure absolument clair.

Restait à savoir ce que le microbe était devenu dans ce ballon, était-il mort, ou son développement avait-il simplement été entravé? Pour nous en rendre compte, nous avons fait avec ce ballon une

Et a culture dans du bouillon ordinaire ; vingt-quatre heures après, cette culture fille présentait un trouble visible, preuve que le bacille n’était pas mort.

Cela fait, nous cherchâmes à déterminer les changements apportés dans la virulence, et, pour ce faire, nous avons eu recours à des inoculations sur des cobayes :

2 cobayes inoculés avec un ballon témoin (un cent. cube dans le péritoine). Morts 15 heures après.

2? cobayes inoculés, l’un avec la culture fille du n° { (deuxième série), l’autre avec le n° 3 (deuxième série). Ne sont pas morts.

2? cobayes inoculés avec le n° 3 (deuxième série). Ne sont pas morts.

2? cobayes inoculés avec le n°2 (première série). Morts 20 heures après.

Donc, à 5 pour 100, dans le milieu alcalin, la virulence a disparu complètement.

A 5 pour 100, dans un milieu neutre, elle a subi la même influence ; enfin à 1 pour 100, elle est restée sensiblement la même que dans les ballons témoins.

B. Expérience sur le bacillus anthracis. — La culture mère provenait du laboratoire de M. Bournet, chef de travaux d'anatomie pathologique à l’Ecole vétérinaire ; elle était pure et tuait un cobaye en 36 heures.

Les précautions relatives à la stérilisation et à la dilution des milieux furent les mêmes dans cette expérience que dans les précédentes.

Deux ballons témoins commencent à se troubler 10 heures après l’ensemencement, et sont tout à fait troubles au bout de 24 heures.

Dore

Première série. — 2 ballons alcalinisés : l’un à 1 pour 1000; l’autre à 1 pour 2000.— Dose d'antypirine : »o pour 100. F

Ces ballons ne se sont jamais troublés.

Deuxième série. — 2 ballons alcalinisés : l’un à 1 pour 1000; l'autre à 1 pour 2000. — Dose d’antipyrine'::2 91pour: 100!

Après 24 heures, ces ballons sont encore clairs. — Après 48 heures, ils présentent à peine un léger

louche. — Après trois jours, ils sont un peu plus troubles et restent dans cet état.

Troisième série. — 1 ballon alcalinisé à 2? pour

1000. — Dose d’antipyrine : 1,25 pour 100.

Après 24 heures, ces ballons sont légèrement

troubles. — Après 48 heures, le trouble est très marqué. | k Quatrième série. — 2 ballons neutres. — Dose

d'antipyrine : 2,5 pour 100.

Ces deux ballons sont franchement troubles après 48 heures.

Cinquième série. — 1 ballon neutre. — Dose d’antipyrine : 1,25 pour 100.

Ce ballon est trouble après 24 heures.

Des cultures filles ont été faites avec les ballons de la première série; elles ont poussé, mais avec une certaine lenteur, environ 24 heures après l’ensemencement.

Dans cette expérience, nous constatons encore qu’à la dose de 5 pour 100, dans un milieu alcalin, nous avons eu un arrêt complet du développement, mais pas mort du bacille. D'un autre côté, aux doses de

Lea Fr 2,9 et 1,25 pour 100, nous avons eu un retard très net, toujours dans ce même milieu alcalin ; dans les ballons neutres, le retard à été assez marqué, mais moins considérable.

Dans une deuxième expérience sur le charbon, nous avons simplement mis dans deux ballons contenant 10 cc. de bouillon, d’une part 1 gr., de l’autre 0 gr. 50 d'antipyrine. Ces deux ballons, une fois éprouvés, nous les avons ensemencés : ils sont toujours restés clairs. Deux cultures filles, faites avec eux, ne se sont troublées que 48 heures après; enfin, sur 3 cobayes, inoculés avec la culture fille du ballon à 1 gr., un est mort après 2 jours, les deux autres après 3 jours (au lieu de 36 heures, ce que donnait la culture primitive).

Dans des conditions absolument semblables à celles de l'expérience précédente, nous avons eu les mêmes résultats avec le staphylocoque pyogenes aureus, mais il ne fut pas fait d’inoculations.

Dans toutes les expériences que nous venons d’exposer, l'antipyrine a eu une action certaine sur les microbes étudiés et on peut dire que, s’il faut atteindre une dose assez forte (5 pour 100), pour arriver quelquefois à empêcher complètement la pullulation du microbe, on peut dire aussi qu'avec des doses souvent très petites, on amène un retard considérable dans ie développement de la culture.

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