‹ Recherches expérimentales sur l'action antifermentative et microbicide de l'antipyrineChapitre 17 sur 26 · ACTION DE L’ANTIPYRINE SUR L'INFECTION · texte numérisé non relu

ACTION DE L’ANTIPYRINE SUR L'INFECTION

Pour étudier cette question, nous avons fait deux sortes d'expériences : les premières ont consisté à inoculer des cultures virulentes à des animaux déjà imprégnés d’antipyrine, les autres ont consisté à traiter par l’antipyrine des animaux inoculés.

Dans ces deux séries d'expériences, faites sur des cobayes, nous avons choisi la voie hypodermique pour l'introduction de lantipyrine dans l'organisme ; c'était-elle la plus sûre et la plus facile ; nous avons plusieurs fois essayé de faire avaler des solutions d'antipyrine à nos cobayes, au moyen de sondes passées dans l’œsophage; mais, la présence de cette sonde, si elle provoquait d'actifs mouvements de déglutition, provoquait aussi, quelques instants après, des vomissements.

Nos expériences ont porté sur le bacillus coli communis et le bacillus anthracis.

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A. Expérience sur le bacillus coli communs (Inoculation à des cobayes imprégnés). — Deux cobayes reçurent, dans le péritoine, chacun 1% d’une culture tuant en 15 heures. re

L'autopsie nous montra une péritonite généralisée, mais dont l'intensité était plus marquée au niveau du foie; les fausses membranes étaient en assez grande quantité, d’une couleur blanchâtre ; de plus, on observait la présence d’un liquide séreux ; ces lésions s’accompagnaient d'une légère inflammation du péricarde, et d’une tuméfaction considérable de la rate qui avait pris une teinte noire.

Trois autres cobayes furent inoculés avec 1% de cette même culture, après avoir reçu pendant trois jours et deux fois par jour une injection hypodermique contenant 0 gr. 1 d'antipyrine.

Ces trois animaux ont été trouvés morts 15 heures après l’inoculation. L’autopsie nous a révélé les mêmes lésions que chez les témoins, mais avec une intensité beaucoup moindre ; les fausses membranes et l’exsudat étaient en quantité bien plus petite chez deux cobayes ; un peu plus marquée chez le troisième, mais sans atteindre le même degré que chez les témoins; la rate, au contraire, avait le même volume et la même coloration.

Au premier abord, on pourrait croire à une action absolument nulle de l’antipyrine dans cetteexpérience, puisque nos cobayes imprégnés sont morts aussi vite que les autres; néanmoins, il fallait tenir compte de la différence des lésions qui étaient bien moins accentuées chez les cobayes imprégnés. Voici de quelle

façon M. le professeur agrégé Rodet interprète ces faits : l’action virulente du bacillus coli communis se diviserait pour ainsi dire en deux actions bien distinctes : l’une serait une action d'intoxication due à des produits nocifs formés au préalable dans les cultures inoculées ; l’autre serait une action due à la pullulation des microbes dans l'organisme et c’est celte dernière action qui se manifesterait par des lésions visibles. Pour M. Rodet l’antipyrine n'aurait pas, dans ce cas, influencé la première action puisque les cobayes sont morts comme les témoins, mais elle aurait eu une influence marquée sur la seconde, étant donnée l'importance moindre des lésions observées.

B. Expérience sur le bacillus anthracis (inoculations à des cobayes imprégnés). — Deux cobayes furent inoculés avec une culture tuant en 48 heures, après avoir reçu pendant trois jours et deux fois par jour une injection hypodermique de 0 gr. 1 d’antipyrine. Ces cobayes ne sont morts qu'après trois jours.

Nous constatons là un léger retard dans l’action de l'agent pathogène.

Deux expériences ont ensuité été faites, en traitant par l’antipyrine des cobayes déjà inoculés, en voici l'exposé :

A. Expériences sur le bacillus coli communis [traitement par 0 gr. 1 d’antipyrine en une injection répétée deux fois par jour). — Deux cobayes furent inoculés avec 1% dans le péritoine d'une culture tuant en 15 heures.

Un de ces cobayes est mort le lendemain, l’autre est resté vivant.

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De résultats aussi contradictoires, nous ne pouvons rien conclure.

B. Expérience sur le bacillus anthracis (traitement par une injection hypodermique de 0 gr. 1 d'antipurine, répétée deux fois par jour). — Deux cobayes inoculés avec une culture tuant en 48 heures, ne sont morts qu'après 4 jours.

L’antipyrine nous paraît avoir, dans ce cas, très notablement retardé l’action virulente du bacille.

Sur quatre expériences, nous en avons donc trois dans lesquelles l’antipyrine à eu une action manifeste sur l'organisme qu'elle à rendu moins accessible aux atteintes du microbe. Mais, cela ne nous autorise pas à rapporter cette action uniquement au pouvoir antiseptique : autant nous pouvions être affirmatif quand il s'agissait de culture in vitro, autant nous devons nous montrer réservé maintenant que nous nous trouvons en face de l'organisme vivant. En effet, si on à pu croire pendant un certain temps, qu’une substance antiseptique agissait dans l'organisme grâce à ce seul pouvoir, on est bien revenu de cette opinion, en biologie; et à l'heure présente, on s’accorde à reconnaitre toujours des causes adjuvantes. Voyons donc si parmi les propriétés de l’antipyrine, il n’en est pas quelqu'une qui puisse jouer ce rôle ; en écrivant ces lignes, nous avons en vue son pouvoir analgésique et son action sur les vaso-moteurs.

CL Bernard fit une expérience qui consista, après avoir introduit un corps étranger sous la peau des deux pattes postérieures d’un animal, à couper le sciatique d’un seul côté; il remarqua une réaction

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inflammatoire bien moindre ‘du côté de la patte énervée. Des expériences analogués furent répétées depuis, en particulier par M. le professeur Arloing qui, au lieu d'introduire un corps inerte, inocula le staphylococcus pyogenes et obtint des résultats concordants avec ceux de Cl. Bernard. La suppression de la douleur amenait donc nettement une diminution des phénomènes observés. Il ne nous parait pas impossible que l’antipyrine, dans l'infection locale, agisse, comme analgésique, au même titre qu'une section des nerfs; elle aurait sur cette opération l'avantage de ne supprimer que les filets sensitifs.

Pour ce qui est de l'infection générale, si nous nous en rapportons à ce que dit M. Bouchard, nous admettrons que « les microbes agissent localement par « des ferments solubles qui adaptent le milieu aux « besoins de leur nutrition »; or, nous avons vu que l'antipyrine à une action réelle sur les ferments, n’y aurait-il pas là une première raison en faveur de l’intervention de cette substance ? Dans un autre passage de son livre sur la Thérapeutique des maladies infectieuses, ce même auteur nous dit : «Outre les mani- « festations locales, afflux de sang, diapédèse de cer- « taines cellules, etc., nous constatons des phéno- « mènes généraux qui attestent cette intervention du « système nerveux : ordre est donné au cœur de se « contracter, aux vaisseaux de se dilater pour activer « les combustions.» Ce qui reviendrait à dire que la vaso-dilatation serait une arme puissante mise à la disposition de l'organisme pour sa défense contre

l'infection ; défense qui se ferait grâce à une diapédèse plus active. MM. Charrin et Gley, Morat et Doyon, ont prouvé, par leurs expériences, que toute matière qui paralyse la vaso-dilatation, s'oppose aussi à la diapédèse, et M. Manquat ajoute dans son livre de thérapeutique : « On comprend que l'action d'une « substance, ou d’une perturbation quelconque, phy- « sique ou morale, qui aurait le pouvoir de paralyser « le centre vaso-dilatateur, puisse rendre plus difficile « le diapédèse et par conséquent le phagocytisme. » Si nous possédons un médicament qui, au contraire, excite le centre vaso-dilatateur, nous sommes en droit d'attendre de lui qu'il nous soit d'un grand secours contre l'infection. Voyons donc quelles sont les propriétés de l’antipyrine se rapportant à ce sujet : nous relevons dans le livre de M. Manquaf(t.Il,p. 272) le passage suivant : « Malgré l'élévation de la pression « sanguine, on observerait, même à faible dose (1 à « 2 gr.), une vaso-dilatation périphérique (Coppola, « Queirolo, Maragliano, etc..); du reste, rien ne « prouve que cette vaso-dilatation soit générale ; il « pourrait y avoir constriction des vaisseaux profonds, « notamment de ceux qui dépendent du splanchnique « (Lépine). Cette constriction a d'ailleurs été prouvée « pour les vaisseaux du rein par Morat et Casimir. » Quelles conséquences ces faits peuvent-ils avoir ? Si l’antipyrine amène une vaso-dilatation périphérique, elle favorise la diapédèse, et soulage le cœur ; si, en même temps, elle amène une constriction des vaisseaux des viscères, elle empêche les stases sanguines, ce qui serait à rapprocher des remarques de Huchard

otre sur l’action digestive des organes respiratoires : de toute façon, nous aurions une action contraire à l’in-

fection.

En résumé, nous pourrions donc admettre que les actions analgésique et vaso-dilatatrice de l’antipyrine sont deux causes adjuvantes puissantes qui viennent

s’ajouter à son action antiseptique.

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