‹ Recherches expérimentales sur l'action des sucs digestifs des céphalopodes sur les matières amylacées et sucrées. ThèseChapitre 1 sur 12 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les physiologistes qui se sont occupés de définir l’action des sucs digestifs des Céphalopodes sur les matières amylacées ont émis à cet égard des opinions entièrement opposées. Pour Krukenbèrg, le foie de ces Mollusques renferme entre autres ferments solubles de la diastase animale; pour M. Joussel de Bellesme, le même organe en est totalement dépourvu. Ces sortes de contradictions sont fréquentes en physiologie, tout en étant indépendantes de la science elle-même. Lorsque les faits ont été bien observés, s’ils paraissent contradictoires, il faut d’abord en chercher la cause dans la différence des circonstances qui ont présidé aux observations. Car, et c’est un principe dont Cl. Bernard conseille de ne jamais se départir 1 , « on ne saurait admettre que, dans des conditions identiques, des phénomènes puissent se passer différemment. »

En dehors de ces contradictions que les progrès de la physiologie font tôt ou tard disparaître, il èn est d’autres qui sont plus vivaces, parce qu’elles tiennent non plus à des erreurs de faits susceptibles de rectification, mais à des appréciations, à des théories particulières que le talent de ceux qui les défendent ou attaquent fait tour à tour prévaloir ou abandonner. C’est ainsi que, relativement au rôle de la salive dans la digestion, les physiologistes separtagent en deux camps.

EM. BOURQÜELOT.

Dans l’un on la considère comme un agent exclusivement mécanique ; dans l’autre, au contraire, on lui attribue une action chimique importante sur les aliments amylacés. Le fait est qu’il est certain que la salive transforme l’amidon hydraté (empois) en sucre et qu’il est non moins certain qu’en mouillant les aliments, ce liquide favorise leur division et leur passage dans l’œsophage. Mais, tandis que les uns, pour des raisons d’ordre un peu trop spéculatif, estiment que la propriété chimique de la salive n’intervient pas dans la digestion, et ne reconnaissent d’importance qu’à son rôle mécanique ; les autres, sans nier absolument qu’on doive tenir compte de cette action mécanique, en font cependant la partie négligeable du rôle du suc digestif en question et attribuent toute la prépondérance à sa puissance chimique. Il en résulte que les conclusions dégagées des considérations qui les ont amenées sont contradictoires. En réalité, les faits observés sont identiques : seules les interprétations diffèrent.

Les recherches que nous avons entreprises nous ont démontré que MM. Krukenberg et Jpusset ont tous deux raison dans leur ordre d’idées, s’étant placés, peut-ôlre par suite d’une manière différente de concevoir le phénomène physiologique de la digestion, dans des conditions différentes d’expérimentation. Nous avons d’ailleurs répété leurs expériences en ne négligeant aucune des précautions qu’elles demandaient. Puis, .comme les résultats annoncés par Krukenberg se rapportent au foie et au prétendu pancréas réunis, nous avons essayé de fixer ce qu’on doit attribuer à chacun de ces organes. D’autre part, de nouvelles connaissances ayant été acquises dans ces dernières années, relativement au dédoublement de l’amidon sous l'influence de la diastase 1 , et MM. Musculus etdeMéring 1 ayant démontré que la diastase salivaire et la diastase pancréatique donnent lieu aux mômes transformations deTamidon que la diastase végétale, nous nous sommes demandé si la diastase des Céphalopodes devait être regardée comme identique aux précédentes.

On a cherché en outre si les sucs digestifs de ces animaux contiennent un ferment inversif ; s’ils peuvent, comme cela a été avancé pour la salive de l’homme par Stâdeler 8 , dédoubler la salicine. Enfin la présence dans le foie d’un ferment capable de transformer le glycogène en sucro nous a fait songer à rechercher si ce foie renfermait

Page 1