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L'élimination intestinale.
« Sapiens nihil affirmat quod non probet.. »
Après un séjour dans l’économie qui peut varier de quelques minutes à plusieurs années, mais qui d'ordinaire ne dépasse pas quelques heures ou quelques jours, les subslances étrangères à l’organisme s’éliminent par diverses voies.
L’élimination des médicaments qui sont des substances étrangères à l’organisme peut être considérée comme un moyen de défense de celui-ci. Les voies d’élimination sont très nombreuses. Richaud estime que «tous les organes d’excrétion ou de sécrétion sont des voies naturelles d’élimination pour les médicaments.» A vrai dire la rigueur de cette formule nous paraît excessive : c’est ainsi que nous avons constaté expérimentalement que le pancréas, par exemple, ne joue pas toujours le rôle d’organe éliminateur vis-à-vis des médicaments introduits dans l’organisme.
Les auteurs (Arnozan et Carles, Manquat, Pouchet, Richaud, etc...) admettent que les principales voies d’élimination sont les reins, les poumons, la peau, les glandes salivaires, lacrymales et mammaires, le foie, le pancréas, et les muqueuses, en particulier celles du tube digestif (estomac, intestin).
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Seule, l'élimination par le tube digestif et en particulier par l'intestin nous intéresse. (On doit considérer le tube digestif, écrit Richaud, comme un appareil éliminateur des plus actifs, et il est fort curieux de reconnaitre cette propriété à un appareil qui apparaît au premier abord comme l’organe d'absorption par excellence. » Nous savons en effet que dans l'intestin particulièrement l’absorption se fait avec une grande rapidité (dimensions considérables, caractères particuliers de son épithélium, abondance des vaisseaux sanguins et lymphatiques dans ses parois). Le pouvoir absorbant de la muqueuse du gros intestin est encore considérable (plis nombreux de la muqueuse remplaçant les villosités).
« Par le tube digestif, donc, s’éliminent un grand nombre de substances médicamenteuses, particulièrement les sels métalliques proprement dits et les métaux alcalinolerreux. »
Ainsi, les auteurs acceptent comme démontrée d’une façon générale l’élimination intestinale et même pancréatique des médicaments. Voyons un peu sur la foi de quoi ils affirment la réalité de ce fait, et nous verrons ensuite ce qu’il faut penser de la valeur de ces affirmations.
Et d’abord, recherchons les preuves de lélimination intestinale par les moyens que nous offre la clinique, c’està-dire en étudiant les observations recueillies qui nous paraissent les plus intéressantes.
En dehors de l’expérimentation, en effet, dans les processus généraux, l'intestin, comme le font remarquer Ribadeau-Dumas et Harvier, doit être considéré comme une voie importante d'élimination des corps toxiques ou microbiens qui encombrent la circulation.
: Dupuytren avait constaté depuis longtemps les ulcérations duodénales qui se produisent chez les brûlés. Plusieurs auteurs (Forgue en particulier) (1) admettent que ces ulcéra-
(1) ForGuE. — Précis de Path. externe, 5° édition, t. 1, P. 245.
tions résultent d’infarctus, provenant eux-mêmes de thromboses dues aux altérations du sang : sur le point privé de circulation le suc gastrique exercerait son action destruclive : de là ces ulcérations gastro-intestinales. D’autres admettent, au contraire, ce qui semble légitime, qu’elles résulient probablement de lPélimination des produits toxiques qui se sont développés au niveau même du foyer de la brûlure (Focacci).
Nous savons également que les infections locales (arthriles suppurées, ostéomyélites, infection urinaire, étranglement herniaire, néphrites et pyélonéphrites, gangrène pulmonaire, pleurésies purulentes, angines, phlegmons) se compliquent souvent d’exulcérations intestinales.
Dans les affections générales ou septicémies (septicémies post-opératoires, pyémies, infection puerpérale, variole), il est probable que lintestin sert comme d’autres organes, de voie d'élimination aux micro-organismes et ainsi s'expliquent les foyers hémorragiques et les érosions que l’on peut constater sur la muqueuse. De même, dans la fièvre typhoïde, résultat immédiat d’une infection sanguine par le bacille d'Eberth, les lésions intestinales ne seraient pas le point de départ de celle-ci, comme on l’a cru longtemps ; elles en seraient au contraire l’aboutissant. Elles auraient la valeur de simples localisations métastatiques de la septicémie éberthienne (1). Ces faits semblent témoigner d’une contamination directe de lintestin par la voie sanguine au cours des septicémies et du rôle éliminateur de la muqueuse intestinale vis-à-vis des agents figurés.
D'ailleurs, des constatations expérimentales de même ordre ont été faites avec les microbes les plus divers. Charriu avait observé que l’inoculation du pyocanique dans les veines est suivie de apparition d’ecchymoses et d’ulcérations intestinales, alors que le virus déposé dans les voies
(x) Cf. J. Garces. — Les bacillémies. (Journal de Méd. de Bordeaux, 1° août 1913.)
LEurERRE et ABraMi. — Fièvre typhoïde et infections descendantes des voies biliaires. (Presse Médicale, 30 octobre 1907.)
digestives n’a aucune action sur la muqueuse. Foa et Uffreduzzi ont vu survenir chez le lapin, à la suite d’une septicémie pneumococcique, une diarrhée profuse, et ils ont constaté la présence de diplocoques dans les paroiïs intestinales. Vaillard et Dopter ont réalisé la dysenterie expérimentale par injections du bacille spécifique ou de ses toxines dans la circulation veineuse. Lœper et Esmonet, par le même procédé avec le bacille de Koch ont obtenu une tuberculose aiguë de lintestin.
L'étude des auto-intoxications fournit des exemples de même ordre : l’urémie crée à elle seule des duodénites (Barié et Delaunay, Perry et Shaw, Letulle, Devic et Charvet), ou des entérites localisées en d’autres points (Lecorché, Rayer, Gaucher, Souques, Hutinel et Méry).
Les intoxications exogènes et médicamenteuses procèdent de la même façon et elles peuvent déterminer également l’apparition d’une entérite.
Les coliques de plomb des saturnins, de pathogénie si complexe en sont peut-être une manifestation, mais le type en est donné par l’intoxication hydrargyrique qui détermine fréquemment des troubles gastro-intestinaux parfois très sérieux. Les lésions produites par les sels mercuriels injectés sous la peau ou absorbés sont semblables. Les lésions prédominent, non pas toujours il est vrai, mais le plus souvent sur le gros intestin. «Les lésions du gros intestin, lésions d'élimination, sont représentées lorsqu’elles sont arrivées à leur complet développement, par des ulcérations tout à fait semblables à celles de la dysenterie » (Vibert), et l’on peut se demander aussi bien si les ulcérations du gros intestin, caractéristiques de la dysenterie, ne s'expliquent pas elles aussi par l'élimination des poisons dysentériques au niveau de la muqueuse de cet organe.
Nous croyons devoir rapporter en détail les observa- Hions suivantes qui nous ont semblé particulièrement intéressantes.
Œttinger et Fiessinger ont publié l’histoire d’une jeune
fille de 19 ans, atteinte d’ulcération sus-condylienne du coude et à qui on avait fait trois injections d'huile grise à 40 % (1 ce. à chaque injection) : « à l’autopsie, l'examen de l'appareil digestif fait découvrir des lésions très avancées, érosions hémorragiques avee suffusions sous-muqueuses près de la petite courbure gastrique. La première partie de l'intestin grêle reste épargnée, mais à deux mètres de la valvule iléo-cœcale, une congestion intense soulève la muqueuse ; les plaques de Peyer font une légère saillie dans la lumière intestinale. Les phénomènes congestifs s accentuent à mesure que l’on s'approche de la valvule iléo-cœcale, mais aucune ulcération n’est encore visible. Au niveau de la valvule, la muqueuse a pris une couleur lie de vin, les villosités et valvules conniventes paraissent tuméfiées. C’est au niveau du gros intestin que prédominent les altérations. Uniformément, de la valvule iléocœæcale à l’anus, il existe une tuméfaction considérable, qui dessine de véritable bourrelets noirâtres à direction transversale. Les soulèvements noirs sont encore recouverts de petits caillots extrêmement fins que désagrège un courant d’eau ; entre eux, dans les replis muqueux, se voient des ulcérations, dont beaucoup atteignent la musculeuse, Au point de vue histologique, il y a nécrose totale et ulcéreuse de la muqueuse avec congestion et réaction inflammatoire de la sous-muqueuse. »
Les recherches chimiques ont porté sur le foie et le rein qui contenaient du mercure (79 jours après la dernière injection d'huile grise), mais le médicament n’a pas été recherché dans la muqueuse intestinale. D'ailleurs, la recherche dans l'intestin n’aurait pas eu une valeur scientifique rigoureuse, la présence du médicament dans cet organe pouvant s'expliquer aussi bien par l'apport de la bile par exemple.
Quant à l’observation de Gilbert et Herscher, elle est beaucoup plus probante et a la valeur d’une expérience : il s’agit d'une intoxication par le sublimé corrosif. Les