‹ Recherches Expérimentales sur l'hyperthermie et les causes de la mort dans celle-ciChapitre 13 sur 42 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Symptomatologie de l’Hyperthermie. — Modifications de la température. — Courbes thermiques.—Symptômes généraux ; symptômes nerveux etréfiexes. — Troubles respiratoires. — Absorption de l’oxygène.— Troubles circulatoires et vaso-moteurs ; modifications chimiques et physiques du sang. — Phénomènes sécrétoires. — Mort.

La description qui va suivre repose sur l'observation des nombreux animaux dont nous avons élevé la température propre et dont nous avons étudié et enregistré les symptômes à l’aide des appareils et des procédés d'investigation dont nous venons de parler. On trouvera plus loin la relation des expériences dont ce chapitre est le développement.

8 1.— Température; courbe de l'ascension thermique. Phénomènes

généraux. Troubles nerveux.

La température normale du chien varie de 38°5 à 39°5; celle du lapin est de 39° en moyenne. L'animal meurt lorsque sa température propre a atteint aux environs de 45°. Dans l’Exp. XI (v. plus loin), le chien est mort à une T.de 43°3 seulement ; un de nos lapins est également mort à une T. de 42°3. Le chiffre de 45° que nous donnons comme terme moyen de la vie, n’est donc pas absolument fixe ; 1l peut être bien inférieur comme on vient de le voir et comme Vallin en a aussi observé un cas (41°4 chez un lapin) ou être dépassé de 1° au plus.

La mort arrive pour les lapins exposés au soleil à une température extérieure de 34° en moyenne, au bout d’une heure et demie. Les chiens résistent davantage et, dans l’étuve chauffée à 37-38, la mort arrive au bout de 3 ou 4 heures. L'âge paraît influer sur le degré de résistance à la chaleur; les animaux très jeunes ou vieux meurent beaucoup plus vite et après avoir offert des symptômes aigus.

Cependant, dans les cas ordinaires, la température de l’animal, loin de s'élever immédiatement, reste stationnaire pendant la première heure ou du moins s'élève à peine, dans cet intervalle, de o°2 à oc4 au plus. Deux fois nous l'avons vue même s’abaisser de plusieurs dixièmes de degré au début de l'expérience. Dans la plupart des expériences, ces variations ont été faciles à enregistrer, la température ayant été relevée de 5 en 5 min. ou de 10 en 10 min. sur le thermomètre intrarectal.

Dès que l'animal cesse de lutter efficacement contre la chaleur ambiante, sa température s'élève jusqu’à la mort d’une manière graduelle et progressive, sans arrêt. J'ai observé, dans la dernière demi-heure anfe mortem, un accroissement plus rapide de la température et la courbe thermique tend alors à se rapprocher davantage de la ligne verticale.

Walther, Obernier ont constaté après la mort une élévation de la température; nous avons observé le même fait dans un cas seulement et chez un lapin. Cette élévation n'est pas très fréquente, puisque Vallin n’en a jamais été témoin et qu'il a seulement constaté que la température se maintient longtemps stationnaire.

Phénomènes généraux concomitants. Troubles nerveux et réflexes.— Une agitation plus ou moins considérable des cris et des plaintes chez les chiens non trachéotomisés coïncident avec le début de l'Hyperthermie. C’est lorsque la température des animaux commence à atteindre 41° ou 42° que cette agitation devient extrême et incessante. C’est également à cette période d’élévation

in — thermique que l’on voit se produire les premiers phénomènes convulsifs qui sont surtout de règle dans la dernière partie de l'expérience. L’agonie est toujours précédée et accompagnée de spasmes tétaniques généraux, de trismus, parfois de tremblements cloniques d'une violence inouïe. Dans l'intervalle de ces mouvements convulsifs l’animal est plongé dans un coma qui devient de plus en plus profond à mesure qu’on s'approche de la mort. La durée du coma varie selon la résistance de l'animal lui-même à la chaleur mais c'est principalement dans la dernière heure de l'expérience qu’il commence à apparaître (chien). À ce moment, l'agitation primitive de l'animal, l'hypéresthésie qui l'accompagne cessent peu à peu. La respiration ralentit graduellement comme je le montrerai bientôt. L'animal devient complètement inerte et ni le contact ni les caresses, ni les excitations douloureures ne parviennent à le tirer de sa torpeur. Sa peau est complètement insensible à la piqûre, au pincement, à l’arrachement des poils. Nous avons souvent, chez nos animaux et pendant cette période de l'expérience, enfoncé profondément des aiguilles, des lames de ciseaux dans ses cuisses sans éveiller le moindre réflexe; un sang abondant, rapidement noir, s'écoulait de ces blessures.

Le réflexe pupillaire et surtout la sensibilité de la cornée persistent cependant pendant la période comateuse. La pupille est dilatée à la fin de l'expérience et n’éprouve aucune modification par la piqûre de l'animal. |

Les muqueuses sont insensibles. La muqueuse buccale, très rouge, est, dans la première moitié de l'expérience, le siège d’une salivation abondante (chien, lapin).

Parmi ces troubles nerveux, les troubles de la sensibilité ont été seuls nettement étudiés par CI. Bernard et par Vallin. Le premier, en plongeant des grenouilles dans l'eau ‘à 37-38, a montré qu'elles deviennent complètement insensibles ; lorsqu'on les remet

dans l’eau froide, l’anesthésie et l’analgésie disparaissent. Nous CAVE

avons refait à plusieurs reprises cette expérience. CI. Bernard a constaté que la disparition de la sensibilité s'obtient également en plongeant la tête seule des grenouilles dans l’eau chaude; par suite on doit penser que ces effets de la chaleur s’exercent non pas sur la périphérie des nerfs mais sur les centres nerveux sensitifs. Une autre preuve encore de ce fait c'est que l'excitation du nerf sciatique d’une grenouille qui vient de mourir dans l’eau à 50° ou 55° provoque, comme nous avons pu l'observer, des mouvements dans la patte correspondante. Enfin les nerfs ne présentent aucune lésion microscopique.

Les poissons aussi succombent rapidement lorsque la température de l’eau s'élève de 28° à 32° (Jolyet et Regnard). Ces mêmes auteurs ont démontré que la mort n’est pas due à la moindre quantité d'oxygène dissoute dans l’eau en vertu de la loi de dissolution des gaz, mais qu’elle est déterminée par l'élévation de la température elle-même.

Il n'est pas jusqu'aux animaux inférieurs qui ne succombent et ne présentent même des phénomènes généraux analogues lorsqu'on les soumet à une température relativement peu haute. J'ai, à plusieurs reprises, exposé au soleil, aux mois de mai et de juin, des insectes d'espèces nombreuses enfermés dans un cristallisoir en verre recouvert de papier percé de trous. Un thermomètre placé dans cette sorte d’étuve, en indiquait la température qui n’a jamais dépassé 41°. Or les insectes mouraient presque tous (à part quelques-uns; chose curieuse, ceux de plus petit volume) dans une période de 20 minutes. Au début, on observait de l'agitation, des mouvements de fuite, les insectes cherchant à s'envoler; puis une torpeur progressive. Les insectes mouraient après quelques convulsions, presque exactement comme les animaux à sang chaud : c'est là un rapprochement dans les symptômes de l'Hyperthermie, qu’il m’a paru intéressant de faire.

Quoi qu'il en soit la rigidité cadavérique apparaît promptement

ag chez les animaux (chiens, lapins, chats, cobayes) qu’on a surchauffés ou exposés au soleil. Elle arrive en moyenne de un quart d'heure à une demi-heure, parfois 1 heure après la mort. Souvent la rigidité a succédé immédiatement à la mort. L'intensité des phénomènes convulsifs et l'extrême fréquence, à certains moments,

des mouvements respiratoires expliquent la précocité de la rigidité cadavérique.

8 2. — Troubles respiratoires dans l’'Hyperthermie. Anomalies et modifications des phénomènes mécaniques et chimiques de la respiration. Dosage de l'oxygéne absorbé.

Les modifications que les animaux en Hyperthermie présentent du côté de la respiration, sa fréquence, son amplitude, ses variétés, ses rythmes, ses types sont fort remarquables. Les différents auteurs qui ont expérimenté sur les effets de la chaleur sur l'organisme, se sont bornés à signaler une exagération considérable du nombre des inspirations qui devient parfois incomptable. Tout récemment A. Richet (1) a décrit la polypnée thermique chez le chien. On est, en effet, véritablement frappé de l'intensité des troubles respiratoires qui dominent avec les troubles nerveux, la symptomatologie de l’Hyperthermie; et si j'ajoute que leurs variétés se sont reproduites, à quelques caractères près, chez tous les animaux sur lesquels j'ai expérimenté, il paraîtra inutile d’insister sur l'importance qu’il doit y avoir à exposer en détail ces phénomènes. |

x. Fréquence de la respiration. — Tant que la température des animaux ne s'élève pas, c’est-à-dire à peu près durant la première heure chez le chien, pendant quelques minutes seulement chez les lapins, la respiration reste calme et régulière. Dès que la température commence à s'élever, on voit (au début et pendant la

(1) Commun. à l’Acad. des Sciences, 8 août 1887.

= 36 Le, première moitié de l'expérience) la fréquence respiratoire suivre une courbe concordante et s’accélérer rapidement. La progression de la fréquence de la respiration est généralement très régulière et, dans un intervallé de temps variant entre une demi-heure et une heure chez les chiens surchauffés, on voit la courbe respiratoire qui marquait primitivement 12 à 15 inspirations à la minute, atteindre graduellement les chiffres de 100, 200, 250 et 290 inspirations ; une fois le chiffre énorme de 600 inspirations. A. Richet a observé jusqu'à 380 inspirations chez des chiens exposés au

soleil.

Fig 'g;/—| Trace montrant la progression éroissante de la fréquence respiratüire pendant la prémière partieïde l'expérience. (f, 1Let II) et sa diminution graduelle (IV, V et VI)

dans la seconde moitié de l’expérience, i. — Respiration Horhals (a = 38 5; Re 24} IE. — Respiration K h. 4a après la mise du chien dans l’étuve &T =:4103; R — 280). VI. — Respiration 3 heures après la mise dans l'étuve et 3 minutes avant la mort. == 440 5; R — 32) (Expér. XIII).

Mais, fait très constant à partir de ce maximum de polÿpnée,

la courbe de respiration, loin de continuer à s'élever come celle:

de la température, suit ur trajet descendant inverse. Elle s'abaisse peu à peu avec la même régularité qu'elle offrait dans sa ligne d’ascënsion et la respiration, comme ‘par une sorte d’ épuisement lent, revient peu à peu à son chiffre de fréquence primitive ; puis s'arrête. Les courbes et les tracés que nous donnons et que nous avons pris entre plusieurs, sont tout à fait démonstratifs.

6. Amplitude de la respiration.— L'amplitude des mouvements respiratoires est, d’une façon générale, en raison inverse de leur fréquence. La respiration est donc plus superficielle pendant toute la période de polypnée ; parfois même, surtout vers le milieu de: l'ascension de la courbe de fréquence respiratoire, l'amplitude est

insignifiante.

Fig. 3. — Type de tespiration Mouais dans l'Hyperthermie

Enfin, il arrive souvent, pendant cette même période, qu'on constate des arrêts, de véritables syncopes respiratoires pouvant: durer 8, 10 secondes, quelquefois même 30 et 50 secondes. Le cœur s'arrête ou non en même temps.

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