ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE LA CROISSANCE PONDÉRALE
Il convient d'aborder le problème de la croissance par une étude purement descriptive du phénomène, dont le résultat sera le tracé d'une courbe de croissance, représentant, en fonction du temps, les variations'de poids d'animaux en croissance, maintenus dans des conditions de nutrition et de milieu bien déterminées. Il est intéressant de considérer aussi, aux divers stades ‘de la croissance, les vwiwesses de croissance : la vilesse absolue, où augmentation de poids pendant l’unité de temps ; la vuesse relalive, mesurée par cette même augmentation, mais rapportée à une même unité de poids au début de la période unité considérée. Cette vitesse relative de croissance donnera, mieux que tout autre élément, une mesure de la capacité de croissance de l'organisme aux différents stades de son développement.
Si la courbe de croissance est représentée par une équation :
(m désignant la masse de l'organisme, / le temps), la vitesse absolue de croissance sera représentée à chaque instant par la
dérivée = de la fonction /, et la vitesse relative par sa dérivée dm dt
Les données fort nombreuses relatives à la croissance, recueillies surtout chez les Vertébrés, montrent que, d'une façon très générale, la vitesse de croissance, — absolue ou relative, — ne reste pas constante : la croissance est représentée par une courbe plus ou moins complexe. Dans un grand nombre de cas, cette courbe affecte la forme générale connue sous le nom de « courbe en S » (Fig. 1). T. B. Roperrson a attiré l'attention sur l'identité de forme de cette courbe avec celle qui représente les progrès d’une réaction chimique monomoléculaire autocatalytique, et qui satisfait à l'équation différentielle :
LOT 1 logarithmique Fe
dm > = Km (A — m),
m désignant la masse de la substance qui se transforme (ou la masse de l'organisme), À et K étant deux constantes.
Fig. 4. — Courbe de croissance théorique (courbe en S).
Cette identité de forme n'implique aucunement que la croissance soit déterminée par une réaction chimique autocatalytique : des phénomènes n'ayant rien de commun dans leur mécanisme peuvent fort bien être représentés par la même loi mathématique. La même équation différentielle avait d'ailleurs été utilisée antérieurement pour représenter des conceptions théoriques différentes ('). D'autre part, la courbe en $ fournie
(‘) On trouvera l'historique de ce point dans un article de G. Teissier (1928).
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par l'observation de la croissance serait peut-être aussi bien représentée par une équation d'une autre forme mathématique : beaucoup d'auteurs ont d'ailleurs proposé pour représenter Les courbes de croissance des équations variées, souvent purement empiriques. Toute interprétation théorique du phénomène de croissance basée sur sa représentation mathématique semble pour ces raisons assez chimérique.
Les descriptions les plus précises de la croissance, faites chez certains vertébrés supérieurs (rat, poulet, ete.) ont d’ailleurs montré que les courbes représentant l'ensemble du développement de ces animaux étaient constituées, non pas par une seule courbe enS, mais par la juxtaposition d'un certain nombre (3, À, 5) de courbes de cette nature, se raccordant plus ou moins régulièrement. On a donc été conduit à diviser le développement en un certain nombre de périodes ou cycles de croissance, correspondant plus ou moins bien à des stades déterminés du développement morphologique (').
Il importe de remarquer qu'une courbe continue et constamment croissante, — comme l’est généralement une courbe de croissance, — ne peut guère présenter d'autres irrégularités que des points d’inflexion. Or, toute courbe de ce genre peut toujours être décomposée en une série de courbes en S. Aussi, la distinction des cycles de croissance ne peut, à mon avis, présenter un réel intérêt que si chaque cycle est mis en relation avec une période biologiquement bien déterminée, séparée des périodes voisines par un fait MOPAOIOBIUE ou physiologique particulier.
L'étude purement descriptive de la croissance est indispensable et doit servir d'introduction à toute étude expérimentale, mais elle ne peut à elle seule nous faire pénétrer bien loin dans son mécanisme.