PARALYTIQUES GÉNÉRAUX
Nous n'avons jusqu'ici rencontré dans notre étude que des lésions matérielles, dont nous avons eu à apprécier le retentissement variable sur le temps de réaction simple et sur le temps de discernement, mais nous n'avons pas encore rencontré un seul individu chez lequel nous ayons pu invoquer, en faveur du retard que nous avons signalé, Faction d'une modification intellectuelle suffisamment nette pour être appréciable. Nos vieillards, nos hémiplégiques étaient plus ou moins affaissés sous l'influence de l'Age et de la stabulation, mais conservaient cependant une intégrité psychique suffisante pour qu'il fût impossible de voir dans leur état mental un facteur capable de modifier nos chiffres.
Chez les paralytiques généraux nous nous trouvons, au contraire, en présence de deux facteurs importants pouvant influer sur nos résultats. La lésion anatomique, l'encéphalite interstitielle, dont le développement conduit à la destruction des cellules nerveuses, principalement dans les couches corticales, explique dans une large mesure les retards que nous verrons se produire dans Insensibilité et la motilité de nos malades.
Mais à côté de ces lésions matérielles existe un élément purement psychique, et qui introduit l'influence d'une lésion mentale dans le processus compliqué dont les éléments concourent à la production de nos chiffres.
Nous verrons en effet que, tandis que chez certains malades lo tremblement empêche l'enregistrement direct du temps de réaction, chez d'autres l'hésitation, qui se manifeste déjà dans l'expression du 1. ingage articulé, reparaît au moment du signal ; que chez d'autres enfin le délire introduit un élé-
ment perturbateur suffisant pour rendre l'expérience impossible au moins en se plaçaut dans des conditions normales. On est alors obligé soit de faire rentrer l'expérience dans le cadre des idées délirantes que présente le malade ou de l'exciter suffisamment fort pour stimuler violemment son attention engourdie ou fixée ailleurs. Chez les uns le temps que met la volonté à déterminer l'acte en rapport avec la sensation, s'allonge . démesurément ; chez d'autres, l'imagination vagabonde et les sensations subjectives qu'elle fournit h l'aperception masquent l'excitation ; en un mot le problème se complique et l'analyse de l'état de l'esprit du malade, pendant l'opération, devient impérieusement nécessaire pour pouvoir discuter les chiffres obtenus.
Nous présentons d'abord les malades chez lesquels l'intelligence est restée suffisamment nette pour leur permettre de remplir tout entier le cadre de notre expérience, puis nous montrerons comment le champ des recherches possibles se limite au fur et à mesure que les lésions anatomiques et psychiques se compliquent et se développent.
Observation I. — R., 40 ans Maréville*.
Paralysie générale à forme spinale.
Abolitions des réflexes rotuliens et plantaires, pas de troubles oculaires : le malade, syphilitique,* traité par I K, est dans une période de rémission au point de vue mental.
Nous avons déjà rencontré ce malade quand nous avons étudié les maladies de la moelle, il présente en effet un mal perforant plantaire au pied gauche.
Pendant que nous l'étudions, il manifeste un grand désir d'entrer à l'hôpital civil à Nancy et son attention nous échappe complètement. Nous lui disons alors que les expériences faites sur lui sont destinées à vérifier son état, et à savoir si on peut l'admettre à l'hôpital ; il s'y soumet alors volontiers. De temps en temps, son attention disparait de nouveau, et il se prend à parler de sa situation pécuniaire qu'il croit excellente, etc. etc. Force est alors
d'arrêter l'expérience et de rappeler son attention sur son désir de quitter l'asile.
Dans oîS conditions, si nous étudions de près les chiffres fournis par ce malade, nous voyons que ïe retard porte surtout sur les chiffres fournis par les membres inférieurs, principalement du côté où siège le mal perforant (Voir chap. précédent, obs. IV).
Malgré nos appels à son attention, malgré une excitation tantôt réellement douloureuse, tantôt moyenne, nous avons constamment trouvé à la piqûre des chiffre ? plus élevés qu'au toucher.
Le temps de discernement, très élevé, donne avec la moyenne des temps de réaction à l'excitation simple et à la piqûre une différence positive égale à -h 0"3621.
Observation 11. — G., 35 ans.
Rétrécissement pupillaire, pas d'inégalité ; idées de satisfaction.
Le malade est un ancien typographe, profondément convaincu de son excessive habileté manuelle : il divague et se laisse distraire par tous les objets qui l'environnent, au point que nous sommes frappé par l'exagération des chiffres que l'examen du temps de réaction simple avec excitation et réaction à la main nous donne (0''8415). Nous persuadons au malade qu'il prouverait son habileté manuelle en répondant le plus vite possible à l'excitation cutanée ; il devient alors docile et nous donne des chiffres notablement plus faibles pour, les autres régions excitées.
De temps en temps, le malade croit connaître la présence de quelque personne de sa famille dans la pièce àcôté ou dans l'asile, et veut se lever pour la rejoindre, mais en ramenant ses idées sur son habileté on éveille suffisamment son attention pour obtenir de lui des chiffres comparables, et dont l'analyse donne avec le temps de discernement une différence positive = à + 0"19l>3 par rapport à l'excitation à la pointe.
Observation III. - H. S., 37 ans.
L'affection a débuté il y environ deux ans, le malade présente comme symptôme le plus bruyant des crises épileptiformes assez fréquentes, avec cela il a du rétrécissement des pupilles, de l'hési-
talion de la parole et des idées de satisfaction exagérée. Il se prête assez volontiers à l'expérience et semble faire tous ses efforts pour arriver à prouver par les résultats qu'il est très fort et extrêmement habile. Malgré cela les chiffres que nous obtenons sont très élevés, un certain nombre dépassent même notablement la seconde; c'est, devant le vif désir du malade de bien réagir, aux lésions matérielles que nous devons attribuer ce retard.
Le temps de discernement, très long, donne avec les moyennes des temps de réaction simple une différence positive = -+- (T0652, le temps de réaction à la piqûre étant plus long pour la main que le temps de réaction au contact.
Observation IV. — V., 40 ans.
Affaiblissement de la mémoire, délire erotique, alcoolisme, idées de satisfaction, inégalité pupillaire.
Le malade a une intelligence assez obtuse pour qu'il soit impossible de lui faire exprimer par un mouvement aussi compliqué que la fermeture de la main la sensation éprouvée.
On lui attache alors successivement les deux premiers doigts de la main et le gros orteil à la pédale, de façon à lui permettre, comme signal, de n'avoir qu'à retirer le membre devant l'excitation.
Dans ces conditions on obtient les chiffres que nous donnons dans le tableau ci-joint; le malade arrive même à comprendre ceci que, quand on le pique à la main, il doit retirer le pied.
En excitant violemment la plante du pied au niveau où grâce au relèvement de la voûte plantaire, la peau se trouve être assez fine, en enfonçant par exemple une pointe aiguë, on voit le pied se mettre tout doucement à osciller en avant, latéralement, etc., jusqu'à ceque, brusquement,et comme si le malade trouvait alors seulement la direction du mouvement qu'il veut accomplir, le pied se retire et le contact s'établisse.
Les chiffres très élevés que nous trouvons ne sont donc pas l'expression d'une anesthésie qui n'existait certainement pas, et nous n'en voulons pour preuve que les chiffres fournis par le le compas de Weber. Mais il sont dus à cette difficulté que le paralytique possède à classer ses idées et à amener sa volonté
à un degré d'intensité suffisante pour permettre aux actes d'avoir la netteté qu'ils présentent chez l'homme sain. Le malade bredouille avec son pied, comme il bredouille avec sa langue.
La nécessité d'employer une pointe" aiguë et l'état mental du sujet nous rendent impossible l'appréciation du temps de discernement.
Observation V. — P., 34 ans.
Hallucination de la vue et de l'ouïe, inégalité des pupilles.
Aucun des chiffres obtenus ne l'a été directement, le malade a simplement retiré la main devant une sensation douloureuse;: encore n'obtient-on pas cj retrait si l'on ne fait pas rentrer l'acte dans le cadre du délire.
Sur la promesse qu'il irait à Epinal et sur la menace de faire disparaître sa mère qu'il croit pr^s de lui, on obtient les chiffres que nous donnons dans le tableau ci-contre, mais le malade retombe bientôt dans son délire et son incohérence et se reprend à bredouiller tellement tous ses actes, que l'expérience s'arrête forcément.
Observation VI. — S., 46 ans.
Le malade refuse absolument de réagir, rit, chante, plaisante» et s'amuse de sentir la pointe aiguë lui labo.urer la peau, cependant en enfonçant l'aiguille à une certaine profondeur on obtient à la longue le retrait de la main. C'est ce temps, que le malade mettait à manifester par un geste commandé une sensation très vive, qui atteint, comme on peut le voir au tableau, plus de 12 secondes.
Observation Vil. — 48 ans.
Fièvres paludéennes datant de la guerre du Mexique, chute sur le crâne, délire hypocondriaque.
Le tremblement rend tout usage de la main impossible.
Le malade, ancien miroitier, comprend assez bien ce que l'oit veut obtenir de lui, ce qui nous permet de déterminer le temps do réaction avec signal au pied, après excitation à la main et aux deux malléoles.
Chaque mouvement voulu est précédé d'une période d'hésitation ; en outre, quand on veut établir le signal avec le pied droit en excitant le pied gauche, le malade dissocie difficilement le mouvement des deux pieds. Le pied gauche piqué suit le mouvement du pied droit qui frappe la pédale, et 1 exagère même au point qu'au bout de quelques coups il faut attendie que le tremblement qui s'est établi, disparaisse, pour pouvoir continuer.
Si on s'oppose au mouvement du pied gauche, le pied droit hésite et reste immobile pendant un temps démesurément long, deux, trois secondes et même plus. Nous avons également observé cette coordination forcée dans les mouvements de deux membres symétriques dans un cas d'athétosede la clinique de M. le professeur Bernheim, dont nous donnons l'observation plus loin.
Observation VIII. — G., 48 ans.
Alcoolisme, syphilis, à l'asile depuis sept ans, rémission relative.
Le malade ne peut pas, plus que le précédent, arriver à saisir la pince-signal. Le tremblement est même assez violent pour rempêcher de frapper sur la pédale avec la main.
L'analgésie du dos du pied droit est complète, on peut traverser la peau du pied avec une aiguille sans que le malade accuse autre chose qu'une sensation de contact. Ceci doit être bien distingué de ce que nous trouvons dans l'observation VI par exemple, où l'état mental du sujet s'oppose bien plus à sa réaction que Tanesthésie périphérique.
Dans le premier cas, en effet, si on pique le sujet suns qu'il voie, et s'il se décide à répondre, il dit • cela pique » tandis que dans le deuxième, le malade, même en voyant entrer l'aiguille, n'éprouve pas de douleur.
Nous nous plaçons ici dans les mêmes conditions que dans l'observation précédente, mais nous n'obtenons plus cette coordination forcée des mouvements dans les membres symétriques.
Observation IX. — G., 40 ans (2).
Inégalité des pupilles, idées de persécution et de satisfaction.
L'intelligence n'a pas complètement disparu, mais le malade étant fort méchant, il est nécessaire de le maintenir camisole, ee
qui nous empêche d'expérimenter sur les membres supérieurs. Le malade manifeste la sensation produite par la piqûre ; cependant le pied oscille en avant, en arrière, latéralement, puis brusquement le mouvement voulu s'accomplit, comme si alors seulement le malade trouvait le sens dans lequel il veut se mouvoir.
Enfin l'incohérence de ses réponses nous empêche de tenir compte des chiffres qu'il nous indique pour le campas de Weber, tandis que, dans les deux observations précédentes, les malades avaient conservé une intelligence suffisante pour nous répondre d'une façon satisfaisante.
Observation X. — S., 30 an*.
Crises épi lepti formes, entré à Pasile il y a un an
Ce malade, ancien maquignon, fort déprimé, d'un aspect absolument bestial, pousse des grognements incompréhensibles. En le secouant vivement on arrive à lui taire frapper la. pédale apr^s avoir été piqué à la main. Dans ces conditions il est un peu plus de six secondes pour réagir.
Tout d'un coup il se met à pleurer et à se lamenter et refuse absolument d'exécuter plus longtemps nos ordres. On lui attache alors la pédale au gros orteil et on lui pique vivement la plante du pied. Il exécute ainsi en 0"085 un mouvement de retrait, purement réflexe, et parfaitement comparable à celui qu'exécuterait un animal dans les mêmes conditions.
Nous avons donné au tableau ci-contre une forme un peu différente de celle des précédents, le peu d'observations complétas que nous avons pu obtenir rendant le même développement que ci-dessus complètement inutile.
Ces chiffres concordent avec ceux que nous donnent Obersteiner et Buccola ; en effet Obersteiner, examinant un paralytique récemment atteint, trouve comme moyenne du temps de réaction simple 0''281 ; chez un autre, plus avancé dans sa maladie, le temps s'élève jusque 0"755. De môme Buccola qui ne s'est occupé que d'un seul malade, chez lequel il a passé en revue les résultats fournis par l'excitation des différents sens, avec réaction à la main, trouve :
Oreille.
Vue.
Tact.
Klectr. laible.
Iilectr. forte
Il fait en outre remarquer que les chiffres extrêmes des séries, dont ceux-ci ne sont que les moyennes, sont très éloignés les uns des autres, sans cependant que les minima soient fMi général inférieurs aux moyennes des individus sains.
Il", rooy
jio
Obs. 4. — V.
t. iii.lt. m. T.inoy.
Obs. 5. — P.
t. m. T.moy,
FERMETURE A LA MAIN
iDos delstnain.
Paume de la main
lui
Km. Thén
/Plante do pied.