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MYÉLITES
Nous venons de voir quelle était l'influence des lésions cérébrales sur le temps de réaction simple et sur le temps de discernement. Une question se posait immédiatement, celle de savoir dans quelles limites les lésions médullaires influaient sur la rapidité de conduction à travers cet organe. A priori on pouvait penser, que de même que la conductibilité motrice, pour n'être pas supprimée, est considérablement modifiée dans la sclérose en plaques, de même les lésions de la moelle se manifestant par des troubles trophiques ou sensitifs devaient influer sur la conduction sensitive. Devions-nous trouver avec Griinhagen et Richet (Physiologie des muscles ct-desner/s, Paris, 1881), que l'excitabilité et la conductibilité d'un appareil nerveux sont deux fonctions indépendantes et que les modifications de Tune ne réagissent que faiblement sur celles de l'autre, ou bien devions-nous conclure avec Luchsinger et Szpilmann que la proposition de Griinhagen n'a pas de raison d'être et que ces deux fonctions du système nerveux sont étroitement solidaires ? C'est avec ce point d'interrogation dans l'esprit que nous avons entrepris l'étude du problème, et nous croyons aujourd'hui pouvoir répondre sans hésitation que toujours le temps de réaction est plus long du côté où siège la lésion médullaire que du côté sain.
Nous donnons ici sept observations : trois de myélites simples, une d'ataxie locomotrice, une dans laquelle il s'agit d'un paralytique général présentant des phénomènes médullaires, et deux de paralysie agitante dont une à forme hémiplégique, et l'autre localisée aux membres supérieurs. Nous avons essayé de nous rendre compte des modifications apportées aux temps qui nous occupent par la sclérose en plaques, mais il nous a
été impossible d'obtenir aucun résultat avec ceux de ces malades que nous avons pu observer, la nécessité d'accomplir un acte volontaire déterminé, pour répondre à l'excitation, exagérant le tremblement d'une façon extrêmement violente. Voici du reste ces observations, il sera facile de voir combien les résultats sont nets.
Observation I.— R., 66 ans.
Myélite diffuse datant de dix-neuf ans, troubles trophiques très accentués à gauche et consistant en un mal perforant au petit orteil et un pied bot par contracture de ce côté.
La mobilité est également plus compromise à gauche. Le temps de réaction obtenu par une excitation tactile simple de la malléole externe est de 0"1241 plus long du côté de la lésion que de l'autre, en même temps l'écartenient des branches du compas de Weber, qui est de 35 millimètres à la malléole droite s'élève à gauche à 91 millimètres.
Au trochanter, le temps de réaction est plus court du côté gauche que du côté droit, mais ce résultat n'infirme en rien notre théorie, il suffit en effet que le centre trophique duquel dépend la lésion en question siège au-dessous du point d'arrivée du nerf trochantérien excité, branche du fémoro-cutané, pour que ce phénomène se produise.
En déplaçant le joint du signal, et en maintenant l'excitation à la malléole, on trouve encore un allongement du temps de réaction de 0"07 au profit du côté malade. Ce déplacement qui fait traverser la région malade par les deux courants centrifuges et centripètes se traduit du côté gauche par un allongement de 0"0511. Nous verrons, du reste, un peu plus tard, dans la seconde partie, quelles conclusions nous devons tirer de ce résultat.
Observation II. — W., 35 ans.
Scoliose. — Rachitisme.
La motilité est plus atteinte du côté gauche, la sensibilité plus atteinte à droite. Les réflexes rotuliens et plantaires sont très exagérés. En touchant alternativement chaque malléole, on trouve
du côté gauche un retard de 0"1960: en revanche le compas de Weber donne des chiffres d'une valeur plus faibltfdu côté gauche. Cette différence entre les deux côtés se manifeste également à la région trochantérienne.
En faisant donner le signal par le pied droit, le retard du côté gauche sur le côté droit diminue et tombe à 0"1105.
La moelle au dessous du point comprimé jouissant probablement d'une indépendance relative comme centre moteur, et la réaction enregistrée pouvant jusqu'à un certain point être considérée comme un réflexe, on comprend facilement cette différence.
% Observation IU.
Àtaxie locomotrice.
Le maximum des douleurs fulgurantes siège à gauche. Ici encore nous noterons un allongement très notable du temps de réaction au contact du côté gauche par rapport au côté droit; en outre, tandis que les chiffres obtenus au trochanter, tout en se maintenant dans le rapport que nous venons d'indiquer, ne permettent pas de conclure à une lésion de la sensibilité en cette région, le compas de Weber nous donne un résultat tel que l'on pourrait croire d'après lui que la sensibilité est complètement abolie à la hanche : en effet en écartant au maximum possible les deux branches du compas, nous ne sommes pas encore arrivés à faire distinguer nettement par le sujet les deux pointes de l'instrument.
En faisant réagir le sujet avec le pied, le sens de la différence se renverse et c'est le côté droit qui donne le temps de réaction le plus long à l'excitation de la malléole ; ceci peut être dû à la même cause qui nous fait trouver au compas de Weber une sensibilité moindre à droite, ec c'est encore dans l'état plus ou moins avancé de la sclérose médullaire qu'il faut en chercher l'explication.
Observation IV. — R., 40 ans.
Paralysie générale avec phénomènes spinaux. Abolition des réflexes rotuliens et plantaires. Pas de troubles oculaires, -r- La paralysie générale est dans une période de rémission due au traitement par I K. le malade étant syphilitique.
Mal perforant plantaire à gauche.
Les chiffres obtenus tant au trochanter qu'à la malléole et quel qu'ait été le point de réaction, présentent un allongement considérable du côté où siège le mal perforant; en revanche le compas de Weber nous présente un écartement moindre à gauche qu'à droite.
Nous nous trouvons probablement ici en présence de lésions multiples, dont Tune aura atteint le centre trophique que nous avons déjà vu lésé dans l'observation I.
Observation V. — Salle 9, n> 8, hôpital civil. Paralysie agitante.
Nous présentons ici deux observations de paralysie agitante. L'incertitude qui règne encore à propos de l'anatomie pathologique de Gette affection nous a fait hésiter longtemps sur le chapitre dans lequel nous voulions classer nos résultats à son sujet. Comme il est cependant bien probable que la moelle est intéressée dans cette affection, ainsi que permettant de le conclure les observations publiées par Lebert, x Cohn, Cayley et Murchison, Charcot et Geoffroy. Démange (Mél. de Clin. ?nédic. eld'anat. pathoL, 1880), qui tous ont trouvé exclusivement des lésions médullaires à l'autopsie, observations dont celles qui n'admettent que des lésions cérébrales sont loin de détruire la valeur, il nous a semblé logique de placer ici l'étude de cette affection.
Dans le premier cas que nous avons examiné, l'affection avait débuté il y a deux ans dans la main droite et s'était graduellement étendue jusqu'à avoir aujourd'hui une forme complètement hémiplégique.
Comme étiologie. l'humidité, des ennuis etc. ; rien que de très banal.
Nous plaçons le signal dans la main gauche du malade, qui a acquis avec cette main une certaine dextérité supplémentaire, et nous excitons alternativement les deux régions dorsales de l'éminence thénar et les deux malléoles.
Nous trouvons constamment un ralentissement très net de (T0330 entre les deux mains, de 0"J276 entre les deux malléoles au profit du côté où siège le tremblement.
Observation VI. — Salle XI, n 1, h. c.
Paralysie agitante.
La maladie a commencé il y a cinq ans dans la main droite; actuellement elle s'est généralisée aux deux membres supérieurs, et le tremblement présente une intensité telle qu'il est impossible d'employer le signal à main ; nous employons donc la pédale.
Dans ces conditions et en excitant successivement la main droite et la main gauche, nous trouvons à droite un allongement de 0"0234, par rapport à l'autre côté, que l'affection n'a envahi que plus tard et qui présente un tremblement un peu moins accentué.
Observation VU. - Salle XI, n° 8, h. c.
Myélite idiopathique. •
En excitant la Mail. E. nous trouvons à gauche un ralentissement notable du temps de réaction ; le malade accuse d'ailleurs plus de douleurs dans la jambe gauche. La différence entre les deux est de (F076.
Tels sont les résultats fournis par nos divers malades; on voit donc que la lésion des centres médullaires, que ce soient les fonctions trophiques, les fonctions sensitives ou les fonctions motrices qui soient atteintes, s'accompagiu constamment d'une lésion, probablement proportionnelle, dans la faculté de transmission de ces centres. Et ces retards, que nous trouvons très exagérés dans certains cas de Tabès confirmé, décelés par notre appareil alors qu'ils sont encore faibles, peuvent par leur connaissance, apporter un élément précieux au diagnostic différentiel entre une affection médullaire accompagnée de lésions anatomiques et une affection purement dynamique, comme l'hystérie, dont nous analyserons plus loin quelques cas.
Nous présentons ci-contre un tableau qui résume les chiffres dont nous venons de parler.
îi.SO