DU TEMPS DE RÉACTION SIMPLE
Nous venons de voir dans les pages qui précèdent le détail de chacune des observations dont nous allons avoir actuellement à interpréter les résultats d'une façon générale. Si l'on veut bien, en effet, se reporter à notre plan, on verra que nous avons l'intention de partager cette seconde partie de notre travail en six paragraphes principaux, dont nous avons donné la raison d'être en même temps que nous les annoncions ; et comme nous ne tenons ni à nous répéter, ni à dire en d'autres termes ca que nous avons écrit ailleurs, nous allons entrer de suite en matière.
Les premiers chiffres de la première ligne de chacun de nos tableaux portent les indications Em. Thén., Fermeture à la main, c'est-à-dire ont été obtenus en excitant avec la boule la peau qui recouvre le dos du premier métacarpien , tandis que le sujet, aussitôt l'impression perçue, faisait par un mouvement de flexion imperceptible du pouce passer le courant à travers la pince-signal. Ce chiffre exprime le résultat de la plus simple de toutes les opérations auxquelles nous ayons soumis nos sujets; en effet, nous nous adressons à des terminaisons nerveuses qui sans être le siège d'un sens spécial, comme celles de la paume de la main, n'en sont pas moins soumises et habituées à des excitations continuelles. Le cordon nerveux cen tri pète, la voie médullaire, le centre cortical et les cordons centrifuges sont constamment en fonctions, et coordonnent à chaque moment leurs actions respectives. Nous pouvons donc, sans craindre de contestations, prendre ces
chiffres comme étalons, d'autant plus d'ailleurs que nous les trouvons confirmés par les observateurs qui ont étudié la question avant nous.
C'est ainsi que Vintschgau et Hûnisgschmied (1) excitant la pointe du doigt médius de la main droite et faisant aller le signal avec la main gauche, trouvent chez trois sujets sains :
H., 0"1563. — Fu., 0"1790. — D., 0"1299.
Un peu plus tard Vintschgau et Steinach (2) reprennent ces expériences et obtiennent, en excitant par une impression tactile la face dorsale près du bord radial de la main gauche et faisant réagir à la main droite :
Pour Vintschgau, 0"423. — Pour Steinach, 0"109.
Kriès et Auerbach (3) reprenant sur eux-mêmes les mêmes recherches trouvent pour trois séries d'expériences consécutives les moyennes suivantes:
Auerbach 0"142 — 0"166 - 0"145.
Kriès . 0"118 — 0"153 — 0"121.
\Vundt(4) donne une moyenne de 0"1130; Hirsch (5) une moyenne de 0"1820; Haenkel (6), — 0"1546 ; Exner (7), — 0"1337; Buccola (Loco citato) 0"1360 et 0"1450; René (8), 0"212. Si nous considérons maintenant les chiffres obtenus dans nos expériences et portés sur nos tableaux nous obtenons les moyennes suivantes :
Étudiants: (T1540 — 0"1490 — (T1539 — 0"1782 soit en moyenne 0"1587.
Soldats: 0"1470 - 0"1590 — (T1510 — 0"1610, soit en moyenne (T1545, donc la moyenne du temps néces-
(1) Arch. de Pflùger, Tom X, 1875.
(2) Arch. de Pflùger, 1877, page 540.
(3) Arch. fur anatomie and physiologie, 1877. page 371.
(4) Wund -Psychologie Physiologique, 2 e édition, page 250.
(5) Hirsch- in Untersuchungen, de Moleschott, t. IX, page 199.
(6) Annales de Poggendorff, t. CXXX1I, page 134.
(7) Arch. de Pflûger, VU, pages 645, 648, 649.
(8) René, Gazette des Hôpitaux 1882, page 277.
saire pour l'accomplissement de l'acte le plus simple oscille chez l'adulte sain entre (T1545 et 0"1587, le temps le plus faible appartenant aux individus dont la profession a pour but de les amener à un automatisme aussi complet que possible. Ces deux tableaux, étudiants et soldats, portent chacun deux observations prises avec des causes de perturbation assez sérieuses, un bruit continu, rhythmé pour les uns, une température très élevée et une chaleur très accablante pour les autres ; nous avons, d'ailleurs, déjà signalé ce phénomène dans la première partie, au paragraphe intitulé: Sujets sains. La moyenne du temps de réaction simple s'élève à
soit une augmentation de 0"0489 sous l'influence de la chaleur, et à
0"1935 + 0"2150 rt , f£Vwo
ce qui constitue une plus value de (T0476 quand on distrait l'individu en expérience par un bruit régulier.
Nous avons vu enfin, au chapitre intitulé Divers, qu'en soumettant un individu sain à la phénacétine et à l'antipyrine on obtenait une diminution du temps de réaction égale en moyenne à 0"0120 pour le premier de ces médicaments et à 0"031 1 pour le deuxième.
Si nous passons maintenant en revue les vieillards que nous avons examinés, nous voyons que nous les avons répartis en trois séries; dans la première, où nous avons réuni les sujets atteints d'athérorae, nous trouvons pour le temps de réaction simple les chiffres suivants :
0"0792 — 0"0811 — 0"0928 — (T0990 — 0"1050 — 0"1309, soit en moyenne 0"0980, ce qui constitue une diminution de 0"0586 sur le temps normal. Dans la deuxième série, qui contient ceux de nos vieillards qui nous ont donné des chiffres peu élevés et chez lesquels nous n'avons trouvé aucune
V*,/fj ex;»!,yjarj* uw a«Jïrrrieri*v;ofi # nous i.-o r ivor;< des chiffre* de'ri7«0 - ©"1875 — (T lï**9 — 0"1950, soiï en moyenne (f'IH'S/,. ï/;V/e est donc â lui snjl un faveur suffisan; pour amener mut élévation de ©~û«27 du temps de réaction «impie,
Knfln, dani la troisième série nous avons grojpé ceux de non mi'yX* dont la moell'* semblait être dans un état d'irritation spécial, vu l'état des réflexes, sans qu'il y ait d'ailleurs un étal athéromatcux bien accentué des artères; nous trouvons les chiffres suivants:
0"1«88 — M 27I8 — (T28M — 0"2928 — (T3472, soit en moyenne M 2785 ou une au'zmentation de 0" 1219 sur le temps normal.
Chez les hémiplégiques, nous avons considéré deux catégories selon que nous rencontrions ou que nous ne rencontrions pus de phénomènes de sclérose descendante du côté hémiplégie.
Nous trouvons du côté sain les chiffres suivants : 0"1484 — (H 070 - M 1788-0"1230 — 0"0630- 0"468 — 0"0616 — M 1MK) — 0"1930 — 0"1355 soit une moyenne de 0"1074 en diminution de 0"0492 sur la normale, ce qui n'a rien de surprenant si l'on considère l'état d'athérome cérébral avancé dont l'hémiplégie est en général le symptôme.
Dans les cas de sclérose descendante le côté malade nous donnn M llf>* — 0"0021 — 0"0750 — 0"0393 soit une moyenne M 0I)71) f valeur plus faible que la moyenne du côté sain, tandis que quand l'hémiplégie est flasque, nous avons des chiffres do () M 4r>07 -<T0HH — 0"072G — 0"2457 0"1800 — 0"1830 soit en moyenne 0"2005, c'est-à-dire 0"0439 de plus que la normale.
Chez les malades atteints d'affections de la moelle, le temps de réaction simple est peu influencé d'un côté à l'autre à la main, nous n'examinerons donc que les chiffres fournis par le rôté sain; dans ces conditions, nous trouvons une légère augmentation, due probablement au retentissement de l'affection sur tout l'organisme.
Les chiffres sont :
0"1744, 0"2275, (T2072, 0"2690, soit en moyenne 0"2195, autrement dit une augmentation de 0"0629 par rapport â la normale.
Après les myélites, nous avons examiné les paralytiques généraux et sur dix malades, nous n'avons pu obtenir le temps de réaction simple que de trois individus dont voici les chiffres :
0"2550, 0"8415, 0"7080, soit en moyenne 0"6015, ce qui équivaut à une augmentation de (T4449 par rapport à la normale, et il ne faut pis oublier que ce chiffre n'est fourni que par un tiers des malades, les autres étant absolument incapables de donner un temps de réaction avec une impression aussi simple que celle que fournit l'excitateur à boule.
Chez les épileptiques, nous ne trouvons également de temps de réaction simple que chez six malades sur douze, l'état de la conduction centripète étant chez les autres tel qu'une excitation violente pouvait seule être perçue et enregistrée par eux.
Sur les six malades qui nous ont donné un temps de réaction simple, le premier, traité par le bromure, débarrassé de ses attaques depuis longtemps, fournit des chiffres un peu inférieurs ou égaux à la normale. Nous ne retrouvons donc réellement l'influence de la névrose qui nous occupe que sur les épileptiques inscrits aux observations II, III, IV, V, et VI, dont les chiffres sont :
Soit une moyenne de 0"4140 en augmentation de (T2574 sur la valeur normale du temps de réaction simple. Si nous continuons <\ suivre le môme ordre que celui qui nous a guidé dans le classement des paragraphes de notre première partie, nous arrivons à l'étude des hallucinés et des persécutés, c'est-«àdire des lésions psychiques non accompagnées, du moins en l'état actuel de la science, de lésions anatomiques appréciables.
Nous nous trouvons ici en présence d'individus dont les états
respectifs sont éminemment différents et nous ne pouvons en réalité considérer comme ayant subi l'influence de la lésion mentale que les chiffres fournis par les malades qui font l'objet des observations 4, 5, 6, 7, 8, 9 pour les hallucinés, et 2, 3, 4, 5, 6, pour les persécutés ; les premiers numéros de chacune de ces deux séries étant consacrés à des sujets dont le > temps de réaction ne semblent pas avoir subi l'influence de leur délire et les quatre derniers persécutés qu3 nous avons examinés n'ayant pas réagi à l'excitation tactile simpb :
Voici d'ailleurs les chiffres :
Hallucinés: 0"3180 — 0"3560 — 0"5780 — F3896 — 0"2414 — 0"3977,
soit une moyenne de 0"5467, supérieure de (T3901 à la normale.
Persécutés: 0"3180 — 0"3300 - 0"3380 — M 7001 — 1"7512, dont la moyenne 0"6874 dépasse la normale de 0"5308.
Chez les dément^, la déchéance intellectuelle est trop profonde pour que, nous ayons pu chez aucun des sujets qui ont été soumis à nos investigations obtenir* un résultat quelconque avec l'excitateur mousse.
C'est d'ailleurs là un résultat qui confirme pour sa part l'idée qui nous a toujours guidée, à savoir l'importance de l'état psychique du sujet comme facteur de la valeur du temps de réaction simple ; ce temps devient indéfiniment grand, et cesse d'être appréciable quand l'intelligence du sujet a complètement sombré.
Il ne nous reste plus qu'à étudier les résultats fournis par les quelques malades que nous avons groupés dans le chapitre: Divers. Chez deux hystériques, ayant toutes deux des lésions à forme hémiplégique, nous trouvons une augmentation du temps de réaction simple des deux côtés avec un raccourcissement relatif du côté où se manifeste la névrose. C'est ainsi que la moyenne du côté sain est de 0"2938 en augmentation de 0"1372 sur la normale, et du côté malade de 0"2143, soit 0"0785 eh moins que du côté resté sain.
Une autre hystérique, sans manifestations spéciales, mais présentant une irritation spinale manifeste, donne des temps de réaction très légèrement inférieurs à la normale, enfin un malade atteint d'atrophie musculaire progressive présente une augmentation de 0"0587 sur le temps de réaction simple de l'individu sain.
En résumé le tamps de réaction simple est augmenté dans des limites d'autant plus considérables que l'état mental du sujet est plus gravement compromis, et les lésions matérielles ont moins d'influence sur ses variations que les lésions psychiques. Il est diminué par certains médicaments, par l'athérome et par certains états d'irritation chronique des centres nerveux telle que celle qui résulte, par exemple, d'une dégénérescence descendante à la suite de la destruction d'une partie plus ou moins considérable de l'encéphale.
Le tableau ci-joint, où nous groupons les chiffres éparsdans ce chapitre permettra de juger d'un coup d'œil la véracité de ce que nous avançons.