DE LA VITESSE DE TRANSMISSION NERVEUSE SENSITIVE
Dans la troisième édition de son traité de physiologie, M. le professeur Beaunis, abordant la question de transmission nerveuse, dit quelque part (1): « On détermine une sensation en excitant un point de la peau, et le sujet en expérience fait un signal dès qu'il perçoit la sensation ; le moment de l'excitation et le signal sont inscrits, et leur intervalle (temps physiologique), est mesuré par une des méthodes indiquées plus haut. On recommence alors l'expérience en excitant un point plus éloigné des centres nerveux; la différence des deux mesures
|'l) Beaunis, Physiologie, 111° édit., t. L, pag. 644 (Méthode de Schelske).
donne la vitesse de transmission ssnsitive. On suppose dans ce cas qua dans les deux expériences successives la durée de l'acte cérébral (perception de la sensation et volonté du mouvement qui sert de signal), la transmission nerveuse motrice et le mouvement lui-même ont eu la même durée, et que la transmission nerveuse sensitive a seule varié. Mais malgré l'exercice et l'attention il n'en est pas toujours ainsi, aussi n'est-il pas étonnant que les différents expérimentateurs soient arrivés à des chiffres très variables. »
Non seulement les chiffres sont variables, mais les valeurs peuvent en devenir négatives. C'est ainsi que M. le professeur agrégé René (1) arrive à conclure à L'impossibilité d'obtenir des résultats positifs en examinant alternativement des points plus ou moins rapprochés des centres nerveux, toutes choses étant égales d'ailleurs. En revanche, toujours d'après le même auteur, l'excitation auditive prise comparativement à l'excitation d'un point quelconque du tégument cutané, donne, par différence, un chiffve proportionnel aux distances parcourues, dont la moyenne permet de conclure ïï une vitesse de 28 mètres par seconde pour la vitesse de transmission nerveuse centripète. Mais, outre que nous ne savons pas quel est le temps perdu de l'excitation auditive, ce procédé a le grand désavantage de nécessiter la comparaison de deux chiffres dans l'un desquels est contenue la valeur de la transmission centripète à travers la moelle, tandis que, dans l'autre, ce coefficient disparaît complètement; ce n'est cependant pas là une influence négligeable, et malgré les prétentions d'Exner, qui croit pouvoir assigner à la transmission intra-médullaire une vitesse déterminée, nous persistons à considérer cet élément comme parfaitement inconnu jusqu'ici.
Nous n'avons donc étudié que l'influence sur la rapidité de conduction centripète, du déplacement du point d'excitation entre différentes régions de la peau, le point de réaction et les autres conditions expérimentales restant les mêmes.
(1) René, Gaz. des Hôpitaux, 1882.
En d'autres termes, nous donnons pour chaque catégorie de sujets deux séries de chiffres dont la première est obtenue en excitant, d'une part les terminaisons des collatéraux dorsaux externe et interne du pouce, branches du radial, et d'autre part les terminaisons de la branche sus-acromiale du plexus cervical. Or ces deux nerfs aboutissent aux V e , VI e et VII e nerfs cervicaux. Nous n'avons donc, au maximum, que quinze à trente millimètres de conduction à travers la moelle, comme cause d'erreur. La seconde série a été constituée en excitant, d'une part les terminaisons collatérales du N. saphéne externe, branche du sciatique-poplité externe, branche du scia- 1ique, qui vient aboutir au N. lombo-sacré et aux quatre premiers nerfs sacrés ; d'autre part en irritant une branche du fémoro-cutané qui vient aboutir au II e N. lombaire; ici la quantité de moelle interposée est plus considérable et égale au minimum àO m 1008.
Nous faisons précéder du signe 4- tous les résultats obtenus en retranchaut le chiffre qui exprime la plus petite longueur de calui qui représente la plus grande. Nous mettons au contraire le signe — quand c'est le cordon nerveux le plus long qui nous a donné le chiffre le plus faible et que nous avons été obligé de faire la différence en sens inverse.