HÉMIPLÉGIQUES
L'étude dos vieillards nous amena directement à nous occuper des hémiplégiques, et il nous parut intéressant de savoir dans quelle mesure la lésion cérébrale pouvait influer sur la longueur du temps de réaction simple.
Disons tout de suite que, comme le montreront d'ailleurs nos observations, nous avons trouvé que, chaque fois qu'il existait de la sclérose descendante consécutivement à la lésion centrale, les chiffres obtenus par l'excitation du côté malade étaient notablement, plus faibles.
Cette loi ne se vérifie cependant pas pour le temps de discernement qui est toujours notablement plus long du côté malade que du côté sain.
En outre un certain nombre de nos malades présentent du côté sain des chiffres très faibles. Nous avons également trouvé chez eux de l'athérome très accentué et dans lequel il faut d'ailleurs certainement chercher la cause de la lésion cérébrale.
Nous présentons ci-contre 10 observations: 6 d'hémiplégie gauche, 3 d'hémiplégie droite, 1 d'hémiplégie double.
Dans quatre observations nous trouvons des phénomènes très accentués de sclérose descendante, avec une plus grande brièveté du temps de réaction simple du côté malade que du côté sain. Dans les six autres, où l'hémiplégie est flasque, nous rencontrons au contraire un allongement notable des chiffres obtenus par l'examen du côté malade.
Ici encore l'influence de l'âge seul ne paraît pas jouer un rôle important; nos malades ayant de 42 à 84 ans, les différences que nous observons sont bien plus imputables à la sénilité réelle, physique, qu'à l'Age même de l'individu.
Nous avons étudié ici aussi avec le compas de Weber quel était Técartement nécessaire des branches pour que la sensasation de double piqûre soit nettement perçue: il nous semblerait imprudent de conclure d'une façon formelle après examen des résultats obtenus. Tout au plus pourrions nous indiquer une certaine tendance des chiffres obtenus par le compas à être dans la même proportion réciproque que les chiffres obtenus dans la recherche du temps de réaction simple. D'ailleurs le tableau qui suit la série de nos observations permettra de juger de la valeur de ces oscillations, mieux que ne le ferait l'exposition la plus détaillée.
Observation I. — G., 75 ans.
Hémiplégie gauche, un peu d'anesthésie du côté malade.
Phénomène de sclérose descendante, contracture du côté hémiplégie.
Cœur. — Insuffisance mitrale (ancien rhumatisant).
Artères. — Relativement peu d'athérome.
Emotivité intellectuelle et affective exagérée.
Embolie et ramollissement des deux tiers antérieurs de la capsule blanche interne.
Le malade donne très nettement des chiffres plus faibles du côté malade que du côté sain.
Le temps de discernement mesure 0"0816 de plus du côté malade que du côté sain ; sa différence avec la moyenne des temps de réaction simple, négative du côté sain et égale à — 0"0334, devient positive du côté malade et atteint H- 0"0995.
Le compas de Weber donne des résultats conformes avec le diagnostic d'hémianesthésie porté dès le début de la maladie.
Observation n. — L., 50 ans.
Hémiplégie gauche, pas d'hémianesthésie.
L'affection date de six ans. Le malade ne présente pas de contracture.
Cœur. — Iusuflisance mitrale à la suite d'une fièvre typhoïde grave.
Le malade accuse quelques excès alcooliques, sans présenter une artério-sclérose trop accentuée.
Probablement embolie d'origine cardiaque.
Ici nous n'avons pas de phénomènes de sclérose descendante et les chiffres qui correspondent au côté malade sont notablement plus élevés que ceux du côté sain.
La différence entre ce temps de discernement d'un côté à l'autre est de -+- 0".0715 à l'avantage du côté malade.
La différence entre ce temps et les moyennes des temps de réaction simple est de H- 0"1243 du côté sain, de — 0"1627 du côté malade.
Le compas de Weber donne des chiffres à peine plus élevés à gauche qu'à droite.
Observation in. — P., 65 ans.
Hémiplégie gauche, pas d'hémianesthésie.
Léger degré de sclérose descendante, plus accentuée au bras.
Ramollissement par thrombose des deux tiers antérieurs de la capsule interne.
Attaques épileptiformes dues à des foyers de ramollissement ou d'hémorrhagie corticales.
Rotation de la tète à droite.
La motilité a reparu, incomplètement, dans la jambe malade.
Le léger degré de sclérose que nous avons noté se traduit par un raccourcissement du temps de réaction simple, fourni par l'excitation du bras du côté malade, comparativement aux chiffres obtenus du côté sain.
Le temps de discernement mesure (T0065 de plus à gauche qu'à droite, sa différence avec la moyenne des temps de réaction est positive des deux côtés et s'exprime du côté sain part + 0"0996. du côté malade par + 0"1282.
Les chiffres fournis par le compas de Weber sont sensiblement plus faibles du côté malade.
Observation IV. — N., 74 ans.
Hémiplégie gauche, peut-être d'origine corticale intéressant le tiers supérieur des circonvolutions fronto-pariétales.
Contracture du côté paralysé — Sclérose descendante.
Tremblement épileptoïde des membres inférieurs plus accentué à gauche, où il est provoqué par le inoindre attouchement.
Pas d'hémianesthésie.
Sauf le chiffre exprimant le temps de réaction pour l'excitation au grand trochanter, chiffre pour lequel les deux côtés ont donné le même résultat, le raccourcissement du temps est très appréciable du côté malade.
Comme précédemment la différence entre les temps de discernement accuse toujours une plus grande rapidité en faveur du côté sain ; cette différence est de O'WM. L'augmentation du temps de discernement sur le temps de réaction est de -+- 0"0942 du côté sain, et de -+- 0"1893 du côté malade.
Le compas de Weber fournit des chiffres plus faibles à gauche qu'à droite.
Observation V. — M..
Hémiplégie gauche en avril 1887.
La motilité a à peu près complètement reparu du côté malade en avril 1888. La sensibilité n'a jamais été atteinte.
Probablement hémorrhagie de la capsule externe. Les artères sont extrêmement athéromaleuses.
Tous les chiffres fournis par l'observation de ce malade sont très faibles, mais présentent cependant une plus grande valeur du côté malade que du côté sain.
La différence entre les temps de discernement donne 0"0022 en plus du côté malade. Cette différence avec les moyennes du temps de réaction simple est à droite de + 0"0085 à gauche de — 0"0u33.
Observation VI. — B., 84 ans. (Ancien soldat). Hémiplégie gauche, quelques zones d'analgésie.
Début lent et progressif. Sclérose descendante. Contractures. Ramollissement par thrombose des deux tiers antérieurs de la partie postérieure de la capsule interne.
Alcoolisme. Athérome artériel très accentué. Ici encore la sclérose s'accompagne du côté malade d'un raccourcissement du temps de réaction simple. D'ailleurs le malade e>t fortement athéromateux et les chiffres obtenus du côté sain soiit eux-mêmes très intérieurs à la normale.
Le temps de discernement mes.ire (T042) de plus à gauche qu'à droite et sa différence ave/, la moyenne des temps de réaction simple s'exprime du côté sain par -+- U"0164, du côté malade par + 0"082:J.
Les chiffres fournis par le compas de Weber sont plus faibles à gauche qu'à droite.
Observation VII. - B., 74 ans.
Hémiplégie double presque complètement guérie
L'hémiplégie droite date de deux ans, l'hémiplégie gauche de un an. Hémorrhagies dans les capsules blanches internes.
Pas de contractures.
Les artères sont très athéromateuses.
Le malade nous présente des chiffres très faibles, plus élevés en général du côté ou l'hémiplégie est plus récente. Le temps de discernement est plus long de 0"01 12 du côté gauche. Les différences de ce temps avec les temps de réaction simple sont positives et égales, à droite à -h (TU594, à gauche à + 0"0845.
Les chiffres fournis par le compas sont faibles, la prédominance oscille entre les deux côtés.
Observation Vin. — S.. 55 ans.
Hémiplégie droite, léger degré d'aphasie motrice.
Paralysie très peu marquée au membre intérieur, très nette à la main.
Ramollissement par thrombose. Peut être lésion corticale inté ressant les deux tiers inférieurs des circonvolutions fronto-pariétales gauches, et empiétant sur la circonvolution de Broca.
Accès de dyspnée depuis le début de l'hémiplégie.
Les temps de réaction simple sont allongés du côté malade pour ce qui est de l'excitation tactile pure ; à la piqûre les chiffres fournis par la main et l'épaule droite sont plus faibles que les mêmes résultats obtenus à gauche.
Le temps de discernement mesure à droite 0**0480 de plus qu'à gauche. La différence de ce temps avec les moyennes des temps de réaction simple est du côté malade de H- 0"433, du côté sain de — 0"0148.
Le compas de Weber donne des chiffres plus élevés pour le côté malade.
Observation IX. — Femme M., 42 ans.
Hémiplégie droite complète, datant de onze ans.
A cette époque très léger degré d'aphasie motrice ; un peu d'aphasie de réception.
Ramollissement par thrombose occupant le genou de la capsule blanche interne, et les deux tiers antérieurs de cette capsule, ou bien ramollissement cortical des circonvolutions fronto-pariétales gauches, empiétant un peu sur le tiers postérieur de la circonvolution de Broca.
Actuellement aphasie très diminuée, motilité reparue à la jambe ; le bras pend inerte. Ceci plaiderait plutôt en faveur d'une lésion corticale.
Nous notons ici, ainsi que dans l'observation suivante, la valeur à peu près normale des chiffres et la différence en plus pour le côté malade.
Le temps de discernement mesure à droite 0"0224 en plus que du côté gauche, sa différence avec les moyennes des temps de réaction simple est du côté sain de 4-0"14l7, et du côté malade de + 0"u929.
Observation X. — Femme V., 65 ans.
Hémiplégie droite, survenue il y a quinze jours, bien plus accentuée dans le membre' supérieur que dans le membre inférieur.
Aphasie motrice complète, pas d'aphasie de réception. La malade s'exprime encore par gestes, d'ailleurs peu explicites; quand elle veut parler, elle répète constamment le mot PETETI. — Intelligence nette.
Lésion de la partie inférieure des circonvolutions frontale et pariétale ascendantes du côté gauche, et de la partie postérieure de de la circonvolution de Broca.
Le point le plus remarquable de l'observation est la longueur notable du temps de discernement des deux côtés, la différence entre les deux étant de 0"04*>8. Avec les moyennes des temps de réaction simple ou obtient, à droite, une différence de -h (T4785, à gauche de -h 0"4781, résultats pour ainsi dire identiques.
Il semblerait ici que la lésion cérébrale a influé d'une façon toute spéciale sur la vitesse de l'acte psychique, comme si l'impossibilité où se trouve la malade d'exprimer verbalement ses impressions, s'accompagnait d'un retard dans la volonté d'accomplir le mouvement du signal, véritable aphasie motrice de la main.
Nous donnons ci-joint le tableau où sont groupés les chiffres qui font l'objet de ces différentes observations.
Observation 5. M.,
CÔTÉ SAIN
l. œil.
CÔTÉ MALADE