CHAPITRE III
Les diverses opinions sur le mécanisme de la production des troubles cardiaques sous l’influence des affections hépatiques, peuvent se résumer, ainsi que nous l’avons montré dans notre historique, à deux principales :
1° Ces troubles seraient produits par une parésie des muscles papillaires (C’est l’opinion de M. Gangolphe);
2° Ils seraient produits par une augmentation de résistance en avant du cœur droit (Ce sont les idées de MM. Stokes, Potain, Joseph Teissier.)
La première opinion n’est pas soutenable : nous l’avons combattue dans l’historique ; nous n’y reviendrons pas.
Quant à la seconde manière de voir, elle est trèsplausible théoriquement; mais, comment les affections
hépatiques ou gastro-intestinales peuvent-elles agir sur les résistances que doit vaincre le cœur droit? Nous sommes en présence de trois interprétations :
1° M. Potain admet une irritation des filets sensibles du pneumogastrique partant du foie ou de l’estomac, irritation qui se réfléchirait sur les poumons par le pneumogastrique lui-même, déterminerait un resserrement des capillaires, amenant une augmentation de tension dans l’artère pulmonaire ;
2° M. Joseph Teissier, élargissant le cadre tracé par M. Potain, pense que l’irritation est transmise par le grand sympathique et que ce dernier agit par voie réflexe sur le pneumogastrique, pour produire, comme dans l’hypothèse de M. Potain, une augmentation de la tension sanguine dans l’artère pulmonaire;
3° M. Hénocque, se fondant sur les idées de Brown- Séquard, Vulpian, F. Franck, rejette l’action des nerfs vagues et pense que la scène se passe tout entière dans le système du grand sympathique.
Toutefois, aucune de ces interprétations ne repose sur des expériences spéciales ; elles sont déduites de faits cliniques nécessairement très-complexes, et d’expériences faites pour un but étranger à notre sujet. Il y avait donc lieu de faire des recherches pour démontrer les propositions suivantes :
1° Les irritations hépatiques, gastriques et intestinales produisent-elles réellement une élévation de tension dans l’artère pulmonaire ?
2° Dans 1 affirmative, quelle voie suivent les excitations pour retentir sur le système cardio-pulmonaire dro it?
3° Quelle est la voie de retour du réflexe?
4° Où s’opère le retour des excitations? en d’autres termes, où se trouve le centre réflexe pour ces excitations ?
5° Quelle est la voie nerveuse qui amène l’excitation de la moelle cervicale au système cardio-pulmonaire?
Tels sont les points que nous allons chercher à élucider dans ce chapitre. Mais, avant d’exposer le résultat de nos expériences faites dans le laboratoire de médecine expérimentale de la Faculté, nous tenons encore à remercier M. le professeur Arloing, dont le concours assidu nous a puissamment soutenu dans cette tâche difficile.