I. — PATHOGÉNIE DE L’ULCÈRE HISTAMINIQUE
Pour expliquer la formation des ulcères obtenus au moyen de l’histamine, on a le choix entre deux théories: :
a) Une théorie vasculaire. — On sait que l’histamine contracte les fibres lisses de la paroi gastrique. Cette contracture écraserait la lumière des vaisseaux et il en résulterait une stase sanguine dans la muqueuse, aggravée par l’action vaso-dilatatrice de l’histamine sur les capillaires.
C’est à la théorie vasculaire que se rallient EPPINGER et LEUCHTENBERGER. Ces auteurs, qui ont trouvé histologiquement de nombreux infarctus, font jouer le rôle principal à des modifications de la paroi des capillaires. Ceux-ci laisseraient, sous l'influence de l’histamine, passer de grosses molécules telles qué les protéides du plasma. Il se produirait ainsi un épanchement riche en albumine qui gênerait les échanges d’oxygène et de gaz carbonique et constituerait le principal facteur de la nécrose.
De même, HEINLEIN et KASTRUP qui, nous l’avons vu, ont obtenu une gastrite mais pas d’ulcère, attribuent une origine vasculaire aux lésions obtenues, et pensent que l’augmentation de la sécrétion gastrique joue seulement un rôle secondaire. Ils basent leur opinion sur le fait qu’ils ont trouvé dans le duodénum des lésions analogues quoique plus légères.
MERCKEL pense que l'acide chlorhydrique secrété grâce à l’histamine, pénétrerait dans les capillaires et: y provoquerait des thromboses. Ceci, joint à l’action favorisante de la stase, déterminerait des infarctus de la muqueuse. On peut lui objecter, que la perméabilité des capillaires à l’acide chlorhydrique est encore à démontrer et que l’extériorisation de l'estomac qu'il pratique est capable à elle seule d’entraîner des modifications circulatoires. D'ailleurs, il 4 lui-même observé l'apparition d’ulcères sur des estomacs extériorisés, sans aucune injection préalable d’histamine.
b) Une théorie chimique. — On sait qu’une injection d’histamine détermine une hypersécrétion gastrique. Le suc gastrique obtenu est non seulement augmenté en quantité, mais encore sa teneur en acide chlorhydrique et son pouvoir peptique sont plus élevés que normalement. ;
Les ulcères seraient ainsi dus à une auto-digestion de la muqueuse.
C'est ce que pensent BüCHNER, SIEBERT et MOLLOY. Ils basent leur opinion sur le fait que la faiblesse des doses qu’ils injectaient par voie sous-cutanée n’entraînait pas de contracture des fibres lisses, ce qu'ils ont d'ailleurs vérifié de visu au moyen d’une laparatomie et aussi sur le fait que le jeûne favorisait considérablement, comme nous l’avons vu, l'apparition des uicères. En effet, le suc gastrique attaquerait mieux un estomac vide et l’acidose résultant du jeûne diminuerait l'aptitude des tissus à neutraliser l'acidité gastrique. Il
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faut préciser que le rat est un animal très peu sensible à l’action vaso-motrice de l’histamine. Il est donc logique d'attribuer les ulcères obtenus à l’hypersécrétion gastrique plutôt qu’à des modifications vasculaires.
OVERGAARD attribue également les ulcères qu'il a obtenus à l’hypersécrétion gastrique. En effet, il n’a observé de lésions que lorsque l’action de l’histamine était secondée par celle du jeûne, alors que les animaux témoins, qui recevaient de la nourriture en même temps que l’histamine, restaient indemnes. Mais contrairement à BÜCHNER, OVERGAARD pense que le phénomène nécrotique n’est que secondaire à un processüs inflammatoire déclenché par une modification du pH de la muqueuse et de la sous-muqueuse.
A ces arguments, il faut ajouter qu'il est difficile d'attribuer à des modifications vasculaires les ulcères obtenus dans les expériences où l’histamine est administrée d’une facon continue, c’est le cas des expériences de VARCO, WALPOLE, CODE et WANGENSTEEN. Ces auteurs attribuent également l’ulcère histaminique à l’hyperacidité gastrique. Leur procédé de libération progressive de l’histamine élimine en effet le rôle de la musculature lisse. Ils ont vérifié au moyen d’un petit estomac de PAVLOW que cette libération progressive entraînait une sécrétion gastrique continue. De plus, ils ont constaté que chez l’animal gastrectomisé l’histamine ne provoquait plus d’ulcères duodénaux.
C’est également en faveur de la théorie chimique que militent les expériences de HALPERN et JEAN MARTIN, en apportant aux arguments déjà cités deux arguments nouveaux
__ D'abord l'étude histologique des lésions obtenues a montré que les vaisseaux de la muqueuse ne présentent pas de thrombose et que cette muqueuse n’est le siège d'aucun infarctus.
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Ensuite, nous avons dit plus haut que les antihistaminiques de synthèse supprimaient toutes les actions de l’histamine, $auf une seule : son action hypersecrétoire
BURCHELL et VARCO ont établi que si le 929 F (thymoxyéthyldiéthylamine), ni le 1.571 F (N. diéthylaminoéthyl-N-éthylaniline) ne s'opposent à l’hypersécrétion gastrique provoquée par l’histamine.
GORDONOFF, de Berne, citant des expériences inédites de HALPERN, a montré en 1943 que l’antergan ne modifie pas chez le chien la sécrétion gastrique, produite par l’histamine ni au point de vue qualitatif, ni au point de vue quantitatif. :
Puis E. Bover et Mlle France WALTHERT ont confirmé le même phénomène pour le 2.786 R. P. (N-diméthylaminoéthyl-N- p. méthoxylbenzyl « aminopyridine) et HALPERN pour les autres antihistaminiques R. P.; Néo antergan ainsi que 3.015 R. P. et 3.277 KR. P. qui ont été utilisés dans les expériences rapportées ici.
Au cours de ces expériences, on a observé chez les cobayes au moyen d’un examen radiologique, une abondante hypersécrétion gastrique. L’acide chlorhydrique n’a pas été dosé dans ce liquide. Ces dosages feront l’objet de travaux ultérieurs du laboratoire d'HALPERN.
Le fait qu’on obtienne des ulcères gastriques après avoir bloqué toute possibilité d’une action vasculaire, fait penser que les lésions vasculaires précédemment décrites par divers auteurs ne constituent qu'un épiphénomène de l’action histaminique, mais ne jouent pas un rôle de cause à effet. La réalité de ces lésions n'est pas en cause, mais seulement leur interprétation.
En somme, si une action favorisante hyperémique n'est pas exclue, on doit en conclusion, faire jouer le rôle essentiel à l’hypersécrétion gastrique.