IT. — RAPPORTS AVEC L'ULCÈRE DE L'HOMME
Les rapports de l’ulcère gastro-duodénal de l’homme avec l’histamine sont bien connus, mais d’une interprétation encore mystérieuse.
11 nous faut citer ici les travaux de PARROT, DEBRAY et G. RICHET. Ces auteurs ont dosé le taux de l’histamine sanguine, chez des sujets sains et chez des ulcéreux par la méthode biologique de CODE.
Chez les sujets normaux, ils ont trouvé en moyenne 40 à 50 y d’histamine par litre de sang total. Chez les ulcéreux en poussée, ce taux s'élève considérablement et atteint une moyenne de 650 y. On a même constaté le chiffre de 1.500 y.
L’histamine commence à s'élever quelques jours avant la poussée. atteint son maximum dès les premiers jours de celle-ci, diminue un peu avant la fin des manifestations cliniques et redevient normale entre les poussées. À
PARROT, DEBRAY et G. RICHET attribuent l’ulcère gastro-duodénal à un trouble du métabolisme de l’histamine et les poussées seraient provoquées par des décharges d’histamine dans le sang. Quant à l'origine de cette hyperhistaminémie, elle est encore inconnue, mais il faut certainement la chercher en dehors de la lésion ulcéreuse, car chez les ulcéreux opérés et même gastrectomisés aux deux tiers, il existe encore des poussées d’histaminémie.
On peut rapprocher de ces travaux ceux d’ISRAEL, JACOB et SCHWARTZ, qui, en 1935, furent amenés à trai- ‘ ter des ulcéreux par des doses très faibles d’histamine (1/100 à 1/1.000 mgr.) et obtinrent des résultats intéressants. On constata alors rapidement que des doses élevées d’histamine (1/10 mgr.) non seulement ne donnaient aucun résultat, mais étaient même néfastes.
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LAMBLING écrivait à ce sujet : « Le mode d'action de l’histamine peut être’l’'objet d’hypothèses multiples; la plus simple et la plus logique en apparence, invoquera l'effet désensibilisant, vaccinant des doses infinitésimales à l'égard des propriétés pharmacodynamiques de la dose pondérale ».
Si l’origine de l’hyperhistaminémie des ulcères gastro-duodénaux est encore inconnue; il en est également . de même de son mode d'action sur la muqueuse gastrique.
On sait que pour l'ulcère gastro-duodénal de l’homme, il existe, comme pour les ulcères histaminiques expérimentaux, deux groupes de théories : des théories vasculaires et des théories chimiques.
Les théories vasculaires attribuent l’ulcère à une diminution de la vitalité de la muqueuse par perturbations circulatoires.
VIRCHOW, RICKHERT et HART invoquent des thromboses, des embolies, BERGMANN et RÔSSLE, des spasmes artériels provenant d’une perturbation dans le système porte ou d’un dérèglement vaso-moteur par épine irritative.
Dans ce sens, on peut invoquer les expériences de création d’ulcères expérimentaux par ischémie de la muqueuse et par lésions nerveuses.
Les théories chimiques attribuent l'ulcère à une action corrosive du suc gastrique. On sait que la plupart des ulcères humains s’accompagnent d’hyperchlor- hydrie qui pour les uns, serait primitive et pour les autres secondaire à l’ulcère. Mais un suc gastrique même normal pourrait attaquer la muqueuse s’il existait une variation de la corrélation normale entre le suc et la muqueuse. Et l'augmentation de la valeur quantitative et qualitative du suc gastrique ne serait qu’un cas particulier de cette variation.
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Dans ce sens, on peut invoquer non seulement les expériences de F'RIEDENWALD, FELDMANN et MORRISSON, ainsi que celles de SILBERMANN, mais encore, c’est à l’action de l’acidité gastrique sur une muqueuse non pro-
tégée que la plupart des auteurs attribuent aujourd’hui
les ulcères par dérivation et c’est à une augmentation de la valeur du suc gastrique qu'ils attribuent les ulcères cinchophéniques.
Les expériences que nous avons rapportées seraient en faveur des théories chimiques. On peut en rapprocher en pathologie humaine, le fait que PARROT, DEBRAY et G. RICHET qui avaient d’abord pensé traiter l’ulcère gastro-duodénal par les antihistaminiques de synthèse, ont écrit depuis que les résultats obtenus furent «inconstants et incomplets ».
En effet, si ces antihistaminiques avaient une vertu curative sur l’ulcère, il serait, d’après ce que nous avons vu, nécessaire d’en attribuer le mécanisme au blocage de l’action vasculaire de l’histamine.
En somme, les analogies que l’on peut trouver entre les ulcères obtenus par l’histamine et ’ulcère spontané de l’homme sont d’abord, comme nous l’avons longuement signalé, une identité anatomo-pathologique complète et ensuite, le fait que l’histamine n’est pas pour l'organisme une substance artificielle. On doit éviter toute conclusion prématurée et on ne saurait faire preuve de trop de prudence pour appliquer à la clinique des résultats expérimentaux. Tout ce que l’on peut conclure, c’est que les expériences de création des ulcères histaminiques semblent s’ajouter aux arguments expé- rimentaux sur lesquels reposent les théories chimiques. .