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L'examen du tableau VIII nous conduit aux remarques suivantes :
Les élèves des écoles primaires supérieures et les boursiers des lycées sont, dans l’ensemble, interchangeables (ce que nous avions déjà remarqué et ce qui s'explique par l'unification du concours des bourses.
La proportion des élèves des cours complémentaires qui pourraient être à l’école primaire supérieure ou au lycée se tient aux environs de 20 %, soit.1/5 de l’effectif.
Les écoliers de 13 ans représentent un mélange d'élèves précoces (supérieurs, donc) des cours complémentaires et d'élèves des cours supérieurs A et B. La proportion des élèves aptes à l'enseignement primaire supérieur ou secondaire y est donc plus faible, intermédiaire entre celle que nous avons établie pour Îles élèves de 14 et 15 ans des cours complémentaires et celle que donneraient les enfants moins doués qui ont quitté l’école dès leurs 13 ans révolus ou qui, à cet âge-là, sont encore au cours moyen.
Les uns comme les autres ont échappé à nos expériences.
Mais si l’on peut se permettre d’extrapoler, en prenant en considération les résultats donnés par des apprentis du même âge, on peut prévoir, pour l’ensemble des petits Parisiens de 13 ans appartenant aux classes populaires et moyennes, une proportion d'environ 0,10 d’aptes aux études secondaires ou primaires supérieures.
ÂGES 13 14 15 MOYENNE Ecoliers-boursiers Rte 0,14 0,22 0,15 0,17 Ecoliers-lycéens ......... 0,30 0,50 0,27 0,36 Lycéens -DOUrSIErS ER -.e 0,48 0,45 055 0,49 Ecoliers-E.P.S........... 0,12 0,17 0,23 0,17 Boursiers-E.P.S..... ....| 0,84 0,77 1,57 106 | Éycéens-E PAS PERTE Tee 0,40 0,34 0,83 0,52 TABLEAU VIIT. — Proporlions de sélection résultant de l'établissement
des tracés des figures 12 à 1#
Parmi les lycéens non boursiers, 49 % en moyenne sont au niveau de leurs camarades boursiers, soit, très sensiblement, la
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moitié.
Enfin, si l’on examine les proportions des boursiers du lycée
et des élèves de l’école primaire supérieure, on voit, à 15 ans, la proportion, d’abord au léger bénéfice de l’école primaire supérieure, s’inverser franchement : les 2/3 seulement de ces élèves, à cet âge, pourraient se mesurer avec les boursiers du lycée. La comparaison des médians nous a déjà montré que les élèves de l’école primaire supérieure ne progressent, dans l’ensemble, que très peu.
Il y a trois explications possibles de cet état de choses :
1° L'enseignement secondaire aurait, sur le développement intellectuel, une action que l’enseignement primaire supérieur n'aurait pas.
2° Les boursiers des lycées, dont beaucoup ont des parents déjà de quelque instruction (à notre époque où les carrières libérales sont loin d’être toujours lucratives), et c’est spécialement le cas de beaucoup de « pupilles de la nation », jouissent d’une ambiance familiale favorisant leur développement.
3° La supériorité intellectuelle de certaines « lignées » tient, indépendamment de tout facteur éducatif, à ce que, chez elles, la « croissance intellectuelle >» se prolonge jusqu’à un âge plus avancé, alors que celle-ci se ralentit précocement chez les adolescents d’origine populaire.
La première explication trouvera sans doute bien des partisans dans l’Université. Sur la seconde et la troisième, prendront leur traditionnelle position d’adversaires, les partisans de « l'influence du milieu » et ceux de la « sélection naturelle », « lamarckiens » et « darwiniens ».
Les lecteurs qu’intéresse ce débat éternel, auquel la psychologie expérimentale a fourni un nouveau « champ clos », trouveront une imposante documentation dans les revues pédagogiques et psychologiques allemandes (1).
Nous sommes ici en pleine conjecture ; l'expérience ne nous apprend rien sur les causes. En ce qui nous concerne personnellement, nous jugerions imprudent d’écarter à priori aucune des trois explications. Nous croyons réelles les influences d’un enseignement autrement compris ; les influences de l'ambiance familiale et de l’hérédité. Nous ignorons dans quelles proportions exactes elles agissent. Toutefois, nous inclinerions à accorder la plus grosse influence à l’hérédité, mais non pas une influence
() Voir bibliographie.
Et
exclusive. Il nous semble bien, en effet, avoir remarqué, au cours de notre carrière que, dans un lot d'élèves qui paraissaient, en 6° ou 5°, également bien doués, ceux qui ne pouvaient puiser, La leur milieu familial, aucun élément de culture, reculaient
graduellement par rapport aux autres, au cours de leurs études ; À ce qui nous fait douter que l’hérédité fût seule en jeusreest que nous avons observé de notables progrès intellectuels précisément chez quelques jeunes boursiers, de très humble origine, qui s'étaient trouvés amenés à voyager loin de leur famille, à pénétrer dans des milieux intellectuels. Ils enrichirent ainsi leur esprit des conversations entendues, des lectures conseillées et bénéficièrent en général de l'élargissement du champ de leur pensée au contact de gens cultivés, dans la vie courante, et non plus seulement dans une salle de classe. L'influence du milieu nous paraît donc difficilement niable, encore que la vérification par un test nous fasse défaut.
Quant à l'influence des programmes d’enseignement, nous croyons qu’il est prudent de ne pas l’exagérer ; il ne nous paraît pas invraisemblable pourtant, que l’exercice de la version, approfondi comme on le fait dans l’étude du latin et du grec, développe une exactitude dans l’expression verbale de la pensée, qui trouve directement à s’employer dans un test comme celui qui a servi à nos expériences (1)
Quoi qu’il en soit des explications possibles, les résultats de nos expériences établissent nettement :
1° La différence de niveau intellectuel entre les enfants provenant de couches sociales différentes.
2° L’accentuation progressive de cette différence avec l’âge, par le fait d’une grande inégalité dans la rapidité du développement.
3° l’ordre de grandeur du phénomène et des répercussions qu'il aurait sur la « sélection » si l’on ne tenait compte, pour cela, que du niveau intellectuel exclusivement.
Il ne serait pas impossible, d’ailleurs, de serrer le problème de
(A) Nous croyons d’ailleurs que cet exercice serait aussi fécond avec n’importe quelle langue, morte ou vivante, ayant une certaine richesse dans son vocabulaire et sa syntaxe ; mais il n’est pas du sujet de ce livre d’entrer plus avant dans cette controverse.
Cf. Hermann Dierz : Les Humanités modernes. Bulletin de l'Association française pour l'avancement des sciences, 1887 ; —- Les Eludes classiques sans latin. Paris, Léopold Lecerf, 1886.
plus près et d’atteindre une plus grande exactitude dans les résultats ; il faudrait, pour cela :
1° Employer un test un peu plus facile, classant bien les enfants depuis la dixième année environ.
2° Eliminer certaines erreurs systématiques par une application du test sur une plus large échelle (cours moyen des écoles primaires, classes de 7° et 8° des lycées) et une organisation plus méthodique des épreuves, évitant autant que possible les lacunes accidentelles telles que celle dont ont été affligés nos résultats au lycée.
3° OCpérer sur un nombre de sujets tel que les erreurs-probables sur les écarts-types soient assez faibles pour permettre l'application de la formule de sélection.
Il ne faudrait pas moins de la totalité des effectifs des lycées de Paris pour avoir des valeurs sûres, concernant les boursiers. Ce serait une grosse entreprise assurément, mais elle est dans les limites de ce qui est pratiquement réalisable.
2° Les résultats groupés par divisions scolaires
Les médians. — Les tableaux ci-après donnent les médians des résultats ainsi groupés :
Cours SUPÉR. À C. Comp. l'ANNÉE | C. CoMpPr.. 2° ANNÉE
JÈNSEIGNEMENT ————e | | Générale. 34,8 +0,86 38,75 +0,98 46,7 +0,85 Commercial ... — 38,25 +0,97 42,75 +1,19 Professionnel | 40,25 +0,80
ooovoyvyvycvy;çvV|ç;ç[V],>NNnNn———————————————— TABLEAU IX.
Médians pour chaque classe, dans des écoles primaires élémentaires
ENSEIGNEMENT 1' ANNÉE 2° ANNÉE 3° ANNÉE 4 ANNÉE (ÉNÉPAlEES EE — — 46 +1,87| 51,5 +1,29 Normal. Mo Ce —- — 53,75 +0,86| D1,4 +0,81 COMMERCIALE" — 44,25 +1,07 — Prép. aux Arts et Métiers. —— - 49,6 +1,00 | 54 +1,40 Ensemble tree 43,75 +0,59 | 47,25 +0,67| 48,2 +0,63 | 50,9 +0,60
TABLEAU X. — Médians dans une école primaire supérieure
6° 5° 4° 3° 2° A Se Le — non testés | 51,3 +1,02! 54 +0,85 ARENA ES 37,9. +0,55 | 41,2 +0,72! 42,3 —+o0,96| 46 +0,93 | 51,25 +0,85 Bb 113729 2101 4872 0091212 +1,01) 46,2 +0,85 | 48 + 0,82 Ensemble. | 37,8 +0,52 | 42 +0,58 | 42,2 +o,71| 46,6 +o057| 50,75 +0,57 TABLEAU XI. — Médians dans un lycée (boursiers el non-boursiers) 6° 5° 4° 3° 2e À Se — — non testés | 52,7 50 AE ee 43,8 44,75 43 41,25 DA.
Dre 43,5 48 49,5 47 ES Ensemble. | 43,6 +1,05 | 45,25 æ1,10| 48,5 +1,93! 48 +0,51 | 53 +1,00
TABLEAU XII. — Médians dans un lycée (boursiers seuls)
6 5 4 3 2 A RATS == = non testés | 51 +0,95 | 52 + 0,97 A ee 36,8 —+0,61| 40 +0,82! 42,3 +0,99 | 46,5 +1,00! 51,4 +0,95 Deer 36 +1,05| 43,6 +0,70 | 40 +1,03 | 45,5 +1,08 | 46,75 +0,91 Ensemble . | 36,6 —+o,52| 41,1 æ+o,66| 41,6 +0,74! 46,5 +0,67 | 48,75 +0,65
TABLEAU XIII, — Medians dans un lycée (boursiers exclus)
Pour comparer ces résultats, il faut avoir présent à l'esprit le tableau des concordances entre les classes des divers ordres d'enseignement tel que l’admettent, un peu conventionnellement à notre avis, les pouvoirs publics (1).
ECOLES PRIMAIRES PPS: LYCÉES CourSSUDérieueb 2. eee. — 7e COURS SHPÉMEUTA L Ge Cours Complémentaire 1e année... 1re année 5e Cours Complémentaire 2° année .. 2° année 4e 3° année 3e —- 4e année 2e TABLEAU XIV. — Concordance des classes, d’après les données officielles
Enfin, nous devons tenir compte de ce que nos épreuves n’ont pas été faites partout au même moment de l’année scolaire : pour les porter sur un même graphique (fig. 15), nous avons donc décalé les tracés les uns par rapport aux autres, en admettant le développement intellectuel comme continu dans l’intervalle d’une année : ainsi, les épreuves ayant été passées à l'E.PSS. la seconde quinzaine de février et au lycée la seconde quinzaine de juin, soit quatre mois plus tard, nous avons reculé le graphique des résultats de l’'E.P.S. vers la gauche par rapport à celui des résultats du lycée, du tiers de l'intervalle d’une année à l’autre. Nous avons fait de même pour les écoles, suivant les dates respectives des épreuves. On peut se rendre compte aisément que l'erreur que peut comporter cette approximation ne
(1) Voir par exemple la circulaire du Ministre de l'Education Nationale du 21 juin 1932. Ces données sont d’ailleurs en contradiction avec les programmes qui assimilent la classe de 7° au cours moyen 2° année. (Arrêté ministériel du 11 février 1926).
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ECOLE PRIMÆSUP 1re ANNÉE
ÉCOLE COMMUNALE Cours SUPERIEUR À 1" ANNÉE COMMERCIALE PROFESSIONNEL , GÉNÉRALE
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