TROISIÈME PARTIE
COMMENT LA NATURE DES PRŒ)UITS QUI SE FORMENT PENDANT LA DÉœMPOSITION DES ENGRAIS PROUVE QUE LES PLANTES ABSORBENT L'AZOTE GAZEUX DE L'ATMO- SPHÈRE.
i. M . J. Reiset a observé dans ces derniers temps que toutes les matières organiques perdent une partie de leur azote à l'état d'azote gazeux, lorsqu'elles éprouvent la fermentation putride \ il a constaté ce fait important au moyen de l'appareil qu'il avait déjà employé peur étudier avec M. Regnault la respiration des animaux. (Annales de Chimie et de Physique^ 3® série^ tome XXVI.) Cet appa* reil se compose essentiellement de deux parties : d'une grande cloche de cristal dans laquelle s'opère la décomposition des matières, et de deux organes mobiles remplis d'une dissolution de potasse caustique pour absorber Tacide carbonique qui se produit pendant leur décomposition. A mesure que cette absorption a lieu, un volume d'oxygène égal a celui de l'acide carbonique qui a disparu, afflue dans, l'intérieur de la cloche. La force élastique de l'air reste
donc constante .f et sa composition sans cesse troublée et toujours rétablie ne changerait pas s'il ne se produisait que de l'acide carbonique ; mais s'il se produit un autre gaz, de Tazote, par exemple, que la potasse contenue dans les organes mobiles de l'appareil ne peut pas absorber, le rap* port primitif entre l'oxygène et l'azote change, et l'importance de ce changement indique combien il s'est dégagé d'azote. En opérant dans ces conditions, M. Reiset a constaté que toutes les matières organiques dégagent en se décomposant des quantités considérables d'azote à l'état gazeux. [Comptes rendus de l* Académie des Sciences , tome XLII, page 53.)
2. Avant la publication de ces belles recherches, j'avais été conduit moi-même au même résultat par un chemin plus détourné. Le 17 décembre i855 j'avais adressé à l'Académie des Sciences une Note sous pli cacheté dans laquelle je formulais les trois propositions suivantes :
i^. Les graines de lupin en voie de décomposition (il est probable que tontes les matières organiques sont dans .le même cas) perdent une partie importante de leur azote.
7?, Cette perte se fait eh partie à l'état d'ammoniaque et en partie à l'état d'azote gazeux.
3^. Dans les conditions où ce dégagement d'azote se produit, il ne se forme pas de nitrate (Comptes rendus de l'Académie des Sciences, tome XLIII, page i45, juillet i856). Voyez à Y Appendice.
En rappelant les résultats de mes recherches et l'époque de leur publication, je n'ai pas l'intention d'élever une réclamation de priorité au préjudice de M. Beiset, mais simplement de montrer que j'étais arrivé au même résultat
(53) par une voie difrérente, et que je me suis servi le premier de ce résultat, pour prouver, à nouveau, que les plantes s'assimilent l'azote à Tctat gazeux.
3. Je diviserai cette démonstration en deux parties. Dans la première, je ferai connaître la nature des produits qui se forment lorsqu'une matière organique se décompose en dehors de toute influence perturbatrice. Dans la seconde, je reprendrai la même étude lorsque la décomposition de cette matière se produit dans un sol cultivé.