J*ai tiré des expériences qui précèdent la conclusion
que les plantes absorbent et s'assimilent l'azote du nitre. A cette conclusion j'en ajouterai maintenant çjepx autres.
La première^ c'est que dans un sol formé de sable calciné et de cendres végétales , il ne se produit pas spontanément de nitre aux dépens de Tazote et de l'oxjgène atmosphérique . ^
Lasecon/fcy c^est que les pots, le sab^e, la (brjque et r^au employés ne contenaient pa^ la m oindre ,t,race, d'azote.
5. La conclusion qu'il ne se forme pas de nitre est trèsimportante dans la question qui nous occupe. Depuis dixhuit mois j'ai varié les expériences à V'isjiiiui^ et jai?i^is je n'ai pu constater la forinaûon d'un nitrate, nou-se;uJement lorsque j *opérais dans un mélange de sable pur et de cendres végétales, mais encore lorsque j 'a vais ajouté à ce mélange une matière de nature azotée» C'e^st en vain que j'ai essayé sous ce rapport la graine de lupin et la gélatine. Le résultat a été invariablement négatif. De son côté, M. Reiset est arriyé à la même conclusion dans un travail remarquable sur la nature des produits qui se forment pendant la décomposition des matières organiques.
6. Ainsi, absorjption des nitrates, assimilation de l'azote de ces sels, absence de toute nitrificatîon spontanée, tels sont les résultats qui se déduisent des recherches qui ' précèdent.
1. Au lieu d'ajouter o8',5o de nitre au sable employé comme sol, supposons qu'on ait porté la quantité de ce sel
( 35 ) à I gramme. Cette fois les choses se passent tout autrement que dans le premier cas; la végétation est plus active, les plantes (toujours huit colzas) acquièrent plus de développement, et il vient un moment où la récolte contient beaucoup plus d'azote que le iiitre et les graines employés.
Ainsi voilà deux pots préparés de la même manière , avec le même sable, amendés «avec la même cendre, arrosés avec la même eau, et placés dans le même lieu; dans cehii qui a reçu o^^^^So de nitre, la récolte contient tout Tazote du nitre, mais elle n'en contient jamais un excès. Sa vé^ gétation s'arrête après l'absorption totale du nitre. Dans le pot qui a reçu i gramme de nitre, la végétation progresse toujours , et , après deux mois et demi de culture , la récolte commence à contenir plus d'azote que les graines et le nitre employés.
D'où vient cet excès d'azote , et pourquoi cette différence?
L'excès d'azote vient de l'atmosphère, et la différence est due à ce que les plantes ne commencent à s'assimiler l'azote de l'air qu'à partir d'une certaine période. Avec o^^^vSo de nitre, le résultat est négatif, il n'y a pas absorption d'azote^ parce que les plantes n'ont pas atteint cette période. Avec i gramme de nitre, le sens du résultat change, il y a absorption d'azote, parce qu'elles l'ont dépassée »
2. Les faits que je signale là ne sont pas des faits isolés qu'on doive accueillir à titre d'exceptions; ils sont, au contraire, du même ordre que ceux que nous offrent certaines graines qui ne produisent dans le sable calciné que des
rudiments de plantes, tandis que d'autres graines, semées
dans les mêmes conditions, produisent des plantes complètes.
C'est en vain qu'on voudrait constater une absorption d'azote en semant des graines de colza ou de tabac dans le sable calciné : le résultat est invariablement négatif. Jamais l'azote de la plante ne va au delà de l'azote de la graine *, avec le blé, au contraire, la végétation suit son cours, et la récolte accuse toiijôurs un excédant d'azote.
Dans ce cas particulier^ la difTérence vient de ce que, ni les graines de colza, ni les graines de tabac ne suffisent à la formation des premières feuilles , tandis que les grains de blé y pourvoient. Comment des plantes qui n*ont que des feuilles rudimentaires pourraient-elles vivre et prospérer aux dépens de l'air seul ?
3. Ceci nous explique encore pourquoi les choses se passent tout autrement, suivant qu'on sème dans le sable calciné une graine de tabac, ou suivant qu'on repique dans le même sable un pied de tabac, venu dans la bonne terre. Lorsqu^on procède par semis, on n'obtient rien : à peine un vestige appréciable de plante. Lorsqu'on a recours à un pied venu dans la bonne terre , après un temps d'arrêt de quelques jours, employé par la plante à former de nouvelles racines, la végétation reprend son cours un moment suspendu, et, après deux ou trois mois de culture, le pied de tabac pèse de dix à deux cents fois plus qu'au début de l'expérience , et il accuse une absorption d'azote de o6'",o4o à o*'',i5o.
Ici encore les résultats diffèrent parce que le pied de tabac qu'on transplante est pourvu de feuilles et qu'il peut vivre et prospérer aux dépens de l'air seul, tandis
( 37 ) i]ue la graine de tabac, qui pèse à peine un milligramme ou deux, ne peut pourvoir à la formation des premières feuilles.
4. Tous ces effets sont du même ordre et se rangent sous la même loi. Ils dépendent entièrement de la quantité de' matière nutritive dont la plante est pourvue pendant la germination. Peu importe que cette matière vienne de la graine ou du sol. Si la quantité de cette matière suffit à la formation des premières feuilles^ la plante prospère, et la récolte accuse Tabsorption d'une certaine quantité d'azote. Dans le cas contraire, si les premières feuilles ne peuvent se former, la végétation n'est qu'une végétation incomplète et rudimentaire. Comment pourrait^il en être autrement ? Ne savons-nous pas que pendant la germination les plantes ne tirent rien de l'atmosphère, que pendant toute cette période elles ne vivent qu'aux dépens de la graine et du sol ?
Voilà donc finalement pourquoi le sens du résultat change suivant la nature des graines sur lesquelles on opère, ou suivant la quantité de nitre qu'on ajoute au sable, lorsque les graines ne peuvent à elles seules conduire les plantes au delà de la période d'incubation.
Pour obtenir dans le sable calciné une végétation com-, plète , il faut avant toute chose que la plante puisse dépasser la période embryonnaire. Peu importe qu'elle en trouve les moyens dans la graine ou dans un engrais additionnel. Et voilà finalement pourquoi, je le répète encore, avec une même graine qui est insuffisante pour conduire la jeime plante au delà de la période embryonnaire, le sens du résultat change, suivant la quantité de nilrc qu'on ajoute
au
sable.
Lorsqu'on a fait plusieurs fois rexpérience des colzas cultivés avec t gramme de nitre, l-aspect seul des plantes décèle le moment où Tabsorption de Tazote de Tair comr mence4~Tant que le sol contient du nitre, les feuilles sont d'un»b^u vert foncé. Lorsque le nître commence à man^ quer, la^ nuance des feuilles devient plus tendre. Les feuilles inférieures jaunissent , puis elles se détachent de la plante mèreç car c'est un caractère propre aux végétations venues dans le sable calciné^ que les feuilles les plus anciennes aident à la formation des feuilles les plus récentes.
5. Ainsi, de ce qui, précède il résulte qu'on peut, au moyen du nitre, produire à volonté ou ne pas produire une absorption d'azote^ j'ajoute que ^ lorsque cette absorption a l^eu ) elle provient de l'azote gazeux de Vatmosphère , Du reste, afin d'éviter toute espèce d'équivoques , je préciserai par quelques chiffres les conclusions qui précédait ; je reprendrai ensuite la discussion des expériences auxquelles je les emprunte.
E. Le i3 juillet i855, on a semé dix graines de colza dans I kilogramme de sable calciné, auquel on ajoute I gramme de nitre. On a fait la récolte le ii septembre.
SemeDce desséchée à i oo degrés . . . o>^,o3 1
Azote du nitre et de la semence. . . o^, i4o
Récolte desséchée à loo degrés. . . . 7*',75
Azote de la récolte o'*", 197
Azote tiré de Tair. . . . 0*^,057.
F- Préparée et conduite comme la précédente; finie le
( 39 ) 4 octobre. Dès le début, la végétation a prospéré plus que
dans les autres pots.
Semence desséchée à loo degrés. . . o«^,o3i
Azote du nitre et de la semence. . 01^,140
Récolte desséchée à 160 degrés. . . . i5«^,3o
Azote de la récolte. o«',374
Azote tiré de l'air . . . o*',234.
La récolte égale 493 fois la seoience.
G. Préparée et conduite comme les deux précédentes. Semé le 7 janvier i856, récolté le a mai.
Semence desséchée à 100 degrés. . . o'%o3i
Azote du nitre et de la semence. . . o^'', i4o
Récolte desséchée à 100 degrés. . . io*'',77
Azote de la récolte * o«',2i6
Azote tiré de Tair. . . o«%o76.
La récolte égale 347 fois la semence.
A deux reprises différentes (le 21 février et le 20 mars) le voisinage d'une bouche de chaleur a desséché une partie des feuilles.
H. Préparée et conduite comme la précédente. Commencée le 2 avril et finie le 4 août.
Semence desséchée à 100 degrés. . . o"^,o3i
Azote du nitre et de la semence. . . . 0^^, l4o
Récolte desséchée à ido degrés. . . 22*'',23
Azote de la récolte o*',25o
Azote tiré de l'air . . . o«', 110.
La récolte égale 717 fois la semence.
Celte culture est rept-éscntée dans le dessin photographique' qui est à la fin de mon Ménioirc.
6. Ainsi, avec i gramme de nitre, la récolte peut s'élever jusqu^à 717 fois le poids de la semence, et la quantité (f azote absorbé peut aller jusqu'à 0^*^,234) c'est-à-dire qu'ayant ajouté au sol o«*',i4o d'azote, j'en ai retiré une fois o^^'jigo, une autre fois o^^^jaiô, puis o^'^aSo, et une dernière fois oS'',374.
J'ai dit et je répète que l'excédant d'azote accusé par les récoltes vient de l'azote de l'air. A cette conclusion on peut faire, il est vrai, deux objections principales.
On peut attribuer l'excès d'azote à une nitrification spontanée : sans parler des tentatives infructueuses de M. Reiset et des miennes pour reconnaître la réalité de cette supposition, je demande à mon tour pourquoi cette formation de nitre n'a pas lieu lorsqu'on ajoute au sable o^',5o de ce sel , et pourquoi elle se produit lorsqu'on en porte la quantité à i gramme?
On peut dire encore que l'excédant d'azote vient de l'ammoniaque de l'air : cette fois encore je demande pourquoi l'influence de l'ammoniaque se fait exclusivement sentir sur les pots qui reçoivent i gramme de nitre, et pourquoi elle est inappréciable sur ceux qui n'en reçoivent que ©^""jSo?
Reconnaissons donc que ces objections n'ont aucun fondement, et concluons que l'excédant d'azote vient de l'azote de l'atmospbère-
7. Les expériences qui précèdent ont donc pour résultat de marquer, mieux que ne l'avaient fait mes recbercbes antérieures, le moment précis où l'absorption de l'azote commence. Elles nous apprennent de plus que les traces d'ammoniaque que Tair contient n'ont pas une influence appréciable sur la végétation. Ce résultat est important, car
à Tavenir on pourra. opérer à Tair libre pour étudier le rôle de l'azote, sans avoir recours aux appareils qu'on a dû employer à l'origine , lorsqu'on ne savait rien de précis ni sur la quantité d'ammoniaque que l'air contient, ni sur le rôle que cette ammoniaque pouvait jouer.
8. L'emploi des nitrates a un autre avantage, c'est de rendre les expériences plus faciles, les résultats plus concordants, que lorsqu'on opère dans le sable seul, parce qu'alors ou s'éloigne m'oins des conditions naturelles. Comme plante, qu'on peut employer avec avantage , je recommande le colza d'hiver pour les cultures d'automne , et le blé de marê pour les cultures de printemps.
On connaît les résultats que j*ai obtenus avec le colza ^ il me reste à présenter ceux que le blé m'a fournis.
/. Le lo mars i856, on a semé vingt grains de blé de mars, dans i kilogramme de sable calciné, sans addition d'aucune matière azotée \ on a fait la récolte le 28 août.