L. Gouty ^ a récemment entrepris l'étude des phénomènes
* A. Ollivier. De la congestion et de Tapoplexie rénales dans leurs rapports avec l'hémorrhagie cérébrale, Arch. gén. de médecine, 1874.
2 Lépine. Comptes rendus de la Société de biologie, 1875.
5 Eulenburg et Landois. Note sur ï action calorifique de certaines régions du cerveau, Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 6 mai 1876.
^ L. Couty. Influence de l'encéphale sur les muscles de la vie organique, Arch. de physiologie, novembre 1876, Paris, p. 731.
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produits par l'excitation de départements plus ou moins bien limités de la masse encéphalique. Comme procédé d'excitation, il recourt à l'obstruction des vaisseaux encéphaliques par l'injection de poudres fines (spores de lycopode) dans les artères qui se rendent au crâne ; le premier résultat de la suppression de l'afflux sanguin, c'est-à-dire de l'anémie delà substance nerveuse, devant être une stimulation; le résultat consécutif, une paralysie. Parmi les effets produits, il note entre autres les modifications de la circulation, qu'il apprécie en mesurant la tension artérielle générale^ et il essaye de séparer les phénomènes cardiaques des phénomènes vasculaires périphériques.
Or, Couty indique, à la suite de ces embolies expérimentales du mésocéphale (et du mésocéphale seulement) un accroissement de tension, qui d'ailleurs lui a paru varier avec l'étendue de la zone mésocéphalique obstruée. L'auteur conclut que le mésocéphale contient seul, à l'exclusion du cerveau, des éléments vaso-constricteurs et en second lieu que ceux-ci ne sont point localisés dans un noyau unique (centre vaso-constricteur bulbaire), mais irrégulièrement répartis dans les différents points du mésocéphale.
Cette double conclusion nous semble sujette à d'expresses réserves commandées par la complexité même de l'expérience; l'auteur reconnaît d'ailleurs lui-même que les épreuves ont besoin d'être répétées.
De quelques autres observations dans lesquelles l'encéphale étant paralysé par obstruction et la moelle plus ou moins intacte, on voyait la tension générale rester très élevée, Couty conclut au rôle de la moelle comme centre vaso-constricteur.
En résumé, ces recherches fourniront d'utiles documents pour la solution de la question : mais elles sont trop peu démonstratives, trop rares et trop mal appréciées dans leur réelle signification pour rien décidera elles seules. Aussi les signalons-nous dans l'unique dessein d'appeler l'attention sur un ordre d'études qui tend à se développer actuellement.
Si, après ce rapide exposé, nous voulons résumer le débat relatif à l'origine des vaso-constricteurs et en tirer la conclusion que comporte l'état actuel de la science, nous dirons que
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ces nerfs puisent le principe de leur activité dans le système cérébro-spinal, d'une source principale qui est le centre vasoconstricteur général bulbaire et de sources accessoires, centres médullaires et encéphaliques qui seraient une manière de relais ou de réservoirs pour l'influx nerveux exciio-moteur. La délimitation précise de ces centres, les relations anatomiques et physiologiques qu'ils affecteraient entre eux, avec le centre bulbaire et avec les nerfs constricteurs des diverses régions du corps, voilà autant de points qui appellent de nouvelles recherches.
Centres périphériques. — L'énumération des sources de l'activité vaso-constrictive n'est pas encore complète lorsque l'on a parlé du centre bulbaire et des centres médullaires : il y a en outre, et cette fois en dehors du système nerveux cérébro-spinal, un troisième ordre de centres pour les filets vaso-constricteurs; ces centres existent à la périphérie, dans les parois mêmes des vaisseaux, ce sont les centres toniques périphériques ou centres toniques de Huizinga.
Les recherches anatomiques sur les nerfs vasculaires ont appris qu'il existe sur le trajet de ces nerfs, dans le voisinage de leur terminaison, un véritable appareil de cellules nerveuses. Ces cellules forment des amas ganglionnaires, des renflements nodulaires sur les branches des trois plexus qui entourent ou pénètrent le tissu des artères : ils se rencontrent aux nœuds d'entrecroisement dans le réseau externe ou plexus fondamental (Klebs, Arnold, Beale, Lehmann, Gimbert, Henocque), dans le plexus intermédiaire et dans le plexus intra-musculaire. Les renflements se réduisent quelquefois à des cellules isolées. D'ailleurs, il y a beaucoup d'inégalité dans les divers départements vasculaires et les différents nerfs qui les animent, quant au nombre et au développement de ces masses grises périphériques. Celte inégale distribution contient peut-être l'explication des légères différences qui s'observent dans la manière d'être des différents nerfs vaso-moteurs.
Or, on a attribué à ces masses grises périphériques le rôle décentres nerveux, c'est-à-dire le pouvoir tonique ou excitomoteur et la faculté réflexe. D'une part, en tant que centres toniques, elles seraient des réservoirs pour l'influx excito-
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moteur; elles formeraient un second relais, le premier étant formé par les centres médullaires sur le trajet de l'influx nerveux qui, émané du bulbe, vient solliciter à l'activité la couche musculaire des vaisseaux. D'autre part, elles seraient en tant que centres réflexes des foyers de conjonction de filets différents. En un mot, elles se comporteraient donc comme les centres gris qui dans la moelle relient les filets sensitifs aux filets moteurs et forment avec ceux-ci un arc diastaltique, selon l'expression de Marshall-Hall, c'est- à-dire l'instrument ordinaire des réflexes. Les filets afférents réuniraient les centres périphériques aux centres supérieurs de la moelle ou du bulbe : ces filets sont précisément les nerfs vaso-constricteurs tels que nous les entendons. Enfin, ces centres recevraient encore, dans certaines régions, une seconde catégorie de filets afférents, les filets vaso-dilatateurs, dont nous aurons à parler plus tard. Quant aux filets efférents, ils se rendent directement aux fibres lisses qui forment la musculure des vaisseaux. En un mot, les centres périphériques démontrés par l'anatomie recevraient deux ordres de filets afférents : les uns destinés à assurer leur communication avec les foyers vaso-constricteurs de la moelle et du bulbe (nerfs vasoconstricteurs, sympathiques et médullaires), les autres destinés à modifier leur activité directement dans un sens ou dans l'autre (nerfs sensitifs, nerfs dilatateurs), et ils donneraient naissance à un seul ordre de filets efférents, moteurs de muscles vasculaires.
Telle est la conception physiologique qui tend nouvellement à s'introduire dans la science. Elle a un fondement anatomique incontestable : il nous faut dire un mot des arguments physiologiques qui ont servi à l'étayer.
Il y a d'abord une expérience de Huizinga^ (1875). Cet expérimentateur détruit la portion postérieure de la moelle chez une grenouille curarisée : vingt-quatre heures plus tard, il observe, en pinçant la patte antérieure, une constriction réflexe des vaisseaux dans la palmure des doigts postérieurs. L'effet est supprimé si l'on sectionne le sympathique entre les
1 Huizinga. Untersuchungen ûber die Innervation der Gefasse in der Schwimwhant des Frosches, Pflûger's Ar'chir., 1875, p. 207.
DE l'innervation DES VAISSEAUX CUTANÉS.
troisième et quatrième ganglions. L'excitation chemine donc par les nerfs brachiaux, la moelle et le cordon sympathique jusqu'aux vaisseaux. Jusque-là, rien de bien nouveau : c'est une simple épreuve de l'activité des constricteurs et des fibres musculaires déjà faite par Putnam, en 1870.
Mais si, après avoir détruit le segment postérieur de la moelle, on dépose sur la membrane interdîgitale quelques gouttes d'une solution de nitrite d'amyle, on voit survenir une dilatation des vaisseaux qui se soutient pendant un quart d'heure environ. Cette action ne saurait s'expliquer par une intervention des centres médullaires ou bulbaires, puisque les voies centripètes ont été supprimées par la destruction du segment inférieur de la moelle : c'est donc une action locale. D'autre part, elle ne porte ni sur les éléments de la tunique musculaire, ni sur les fibres constrictives qui en provoquent la contraction, car il est aisé de démontrer que ces éléments ont conservé leurs propriétés sans altération. Il suffît, pour s'en assurer, de répéter l'épreuve précédemment indiquée. On voit, en pinçant la patte antérieure, se produire la constriction habituelle.
En admettant donc la réalité de cette expérience, on se trouve obligé de supposer que l'action a porté sur les centres toniques de la paroi vasculaire pour en diminuer l'activité.
Si ce n'est là une preuve de l'existence des centres périphériques, c'est au moins une forte présomption en leur faveur. — On pourrait interpréter dans le même sens les observations faites par un grand nombre de physiologistes et reprises avec soin par Masius et Vanlair \ sur l'inégalité de température des régions similaires du corps. En examinant des chiens en assez grand nombre, ces physiologistes n'ont jamais trouvé une température égale pour les quatre pattes : l'écart maximum a été quelquefois de 12% habituellement de 5° à 6° ; l'écart minimum de 1"* ou davantage. — De plus, et c'est là le fait qui nous intéresse, on voit se produire d'un moment à l'autre des variations surprenantes dans une seule et même extrémité, et ces variations spontanées sont
* Masius et Vanlair. Sur les nerfs vaso-moteurs et leur mode d'action. Congrès des Se. médicales, Bruxelles, 1875, p. 433.
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très inégales d'un membre à l'autre. Les inégalités sont très •diminuées par la section préalable de la moelle lombaire, mais non supprimées. On ne peut donc les attribuer aux différences dans le mode d'action des centres médullaires, et il est possible de les rapporter, avec vraisemblance, aux centres périphériques.
Donders a rappelé en 1875, au congrès de .Bruxelles, une observation faite par lui, en commun avec Gunning, il y a une vingtaine d'années. Il sectionnait le nerf sciatique d'une grenouille, et malgré cette section, il observait des contractions périodiques dans le train postérieur de l'animal, ce qui constitue, d'après lui, « l'argument le plus solide pour faire « admettre l'existence de centres nerveux à la périphérie. »
L'observation de surdilatation faite par nous-mêmes, au cours de nos recherches sur le grand sympathique, observation dont il sera question plus loin, fournit un excellent argument en faveur de l'existence des centres toniques périphériques, car, dans cette recherche, il ne s'agit plus d'un nerl complexe tel que le sciatique, mais du nerf vaso-constricteur type, à savoir le cordon cervical du grand sympathique ; on voit que, séparé de la moelle, il conserve une certaine tonicité qu'on peut faire diminuer par une action périphérique. Disons par anticipation que l'argument tout à fait probant est fourni par l'expérience que l'on peut répéter avec la corde du tympan et en général avec tous les nerfs dilatateurs, lingual, maxillaire supérieur, etc. On sectionne le dilatateur de manière qu'il n'ait plus avec l'organe que des connexions périphériques. Le sympathique excité resserre les vaisseaux : si en même temps on excite le dilatateur, ceux-ci se dilatent. L'action du constricteur est empêchée. Et comme les deux nerfs antagonistes n'ont de rapport qu'à la périphérie, il faut bien que ce soit à la périphérie qu'il existe un appareil qui es mette en conjonction, de l'un sur l'autre^ c'est-à-dire des centres périphériques.
L'expérience de Cl. Bernard a montré que les amas nerveux périphériques dont l'ensemble constitue le ganglion sous-maxillaire sont capables de produire des actions réflexes. En détruisant ses connexions avec l'axe cérébro-spinal, on voit l'excitation des extrémités du lingual, par une substance
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sapide telle que le vinaigre, provoquer récoulement d'une grande quantité de salive^ Voilà donc à la périphérie un ganglion doué du pouvoir excito-réflexe. Les ganglions des parois vasculaires seraient analogues à celui-là.
Les arguments de fait, d'analogie, et nous pouvons ajouter de convenance logique, conduisent donc à supposer l'existence de centres vaso-constricteurs situés dans les parois vasculaires ou au voisinage de ces dernières. C'est l'opinion, d'ailleurs, de Goltz, Vulpian, Putzeys et Tarchanoff % Huizinga, Masius et Vanlair.
Nous devons ajouter que dans un travail récent, Griinhagen ^ a cru pouvoir mettre en doute les notions que nous venons de rappeler. L'anatomie, au dire de cet auteur, ne confirmerait nullement l'existence d'un système ganglionnaire périphérique, occupant les parois des vaisseaux. Les travaux que nous avons précédemment signalés, d'un grand nombre d'histologistes, Klebs, Arnold, Beale, Lehmann, Gimbert, Henocque, acceptés dans leurs résultats par Vulpian, Cl. Bernard et la plupart des physiologistes, nous paraissent répondre suffisamment à cette assertion. Partant de cette affirmation très contestable que l'anatomie ne montre point d'appareil terminal ganglionnaire, Grûnhagen se propose d'expliquer le relâchement des muscles lisses vasculaires ou autres, par l'action directe de nerfs spéciaux sur la substance même du muscle. Il admet donc, cette fois, en contradiction avec les expériences physiologiques que nous avons exécutées, l'existence de nerfs directement et primitivement dilatateurs. Le raccourcissement des muscles vasculaires serait dû à l'excitation des filets vaso-constricteurs : l'allongement actif à l'excitation des filets dilatateurs. — L'un et l'autre effet tiendrait à la constitution particuHère des muscles lisses, qui seraient capables aussi bien de contraction et de dilatation également actives. Jusque-là, il n'y a que des hypothèses. Pour leur donner un fondement, Grûnhagen expérimente sur le muscle lisse peut-être le plus mal choisi de tous, sur Y iris ; la com-
1 Putzeys et Tarchanoff. Ueber den Einfluss des Nervensystems auf den Zustand der Gef'àsse, Archiv. von Dubois-Reymond' und Reichert, 1874.
2 Grûnhagen, Ueber einige Eigenschaften glaiter Muskelfasern, Société de médecine scientifique de Kœnigsberg, 22 janvier 1877.
plication des phénomènes iridiens, où les effets musculaires et vasculaires s'enchevêtrent et peut-être se contre-balancent, aurait dû écarter un pareil choix. Grûnhagen, à l'aide d'un appareil particulier, voit, après l'emploi de l'atropine, l'excitation électrique du sympathique déterminer un relâchement actif de l'iris. — L'effet observé était-il bien l'effet primitif ? En admettant même qu'il en soit ainsi, à quoi est dû cet effet ? Grûnhagen l'interprète en disant que le sympathique est le nerf élongateur de la pupille. Il apprécie de cette manière l'expérience suivante : On arrache le ganglion sympathique supérieur d'un côté. — Cinq jours plus tard, on procède à l'expérience après avoir atropinisé l'animal et excisé les sphincters irions. Le sphincter du côté non opéré s'allonge sous leg excitations électriques ; l'autre reste inerte.
Nous ne voyons nul rapport entre les faits et les conclusions de l'auteur. Nous croyons bien qu'il y a à étudier avec soin les muscles lisses et leur mode d'action, mais nous sommes loin de croire que des expériences, comme celles de GrûnhageUj démontrent la supposition de nerfs dilatateurs, agissant directement sur la substance musculaire.
§ 4. — Fonctionnement des vaso-constricteurs. Activité. Paralysie. Etat
tonique.
Il est démontré que les vaso-constricteurs sont des cordons nerveux centrifuges dont l'activité produit le resserrement des petits vaisseaux, tandis que leur paralysie en détermine l'élargissement.
Pour leurs propriétés générales, ces filets nerveux sont complètement assimilables aux filets moteurs proprement dits. Les excitants artificiels en provoquent l'activité de la même manière que pour ceux-ci, au degré près. Dans les conditions ordinaires, normales, les excitants mécaniques et chimiques sont moins efficaces que l'excitant électrique. — Les uns et les autres doivent être employés d'ailleurs à un assez haut degré d'intensité, ce qui revient à dire que physiologiquement, les constricteurs sont moins excitables que les nerfs moteurs ordinaires.
L'ensemble des faits observés rapproche les nerfs moteurs des vaisseaux des autres nerfs moteurs. C'est à tort que l'on
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a voulu voir entre eux une différence essentielle résultant de ce que les vaso-constricteurs ne seraient jamais dans l'état d'inactivité ou de repos dans lequel se trouvent les nerfs moteurs en l'absence de tout stimulant. Les filets constricteurs semblent, en effet, soumis à une stimulation modérée, renouvelée constamment, qui entretient dans les vaisseaux cette contraction moyenne que l'on nomme le tonus et qui est leur condition normale. On a dit que les nerfs moteurs, au contraire, passaient de l'état de repos complet à l'état d'activité, sans se maintenir dans la condition moyenne du tonus. Mais" Vulpian a fait justement observer qu'il ne s'agit là que d'une différence de degré : il y a un état tonique des muscles striés, comme il y a, à un degré plus marqué, un tonus des muscles lisses viscéraux, et à un degré plus marqué encore un tonus des muscles lisses vasculaires : ces états toniques peuvent être considérés comme le résultat d'une stimulation nerveuse, soutenue, qui aurait son origine dans le mouvement de la nutrition.
L'exagération de cette stimulation moyenne caractérise Vétat d'activité du nerf constricteur et provoque le resserrement du vaisseau ; sa diminution caractérise Vétat de paralysie de ce nerf et entraîne la dilatation du vaisseau. Est-il besoin d'ajouter que dans le nerf moteur vasculaire comme dans le nerf moteur ordinaire les alternatives d'activité et de paralysie se succèdent dans le même ordre, et que l'excès de l'une entraîne nécessairement l'autre? Seulement les effets de la paralysie seront ici beaucoup plus évidents en raison même de ce que le tonus des muscles lisses est beaucoup plus considérable que celui des muscles striés. L'épuisement du nerf suit nécessairement son fonctionnement énergique et, par suite, la dilatation des vaisseaux est aussi bien que la constriction une conséquence forcée d'une excitation un peu intense.
A côté des analogies essentielles des nerfs vasculaires et des nerfs moteurs, il faut signaler les différences. Il y a au point de vue anatomique une distinction fort importante à établir entre ces deux catégories de nerfs^ et d'une façon plus générale entre les nerfs de la vie de relation et les nerfs de la vie organique. Ceux-ci, avant de se terminer dans l'organe^
DASTRE ET MORAT.
présentent un appareil ganglionnaire à son degré plus ou moins marqué des propriétés des centres nerveux. Ceux-là ne présentent pas de cellules ganglionnaires. Toutes les particularités qui appartiennent aux nerfs vasculaires pourront dès lors être attribuées très vraisemblablement à la condition propre créée par cet appareil ganglionnaire. On comprend en particulier que l'action des nerfs vasculaires puisse être suspendue à la périphérie (par les dilatateurs), tandis que celle des nerfs moteurs ne peut être suspendue que par une action sur la moelle qui est pour eux le centre le plus proche.
Expériences nouvelles. — L'expérimentation physiologique n'a guère abordé jusqu'ici, dans le détail, l'étude des propriétés des vaso-constricteurs ; on s'est contenté de l'assimilation générale que nous venons d'indiquer entre ces nerfs et les nerfs moteurs ordinaires. Il importerait pourtant, à plus d'un titre, de connaître les phénomènes de leur activité, les conditions particulières de leur fonctionnement, de leur excitation^ de leur fatigue, la manière d'être, en un mot, du cordon nerveux lui-même et des centres gris, situés près de sa terminaison.
C'est à ce point de vue que nous nous sommes placés ^ ; nous avons repris l'étude du cordon sympathique cervical, nerf vaso-moteur, anatomiquement distinct, dans le dessein de fixer d'une manière plus précise les conditions de son influence sur la circulation.
Les modifications apparentes de la circulation consécutives à la section et à l'excitation du sympathique cervical, sont bien connues depuis l'expérience classique de Cl. Bernard. Les modifications parallèles de la pression et de la vitesse du sang dans les vaisseaux correspondants de la tête et du cou le sont beaucoup moins. Elles sont même indiquées de manières différentes par les auteurs. Les uns ont trouvé après la section un abaissement de la pression artérielle ; d'autres indiquent qu'elle est plus élevée. Les variations de la pres-
1 Dastre et Morat, Recherches sur Vexcitation du sympathique cervical, Société de biologie, 2 mars 1878. — Action du sympathique cervical sur la pression et la vitesse du sang, Comptes rendus de l'Acad. des sciences, i8 novembre 1878.
DE l'innervation DES VAISSEAUX CUTANÉS.
sion veineuse, pas plus que celles du cours du sang, n'ont été étudiées. Il y avait donc un intérêt direct à entreprendre cette double recherche, à la fois dans le but de combler une lacune et dans le but d'avoir un terme de comparaison pour l'interprétation des résultats obtenus quand on étudie l'influence exercée sur la circulation par d'autres nerfs plus complexes^ tels que le sciatique.
Ces nouvelles expériences ont été exécutées sur des animaux de grande taille, sur l'âne, sur le cheval, l'exploration directe des vaisseaux et la mesure de la vitesse du courant sanguin ne pouvant se faire commodément que sur des canaux atteignant un calibre assez considérable. On place sur la carotide, pour mesurer la vitesse, Vhémodromographe de M. Chauvoau. On enregistre la pression artérielle dans la carotide et dans l'artère faciale, la pression veineuse dans la veine faciale.
La pression de la carotide est inscrite sans interrompre le courant sanguin en introduisant dans cette artère une canule en T dont la branche moyenne porte un sphygmoscope relié à un tambour à levier enregistreur ; — pour V artère faciale ; on adapte l'appareil manométrique soit au bout central, soit au bout périphérique. Les anastomoses très importantes qui relient entre eux les différents troncs artériels émanant de la carotide, forment un réseau dans lequel la pression tend à s'équilibrer, et où la circulation est toujours assurée lors même que l'on a obstrué un segment vasculaire aâsez considérable. Le sympathique cervical régit ce réseau tout entier. Les modifications de pression consécutives à sa section et à son excitation seront donc de même sens dans le bout central et dans le bout périphérique, mais plus accusées dans ce dernier comme traduisant la pression d'un point voisin des capillaires.
Dans la veine faciale, la pression est mesurée à l'aide d'un sphygmoscope convenablement sensibihsé dont la canule est dirigée soit du côté du cœur^ soit du côté de la périphérie. A cause des larges anastomoses qui régnent entre les troncs veineux de la face, les résultats sont dans l'un et l'autre cas peu différents ; il importe seulement de choisir un segment de veine le plus possible dépourvu de valvules.
bASTRE ET MORAT.
Les pressions artérielle et veineuse, la vitesse lorsqu'on la mesure, s'inscrivent sur le cylindre enfumé, par des lignes superposées. Au-dessous de ces tracés, une ligne horizontale entrecoupée de traits verticaux, est inscrite par le style d'un tambour à levier relié à un métronome qui bat la seconde, et permet ainsi l'appréciation chronologique des modifications vasculaires dans leur durée et quant au moment de leur apparition. Enfin le tableau , graphique de l'expérience est complété par une dernière ligne tracée par le style d'un signal électrique de Marcel Despretz, traversé par le courant excitateur, ligne qui permet de connaître le commencement, la durée et la fin de l'excitation dans ses rapports avec les variations correspondantes des vaisseaux. L'expérience est donc tout entière fixée sur le graphique, dans son absolue vérité : il n'y a plus de place pour des erreurs d'appréciation sur les conditions dans lesquelles elle s'est accomplie.
Les expériences ont été faites sur des ânes et des chevaux, tantôt soumis à l'action du chloral (injection de 25 grammes d'hydrate de chloral dans 100 grammes d'eau, poussée lentement par la veine pédieuse), tantôt sur les mêmes animaux, indemnes de tout agent toxique, en état de veille, debout sur leurs pieds, en un mot dans les conditions les plus physiologiques qu'il soit possible de réaliser. Les résultats ayant été sensiblement les mêmes dans l'un et l'autre mode opératoire, il faut conclure que l'injection de chloral offre des bénéfices considérables pour l'expérimentation sans présenter les inconvénients et occasionner les perturbations qu'on serait tenté de craindre à priori.
La méthode étant maintenant connue, voyons les résultats :
Effets de la section da sympathique cervical.
Le cordon sympathique est découvert préalablement au cou et isolé du tronc du vague auquel il est accolé.
On l'étreint vigoureusement dans une anse de fil, et on le sectionne d'un coup de ciseaux.
Par le fait de cette double opération pratiquée coup sur coup, la pression monte simultanément dans l'artère et dans la veine : mais cet effet est passager, il ne se soutient que
DE l'innervation DES VAISSEAUX CUTANÉS.
pendant quelques secondes seulement (en général 6 ou 10). L'élévation simultanée des deux pressions doit s'interpréter par la constriction brusque des petits vaisseaux produite par l'excitation passagère du tronc nerveux au moment de la ligature et de la section, constriction qui retentit à la fois en amont et en aval du réseau capillaire, du côté de l'artère et du côté de la veine {fig. 1).
FiG. 1.
Se. Ligne des secondes.— A. F. Tracé de l'artère faciale, bout périphérique. — V. F. Tracé de la veine faciale, bout périphérique. — L. Ligature du sympathique séparé da vague. — Ce tracé montre l'effet immédiat de la ligature, c'est-à-dire l'augmentation de la pression dans l'artère et dans la veine et l'effet consécutif durable, c'est-à-dire la dilatation des vaisseaux périphériques.
Mais cet effet dissipé, la pression veineuse repart de son niveau primitif et s'élève d'une façon graduelle pendant que la pression artérielle baisse d'une façon correspondante. Cette double modification en sens inverse de la pression artérielle et de la pression veineuse, telle que les deux pressions tendent à s'égaliser , indique évidemment une dilatation des vaisseaux périphériques. Cet effet est de longue durée : il persiste pendant plusieurs jours.
Effets de f excitation.
L'excitation du bout périphérique du nerf ainsi coupé est alors pratiquée avec des courants induits tétanisants. L'effet est l'élévation de la pression artérielle et l'abaissement de la pression veineuse.
Il est à remarquer que l'abaissement du côté de la veine ne se produit pas d'emblée comme l'élévation du côté de l'artère : l'abaissement de la pression veineuse est précédé d'une légère surélévation de courte durée (voirfig. 2).
DASTRE ET MORAT.
. Cette manière d'être de la pression veineuse qui n'avait pas été prévue, méritait d'attirer notre attention, comme une
de ces particularités d'expérience qui font pénétrer plus profondément dans le mécanisme physiologique. Elle s'explique très simplement, et comporte la même interprétation qui convenait tout à l'heure à l'effet immédiat de la section. La constriction brusque des petits vaisseaux a en effet pour résultat de les. décharger brusquement dans le système veineux et cette décharge brusque^ force qui vient s'ajouter passagèrement à la vis à tergo, augmente la pression dans les veines. Mais cet effet se dissipe très rapidement en 4 ou 5 secondes et la pression du sang veineux doit diminuer, comme on l'observe en effet, puisque l'impulsion cardiaque, source de cette pression, se transmet plus difficilement à travers les vaisseaux rétrécis.
Un hémodromographe, placé dans la carotide, indique qu'au même moment, et pendant la durée de l'excitation, la vitesse du cours du sang est notablement diminuée dans ce vaisseau.
L'élévation de la pression artérielle se fait graduellement, atteint un maximum qui ne se maintient jamais plus de 20 à
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