‹ Recherches expérimentales sur le système nerveux vaso-moteurChapitre 17 sur 27 · NOUVEAUX · texte numérisé non relu

NOUVEAUX

Les faits que nous venons d'exposer et l'interprétation que nous en avons donnée ont, au moment de leur apparition, attiré l'attention des physiologistes. Plusieurs ont voulu reproduire nos expériences. Dans ce qu'elles ont d'essentiel elles ont été trouvées exactes par les auteurs qui se sont acquis le plus grand renom de compétence dans ces matières. Mais des discussions se sont élevées tant au sujet des conclusions que nous en avons tirées que sur quelques expériences dedétail destinées à appuyer cesconclusions. Déplus, les travaux suscités par l'annonce de nos premiers résultats ont amené les auteurs à la découverte de quelques faits intéressants par eux-mêmes, mais que l'on aurait tort de considérer comme incompatibles avec ceux que nous avons annoncés.

Le fait fondamental que nos expériences ont mis en relief peut s'énoncer ainsi : l'excitation localisée sur le sympathique cervical détermine chez le chien la dilatation primitive des vaisseaux d'une partie de la face. La conclusion que nous en tirons, c'est que le sympathique contient des nerfs dilatateurs au sens propre du mot. Et cette donnée n'a pas une importance restreinte. Elle nous parait éclairer d'un jour nouveau à la fois la physiologie du grand sympathique et l'histoire des nerfs vaso-dilatateurs. Elle élargit la fonction du sympathique ; elle caractérise les dilatateurs en les faisant rentrer dans un système anatomiquement distinct. Elle rapproche les deux espèces de nerfs vaso-moteurs en leur assignant une place dans le même système sympathique , qui devient ainsi le seul régulateur de la circulation, tandis qu'avant nous l'on

A. DASTRE ET J.-P. MORAT.

partageait cette fonction régulatrice entre le système cérébrospinal, vaso-dilatateur, et le sympathique, vaso-constricteur. En ce sens, notre travail contribue à faire de plus en plus du sympathique le nerf de la vie de nutrition, le nerf de la vie organique ou involontaire : voilà ce qui donne un intérêt général à nos recherches.

Pour revenir aux critiques, on a contesté- que nous ayons fourni la preuve qu'il existe dans le cordon cervical du sympathique des nerfs vaso-dilatateurs pour la région buccofaciale. Bien que certaines des objections qui nous ont été faites n'aient plus de raison d'être, puisque leurs auteurs se sont chargés eux-mêmes de les réfuter ; comme elles peuvent se reproduire et risquent parfois d'être présentées sous des formes différentes, après avoir été momentanément abandonnées, il nous faut les examiner ici une à une et les discuter une fois pour toutes. Aussi bien le nombre et la forme variée de ces objections, laissent- ils, comme on va le voir, peu de place à des arguments nouveaux.

Nous avons dit : L'excitation du sympathique cervical chez le chien détermine la dilatation primitive et directe des vaisseaux de la région bucco-faciale.

On a dit : L'excitation du sympathique cervical ne détermine pas la dilatation.

On a dit aussi : La vaso-dilatation existe, il est vrai qu'elle est primitive, mais elle n'est pas directe ; elle est réflexe.

On a dit ensuite : La vaso-dilatation existe, mais elle est secondaire, c'est- à-dire non primitive et non réflexe.

On a dit enfin : La vaso-dilatation est tantôt primitive, mais alors réflexe, et tantôt secondaire.

On a dit encore : C'est l'excitation du sympathique qui produit la dilatation.

On a dit depuis : Ce n'est pas l'excitation du sympathique qui produit la dilatation.

On a épuisé toutes les suppositions; toutes les propositions ont été émises, hors une seule, la plus naturelle, celle en faveur de laquelle nous avons accumulé les preuves dans le cours de ce travail, à savoir que la vaso-dilatation sympathi-

que esta la fois primitive et directe. On s'est montré disposé à tout accepter, tout concéder, tout, hors cela.

Nous pourrions nous contenter d'opposer purement et simplement ces propositions contradictoires les unes aux autres, et nous en aurions le droit, parce que chacune a été émise sous une forme aussi absolue que la précédente avec laquelle elle était pourtant incompatible. Ce sera faire une œuvre de critique utile que d'analyser chacune de ces propositions, de faire la part du fait brut et celle de l'interpréta* tion, de montrer enfin comment des conclusions erronées peuvent être tirées d'observations exactes.

1^ L'excitation du sympathique cervical ne détermine pas la vaso-dilatation bucco-faciale.— Cette opinion, antérieure à notre premier travail sur la fonction vaso-dilatatrice du sympathique cervical, ne saurait constituer à proprement parler une objection dirigée contre ce travail lui-même. Aussi est-ce sans intention critique que nous la rapportons ici. Si nous la rappelons, c'est seulement pour bien faire voir qu'avant que nous eussions fait connaître le fait de la vaso-dilatation sympathique, personne ne le soupçonnait, personne ne songeait même à le rechercher.

Ainsi, en excitant le sympathique cervical dans le but déterminé de rechercher quel était le sens de son action sur les vaisseaux de la région bucco-faciale, on a vu que cette excitation ne déterminait pas la dilatation, mais la constriction de ces vaisseaux.

Une circonstance est à noter dans l'expérience en question. On avait coupé au préalable le nerf maxillaire supérieur, c'est-à-dire la voie principale par laquelle les éléments dilatateurs venus du sympathique atteignent les vaisseaux. Nous avons constaté nous-mêmes, on s'en souvient, que dans de telles conditions les effets de l'excitation du sympathique cervical sont profondément modifiés : l'action dilatatrice est toujours très atténuée. Cette condition a pu contribuer à donner la prédominance aux effets constricteurs.

2° La vaso-dilatation existe, on reconnaît que nous l'avons démontrée ; on admet de plus quelle est primitive; mais on ne veut pas qu'elle soit directe, on affirme quelle est réflexe.

A. DASTRE ET J.-P. MORAT.

— « Les faits annoncés par MM. Dastre et Morat, exacts en eux-mêmes, ont reçu de ces expérimentateurs une interprétation erronée ; ils n'ont point découvert de vaso-dilatateurs, ni leur origine, mais seulement un noyau réflexe de ces vasodilatateurs ». Cette opinion elle aussi est appuyée sur des expériences. Discutons ces expériences.

Sur un chien on prépare l'anneau de Vieus'sens, le rameau afférent au ganglion cervical inférieur, le rameau afférent au ganglion cervical supérieur, enfin l'espace occipito-atloïdien. On constate que l'excitation des rameaux de l'anneau de Vieussens et du sympathique cervical produit la rubéfaction de la région bucco-labiale, bilatérale et prédominante du côté excité, « seulement si le courant est fort». — Autrement dit, l'excitation bien localisée sur le sympathique cervical en trois points différents a pour effet la rubéfaction primitive de la région bucco-labiale.

« Ouvrant alors l'espace occipito-atloïdien , on va, sans léser le bulbe, accrocher au trou déchiré postérieur les nerfs glosso-pharyngien, spinal, pneumo-gastrique, hypoglosse qu'on arrache en retirant le crochet. Renouvelant alors l'excitation de l'anneau de Vieussens et du sympathique, on ne retrouve plus les effets vaso-dilatateurs, tandis que les effets oculo-pupillaires persistent intacts, ce qui prouve que, la voie d'arrivée du réflexe ayant été détruite, le réflexe ne se produit plus. Mais dans ces nouvelles conditions, si l'on vient à porter l'excitation sur le bout périphérique des nerfs sectionnés en portant un pôle excitateur dans le trou déchiré postérieur et l'autre à la périphérie, on obtient une vasodilatation bornée au côté excité. »

j Cette expérience, on le voit, se propose de trancher la question que nous avions déjà résolue, à savoir si la dilatation ainsi produite est réflexe ou directe. Nous avions seulement procédé d'une façon différente. Bien loin d'éviter de léser le bulbe, nous avions pensé que le vrai moyen de nous débarrasser en une fois de tous les phénomènes réflexes dont nous pouvions soupçonner l'intervention, c'était de détruire leur seul centre possible dans le cas donné, c'est-à-dire le bulbe

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lui-même. Et nous avons fait voir qu'après cette destruction la vaso-dilatation se produit encore.

Cette expérience est bien plus rationnelle et plus pratique que celle qu'on lui substitue. Plus rationnelle, car le bulbe est le centre d'origine de tous les nerfs nombreux que l'on suppose pouvoir servir de voie de retour à l'excitation, et parmi lesquels on est embarrassé de choisir : plus pratique, parce qu'en raison même de leur situation profonde, de leur nombre et de leur dissémination, ces nerfs sont difficiles à atteindre tous ; l'on risque de faire trop peu ou de faire trop. Quand on arrache tant de nerfs à la fois, le glossopharyngien, le pneumogastrique, le spinal et l'hypoglosse, il faut se demander si l'on n'aurait pas rompu aussi les rameaux du sympathique qui s'anastomosent soit avec ces diffé rents nerfs, soit avec le trijumeau. S'est-on assuré que ces rameaux étaient intacts après l'arrachement des quatre nerfs précités? On ne donne aucune indication à cet égard. La persistance des effets oculo-pupillaires n'est qu'une présomption; elle ne saurait constituer une preuve.

Discute-t-on au moins notre expérience de la destruction du bulbe? a-t-on quelque argument à lui opposer? — Point. Et les autres expériences qui parlent dans le même sens ? et l'excitation des racines du sympathique, des rameaux communicants qui nous révèle les vaso-dilatateurs au moment où ils sortent de la moelle? a-t-on pour tout cela un mot d'explication? — Non plus. Il est en effet difficile de concilier I ces résultats avec l'opinion qu'on soutient ; mais combien il est facile de les passer sous silence !

En somme on a fait ce qu'il ne fallait pas faire, on n'a j pas fait ce qu'il fallait faire. La cessation des effets dilatateurs I n'a pas plus de signification que n'en aurait eu leur persis- I tance. Et lorsqu'on ajoute qu'on a fait reparaître ces effets j par « l'excitation du bout périphérique des nerfs sectionnés en portant un pôle excitateur dans le trou déchiré postérieur et l'autre à la périphérie », on avance encore une assertion sans preuves. C'est en effet une affirmation pour le moins hasardée de dire qu'un courant électrique traversant la tête du trou déchiré postérieur à la bouche ira exciter le glosso-

Dastre et Morat. 12

À. DASTRE ET J.-P. MORAT .

pharygien, le spinal, l'hypoglosse et le pneùmo-gastricjue et respectera les rameaux sympathiques situés dans le rocher même, sur le trajet de lacarotide, derrière une lamelle osseuse de quelques millimètres d'épaisseur.

3° La dilatation n'est ni directe ni réflexe, elle est seulement secondaire — On nie le phénomène, de la dilatation primitive qu'on avait admis d'abord, on affirme uii phénomène de constriction. De Fexistence du second on déduit la non-existence du premier; car on considère qu'entre les detïx il y ^incompatibilité . Si l'un est réel, l'autre ne saurait l'être.

Si, dans le nerf sympathique, on riianifeste des constricteurs dans une condition donnée, s'ensuit-il qu'on n'y puisse manifester des dilatateurs dans d'autres conditions? Évidemment non, et c'est pourtant ce que l'ori a voulu dire.

La vaso-dilatation que nous avons décrite est tin phéhc)mène si évident, tellement facile à manifester, qu'il a bieii fallu en tenir compte. L'objection prend une physiotioraie nouvelle :

4"" La vaso-dilatation existe; elle est primitive; elle est réflexe» Mais elle ne dépend pas du sympathique, elle dépend du vague, L'excitation du sympathique ne produit pas de dilatation ni directe, ni réflexe, elle produit la constriction.

Le travail nouveau que liouë avdfis eïi vue einët, en somme, trois propositions : a) l'excitation du vague dîlatêf' par action réflexe; h) l'excitation du sympathique co'ntràÉctè; c) l'excitation du sympathique ne dilate pas les vs(îsseaùx dans la région bucco-faciale.

La première de ces trois {)ï^opositions représente fidèlement ce que nous avons dit nous-mêmes des effets de l'excitation du vague sur la circulation bucco-faciale, et pétit servir de formule au fait que nous avons découvert.

La seconde exprime uii fait qui a été mîâ ëti é'vldënce p'àt" MM. Vulpian et Bochefontaine, et sur lequel iious allons révenir dans un moment.

La troisième seulement offre un sujet de contestatidn. L'atiteur s'appuie sur une expérience en tout semblable à celle qui nous a servi à mettre en évidence la propriété vaso-

SUR LA. FONCTION VASO-DiLATATRICE DU NERF GRAND SYMPATHIQUE. 179

dîiàtdtribe du sympathique. Cette expérience consiste dans line' excitàtiori localisée exactement sur le cordon cervical isolé et débarrassé cette fois des fibres modéràtrices cardiaques et des fibres sensitives du vague. L'excitation du siympàtîii(^ue fi'èngëiidrérait pas la vaso-dilatation primitive. On en s[ conclu : « 1° qtié jamais la vaso-diîatation primitive ne siiccéderst à urié excitation localisée sur le sympathiqile ; 2*" qu'aucun èxcitarit porté sur le sympathique cervicai né |jëf'riiët, jiisqà'tt ce jôtir, d'y déceler la présence des filets vaso-dilsîtàteurs de la tête ».

Nous avons obtenu des résultats différents. MM. Vulpian et Bocîîèforitaifié, èh faradisant « le faisceau anastomotiqùe (^îii unît lé ganglion cervical supérieur au pneumo-gastricjue», è'est-a-dirè en excitant le sympathique cervical isolé, ont, eux aussi, obtenu des résultats différents et observé comme nous une vaso-dilatalion primitive. L'auteur lui-même l'avait cofistaté.

C'est le lïïoment de nous expliquer sur le phénomène de constriction qui suit parfois l'excitation du sympathique cervical dans les régions mêrnes où nous avons observé la dilatation, et de riiontrer que les deux phénomènes non seulement ne s'excîuerit pas, mais n'ont logiquement rien d'incompàtible.

I L'expérience que nous avons fait connaître sur le cordon syfnpa'thique cervical du chien a été reproduite tout d'abord par MM. Yùïpian et Bochefontaine. Ces physiologistes, ainsi que nous Favons dit, ont contrôlé l'exactitude de nos résultats; mais, de ;^'lùs, ils ont aperçu un autre fait que nous n'avions pas observé. « Il est intéressant de noter, disent-ils, que plusieurs fois lès phénomènes vaso-dilatateurs ont été précédés d'tih phénomène vaso-constricteùr de peu' de durée, mais inet, et qui a déterminé la pâleur dès mêmes parties qui, ! quelques secondes plus tard, devenaient plus rouges qu'a-vaifit l'excitation faradique » .

Il résulte de ces quelques lignes que ces auteurs avaient observé tin phénomène de vaso-constriction qui n'était ni coTistant ni bien isolé. Nous essayâmes alors nous-mêmes, rrtâis vairiètoent, dè le reproduire. Néanmoins, après l'affir-

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