‹ Recherches expérimentales sur le système nerveux vaso-moteurChapitre 23 sur 27 · MEMBRE INFÉRIEUR · texte numérisé non relu

MEMBRE INFÉRIEUR

§ Introduction.

A l'époque où nous avons publié l'expérience qui montrait dans le cordon cervical du grand sympathique l'existence de nerfs vaso-dilatateurs, nous avons eu soin d'annoncer que cet exemple n'était ni le premier ni le seul que nous puissions fournir.

Déjà, en effet, nous avions reconnu les vaso-dilatateurs sympathiques pour l'oreille et pour le membre inférieur. C'est même par la découverte de ces derniers que nous avions inauguré notre série d'études. Les expériences, qui nous révélaient l'existence de nerfs vaso-dilatateurs dans la portion lombaire des cordons sympathiques remontent au mois de juinl878. — Un peu plus tard, dans une communication faite à la Société philomathique, nous posions le principe de la méthode qui nous I avait conduits et devait nous conduire encore à reconnaître les éléments vaso-dilatateurs qui s'étaient si longtemps dérobés aux recherches les plus patientes \

* Cette méthode consistait dans l'investigation expérimentale des rameaux communiquants. Nous disions:

« Cette systématisation est générale, et l'on doit désormais rechercher les dij« latateurs entre la moelle et les ganglions, dans les rami communicantes. » {24.avril 1880, t. III, pAU.)

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Plus tard encore, dans notre travail publié, à Lille, le 16 août 1880 et intitulé le Grand Sympathique, nous disions :

« Des faits positifs, mais encore incomplets, nous ont mon- « tré les dilatateurs du membre supérieur dans la partie tho- « racique du sympathique, et ceux du membre inférieur dans « la partie supérieure du cordon abdominal du même nerf. »

Après avoir pris date de cette manière et avoir nettement signalé le fait fondamental, nous nous sommes réservés d'y revenir avec détails. Le moment est venu de remplir cet engagement. Si nous ne l'avons point fait plus tôt, c'est que nous en avons été détournés par les contestations que nos premières publications avaient soulevées.

Il nous fallait établir d'abord la réalité de l'existence des vaso-dilatateurs sympathiques du cordon cervical. « Nous ne « nous laisserons pas entraîner, disions-nous, à discuter les « autres points, avant que celui-ci ne soit mis à l'abri de la « critique. » {Société de biologie, 19 novembre 1880.) Nous étions dans la nécessité de procéder avec un extrême détail à l'étude des vaso-dilatateurs bucco-faciaux. C'est ce que nous avons fait dans un Mémoire « sur la fonction vaso-dilatatrice « du nerf grand sympathique. » (^rc/2. de physiologie, 1881.)

En second lieu, nous devions faire un travail analogue pour les vaso-dilatateurs de l'oreille; et c'est à cette préoccupation que répond le Mémoire publié l'année suivante dans les Archives de physiologie « sur les nerfs vaso-dilatateurs de l'oreille externe. » (1882.)

Le programme que nous avions pris l'engagement de remplir vis-à-vis de nos contradicteurs, nous amène maintenant à l'examen des vaso-dilatateurs du membre inférieur. Cette longue série de recherches sera complétée dans un délai prochain, par la publication de nos études sur le nerf vertébral, sur l'asphyxie et son influence par rapport à la circulation, et enfin sur la vascularisation du membre supérieur.

Nous ne nous faisons pas d'illusion sur les lacunes que présentera ce mémoire. Le déterminisme d'un phénomène aussi complexe que la dilatation vasculaire dans le membre inférieur, phénomène que tant de circonstances extérieures peuvent influencer, est d'une extrême difficulté à établir avec une

rigueur absolue. Si nous devions attendre d'avoir épuisé la question pour faire connaître des faits fondamentaux, nous risquerions de retarder trop longtemps une publication qui, telle qu elle est, peut apporter quelque lumière dans un sujet resté très obscur jusqu'à ce moment. Nous préférons reconnaître les imperfections de notre travail et confesser qu'il pourra être utilement complété.

g 2. Historique,

L'historique de la question des vaso-moteurs du membre inférieur a été exposé avec assez de détails dans notre premier Mémoire pour que nous puissions nous dispenser d'y revenir ici. Le nombre des travaux qu'a suscités ce problème particulier aurait de quoi nous étonner, si nous ne savions qu'aux yeux des expérimentateurs, il renferme la solution d'un problème beaucoup plus général et d'une importance extrême pour la physiologie du système nerveux. On a pensé, en effet, que cette région serait, quant aux instruments nerveux de sa vascularisation, l'image de toutes les autres. En l'étudiant d'une manière complète, on pensait faire avancer du même coup la connaissance générale du système nerveux vasomoteur. C'est là ce qui ajoutait de l'intérêt aux recherches de tant de physiologistes sur le nerf sciatique; les uns, comme Vulpian, Putzeys et Tarchanoff, y trouvant uniquement des constricteurs; d'autres, comme Goltz, Dôgiel, Masius et van Lair, etc., apercevant seulement les effets dilatateurs; tandis qu'une troisième opinion, soutenue par Heidenhain, Grûtzner,

i Bernstein etMarchand,Ostroumow, Luchsinger, Lépine, etc., consistait à faire du sciatique un nerf à la fois constricteur et dilatateur pour les vaisseaux du membre correspondant. C'est pour juger cette question que nous avons entrepris les

! expériences qui ont été relatées dans notre premier Mémoire.

I Un examen critique des méthodes qui avaient] conduit à admettre l'existence des nerfs dilatateurs dans le membre inférieur, faisait voir que ces procédés étaient incertains ; au contraire, l'investigation pratiquée par les moyens rigoureux,

I fidèles et exacts, ne démontrait pas l'existence de ces nerfs, mais seulement de leurs antagonistes. Il était nécessaire de

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conclure, d'après cela, que si des nerfs vaso-dilatateurs existaient dans le sciatique, — supposition parfaitement admissible, — leur influence était habituellement masquée par leurs antagonistes constricteurs.

Pour aller plus loin, il fallut élargir le champ de la recherche et recourir à la méthode comparative. Nous eûmes l'idée d'étudier parallèlement l'un à l'autre le nerf sciatique et le cordon cervical sympathique, qui devait servir de terme de comparaison. Or, ir advint que cette comparaison, entreprise au début pour élucider le rôle vaso-moteur du sciatique, a éclairé, en réalité, la physiologie du sympathique lui-même. Nous y avons découvert la présence de nerfs vaso-dilatateurs intimement mélangés, fibre à fibre, à leurs antagonistes constricteurs. Le mélange de fibres antagonistes dans un même cordon nerveux, qui tout à l'heure nous était apparu comme une simple possibilité, se montrait comme une réalité certaine.

g 3. Méthodes.

Nous avons employé comme méthodes d'expérimentation les trois moyens directs qui permettent d'apprécier l'état de la vascularisation des parties, à savoir :1° la mesure du débit sanguin ; 2° la mesure de la pression vasculaire locale ; 3° l'appréciation du degré de coloration ou méthode coloriscopique.

Quant aux méthodes indirectes, nous les avons exclues après avoir fait leur procès : nous avons dit pourquoi la méthode thermométrique, en particulier, ne méritait aucune créance, dans les recherches fines relatives à l'innervation vaso-motrice.

D'autre part, en nous restreignant aux méthodes directes, il faut observer qu'elles n'ont pas une égale valeur : IMa mesure du débit sanguin est facile; exacte en principe, elle est sujette à quelques incertitudes dans l'application ; elle présente enfin un inconvénient sérieux, la coagulation du sang dans le bout des vaisseaux sectionnés ; 2" la méthode manométrique est d'une grande rigueur : elle permet de mesurer l'intensité du phénomène (constriction ou dilatation), d'en apprécier exactement le début et les phases successives; mais, encore faut-il

que l'on ait à sa disposition un vaisseau dont le calibre permette l'introduction de la canule d'un manomètre ou d'un sphygmoscope ; S*" la méthode coloriscopique est la plus directe de toutes, en ce que l'on apprécie le phénomène lui-même de la dilatation vasculaire ou de la constriction, sans intermédiaire. Elle suppose une région accessible, une surface extérieurement visible, non pigmentée ou glabre. Si c'est un vaisseau d'un certain calibre (artère ou veine) qui doit fixer l'attention, on suivra, à la vue simple, les phases de son resserrement ou de son expansion. S'il s'agit d'un réseau vasculaire à mailles plus ou moins serrées, c'est la teinte plus ou moins pâle, rosée ou rouge vif qui nous renseignera sur la quantité de sang qui y circule. On apprécie alors la circulation capillaire, non pas précisément dans le sens anatomique et précis du mot, mais dans l'acception physiologique; et le renseignement fourni par ce procédé n'a pas moins de valeur.

Nous avons successivement employé ces trois méthodes pour observer l'état de la circulatian dans le membre inférieur après certaines provocations. Leur comparaison nous a fourni des résultats intéressants.

Dans notre premier travail, nous nous étions surtout préoccupés de choisir une bonne méthode pour l'observation de l'état vasculaire : la méthode manométrique. En second lieu, il s'agissait pour nous de limiter exactement les conditions anatomiques du problème. Nous avions opéré chez les solipèdes (âne, cheval), sur le tronc commun des nerfs plantaires, branche du sciatique qui innerve une région presque exclusivement vasculaire, celle du sabot. C'était là une simplification notable.

g 4. Plan des recherches. — Critique.

On peut croire que c'est un problème trop complexe, et par conséquent mal posé, que de rechercher les vaso-dilatateurs du membre inférieur tout entier, sans plus de distinctions. Un membre n'est pas un organe simple ; c'est un segment du corps où l'on retrouve les éléments anatomiques les plus divers : la peau avec ses glandes, les muscles, dont la masse est considérable, les os, etc. Sans compter que le sciatique peut exercer une action directe sur quelques-uns de ces facteurs,

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il faut concevoir que la vascularisation de chacun d'eux a un caractère particulier et, jusqu'à un point, indépendant. Lorsque l'on excite le nerf qui les régit tous, on ne peut obtenir qu'un résultat brut, total, et variable par conséquent avec la condition des facteurs.

A la vérité, l'on peut écarter quelques-unes de ces complications. On évitera de prendre un effet réflexe de l'excita tien pour un effet direct, en ayant la précaution de sectionner le nerf et d'agir sur le bout périphérique. On éliminera l'action directe des muscles, en choisissant une région non musculaire, comme celle du sabot des solipèdes, ou bien, en paralysant par le curare le système de ces muscles.

Malgré cela, le phénomène conservera une réelle complexité. Si l'excitation du sciatique détermine une modification de la circulation du membre, il faudra se demander si c'est un phénomène partiel, ou une résultante de plusieurs phénomènes opposés et concomitants ; il faudra savoir à quel groupe de vaisseaux revient plus particulièrement l'action observée. Beaucoup de physiologistes, parmi ceux qui nous ont précédés dans ces recherches, ont eu le tort de négliger cette analyse nécessaire.

Une dernière remarque. Les connexions du sciatique avec la moelle ne sont pas moins nombreuses ou compliquées qu'avec les organes périphériques. Suivons le tronc du sciatique jusqu'au plexus sacré ; négligeons les anastomoses qui se présentent, chemin faisant, avec les autres troncs nerveux du membre inférieur ; deux voies se présentent à nous pour arriver jusqu'à la moelle. La première voie, directe, est représentée par les origines mêmes du plexus sacré ; l'autre, indirecte, plus détournée, plus longue, consistera à passer du plexus sacré à la chaîne lombaire du sympathique, en suivant les anastomoses qui unissent ces deux organes, et à atteindre ^ la moelle par les rameaux communiquants de la chaîne ïondamentale.

Les nerfs vaso-moteurs peuvent être contenus dans ces deux systèmes et à priori tout aussi bien dans le second que dans | le premier. Cette supposition n'en est plus une, en ce qui concerne les vaso-constricteurs : c'est un fait démontré. On a t

prouvé que pour une région donnée du membre inférieur, les nerfs vaso-constricteurs ont une origine située plus haut que les nerfs médullaires correspondants.

De ces observations découle pour nous la nécessité de rechercher les filets vaso-dilatateurs dans les cordons nerveux anastomotiques, dans les segments de la chaîne sympathique thoracique, dans les rameaux communiquants, et enfin dans les racines par lesquelles ces rameaux abordent la moelle. C'est tout notre plan d'expériences qui se trouve ainsi déterminé.

Mais une partie de ce plan est dès à présent exécutée. Nous avons démontré, de la façon la plus nette, en étudiant les vaso-dilatateurs auriculaires et bucco-faciaux, que ces nerfs sortaient de la moelle par la voie des racines antérieures. Cette vérification répétée de la loi de Magendie, ne peut être en défaut ici. La constance, la régularité, la symétrie de la disposition des paires rachidiennes permet de prévoir que les données acquises pour un segment médullaire seront vraies pour tout autre. Nous n'aurons donc ici qu'à faire une expérience de contrôle, afin de nous assurer que les vaso-dilatateurs quittent bien la moelle par les racines antérieures des paires rachidiennes.

Le programme de cette étude se réduit donc, en définitive, çi rechercher l'existence et le trajet des vaso-dilatateurs dans les racines du plexus sacré, dans les rameaux anastomotiques de ce plexus avec la chaîne lombo-abdominale, dans les segments de cette chaîne et les rameaux communiquants correspondants.

Nous venons de tracer un plan d'expériences d'une grande simplicité. Il faut agir isolément sur les différents segments nerveux qui, par leurs connexions avec les nerfs du membre inférieur, sont susceptibles de leur fournir, soit des rameaux I anastomotiques, soit des rameaux d'origine. C'est, en effet, par ces deux espèces de rameaux que des éléments dilatateurs peuvent parvenir au membre inférieur.

Ces segments, désignés pour l'expérience, sont au nombre de trois :

l*' Le tronc du sciatique ;

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La chaîne lombaire du sympathique; 3° La chaîne thoracique du sympathique dans sa moitié inférieure.

En tout, trois systèmes d'expériences à exécuter. On opérera en général sur le chien : on le choisira jeune et de poil clair.

Les phénomènes vaso-moteurs qui seront la- conséquence des excitations seront appréciés simultanément par les deux méthodes directes : la méthode colorimétrique et la méthode manométrique ; les indications seront comparées entre elles.

§ 5. Expériences d'excitation du sciatique.

La première série d'expériences a été exécutée sur le sciatique que nous excitions au lieu d'élection, c'est-à-dire au niveau du trochanter.

a. Dispositif manométrique. — L'animal est immobilisé par une dose de curare exactement suffisante pour produire la paralysie des muscles volontaires. On entretient la respiration artificielle.

Le nerf sciatique est mis à nu en incisant le muscle fessier : on l'isole, on le lie fortement et on le sectionne. Ce temps douloureux de l'opération peut être réalisé après anesthésie. Il n'y a aucun inconvénient à engourdir la sensibilité pendant toute l'expérience à l'aide d'une dose de 2 à 3 centigrammes de morphine.

L'artère fémorale du même côté est découverte et liée immédiatement au-dessous de l'origine de la fémorale profonde. La canule d'un sphygmoscope ou manomètre élastique est engagée dans le bout périphérique du vaisseau et maintenue solidement. Les anastomoses entre les principales branches de la fémorale sont si considérables et forment un réseau si complet, que la circulation du membre est toujours assurée malgré l'oblitération du tronc principal. En particulier, — et c'est là le point qui nous importe, — toutes les modifications de la pression dans ce réseau ont leur contre-coup dans le segment qui porte le sphygmoscope.

Ce dernier est mis en relation avec un tambour à levier dont le style inscripteur traduit exac tement l'état de la près-

sion dans les vaisseaux du membre, et en laisse la trace écrite sur le cylindre enregistreur.

b. Dispositif coloriscopiqiie. — Sur un animal à poil clair, les pulpes digitales sont habituellement dépourvues de pigment. On a eu soin de les laver soigneusement à l'eau tiède du côté qui doit être opéré, afin d'enlever les souillures qui en masqueraient la teinte. Elles présentent alors un aspect légèrement rosé et gardent cette teinte jusqu'à ce que l'on agisse sur le nerf.

c. Opération. — Tout étant disposé pour l'expérience, on fait agir sur le bout périphérique du sciatique un courant tétanisant pendant quelques secondes. On observe alors des modifications dans l'état de la pression et dans la coloration des pulpes digitales. Le sens de ces modifications doit être bien précisé :

D'une façon constante, l'excitation du bout périphérique du nerf sciatique amène l'élévation de la pression artérielle dans le membre. Partout ailleurs cette pression ne s'est pas modifiée sensiblement. On peut s'en assurer en explorant simultanément la pression dans quelques départements artériels, et en [particulier dans le membre opposé. Cette élévation de la pression dans le membre opéré, coïncidant avec son invariabilité dans le reste de l'organisme, prouve que le réseau des artérioles s'est resserré.

L'excitation du sciatique a donc eu pour résultat la constriction des capillaires artériels du membre correspondant.

d. Conclusions. — Si nous comparons cette expérience sur le chien à l'épreuve très analogue que nous avons antérieurement réalisée chez les solipèdes, nous voyons que les résultats et les conclusions en sont identiques. Nous devons affirmer, une fois de\plus, que le nerf sciatique est essentiellement un nerf constricteur des vaisseaux. En d'autres termes, ce sont les éléments vaso-constricteurs qui se montrent d'abord à l'expérimentateur, — qui sont les plus faciles, les seuls faciles à manifester. Ces faits sont conformes à ceux que Vulpian, Putzeys et Tarchanoff ont également observés chez le chien.

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e. Interprétation. — Cette conclusion appelle une restriction immédiate. Si l'expérience précédente rend indubitable l'existence des constricteurs dans le tronc du sciatique, elle ne prouve nullement la non-existence de leurs antagonistes. Les mêmes effets seraient obtenus si les deux ordres de vasomoteurs existant dans le sciatique, l'action des constricteurs dominait et masquait complètement celle des vaso-dilatateurs.

Cette restriction peut s'exprimer sous deux formes différentes :

1** On peut supposer que les vaisseaux de chaque tissu, de chaque département du membre inférieur possèdent les deux ordres de nerfs vasculaires, et que leur répartition relative y est la même que dans le membre tout entier ;

2** Mais on peut faire également une autre supposition. On peut penser que la répartition des deux catégories d'éléments vaso-moteurs n'est pas la même dans les différents départements vasculaires. Les dilatateurs pourraient dominer dans une région, les constricteurs dans une autre. L'excitation du sciatique, tronc commun de ces filets nerveux, produirait donc ici une congestion, là un phénomène d'anémie. La résultante de ces actions antagonistes étant une constriction énergique, il faudrait alors conclure que les filets constricteurs sont plus nombreux, en fin de compte, que leurs antagonistes, ou distribués en forte majorité dans les régions les plus vasculaires.

Chez un animal de petite taille, la méthode manométrique ne saurait permettre la dissociation de tous les effets particuliers qui peuvent coexister et s'annuler partiellement. C'est pour cela que, dans nos premières expériences, nous avions choisi des animaux de grande taille dont les différents départements vasculaires sont plus faciles à explorer isolément : et, chez ces animaux, nous nous attachions à l'observation d'une région très limitée et de composition relativement simple, la région du pied.

Voici donc deux hypothèses qui se présentent au moment d'interpréter l'expérience précédente. D'après l'une il y aurait mélange des éléments nerveux antagonistes, dans les mêmes proportions pour tous les départements vasculaires du

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membre inférieur. D'après l'autre les proportions du mélange varieraient d'un département à l'autre. Mais dans l'un et l'autre cas, on suppose ce mélange, cette coexistence des éléments antagonistes. En thèse générale ce n'est plus là une supposition gratuite, une simple possibilité logique : nous avons démontré que c'était une réalité certaine. Dans les nerfs dont nous avons bien étudié le rôle vaso-moteur, tels que le cordon cervical sympathique nous avons démêlé ce mélange de fibres antagonistes.

e. Dissociation du phénomène. Analyse des effets. — La question est maintenant de décider expérimentalement s'il en est de même pour le sciatique et laquelle des deux interprétations est valable. L'analyse, la dissociation d'effets que la méthode manométrique ne permettait point, va devenir possible avec la méthode coloriscopique. Nous avons dit, en effet, que l'examen des pulpes digitales, chez le chien, permettait de constater de visa l'état de la circulation delà peau, par des changements de coloration. La seule précaution à prendre est de s'adresser à un animal jeune chez qui la couche de substance cornée ne soit pas trop épaisse, et dont la peau soit dépourvue de pigment. On a ainsi sous les yeux des phénomènes de coloration ou de décoloration comparables à ceux que nous avons étudiés sur la lèvre, la joue et la muqueuse palatine. De là, la possibilité d'apprécier la vascularisation des parties,

/. Comparaison des résultats des deux méthodes. — Nous sommes ainsi mis en possession d'un second moyen d'apprécier l'effet de l'excitation du sciatique, et de le comparer à l'effet manométrique. Que se passe-t-il du côté des pulpes digitales pendant que le style dusphygmoscope inscrit les variations de la pression artérielle totale du membre entier ? Nous savons que la pression artérielle s'élève pendant l'excitation du sciatique : c'est un fait constant. Quant à la coloration des régions glabres de la face palmaire du pied, elle ne présente pas un changement constant. Tantôt l'on voit survenir une \ pâleur très notable traduisant un état de constriction des petits | vaisseaux; tantôt, au contraire, c'est une rougeur très évi- ! dente qui se montre d'emblée et qui indique une dilatation i

vasculaire. Le fait de la vaso-dilatation des pulpes digitales succédant à l'excitation du sciatique, a été observé par quelques physiologistes, entre autres par M. Jolyet.

Ce qu'il y a de plus surprenant c'est de voir ces résultats divers se présenter dans le cours d'une même expérience. La première excitation aura pour résultat la pâleur des parties, tandis que dans une seconde épreuve, la rougeur apparaîtra d'emblée. Mais dans les deux cas la pression s'élève dans l'artère fémorale. D'où l'on doit conclure que parmi les effets de l'excitation du sciatique la constriction vasculaire est le fait prédominant ; la dilatation est un fait moins considérable ou moins général.

ff. Expériences sur d'autres animaux. Indépendance des phénomènes vaso-moteurs et sécrétoires, — On peut observer tout aussi facilement la vascularisation dans la patte du chat que dans celle du chien. Les pulpes des doigts sont glabres et recouvertes d'une peau peu épaisse. Nous n'avons point inscrit l'état manométrique ; nous nous sommes bornés à examiner les changements de coloration des régions plantaires pendant que Ton excitait le nerf tibial, c'est-à-dire l'une des principales branches du sciatique, qui se distribue aux orteils. Nous avons répété l'épreuve plusieurs fois et toujours nous avons constaté une pâleur bien nette, comme résultat constant.

Rappelons, en passant, que chez le chat la constriction vasculaire s'accompagne d'une sudation abondante. Ostroumoff, Kendall et Luchsinger ont signalé ce fait depuis plusieurs années. On voit perler sur la pulpe des orteils de grosses gouttes de sueur, en même temps que la pâleur en envahit les surfaces.

Nous avons observé les mêmes phénomènes de sudation chez les jeunes chiens. L'excitation du sciatique fait apparaître à la surface de la peau des orteils, préalablement nettoyée, quelques gouttes de sueur; et comme, d'autre part, la même excitation peut avoir pour effet l'anémie ou la congestion des régions qui suent, l'on a ici un nouvel exemple de l'indépendance qui existe entre les phénomènes vaso-moteur et sécréteur.

DASTRE ET MORAT.

h. Conclusion. Explication des contradictions. — Les expériences qui viennent d'être exposées complètent nos anciennes recherches et introduisent une donnée nouvelle. Le nerf sciatique, dans sa totalité, reste bien, comme nous l'avons dit avec Vulpian, Putzeys et Tarchanoff, un nerf essentiellement constricteur. Cette expression signifie que l'effet constricteur prédomine de beaucoup sur l'effet inverse : il est d'une intensité telle qu'il masque son antagoniste ; il est plus général, en ce qu'il est plus facile à mettre en évidence chez toutes les espèces animales que nous avons expérimentées.

Mais, et c'est maintenant la notion nouvelle, l'effet constricteur n'est pas le seul qui se produise. La dilatation que l'on observe chez le chien à l'extrémité du membre, toute inconstante qu'elle soit, nous paraît prouver l'existence d'un certain nombre d'éléments dilatateurs mélangés dans le sciatique aux éléments constricteurs.

De ces faits découle une explication des controverses et des contradictions entre les différents expérimentateurs qui ont étudié l'innervation vasculaire du membre inférieur. Lorsque l'on voit les vaisseaux se dilater dans un département de la peau, on est tenté d'annoncer que les vaisseaux du membre tout entier sont dilatés. Or, Texamen direct de la pression artérielle, au même moment, nous indique que le plus grand nombre de ces vaisseaux sont, au contraire, resserrés. On aurait donc tort de conclure, avec certains physiologistes, de l'état de la pulpe digitale à Tétat du membre entier et d'affirmer sans plus d'explications que l'excitation du sciatique provoque une dilatation des vaisseaux.

Inversement on n'aurait pas moins tort de s'en tenir aux indications manométriques totales pour juger de l'état des différentes régions du membre et de dire, comme l'ont fait quelques auteurs, que le sciatique fait resserrer les vaisseaux dans toute son étendue. La vérité est que les différents départements vasculaires peuvent se comporter d'une manière différente. Il n'est pas rigoureusement permis de dire que le tronc du sciatique est un nerf constricteur ou un nerf dilatateur : il contient réellement des fibres des deux catégories.

La comparaison de diverses espèces animales, entre elles, nous montre encore un fait intéressant. Le sens du phénomène vaso-moteur peut varier d'une espèce à l'autre dans une même région. L'excitation du sciatique provoque ici une contraction (pulpe digitale du chat) ; là une dilatation (pulpe digitale du chien). Loin de compliquer la question, un tel résultat l'éclaire d'une vive clarté. Les deux ordres de fibres antagonistes sont mélangés, fibre à fibre, dans les troncs nerveux : on conçoit que les proportions du mélange puissent varier dans certaines limites. L'effet expérimental, effet brutal, qui n'a pas d'analogue dans la réalité physiologique où jamais un tronc entier n'est excité en masse, cet effet peut donc varier aussi, suivant les conditions, très inégales, de ce mélange. En dehors de cette explication il ne reste que l'hypothèse, peu raisonnable, que dans une région donnée, certains animaux n'auraient que des nerfs constricteurs, d'autres uniquement des nerfs antagonistes. Le choix entre ces deux conceptions n'est pas douteux.

§ 6. Expériences d'excitation da sympathique abdominal.

Nous abordons maintenant la seconde série d'expériences. Nous voulons voir ce que le sympathique abdominal apporte d'éléments vaso-moteurs au sciatiqtle et aux vaisseaux du membre inférieur. Les méthodes d'observation restent les mêmes que précédemment. On enregistre les variations de la pression sanguine, et l'on examine la coloration des pulpes digitales, pendant que l'on excite le cordon nerveux abdominal, dans ses différents segments.

a. Préparation du cordon nerveux. — La mise à nu du sympathique abdominal constitue une opération un peu plus délicate que la préparation du sciatique. I II n'y a pas de contre-indication absolue à ouvrir l'abdo- ! men pour arriver par la voie la plus courte sur la chaîne du I sympathique. Toutefois, il est préférable d'aller chercher le I cordon nerveux sans mettre à nu les viscères et sans entamer le péritoine. L'opération consiste à pénétrer au devant de la colonne lombaire par le triangle de J.-L. Petit. On fait

une incision suivant une ligne qui correspond aux apophyses transverses des 3% 4® et 5® vertèbres lombaires. L'incision comprend la peau, le tissu cellulaire et les feuillets de l'aponévrose abdominale, que l'on détache de son insertion aux apophyses transverses. On pénètre alors dans l'interstice rempli de tissu cellulaire lâche, au fond duquel se trouvent l'aorte et la veine cave. On déchire avec un stylet mousse le tissu cellulaire qui comble cet espace et l'on arrive sur le sympathique situé immédiatement au devant de la colonne vertébrale. Le cordon nerveux est isolé sur une certaine longueur. On le sectionne à peu près au niveau du quatrième ganglion lombaire ; on étreint le bout inférieur dans un fil qui servira à l'amener hors de la plaie, au moment où il faudra pratiquer l'excitation.

. h. Expérience. — Les choses étant ainsi, préparées, on excite le bout périphérique avec un courant tétanisant d'intensité moyenne. Les résultats sont sensiblement les mêmes que dans la première série d'expériences. Seulement l'effet est plus évident, plus considérable, à intensité égale de l'excitant. Le sphygmoscope montre que la pression artérielle s'est élevée dans le membre : c'est le même effet manométrique que produit l'excitation du sciatique. L'examen coloriscopique est également concordant avec celui de tout à l'heure. Les pulpes digitales pâlissent dans un certain nombre de cas ; mais dans d'autres cas, elles manifestent une coloration plus foncée, plus intense, qui traduit une dilatation du réseau sanguin.

Nous avons dit que ces effets étaient ceux mêmes que produisait l'excitation du sciatique; mais qu'à égalité d'excitation ils étaient plus marqués. L'explication de ce fait est simple. La densité du courant est plus grande lorsqu'il traverse un conducteur de très petit diamètre, comme la chaîne sympathique, que lorsqu'il parcourt un tronc volumineux comme le sciatique. Dans ce dernier cordon les éléments vaso-moteurs sont mélangés et comme noyés dans une masse de filets d'autre nature qui partagent avec eux le flux électrique excitateur.

Le tracé de la pression présente une particularité qui mé-

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rite d'être signalée. C'est un phénomène très analogue au phénomène de réaction que nous avons observé chez les solipèdes à la suite des excitations du sympathique cervical et du sciatique (tibial postérieur). La pression artérielle plus élevée au moment de l'excitation retombait ensuite au dessous de sa valeur moyenne pour n'y revenir que peu à peu. Ici le phénomène est du même ordre mais un peu plus complexe. La pression plus élevée pendant tout le cours de l'excitation retombe à son niveau primitif ou même au-dessous, mais pour se relever de nouveau et retomber encore. On dirait d'un rhythme particulier provoqué dans les vaisseaux par l'excitation du nerf.

g 7. Expériences d'excitation du sympathique thoracique.

a. Procédé opératoire, — Le procédé opératoire au moyen duquel on découvre la chaîne thoracique du sympathique, sans ouvrir la plèvre, a été décrit dans nos précédents mémoires sur les vaso-dilatateurs auriculaires et bucco-faciaux. On excite le sympathique immédiatement au-dessus du diaphragme, dans le point où le nerf grand splanchnique se détache de lui pour gagner les ganglions semi-lunaires et le plexus solaire. On a soin de couper ce cordon nerveux et de le détacher de la chaîne sympathique, dans la crainte que les effets vaso-moteurs qu'il tient sous sa dépendance n'aient leur contre-coup sur ceux qu'on se propose d'observer.

Cette précaution n'est pas superflue. On peut s'en assurer en agissant entre temps sur le splanchnique lui-même et en l'excitant d'une façon indépendante. On voit alors la pression monter dans l'artère fémorale autant que si l'on avait agi sur les vaso-moteurs du membre inférieur lui-même. La cause de cette élévation est, dans ce cas, bien différente et le mécanisme en est tout autre. Le champ d'innervation du grand splanchnique est très vaste ; il contient les vaso-moteurs de la plus grande partie de l'intestin. La quantité de sang que son excitation chasse du réseau viscéral est si considérable que ce sang, en se réfugiant dans les autres parties du système artériel, augmente la tension générale dans toutes les artères.

2j2 dasthe et mohat.

I^a pression sY»lô\ e donc dans la fémorale comme elle s'élève partout ailleurs. La représentation graphique de ce phénomène nous le montre sous un aspect tout autre que l'élévation manométrique due à l'excitation sciatique. A première vue, les deux tracés se distinguent par des particularités très significatives. Nous analyserons ces caractères dans un moment.

h. Résultat de T excitation du sympathique thorncique. — C'est immédiatement au-dessus du diaphragme, è la partie tout à fait inférieure de la région thoracique que nous agissons sur le grand sympathique. Les résultats de cette excitation sont consolants. C'est, d'une part, une élévation très marquée de la pression artérielle indiquant que la proportion des éléments vaso-constricteurs est considérable, même dans cette partie de la chaîne ganglionnaire éloignée du plexus sacré. C'est, d'autre part,, une rougeur nette, le plus souvent même très accusée des pulpes digitales, rougeur qui s'étend dans les espaces interdigitaux et envahit en s'atténuant insensiblement une marge plus ou moins considérable de la peau des régions avoisinantes. Cette rougeur est l'indice évident de la dilalation des petits vaisseaux de ces régions.

Ces deux phénomènes sont précisément le résultat direct de l'excitation du sympathique. Il n'y a point à supposer qu'ils soient l'un et l'autre le résultat d^'un déplacement de la masse du sang qui évacuerait les vaisseaux de Tintestin pour refluer vers d'autres régions où la pression est moindre. Les nerfs de cette région de la chaîne ganglionnaire qui se rendent aux i viscères abdominaux ont été coupés et isolés de manière à être soustraits aux effets de l'excitation. Nous pouvons, du reste, en excitant le grand splanchnique, nous rendre un compte exact de ce qui arriverait dans le cas où nous n'aurions pas réussi à écarter cette cause d'erreur. Cette excitation d'abord ne produit point la rougeur des pulpes. D'mlleurs, on ne pouvait guère à priori admettre qu'une semblable congés- | tion pût être produite par la distension mécanique des vais- ' geaux sans intervention des nerfs vaso-dilatateurs.

c. Résultats de T*excitation du grand splanchmque . — L'ex- j citation du splanchnique est suivie, il est vrai, de l'élévation ■ de la pression artérielle dans le membre. Mais il y a une dif- i

DASTRE ET MOKAT.

lerence considérable dans la forme des deux graphiques. Au Heu d'un début net, au lieu d'une élévation brusque, soudaine, de la pression survenant une seconde au plus après le début de l'excitation, nous avons dans le cas du splanchnique un retard considérable (8 à 10 secondes), et une élévation d'abord lente, puis graduellement croissante, qui atteint progressivement son maximum. Enfin, après que Texcitation a cessé, la pression retombe d'abord un peu ; mais elle garde pendant un temps assez long un régime nouveau et une valeur plus élevée qu'avant le début de l'expérience. Nous n'insisterons pas pour montrer que ce sont là tous les caractères d'une action à distance ; il doit nous suffire d'avoir établi que la physionomie de ce phénomène est tout autre que dans le cas où l'on excite la chaîne sympathique. La cause d'erreur signalée plus haut n'est donc pas à redouter.

d. Interpi^étation. — Revenons maintenant aux résultatâ.de cette expérience, et examinons-les de nouveau avant de les comparer à ceux des deux expériences précédentes. Ces résultats dégagés de toute cause d'erreur et interprétés comme il convient, nous amènent à la conclusion suivante :

Uexcitation de la portion inférieure de la chaîne thoracique du sympathique détermine simultanément la constriction des vaisseaux de la plus grande partie du membre inférieur, et la dilatation des vaisseaux des pulpes digitales. La peau dans les autres départements participe peut-être plus ou moins à ce phénomène de dilatation vasculaire. Il est impossible d'en juger d'une façon sûre, hors le point où cette peau est à la fois glabre et dépourvue de pigment.

Cette expérience n'est-elle pas la reproduction, trait pour trait, sur un territoire nouveau, de celle que nous avons réalisée antérieurement sur le sympathique cervical? L'excitation de la chaîne thoracique produit simultanément : 1° la constriction des vaisseaux de la langue, du voile du palais, de l'épigiotte,de l'amygdale, et: ^''la dilatationdes vaisseaux des deux lèvres, de la joue, des muqueuses nasale, gingivale et pa- ■ latine. — D'une manière analogue, l'excitation du sympathique dorso-lombaire, mais surtout dorsal, produit, elle aussi, simul-

VA?C-r:LATATEVR5 IV MEMBRE INFERIEUR. f55

tanément, la vaso-constriction d'une région étendue du membre et la vaso-dilatation d'une région plus limitée.

Si nous voulons donner à la première de ces deux expériences la forme même qu'affecte la seconde, rien de plus facile. Le bout central de la carotide sera mis en relation avec un sphygmoscope, comme tout à l'heure, la crurale : on excitera le cordon sympathique (^bien isolé du vague^ et on verra la pression augmenter dans l'artère ; ce résultat indique que, comme nombre et comme influence totale, les vaso-constricteurs, dans la tête comme dans le membre inférieur, l'emportent sur leurs antagonistes. Les dilatateurs sont pourtant en jeu au même moment, et ils se manifestent par la rougeur écarlate des régions péribuccales, signe d'un afflux énorme de sang dans les vaisseaux dilatés.

Cet exemple tiré de l'étude du membre inférieur, justifie de nouveau la conception que nous avons proposée du grand sympathique comme nerf vaso-moteur, ainsi que la formule que nous en avons donnée. Le sympathique, avons-nous dit, forme t un svstème mixte gouvernant tous les mouvements des vaisseaux, capable de les dilater aussi bien que de les rétrécir. »

Nous avons réalisé le plan que nous nous étions tracés au début de ce travail. Nous avons examiné successivement les trois segments nerveux qui peuvent fournir des filets vasculaires au membre inférieur : partant du sciatique, nous avons exploré successivement la chaîne lombaire du sympathique et la chaîne thoracique. Si, maintenant, nous essayons de synthétiser les résultats de cette analyse expérimentale, en comparant entre elles les actions de ces trois segments, nous serons conduits à des conclusions qui offrent une réelle importance.

l 8. Distribution des vaso-dilatateurs à partir de leur origine. Leur rapport avec les constricteurs.

Qae l'on excite le sciatique ou le sympathique dorso-lomhaire, il y a un résultat qui se retrouve constant. C'est l'élévation de la pression artérielle dans le membre expérimenté, indiquant une constriction plus ou moins étendue, plus ou

256 DASTRE ET MORAT,

moins énergique des vaisseaux de ce membre. A côté de ce résultat, nous en avons enregistré un autre non moins intéressant, mais qui, lui, est variable. Nous voulons parler de la dilatation des vaisseaux cutanés ou tout au moins de ceux des pulpes digitales. Mais, si la vaso-dilatation est encore inconstante lorsque Ton excite ce segment, elle devient, au contraire, fixe et assurée lorsque l'on excite le segment précédent, le sympathique thoracique.

L'excitation de la partie inférieure du sympathique thoracique, ou pour mieux préciser, de la portion qui traverse le diaphragme et se trouve comme à cheval sur les deux régions dorsale et lombaire, l'excitation pratiquée là, sur le bout inférieur du nerf bien isolé nous a donné un résultat, toujours le môme, la vaso-dilatation des pulpes. Nous ne parlons pas de l'excitation isolée des rameaux communicants qui abordent la chaîne ganglionnaire à ce niveau, cette opération ayant été faite dans des conditions non suffisantes et qui .pourraient laisser place à la critique. Le i*aisonnement s'applique, du reste, également bien aux deux manières de faire l'expérience.

Ainsi, tandis que le segment supérieur commandait une vaso-dilatation certaine, le segment moyen, c'est-à-dire la portion moyenne ou inférieure du segment lombaire du même nerf nous donnait des résultats déjà moins constants. Le sens du phénomène est plus indécis, et si la dilatation s'est montrée à nous dans quelques expériences, il en est d'autres où nous avons observé de la constriction. Enfm l'excitation du troisième segment c'est-à-dire du sciatique est la plus infidèle de toutes; son influence sur la vascularisation digitale a varié d'une expérience à l'autre. Elle a varié dans le cours d'une même expérience, sans que nous puissions rattacher ces variations d'effets aune condition déterminée, ce qui nousparait la lacune la plus regrettable. Nous observions quelquefois la vaso-dilatation, nous avons vu aussi la vaso-constriction. Nous n'avons encore pu, à coup sûr et à volonté, déterminer l'une ou l'autre.

Mais nous devons remarquer pourtant que ces résultats, envisagés précisément dans leurs variations, ont une signi-

NEUFS TASO-blLAÏATEtUS DU MHMDUlî INFliHlRUR. S")?

fication profonde : plus, en effet, en interrogeant ces différents sej^mcnls, nous nous rapprochons de Iji moelle, i)lusles vaso-dilatateurs deviennent évidents, plus ils remportent sur leurs antagonistes. Leur action se perd ou s'amoindrit à mesure qu'on descend du côté des vaiss(;aux. îl send^le que ces nerfs se terminent en partie dans les segments nerveux supérieurs et qu'ils gouvernent les vaisseaux, sans les atteindre, par l'intermédiaire d'un élément qui n'a plus leur propriété. Leur action s'exerce à distance; elle n'est pas directe comme colle des constricteurs dont l'inlluence se manifeste d'une façon toujours sûre et évidente, môme dans le voisinage immédiat des vaisseaux.

L'exemple que nous venons de citer n'est pas isolé. Il forme série avec (quelques autres que nous avons signalés antérieurement et qui nous ont paru démontrer le rôle tonique et inhibitoire des ganglions sympathiques. Si, en effet, les nerfs vaso-dilatateurs s'épuisent en partie avant d'arriver à la périphérie, si un grand nombre d'entre eux se terminent avant d'atteindre les vaisseaux, il est cLiir que leur terminaison ne peut se faire que dans les cellules placées sur leur trajet, c'est-à-dire dans les ganglions.

On est amené, dans le cas qui nous occupe, à supposer que les filets dilatateurs dont nous perdons la trace dans lachanie lombaire ont pris fin dans les premiers ganglions de cette chaine. C'est dans ces amas nerveux que s'établirait leur rapport avec les constricteurs. Une expérience que nous avons essayée plusieurs fois vient corroborer cette manière de voir. Elle consiste à exciter les deux premiers segments de la chaine lombaire comparativement avec le troisième, après avoir détruit les connexions du second ganglion lombaire. D'un côté l'excitation a pour conséquence une dilatation assez évidente des pulpes digitales ; de l'autre, très fréquemment une constriction.

Cette épreuve, jointe aux précédentes, montrerait dans le segment lombaire supérieur une propriété analogue à celle que nous avons trouvée dans le segment qui forme l'anneau de Vieussens. C'est un fait du même genre dans les deux cas. L'excitation du même cordon provoque en amont une dilata-

DASTUE ET MORAT.

tion, en aval une conslriction. Seulement, la conclusion est plus saisissante dans le cas de l'anneau de Vieussens et des ganglions stellaire et cervical inférieur, parce que l'on y est mieux à l'abri des causes d'erreur introduites par les anastomoses.

Nous avons insisté sur ces considérations, parce qu'elles peuvent fournir une explication du mécanisme vaso-dilatateur, type lui-même des actions inhibitoires ou actions d'arrêt. — On sait que toutes les théories d'après lesquelles l'action primitive des nerfs dilatateurs porterait directement sur la tunique vasculaire ou sur les éléments anatomiques circonvoisins, ont été écartées par l'expérience. Le nerf d'arrêt vasculaire ne s'adresse directement ni aux muscles du vaisseau ni aux tissus ambiants. Par voie d'exclusion, on est contraint de supposer qu'il agit sur l'appareil nerveux actif des vaisseaux, c'est-à-dire sur les nerfs constricteurs. D'autre part, la physiologie générale ne permet de concevoir l'action d'un filet nerveux sur un autre que grâce à l'entremise de la cellule nerveuse. Les amas cellulaires, ganglions périphériques des trois plexus de la tunique artérielle, ont donc, entre autres fonctions, celle de mettre en rapport les nerfs dilatateurs avec les constricteurs, de manière à en permettre le conflit. C'est dans ces ganglions périphériques que naît et se développe l'action inhibitoire, que Cl. Bernard appelait interférence nerveuse.

L'état actuel de la physiologie rend ces conclusions presque obligatoires : néanmoins, l'expérimentation n'avait pas vraiment saisi et démêlé dans une masse ganglionnaire isolée le rapport des deux éléments vaso-moteurs antagonistes. Nos recherches sur le ganglion cervical inférieur et le ganglion premier thoracique ont comblé cette lacune. Nous avons réellement retrouvé dans ces ganglions volumineux les propriétés que l'on supposait exister dans les amas ganglionnaires de la périphérie. En éclairant la physiologie de ces masses nerveuses, l'expérience les rapproche les unes des autres et fait comprendre l'unité de ce système à travers les différences de volume et de situation de ses ganglions. (Comptes rendus de FAcad. des sciences, 12 février 1883.)

NERFS VASO-niLATATEUliS DU MEMUHK INFEIUKUR.

Nous retrouvons maintenant, pour ce qui concerne les vaso-dilatateurs du membre inférieur et les premiers ganiilions lombaires, des faits qui sont en accord avec les précédents,

g 9. Réflexes vaso-dilatateurs.

Lorsque nous excitions en masse le sciatique ou le crural dans les régions supérieures, à la racine du membre, mais surtout dans la cavité abdominale, il nous était arrivé fréquemment d'observer une dilatation évidente des vaisseaux des orteils.

L'excitation des bouts périphériques nous ayant toujours donné — dans les conditions où nous étions placés — une constriction initiale, l'effet dilatateur que nous observions ne pouvait être attribué qu'au bout central. C'était une dilatation réllexe,.

L'épreuve directe prouve qu'il en est réellement ainsi : On prépare, chez un chien curarisé, le sciatique et le crural. L'excitation en masse de l'un et l'autre nerf, intacts, provoque une dilatation vasculaire dans la pulpe des orteils, moins marqué dans le cas du crural.

1° On coupe alors le crural, dans la cavité du bassin. On excite le bout périphérique. Au lieu de la dilatation signalée tout à l'heure, l'on n'observe plus qu'une constriction intense. L'excitation portée sur le bout central détermine une dilatation légère, infiniment moins marquée que lorsque le nerf était intact.

2° On procède de la même manière avec le sciatique du même côté.

On l'excite en masse, la dilatation est faible. Ce résultat sé conçoit, car les dilatateurs sympathiques que nous avons signalés se jettent en partie dans l'obturateur et dans le crural. L'excitation du bout central ne donne qu'un résultat douteux. L'excitation du bout périphérique provoque une constriction évidente.

3*" On répète l'excitation sur le sciatique de l'autre côté, où les nerfs sont intacts. Le résultat est une dilatation manifeste. Ces expériences s'exphquent facilement. On doit supposer

200 D.VSTnE ET MOtVAT.

que rexcilatioii, coiiduiie à la moelle par îes nerfs seiisilifs du sciati(|ue, revient par les rameaux communiiiuanls des premiers^ ganglions lombaires- à la chaîne fondamentale. Une parlie de ces lilets passe directement dans le crural, une autre partie y arrive vraisemblablement par Tobturateur : de leur excitation résulte la dilatation observée.

La diminution d'etïet que l'on constate lorsque le crural est coupé un peu btis s'expliquerait par la detitruelion de ces lilets périphériques.

g 10. Expériences de débuts

Nous croyons utile de reproduire maintenant les anciennes expériences qui nous avaient mis sur Ja voie des recherches que nous publions aujourd'hui. Le premier essai qui nous montra avec une grande évidence la propriété vaso-dilatatrice du nerf grand sympathique, date du G juin 1878. Voici l'expérience :

Le cordon sympathique ayant été découvert (chez un cl.ien curarisé) dans Ja région lombaire, on l'isole et on le dégage sur une étendue de 10 centimètres, depuis la seconde verlébre jusqu'au point où il se perd dans le bassin.

D'autre part, on pratique des excisions en copoim à la face plantaire des deux orteils, de manière à observer Fécoulemcut du sang.

a. — On soulève la chaîne sympathique sur un iil, de manière à pouvoir l'exciter sans dérivation. On porte h\ j)i'emiére excitation avec un courant moyen-fort sur la parlie inférieure de la chaîne, au voisinage de la deniière verlébre lombaire. On observe un arrêt complet de l'écoulement sanguin ; la surface de la place devient paie et exsangue.

b. — On attend quelques instants, que l'hémorrhagie reparaisse et se régularise, et l'on porte alors l'excitation sur la parlie supérieure du cordon sympathique abdominal, entre la seconde et la troisième vertèbre lombaire. On emploie, bien entendu, la môme excitation que précédemment. Aussitôt, l'écoulement hémorrhagique s'exagère, lesangs'écouleabondamment. Dmis un point où la plaie est plus profonde, on voit desbaUcmcuis de véritables pulsations de la veine sanguine.

NKRFS VASO-niI.ATATFUHS t)U MEMORE INFF.nirun. â<ît

On répèle Texpéinence à diverses reprises, ap^^ès des intervalles de repos suffisants. Le phénomène se reproduit avec une égale netteté.

c. — Pour compléter l'épreuve, on découvre rapidement le sciatique au niveau du ti'ochanter. — On le sectionne et l'on excite le bout périphérique ^avec le môme courant moyen-fort qui a servi pendant le reste de l'expérience. Le résultat est un arrêt complet de l'écoulement sanguin avec tous les caractères d'une constriction énergique.

Telle est la première expérience qui attira notre attention sur le double rôle du grand sympathique dans le gouvernement de la circulation. Le segment du cordon fondamental correspondant aux premières vertèbres lombaires exerçait une action dilatatrice évidente, tandis que le segment sous-jacent avait une influence constrictive tout aussi nette. Nous avions pris toutes les précautions d'usage pour éviter les dérivations et nous n'avions pas de raison de douter que les effets opposés, observés dans les deux cas, ne fussent réellement des phénomènes d'excitation.

Ce résultat nous surprit beaucoup et nous en saisîmes toute l'importance. Cependant son interprétation offrait de grandes difficultés. Nous étionsimbus, peut-être plus que beaucoup d'autres physiologistes, de l'opinion régnante qui faisait du sympathique un nerf essentiellement constricteur : d'autre part, nous savions que l'existence universelle des dilalaleursétait fortement contestée, et qu'en tous cas, on les considérait comme des éléments du système cérébro-spinal et non du sympathique. Il semblait que toutes ces idées fussent contredites par l'épreuve que nous venions de faire.

Ces particularités, les conséquences qu'elles pouvaient avoir et qu'il s'agissait de démêler, nous interdisaient de publier un résultat encore brut et nous obligeaient à de nouvelles recherches soit sur le même objet, soit sur des objets semblables. Ces recherches nous les avons poursuivies sans relâche, depuis cette époque, en ne perdant jamais de vue, soit le point de départ, soit le but que nous nous étions proposé.

Objection. — Toutefois, ces conclusions étaient subordonnées à l'examen d'une objection essentielle.

20â DASTRE ET MORAT.

Si Ton examine l'anatomie de la région on remarquera que les deux parties de la chaîne lombaire dont nous venons de' constater la différence d'action, correspondent aux deux nerfs différents du membre inférieur^ le sciatique et le crural.'

La partie inférieure de la chaîne lombaire, dont Faction estoonstrictive pour les vaisseaux des doigts correspond précisément aux racines du sciatique, tandis que la partie supérieure correspond aux racines du crural.

Cette disposition étant connue, on pourrait expliquer les' phénomènes de dilatation sans recourir à des nerfs dilatateurs, par le simple jeu des nerfs constricteurs connus. En excitant les rameaux supérieurs du sympathique et le segment correspondant de là chaîne fondamentale, on exciterait simplement les constricteurs sympathiques du crural. Et comme le domaine du crural est formé par les parties supérieures du membre, la diminution brusque de ce département vasculaire pourrait avoir comme conséquence la réplétion exagérée du département du sciatique, et par conséquent la dilatation vasculaire dans la partie inférieure du membre. Les anastomoses nombreuses dans le champ circulatoire du membre inférieur permettent, en effet de supposer à priori que si ce champ vient à être réduit dans sa partie crurale, par compensation, la partie correspondant au sciatique peut éprouver une surcharge capable de triompher de la tonicité des parois vasculaires.

Cette objection était sérieuse et nous pensâmes que Ton ne pourrait la négliger sans compromettre l'interprétation des résultats ultérieurs.

L'épreuve expérimentale directe nous a permis d'écarter absolument l'objection :

Expérience. ^ Sur un chien, nous préparons le sympathique de la façon habituelle. Puis nous découvrons le tronc du crural aussi haut que possible, à son passage entre le ' sacrum et l'os coxal. ^ . ..

Nous sectionnons le nerf et nous excitons son bout périphé- , rique, afm de juger si l'entrée en activité des rameaux vasomoteurs de ce nerf amène une dilatation des vaisseaux des^ 1 doigts. I

NERFS VASO-DILATATEURS DU MEMURK INFl':RIEUR. 2(j^î

Le résultat est tout contraire. L'excitation du crural au lieu d'élection a produit une constriction très énerg;igue des vaisseaux des orteils.

A cet égard, l'excitation du nerf crural a un effet identique à l'excitation du sciatique : l'un et l'autre nerf produisent une constriction vasculaire dans la région des doigts.

Ce résultat n'a rien de surprenant, si l'on a présent à l'esprit ce que l'anatomie nous apprend des plexus sympathiques et des anastomoses innombrables de ces nerfs, même dans l'intérieur d'un faisceau nerveux.

Il résulte de là que la dilatation observée dans les expériences précédentes n'était pas indirecte : elle ne devait pas être attribuée au retentissement, de cause purement mécanique ou hydraulique, que des variations dans la circulation crurale pourraient exercer dansle domaine du sciatique. C'est une dilatation directe.

Accord de ce résultat avec les principes, — Ce résultat expérimental est, du reste, en accord avec les rotions générales que l'on possède sur* la mécanique de la circulation. Devant une intervention du système nerveux, il ne peut plus être question d'appliquer uniquement les règles de l'hydrodynamique qui ne valent que pour des tubes inertes. La contractilité des vaisseaux, dès qu'elle intervient, prime toutes les conditions physiques. La découverte des nerfs vaso-moteurs a rendu vaines toutes les recherches des physiologistes hydrauliciens; les travaux de Poiseuille, d'ailleurs si ingénieux au point de vue physique, et qui, en leur temps, produisirent tant d'impression sur les physiologistes, ont été relégués au second plan par la découverte de Cl. Bernard et de Brown-Sequard.

Ces considérations trouvent ici leur application. Nous les avons vérifiées d'ailleurs dans un cas très analogue^ c'est-àdire dans le cas des dilatations bucco-labiales. Nous avons constaté que la ligature d'une des carotides n'empêchait nullement l'effet vaso-dilatateur de ce côté ni de l'autre. On pouvait donc admettre par analogie que les variations circulatoires dans le champ du crural n'exerceraient qu'une influence insignifiante sur le département voisin du sciatique, lors de l'entrée en jeu du système nerveux vaso-moteur.

204 DASTRE ET MORAT.

Accord avec d'autres recherches directes. — Les études faites récemment par divers physiologistes plaident d'ailleurs dans le môme sens. S. Lewaschew a étudié l'inlluence des différents nerfs du membre inférieur sur la circulation. Il a remarqué que les phénomènes produits par le sciatique étaient indépendants de l'état des autres nerfs du membre. Les effets étaient les mômes, que ceux-ci fussent intacts ou sectionnés. La môme chose est vraie pour le crural : les résultats de sa section et de son excitation ne sont pas influencés par les autres nerfs du membre : ils restent les mêmes que ceux-ci soient ou non conservés intacts. {Arch. de Pflûger, t. 28, p. 430 et 456.)

Conclusions. — Les conclusions qui en découlaient pour la question pendante, c'est que le membre inférieur est pourvu de nerfs capables d'agir sur les vaisseaux en les dilatant; que ces nerfs lui sont fournis par la chaîne du sympathique au niveau du segment dorso-lombaire, particulièrement dans la région qui aroisine le diaphragme; que ces dilatateurs se trouvent, par conséquent, mélangés aux éléments vaso-constricteurs ; qu'ils suivent la même voie pour rejoindre les vaisseaux, en s*unissant aux gros troncs nerveux destinés au membre inférieur (le sciatique en particulier) ; qu'enfin ces nerfs sont plus faciles à manifester dans les régions supérieures des segments nerveux sus-indiqués que dans leurs régions inférieures, et qu'il est logique de rapporter aux ganglions qu'ils traversent les modifications de propriété de ces neiTs, puisque ces ganglions sont les seules particularités, les seuls points remarquables que nous trouvions sur leur trajet et auxquels nous puissions attribuer une action modificatrice.

Ce sont ces expériences préliminaires que nous avions en vue, toutes les fois que dans le cours de nos travaux nous avons parlé des nerfs dilatateurs du membre inférieur. On vient de voir queles conclusions en ont été vérifiées, et qu'elles sont mises en pleine évidence par les recherches complémentaires qui ont fait l'objet du mémoire que Ton vient de lire.

Paris. — Société d'imprimerie Padl Dchont, 41, rue J.-J.-Kousseau, 176.6.83

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