‹ Recherches expérimentales sur le système nerveux vaso-moteurChapitre 8 sur 27 · PREMIER MÉMOIRE · texte numérisé non relu

PREMIER MÉMOIRE

DE

Nous exposons dans ce mémoire les recherches que nous avons entreprises sur l'innervation des vaisseaux. Inspirées par le sentiment des lacunes que présentait l'étude des nerfs vaso-moteurs considérés en eux-mêmes, et parle désir de soumettre à l'épreuve expérimentale les propriétés que l'on conférait hypothétiquement à ces nerfs, elles nous ont conduit à un résultat d'un intérêt physiologique plus élevé, relativement à la distribution des nerfs vaso-dilatateurs.

Peu de questions ont été aussi controversées que celle de savoir si la circulation dans les organes est commandée par deux espèces de nerfs antagonistes, vaso-dilatateurs et vasoconstricteurs, ou, si au contraire ces derniers suffisent seuls à régler l'état des vaisseaux et par suite l'activité nutritive et fonctionnelle des parties. On a choisi comme champ d'expérience le membre inférieur, et l'on a poursuivi la recherche des nerfs dilatateurs dans le sciatique. Le tronc nerveux sciatique peut-il agir comme un nerf dilatateur? Les physiologistes les plus éminents sont partagés sur ce point de fait. Nous avons voulu le fixer. Nous nous sommes I convaincus que le désaccord avait sa cause dans l'imper-

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DASTRE ET MORAT.

fection des moyens d'investigation et il nous a été possible de remonter aux sources de l'erreur commise par le plus grand nombre des auteurs, en montrant que la méthode thermométrique qu'ils ont habituellement mise en usage est insuffisante, inexacte, partiale. Par un choix convenable de l'animal, de la région explorée, du nerf soumis à l'épreuve, de la méthode employée et de l'outillage expérimental, nous avons pu nous assurer que la dilatation vasculaire n'était jamais un effet primitif. Rien en conséquence ne démontre péremptoirement l'existence de nerfs vaso-dilatateurs dans le tronc du sciatique ; et si l'on reste libre de la supposer, ce ne sera plus que sous une condition qui équivaut presque à la nier, à savoir que, dans toutes les circonstances que l'on peut reproduire, expérimentalement, l'activité de ces dilatateurs supposés est primée par celle des constricteurs.

Nous nous sommes proposés, en second lieu, de connaître avec plus de détails et de précision le mécanisme vaso-constricteur. L'influence qu'exerce sur la circulation le constricteur vasculaire type, le cordon cervical du grand sympathique, a été déterminée par nous^ en mesurant les modifications de la vitesse du sang et de la pression artérielle et veineuse. Entre autres résultats, l'expérience nous a montré l'existence et les conditions du phénomène de sur-dilatation qui succède à l'état d'activité du nerf. Par là se trouve encore resserrée l'étroite analogie que nous avons établie entre le constricteur sympathique et les nerfs mixtes, tels que le sciatique.

Enfin, nous nous sommes attachés à l'étude particulière des nerfs vaso-moteurs, envisagés en eux-mêmes, dans leur manière d'être et leurs propriétés en cherchant à préciser les circonstances de leur activité, en fixant quelques-unes des conditions qui font varier leur excitabilité, en déterminant le temps perdu de leur excitation et en signalant le remarquable effet de sommation auquel ils donnent lieu à l'exclusion des nerfs moteurs musculaires.

Nous avons adopté une méthode d'exposition un peu différente de celle qui est habituellement en usage. Nous avons cru convenable de ne point séparer l'étude expérimentale de l'étude critique qui l'a inspirée, et nous avons mis nos résultats à leur place naturelle dans le tableau général de nos con-

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naissances sur l'innervation des vaisseaux. En rattachant ainsi ces études particulières à l'ensemble du problème, on en verra peut-être plus facilement l'opportunité et la signification

De l'innervation des vaisseaux.

Les premières notions positives sur l'innervation des vaisseaux datent de Tannée 1851. C'est à cette époque que la recherche des nerfs vasculaires, préparée par les investigations anatomiques fut abordée avec un succès décisif par l'expérimentation physiologique. Depuis lors, et surtout dans les dernières années, le nombre des travaux sur ce sujet d'un si haut intérêt n'a pas cessé de s'accroître. Nous voudrions donner ici un résumé critique de ces travaux. Pour en faire comprendre le sens et la portée, il est nécessaire de les rattacher aux travaux antérieurs et de déterminer leur rapport avec l'ensemble et le plan général du sujet.

Nous rappellerons donc, aussi brièvement que la question le comporte, ses grands traits et ses divisions principales.

Les nerfs vasculaires sont de deux ordres : on connaît des nerfs constricteurs et des nerfs dilatateurs. Leur histoire respective, bien qu'elle se ressemble sur beaucoup de points et se confonde intimement, peut cependant être étudiée séparément. De là une première division du sujet.

L L'histoire des nerfs constricteurs était tracée dans ses lignes principales, bien avant qu'on ne connût l'existence des nerfs dilatateurs. Les faits essentiels qui la constituent ont été mis en lumière et irrévocablement acquis à la science, entre les années 1851 et 1872. Il n'y a pas à y revenir. Tous ces faits se rapportent à quatre questions qui forment les divisions naturelles du sujet, à savoir :

l'' Découverte et démonstration de l'existence des nerfs vaso-constricteurs ;

2^ Généralité de leur existence ;

3° Origine de ces nerfs dans le système cérébro-spinal, centres vaso-moteurs ;

4« Fonctionnement des vaso-constricteurs. Etat tonique, état actif, paralysie.

Toutes ces parties ne sont pas arrivées à une égale perfec-

DASTRE ET MORAT.

tion. Si l'existence générale des nerfs vaso-constricteurs ne souffre plus de contestation^ les deux derniers chapitres, relatifs à leur origine et à leur fonctionnement présentent encore quelques obscurités et donnent lieu à des recherches nouvelles.

IL Vhistoire des nerfs dilatateurs est plus récente : elle est la seconde en date. Elle s'ouvre en 1858 par les recherches de Cl. Bernard sur la corde du tympan. C'est sur ce sujet que se concentrent aujourd'hui les efforts des physiologistes et que subsistent encore des ombres épaisses : assertions contradictoires, expériences sans méthode, hypothèses sans expériences, tout contribue à faire de ce coin delà physiologie le véritable jardin de la controverse. Des différents chapitres que l'on peut établir dans cette étude, à savoir :

1° découverte et démonstration des nerfs dilatateurs ;

2" de leur généralité ; de leur origine ;

4° de leur fonctionnement ;

le premier seul peut être considéré comme ayant accès définitif dans le corps de la science. Tout le reste est en discussion.

Si l'on réfléchit que la dilatation vasculaire, seule manifestation par laquelle se révèlent les nerfs dilatateurs peut à priori s'expliquer tout aussi bien par la paralysie des nerfs constricteurs que par l'activité des fibres dilatatrices, on comprendra que les physiologistes recourent tantôt à ceux-ci, tantôt à ceuxlà, pour rendre compte du même fait. De sorte qu'en outre d débat sur la réalité des faits, il y a encore controverse sur la convenance des interprétations. On voit en même temps que, dans tous les cas douteux, l'histoire des constricteurs se trouve mêlée à celle des dilatateurs, et qu'aucun autre sujet n'appelle à un égal degré la lumière qui résulte d'une saine discussion critique des expériences et des hypothèses.

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