OBJET DU MÉMOIRE
Mon objet dans ce mémoire est de démontrer par des preuves tirées de la structure anatomique des animaux et par des expériences directes :
1" La puissance par laqiièlle le sang est poussé depuis l'origine des veines jusqu'au cœur;
2° La vitesse comparative avec laquelle le sang se meut dans les Veinés et dans les artères ;
3° Que l'abord continuel du sang au céeur ne peut être rapporté uniquément aux causes auxquelles il a été jusqu'à présent attribué. ;
Quels sont les faits rigoureusement prouvés Jusqu'à présent relativement à la circulation du sans?
Nous devons à la sagacité. de. Harvey la connaissance de ce fait incontestable : que le sang, dans l'animal vivant, passe perpétuellement des Tentricules dans les artères, et des extrémités
de celles-ci dans les veines, par lesquelles il revient au cœur pour y recevoir une nouvelle impulsion.
Harvey, n'ayant pu découvrir ni par la dissection , ni par la voie de l'expérimentation , aucune autre puissance que celle du cœur qui parût avoir une influence active et constante sur la circulation , attribuait au cœur seul la fonction de pousser le sang dans la totalité de son cours.
Les raisonnemens et les expériences qu'il apportait à l'appui de sa doctrine prouvent parfaitement que le courant circulatoire suit exactement la direction que ce savant a indiquée , mais assurément ils ne démontrent pas rigou,reusement que le cœur soit la seule puissance impulsive.
Les physiologistes modernes n'ont presque rien fait pour constater ou la vérité ou l'erreur de cette assertion. Ils ont seulement admis quelques puissances accessoires pour servir, à ^l'impulsion du sang. Telles sont :
i' Les artères, soit qu'on considère leur action conmie due aux fibres musculaires ^u on a supposées exister dans leur structure , ou comme étant simplement le résultat de la force élastique de leiu'S parois.
2" La contraction insensible des vaisseaux
capillaires, supposée indépendanle de celle du cœur.
5° L'action des veines elles-mêmes sur leur contenu.
4" La pression des muscles du mouvement volontaire et involontaire.
De ces forces supposées, les unes sont peu susceptibles d être démontrées par des expériences directes; les autres doivent nécessairement être peu régulières et fort intermittentes dans leur action, et elles ont été présentées à l'appui de théories si contradictoires, que la somme de probabilités contre l'exactitude de ces opinions est à priori presque aussi forte que celle qui peut exister en leur faveur.
La supposition que le cœur est doué de la faculté de dilater ses cavités avec une force égale à celle qu'il met à se contracter , et qu'il peut agir alternativement comme une pompe aspirante et foulante, quoique adoptée par quelques physiologisles vivans , ne trouve cependant que peu d'appui, soit dans l'anatomie, soit dans les recherches expérimentales. Harvey ne l'a pas trouvée digne d'une réfutation sérieuse (i) ; ni l'oreillette , ni le ventricule ne présentent aucun
{i) Neqxu verumesl simiHtcr.quod vulffà creditur,coruUo motu suo aut distcnsione san^vinem in vcniriculis altrattere. ( Harvev, (h Molu cdrdî's, c n p . '2 . )
appareil musculaire qui paraisse disposé de manière à pouvoir en opérer la dilatation. Tous les faisceaux musculaires qui se trouvent dans les parois de ces cavités sont, au contraire, évidemment dirigés de manière à en produire le resserrement par leur contraction. Donc la somme des connaissances certaines que nous possédons relativement au mouvement circulatoire du sang se trouve dans cette courte sentence^ écrite il y a deux cents ans.
« Necessarium est concludere circulari quodam m&tu in circuitu agitari in animalibus sanguinem, et esse in perpétua mota, et fianc esse actionem sine functionem cordis, quam pulsu paragit.r> ( Harvey, de Motu cordis, cap. 14. )