‹ Recherches expérimentales sur les causes du mouvement du sang dans les veinesChapitre 3 sur 8 · PRESSION DE L'AIR · texte numérisé non relu

PRESSION DE L'AIR

J'avais depuis long-temps remarqué dans tout ce que j'avais lu ou entendu dire relativement à la circulation du sang que la pression atmosphérique ou n'était pas admise au nombre de ces causes, ou était regardée comme n'y ayant que très-peu d'influence. Cette omission me paraissait d'autant plus extraordinaire que les effets de la pression atmosphérique sont très-évidens sur les liquides qui se meuvent dans des tubes.

Les théories émises par un petit nombre d'auteurs relativement à l'influence de cet effet phy-

sique sur le retour du sang au cœur n'étant fondées sur aucune expérience directe, n'avaient obtenu que très-peu de sectateurs. Harvey n'en fait pas même mention ; et Haller, en parlant des causes de la circulation pulmonaire , dit que la pression de l'air peut être passée sous silence ( i ) .

Il me paraissait cependant impossible que la dilatation et la contraction alternative des cavités du thorax n'agissent pas , sur le sang contenu dans les grands vaisseaux qui s'y rendent, de la même manière que l'expansion d'un soufflet agirait sur un liquide contenu dans un tube flexible qui serait adapté à son extrémité. Je faisais en conséquence le raisonnement suivant.

Dans chacune des cavités droite et gauche de la poitrine est placé un poumon , ou un sac divisé en un nombre plus ou moins grand de cellules distensibles , communiquant les unes avec les autres, et qui se remplissent par un tube commun, la trachée-artère.

Quand le thorax est dilaté par l'acte de l'inspiration , l'air se précipite par la trachée pour distendre les bronches et les cellules aériennes , et pour leur faire occuper l'espace que les paroîè du thorax, en s'écartant, tendent à laisser vide; mais il est évident que l'air trouverait beaucoup moins d'obstacle à remplir la poitrine quand

(i) Ut fressio aëris pro nuUa folest haieri, ( Haller, lib. 8. )

elle se déploie, s'il n'y avait des cellules à distendre; et d'un autre côté , d'après une loi constante d'hydraulique, tout liquide on contact avec l'atmosphère, et en communication avec une cavité qui se dilate, est nécessairement attiré vers elle; c'est-à-dire contraint d'y pénétrer par la pression atmosphérique. 11 devenait en conséquence probable que le sang était attiré dans les veines -caves thoraciques pendant l'inspiration.

Du moment où me vint à l'esprit cette idée du rôle que l'inspiration pourrait jouer dans la circulation , et plus particulièrement dans celle des veines, une foule de faits connus me parurent venir à l'appui; tels sont :

1° Le gonflement des veines jugulaires dans l'expiration ;

2° Leur affaissement subit dans l'inspiration ;

3° La suppression de certaines hémorihagies par des inspirations forcées ;

4" Les accidens fâcheux qui ont succédé quelquefois jà l'ouverture de grandes veines ;

5° La situation même du cœur, placé au centre de la poitrine, dans un sac toujom s trop grand pour son volume, qui semble protégé contre la pression atmosphérique directe, et qui probablement est agrandi par l'inspiration dans toutes ses dimensions.

En réfléchissant plus attentivement sur l'auatomie des viscères thoraciques, je fus frappé de l'analogie que je crus avoir aperçue entre le mécanisme du cœur, du péricarde, et des plèvres médiastinales, comparés à un soufflet; et celle des poumons, chacun dans sa propre cavité, comparés au même instrument.

Tout le monde connaît la situation du sac du péricarde dans l'homme, et l'enveloppe que ses surfaces latérales reçoivent de la plèvre médiastinale réfléchie des racines des poumons en arrière, et du sternum, ainsi que des côtes en avant.

Quand les poumons sont distendus, leur surface externe est nécessairement agrandie; quand les côtes portent en avant le sternum , et quand le diaphragme repousse en bas les viscères abdominaux, la surface intérieure du thorax est également agrandie, par conséquent la plèvre qui couvre cette surface est tendue , et celle qui couvre les deux côtés du péricarde l'est également, de manière non-seulement à protéger le sac fibreux contre la pression, mais à agrandir sa capacité dans tous ses diamètres.

Le mouvement du sternum dans l'inspiration tend à porter la surface antérieure du péricarde en avant, le mouvement synchronique du diaphragme tend à agrandir le péricarde par en bas.

Pour compléter l'analogie , comme chaque

poumon est fourni d'un tube par lequel il reçoit et rejette l'air , de même le cœur est pourvu de tubes ( les veiiies ) par lesquels il reçoit le sang et de tubes [les artères) par lesquels il le rejette.

Mais comme l'aorte par laquelle le cœur se décharge est également employée, pendant les deux temps de la respiration, à renvoyer le sang hors du thorax, il devenait probable, si mes raisonnemens à l'égard de l'effet que l'inspiration pourrait avoir sur le saag des veines-caves étaient bien fondés, qu'une quantité de sang assez grande pour fournir à ce tube , pendant un temps entier de la respiration , était as'pirée vers le thorax pendant l'inspiration seule.

Dans cette hypothèse, à laquelle m'avaient amené les raisonnemens précédens , et beaucoup d'autres qu'il n'est pas nécessaire de mentionner ici, j'en vins aux conclusions présomptives suivantes :

1° Qu'un liquide, tel que l'eau , dans un vaisseau ouvert, étant mis en communication directe par le moyen d'un tube avec l'intérieur d'une des grandes veines thoraciques chez un animal vivant , serait forcé par la pression atmosphérique à s'élever dans le tube, et que ses mouvcmens seraient déterminés par la respiratroii de l'animal ;

2* Qtie , \û même cominuBication étant établir

entre le liquide et une des cavités thoraciques, les mêmes phénomènes en résulteraient.

Je remettais l'examen de la circulation dans les veines pulmonaires jusqu'à ce que j'eusse constaté par des expériences directes si ma théorie relativement à l'effet de la pression atmosphérique sur le sang des veines-caves était fondée ou non; en conséquence je projetai et j'exécutai l'expérience suivante :

Première expérience.

M'étant premièrement assuré sur un cheval mort qu'avec un tube d'une grandeur et d'une

longueurconvenablesjepourraisaisémentarriver par la veine jugulaire jusqu'à la veine-cave antérieure , voici comme je procédai.

Le 16 octobre 1824, je fis choix d'un cheval condamné à être abattu pour une maladie incurable d'un pied , mais qui était parfaitement sain sous tout autre rapport. Après l'avoir , fait renverser, je mis à découvert la veine jugulaire gauche , que je liai au-dessous cje son milieu. A un pouce au-dessous de la ligature , j'introduisis dans sa cavité , en la dirigeant vers le cœur, une sonde flexible en gomme élastique , ayant un tube de verre en spirale adapté à son extrémité extérieure (.1 ). Je coupai l'extrémité arrondie

• {O^'oyfcis là planche , fig.j.

de la. sonde un peu au-dessus de ses ouvertures latérales. Le diamètre de la sonde ëtait de 4 millimètres, et sa longueur de 27 centimètres; le diamètre <î1u tube de verre à son extrémité A était de 5 millimètres ; il était un peu moins large en G; la longueur de B jusqu'à C était de 1 1 centimètres.

Quand le cheval fut renversé , sa respiration devint presque entièrement tlioracique; le sour lèvement et l'alFaissement de ses côtes pouvaient être comptés distinctement : on entendait facilement sa respiration. La sbnde ayant été poussée'vei^s tè Coeur jusqu'à ce qu'elle eût renconti-é lin dbst^fclë, la ligatùi'e que j'avais déjà passée sous la veine fut nouée autour de celle-ci et de la sonde que je venais d'introduire.

La pointe C du tube spiral , sur laquelle j'avais jiisqu'ators tenu mon doigt appliqué, fut plongée dans une tasse d'eau fortement eolorée avec une solution de bleu ordinaire de blanchisseuse. Au moment où j'ôtai mon doigt, le liquide bleu s'éleva dans le tube, et coida rapidement vers le cœur. Le soleil donnant dans cë moment fortenieht sur le tube, je vis de la manière la plus évidente les petits globules de blèu, qui n'étaient qu'imparfaitement dissôus , mohtei* diD la tasse et cotder dans le tùbè spiral vers la poitrine pendant l'inspiration , et

s'arrêler ou revenir vers la tasse pendant l'expi-ration.

Pas une goutte de sang n'entrait dans le tube ; mais quelquefois des bulles d'air s'élevaient pendant l'expii-ation sur la surface du liquide contenu dans la tasse.

La respiration de l'animal se faisant entendre, je pouvais fixer mes yeux attentivement sur les mouvemens du liquide , et me convaincre, sans crainte d'être trompé ^ qu'ils dépendaient entièrement des mouvemens respiratoires. Mon ami, M. Macann, observateur exact, qui m'assistait, et qui était de l'auti-e côté du cou du cheval, vint alors se placer près de moi, et se convainquit pleinement que le liquide bleu coulaft vers le cœur à travers la spirale en correspondance exacte avec les inspirations , et qu'il s'arrêtait ou revenait vers la tasse avec l'expiration.

Pour varier les prcTives de cette coïncidence admirable entre les mouvemens du liquide et ceux de la respiration de l'animal, je retirai un moment la pointe C du liquide pendant l'inspiration pour laisser entrer quelques bulles d'air dans le tube, que je replongeai immédiatement dans la tasse. Une partie plus ou moins grande du tube B C devint ainsi transparente. Au premier mouvement respiratoire, ces bulles furent forcées de traverser la spirale avec une grande

rapidité , et le tube devint uniformément bleu par l'ascension d'une nouvelle quantité du liquide de la tasse.

Cette opération, répétée plusieurs fois, donna constamment les mêmes résultats.

Une quantité notable d'eau froide, et quelques bulles d'air que j'avais laissé entrer dans le tube pour mieux apercevoir le mouvement du liquide, ayant été ainsi forcées de pénétrer dans le cœur, l'animal commença à manifester de la souffrance. Voyant que l'expérience avait pleinement établi le fait que l'inspiration produit une tendance au vide, soit au-dedans, soit autour de la veinecave antérieure , nous nous arrêtâmes. J'oubliais de dire que, vers la fin de l'expérience, quand la respiration devint irrégulière et accélérée, le sang parut dans le tube trois ou quatre fois pendant l'expiration; mais l'inspiration qui succédait faisait revenir invariablement le liquide bleu à sa place. Dans toutes ces expériences, j'avais cru remarquer, i" que, quand l'animal était debout , la pression atmosphérique n'était jamais si fortement marquée que quand il était renversé. Je m'en assurai en répétant l'expérience sur le même animal dans les deux positions , et je vis en effet que la coïncidence des mouvemens du liquide avec la respiration ne pouvait guère s'observer dans la première position , parce que

la respiration du cheval debout et en repos est presque insensible,

2° Que , quand la respiration devenait accélérée et irrégulière par une cause quelconque, ou quand elle était embarrassée par une maladie, il y avait toujours refoidement du sang dans les jugulaires.

3" Que ces refoulemens n'avaient jamais lieu que pendant l'expiration, et que, dans aucune circonstance , le liquide ne s'élevait dans la spirale qu'au moment de l'inspiration.

Cette expérience, répétée sur les veines jugulaires des chiens et sur leurs veines fémorales, donna les mêmes résultats.

Croyant alors avoir suffisamment établi la justesse de ma première conclusion présomptive, j'entrepris de prouver la seconde (i) par des expériences propres à constater l'effet que produirait une communication directe entre les cavités thoraciques et un liquide dans les mêmes circonstances que celle que je viens de rapporter.

Seconde expérience.

J'introduisis successivement dans le thorax d'un chien, près sa ligne médiane, et de chaque côté de l'extrémité postérieure du sternum, un tube de métal , pointu presque comme unç

(i) Voyez pages i/î-i^.

plume à écrire. L'aniilial étant couché sur lé dos, le tube se dirigeait en bas et en avant parallèlement à l'adossemcnt des plèvres médiastinales , qui , chez le chien , dans cette position , suspendent le péricarde au sternum. A l'extrémité extérieure du tube était attaché lin petit sac en gomme élastique rempli d'une composition d'axonge et de cire, et percé au fond par un petit trou. Aussitôt que la pointe du tube eut pénétré dans la plèvre , je pris une sonde flexible portant à, l'une de ses extrémités un tuyau de plume mince, auquel j'avais fait d'avance une entaille oblique qui représentait assez bien une petite valvule, pouvant s'ouvrir de dedans en dehors , et tendant à se fermer par son élasticité naturelle; je fis passer cette sonde par le trou du petit sac et à travers le tube jusque dans la poitrine, et je fermai avec soin son autre extrémité. Je fixai le petit sac de caoutchouc sur la poitrine de l'animal à l'aide de quelques points d'aiguille. Les deux tubes étant ainsi introduits avec leur sonde dans le thorax , des tubes semblables à celui de la fig. i furent adaptés à leurs extrémités extérieures piendant l'èxpiration. Les tubes avaient d'avance une de leUtè extrémités plongée dans l'eau colorée. La comtllunication étant ainsi complète aux deux côtés, le hquide s'élevait rapidement dans les

spirales pendant l'inspiration, et s'arrêtait avec l'expiration , s'il ne refluait pas.

Ces raouvemens du liquide étaient si réguliers et si complètement dépendans des mouvemens de la respiration de l'animal, qu'on pouvait compter les uns en observant les autres. Deux autrcé tubes métalliques semblables furent introduits dans deux autres endroits du thorax, avec l'intention de faire arriver les sondes entre les côtes et les poumons; mais, ayant agi trop près du diaphragme , une des sondes pénétra dans l'abdomen, en passant entre le diaphragme et les parties antérieures de l'estomac et du foie ; l'autre entre le diaphragme et la partie postérieure du poumon droit.

Le liquide en communication avec l'abdomen ne fit aucun mbuVement dans la spirale^, màiè celui qui communiquait avec le tùbe qui passait au-devaht du diaphragme offrait absolument les mêmes phénomènes que dans les autres tubes.

Les extrémités arraétes de plumes à valvules de deux sondes qui avaient été introduites dans le thorax , près du sternum , se trouvèrent , à l'ouverture du corps, unë à chaque surface làlérale du péricarde, oiitre ses surfaces et celles des poumons , qui n'avaient pas souffert la moindre blessure.

Availt éa faire pcHr- ^o chien ^ nous inlroduisî-

mes dans sa trachcc-artcre un robinet, de manière à pouvoir suspendre sa respiration à volonté.

Quand nous l'arrêtions , et que l'animal faisait des efForls pour inspirer, le liquide montait dans les spirales avec une rapidité et une force bien plus grandes que quand le passage de la trachée était libre.

Troisième expérience.

Il me restait encore à établir une communication semblable avec la cavité du péricarde; mais jusqu'alors, dans tous les essais que j'avais faits sur le chien , le cœur avait été blessé , et les résultats des expériences étaient devenus ainsi moins exacts.

La connexion formée , chez cet animal , entre le péricarde et le sternum par des membranes longues et minces augmentait beaucoup les autres difficultés.

C'était dans le cheval que je trouvais le sac du péricarde le mieux disposé pour mes expériences.

Dans cet animal , il est attaché au périoste de la surface supérieure du sternum, à partir de la quatrième côte en arrière jusqu'à la base du cartilage xiphoïde, d'où il monte d'arrière en avant, pour être collé à la surface inférieure des veines postérieures des poumons, etc.

En soulevant par la dissection la pointe du cartilage xiphoïde, je pus faire passer le long de

sa face supérieure, à travers la marge inférieure du diaphragme , un tube de fer taillé en pointe , presque comme une plume à écrire , et le faire entrer dans le péricarde à son angle postérieur, sans pénétrer dans le péritoine

A l'extrémité extérieure du tube de fer était attaché un petit sac de gomme élastique rcn)pli de la même composition que dans les autres expériences.

A travers le sac j'avais introduit dans le tube, presque jusqu'à sa pointe, une sonde flexible d'une grandeur moyenne; l'ouverture extérieure de celte sonde était fermée par un robinet.

Au moment où la pointe du tube de fer avait pénétré dans le péricarde, la sonde était poussée en avant sans le moindre risque d'admettre l'air, ni que le cœur se blessât , s'il avait échappé à la première introduction.

Dans tous les cas où je parvenais à établir une communication directe entre le sac du péricarde exclusivement et le liquide, celui-ci montait dans le tube spiral aussi rapidement que dans les expériences déjà citées; et dans toutes, à I l'exception d'un seul cas , le mouvement en haut était déterminé par Jes inspirations.

Dans toutes, à l'exception toujours du même cas, outre que le liquide descendait avec les expirations , il offrait encore une oscillation en

hautqui semblait indépendante de la respiration. Cette oscillation n'était pas perceptible au moment de l'inspiration; alors elle se confondait avec le mouvement général du fluide vers la poitrine.

Je fis remarquer ce troisième mouvement à , M. Bcnnett, anatomiste et physiologiste aussi distingué que modeste, et il le reconnut plusieurs fols pendant les répétitions de mes expériences.

Dans le cas d'exception dont j'ai parlé , le cheval était dans le dernier degré d'inanition ; les batlemens d'aucune artère n'étaient perceptibles, et le liquide coulait vers la poitrine sans aucune inlermission, du commencement jusqu'à la fin de l'expérience , soit que l'animal fût placé sur le dos ou sur le côté.

Quand l'un ou l'autre des ventricules était pénétré, ce qui arrivait souvent, et que le sang coulait par le tube, l'animal ne périssait pas subitement; mais quand l'effusion se faisait dans le péricarde , il expirait toujours aussitôt que le sac était plein.

Bans ces cas, le cœur se trouvait comprimé et plus petit qu'à l'ordinaire, au milieu d'un énorme caillot de sang.

Circulation pubnoiiaire.

Avant de parler des conclusions qu'on peut faire dériver des faits déjà cités . je dirai quel- ,

qùcs mots sur le mouvement du sang dans les veines pulmonaires.

Comme il est évident que le sang que l'artère aorte reçoit du cœur gauche ne peut y arriver que parles veines pulmonaires, on ne peut pas considérer comme ime conclusion- forcée que les poumons doivent être ou également perméables au sang durant tout l'acte de la respiration , ou que , s'ils ne le sont pas , il faut qu'il existe un réservoir d'où le cœur gauche puisse recevoir du sang dans les momens où ils sont le moins perméables.

Les poumons avec leurs vaisseaux sont placés au-dedans de deux cavités qui, comme nous l'avons déjà vu, tendent à former un vide pendant l'acte de l'inspiration; et pour cela on pourrait penser, au premier coup-d'œil, que toutes les veines au-dedans de ces cavités seraient également exemptes de pression dans cette occasion. Cependant un examen plus attentif nous montrera que la nature a assuré par un mécanisme aussi beau que simple un abord de sang au cœur gauche aussi constant et aUssi abondant qu'au cœur droit, et par le même moyen, savoir, la pression atmosphérique.

Jé prendrai le thorax d'un cheval pour démontrer la circulation pulmonaire des quadrupèdes.

Dans le cheval, la veine-cave postérieure quitte la colonne vertébrale lors de son arrivée au diaphragme, sur lequel elle monte, pour en parcourir une étendue considérable jusqu'à ce qu'elle arrive vis-à-vis la base du cœur ; puis elle passe à travers la portion du thorax , entre le cœur et le diaphragme, comme une corde à travers une chambre. Dans ce trajet, elle n'a aucune connexion avec les parties environnantes, excepté avec la membrane mince, transparente, qui unit le côté droit du péricarde au diaphragme. Cette dernière semble être suspendue à la veine comme un rideau dans toute su portion thoracique, c'està-dire dans une longueur de cinq à six pouces.

Comme cette membrane conduit le nerf phrénique à sa destination , je prendrai la liberté de l'appeler la membrane plirénique 3 ne sachant pas d'autre nom sous lequel elle puisse être désignée.

Les deux grandes veines pulmonaires postée rieures droite etgauche forment, parleurprompt confluent dans la cavité droite du thorax, der-rrière le péricarde , un large réservoir , qui est encore agrandi par la jonction, à gauche, et, plus antérieurement, des deux troncs communs des veines moyennes du poumon gauche.

Le morceau irrégulièrement pjTamidal du poumon droit qui semble en avoir été détaché en partie pour former le lobe moyen des qua-r

driipèdes étant repoussé au-dessus et à gauche de la veine-cave postérieure thoracique, est collé par sa surface supérieure à la face inférieure du réservoir déjà cité et au bord obtus du poumon gauche ; la face inférieure , la pointe et quelques angles de ce lobe sont libres et ne sont pas unis à la veine-cave.

Cette connexion entre le lobe moyen et la face inférieure des racines des veines pulmonaires n'est pas la seule : trois veines provenant de l'angle gauche antérieur et supérieur du petit lobe appliquent leurs bouches à entonnoir sur les trois endroits du réservoir les mieux calculés pour tirer en bas , et un peu à droite , sa face inférieure quand le lobe moyen, rempli par l'inspiration, s'incline vers le grand lobe droit, attiré par la tension de la plèvre qui leur est commune, et qui tapisse le sillon qui les sépare.

La plus grande et la plus antérieure de ces trois veines est insérée dans le centre du confluent des deux grands troncs des veines pulmonaires gauches moyennes.

La seconde, dans le centre du confluent que ces dernières forment avec la grande veine pulmonaire postérieure gauche.

La troisième s'insère un peu à gauche du centre du confluent de cette dernière avec la grande veine postérieure droite.

Pi^' cette disposition , si le petit lobe est tire de haut en bas et de gauche à droite, et qu'il roule ainsi sur sa base vers le grand lobe droit , d'où je l'ai supposé à demi détaché, les trois petites veines déjà décrites formeront en se prolongeant Varc d'un angle dont la membrane phrénique et la face inférieure du réservoir représenteront les deux côtés. Or, si l'on insuffle les poumons , le petit lobe prend précisément la direction indiquée.

Dans cet arrangement , il y a quelques circonstances remarquables :

.\° h.m veines principales du poumon gauche entrent dans la cavité droite du thorax ;

. Les veines d'une partie du poumon droit passent au-dessous de la plus grande veine de ce poumon, pour aller se vider dans le conlluent dç quelques veines du poumon gauche;

5° Les veines du petit lobe central , au lieu de déboucher à sa racine , débouchent par une de ses extrémités.

J'ai constaté, le 27 janvier i&25, l'-usage de çepniiGanisme de la manière suivante.

' ' 'Quatrième expérience.

Après avoir nii^ à découvert envp^on u\\ demippmçe de la face i^fç^ieure de la veiqe pulmonaire postérieure gauche, j'introduisis da»^ sa

cavité, en le dirigeant vers le cœur, le bout A du tube spiral (fig. i ) , le tube étant fixé en place par une ligature, et sa pointe C étant plongée dans un verre d'eau rougie. Quand je tirais doucement le sommet du petit lobe central dans la direction qu'il prendrait s'il était insufflé, l'eau montait cwec tant de force par la spirale, qu'elle coulait abondamment dans le réservoir.

Quand je le tirais horizontalement .vers la gauche, l'eau descendait dans le tube.

Quand je le tirais horizontalement vers la droite, l'eau montait; mais plus on tirait directe^ ment, comme pour détacher le petit lobe di^ poumon gauche et du réservoir, plus l'iJau montait rapidement. : • . ,

Aucune veine de ce petit lobe u'entre dans; ïe côté di'oit du réservoir, n'i dans la grande veine pulmonaire postéricur^e droite., parée que' la veine-cave postérieure, où elle forme je sinus veineux du cœur droit, les traverse, ayant .sa face supérieure attachée largement à leur fà€§ inférieure. .I r . • , '

Le diaphragme, refoulé par l'inspiration ^ tire la veine-cave postérieure daus une direction telle , que la face iftférieuye du réservoir ou du sinus veineux du cœur gauche est portée en bas ; tandis que,, par 1^ résistance que celle-ci faitj-Ia

face su péri cure de cette partie de la veine-cave est également éloignée de l'axe de sa propre cavité,

La membrane phrénique , poussée à droite par l'expansion du petit lobe, favorise ce mouvement , et, par ses attaches à la veine-cave flottante, empêche la diminution de sa cavité. J'ai vérifié l'eft'et du tiraillement de la veine -cave postérieure sur les sinus veineux des deux cœurs, sur les poumons et le cœur d'une brebis, comme je l'avais déjà fait relativement aux poumons du cheval. J'ai eu recours aussi à l'insufflation artificielle des poumons, et j'ai observé les mêmes phénomènes.

Les diverses cavités auxquelles ce mécanisme distendant est appliqué sont exemptes de pression atmosphérique pendant son application, c'est-à-dire pendant l'inspiration. Mais les veines pulmonaires qui se trouvent en communication directe avec elles sont exposées, dans toute l'étendue de leurs surfaces , à la pression de l'air , qui se précipite à travers la trachée-artère pour distendre les cellules des poumons , et cette ptession s'exerce sur une étendue de leur surface en proportion inverse de leur capacité.

Pour pouvoir comprendre le mécanisme par lequel les réservoirs pulmonaires du cœur gauche sont distendus chez l'homme; il suffit d'ob-

server la manière dont les veines pulmonaires pénètrent le sac du péricarde.

Une petite languette semble être coupée dans cette membrane d'arrière en avant , pour faire un trou carré, par lequel chaque veine pulmonaire entre pour se vider dans le sinus veineux gauche.

Lorsque la veine a dépassé l'ouverture, la languette est tirée en dehors et en arrière , pour être fortement collée à la face antérieure de chaque veine hors de la ligne générale de l'insertion du péricarde; cela laisse une petite pochette qui se voit au-dedaus du péricarde, tant à droite qu'à gauche , à la face antérieure de chaque veine.

Par ce moyen , quand les mouvemens inspiratoires tendent à porter le péricarde en avant, l'effort est exercé presque exclusivement sur les faces antérieures des quatre veines pulmonaires. Si l'on tire le péricarde avec la plus grande force dans cette direction , l'action ne s'exerce que sur les veines pulmonaires et les veines- caves , les grandes artères étant placées entièrement hors de son influence.

Cette disposition, quant à l'attache du péricarde aux veines pulmonaires , n'existe pas chez les quadrupèdes, excepté pour les veines antérieures gauches, et encore d'une manière moins marquée; tandis que l'accollement des faces op-

posées des veines pulmonaires et des veines-caves, si maniCeste et si étendu chez les quadrupèdes, n'existe guère chez l'homme.

Quant à l'importance du rôle que le péricarde joue dans la circulation, on peut remarquer que c'est peut-être l'unique partie de l'animal qui ne manque jamais.

J'ai fait encore une expérience , de laquelle je donnerai la plus courte description possible. Elle iournit une nouvelle preuve (si cela était nécessaire après ce qui a été dit ) de l'effet de la pression atmosphérique sur le sang des veines.

Cinquième expérience.

Je choisis un cheval qui n'avait subi aucune autre expérience , et qui était sain quant à sa respiration. Je mis à découvert environ six pouces de la veine jugulaire gauche , aussi près de la poitrine que cela était possible ; je la liai à chaque extrémité de l'incision extérieure, nouant les ligatures autour de petits bouchons.

Dans la portion de la veine comprise entre les deux ligatures , mais plus près de l'inférieure , je pratiquai une ouverture dans laquelle j'introduisis l'extrémité A du globe de verre ( fig. 2) jusqu'à la boule , attachant fortement la veine autour du tube au-delà du rebord de sou ouverture. Je divisai ensuite la veine à l'endroit

correspondant au milieu de la boule, et je fis passer dans la cavité de sa portion supérieure l'extrémité B du même instrument, l'attachant comme j'avais attaché l'autre.

Cela fait, je coupai sur les bouchons, premièrement, la ligature inférieure, et ensuite la supérieure; aussitôt le sang se précipita fortement à travers la boule ; son mouvement rapide fut visible ixn instant , mais bientôt je ne l'aperçus plus d'où j'étais placé (assis sur une chaise ordinaire près du cou du cheval renversé ). 11 était évident que le sang passait cependant à travers la boule, parce qu'il n'y avait aucun gonflement de la veine au-dessus. L'appareil tenait bien sa place , et le cheval respirait tranquillement.

Je lavai bien l'extérieur de la boule , et je me plaçai sur les genoux, tenant la main droite étendue sur les côtes de l'animal. Dans cette position, je pouvais regarder de près la boule, et en même temps sentir l'élévation et l'affaissement des côtes.

Le sang noir qui remplissait presque la boule laissait cependant un petit espace qu'il n'occupait pas; et, en regardant de plus près encore, je pus apercevoir distinctement la masse du sang s'approcher de la partie supérieure , et devenir d'un rouge plus brillant, comme s'il

moussait dans l'effort qu'il faisait pour traverser l'ouverture inférieure du tube. Après ce mouvement , il restait tranquille un instant pour le recommencer bientôt.

Ayant vu ces alternatives de mouvcmens dans la boule par lin jour favorable, je remarquai de la manière la plus satisfaisante qu'ils étaient déterminés exclusivement par les mouvemens respiratoires.

Jeccssai d'observer pendant quelques minutes; je me tins debout , et je repris encore mes observations , toujours avec le même résultat.

Cette expérience était le perfectionnement de plusieurs autres dans lesquelles j'avais échoué complètement , sans en trop savoir la raison , lorsque tout d'un coup il m'était venu à l'idée que la longueur des tubes que j'avais employés jusqu'à présent en était la véritable cause, en privant le sang de la pression atmosphérique pendant un trop long espace : mon succès complet avec l'instrument plus court justifia cette opinion.

J'avais essayéla même expérience avec deux tubes introduits dans la veine séparément, et unis ensuite près de la boule. Ces tubes s'étendaient presque de l'angle de la mâchoire jusqu'à la poitrine ; mais à peine la boule était-elle rempHe que tout mouvement cessait.

Page 1