CONCLUSIONS
D'après ce que nous venons d'exposer, on peut ï-egardcr comme prouvés les faits suivans :
r Que les cavités des grandes veines au-dedans du thorax et toutes les cavités thoraciques aspirent les fluides mis en communication avec elles,
2° Que cette aspiration n'a jamais lieu que pendant l'expansion des parois du thorax, c'està-dire pendant l'inspiration.
Desquels faits, et de ce que nous avons vu dans la dernière expérience, nous pouvons conclure ,
1° Que le sang qui coule contre sa propre gravité n'arrive au cœur que pendant l'inspiration.
2° Que la principale puissance qui le pousse à travers les veines est la pression atmosphérique.
5° Que , comme cette puissance ne peut être appliquée au sang des veines que pendant l'inspiration, ce sang doit nécessairement se mouvoir avec une rapidité qui est à celle du mouvement du sang dans les artères comme le temps occupé par une respiration entière est au temps d'une inspiration seule.
4° Comme le sang ne traverse les veines que pendant l'inspiration , et qu'il traverse sans cesse
les artères , il suit qu'une accumulation doit se faire quelque part entre les deux ordres de vaisseaux et dans une quantité qui est à celle qui traverse les artères dans un temps entier de la respiration comme le temps de l'expiration est à la respiration entière.
5° Quant à l'accumulation qui doit être préparée pour l'aspiration du thorax, il importe peu qu'elle soit faite par deux pulsations de l'artère ou par six ; et par conséquent la fréquence du pouls ne peut être prise comme la mesure de vélocité du sang revenant au cœur; c'est la répétition des inspirations qui doit régler cette vélocité.
6° 11 y a donc trois quantités de sang : une qui traverse l'aorte , une qui est aspirée par les veines à chaque expansion du thorax , et une troisième entre ces deux ordres de vaisseaux. Donc quand la respiration devient accélérée, cette troisième quantité est diminuée, et les deux autres augmentées en proportion; mais, comme le cœur ne peut en admettre qu'une certaine quantité , les cavités aspirantes sont obligées de refouler le superflu pendant leur affaissement : de là des phénomènes pathologiques , dans la description desquels je n'entrerai pas à présent.
7° ÎNous pouvons maintenant concevoir com-
ment la lymphe et le chyle sont aspirés vers la poitrine par la communication directe que les vaisseaux propres à ces fluides ont avec la veine sous-clavière et d'autres.
8° La question de l'absorption, qui jusqu'à présent a tant partagé les physiologistes , peut être aussi considérée comme décidée, puisque la bouche ouverte d'une veine ou de tout autre vaisseau ayant la même espèce de communication avec les soufflets thoraciques, absorbera en proportion de la puissance aspirante qui lui est appHquée et de la dimension de leurs tubes.
9° Il est bien probable que l'application d'une forte ventouse à une plaie récemment empoisonnée empêcherait l'absorption delà matière vénéneuse.
10° Comme, d'après tout ce qui a été dit plus haut, il est évident que le sang des veines est placé sous l'influence de la pression atmosphérique, il serait curieux de tracer la connexion qui peut exister entre les maladies , les fièvres d'accès , par exemple, et la pression barométrique.
1 1° Ces i'ailsexphquent encore comment, dans un certain degré de raréfaction de l'atmosphère, la vie animale ne peut pas se soutenir , parce que la pression de l'air cesse d'être supérieure à la gravité du sang. Les oiseaux semblent être pourvus d'im mécanisme respiratoire pour les
rendre exempts , en quelque sorte , de cet inconvénient.
12° Aux extrémités cardiaques des grandes veines, il existe un mécanisme qui, mis en action par l'expansion du thorax, distend leurs cavités, et par conséquentleur fait aspirer le sang.
i3° Comme ce mécanisme ne peut agir que pendant l'inspiration , et que , par sa construction et sa position , il doit nécessairement intéresser les sinus veineux au - dedans des limites du péricarde , on voit qu'il ne peut pas y avoir de contractions alternatives entre cette partie de l'oreillette et les ventricules , parce que les sinus doivent être en distension progressive du commencement jusqu'à la fin de l'inspiration.
L'effet que cette disposition et la série d'actions exposée précédemment peuvent avoir sur les mouvemens du cœur, et le passage du sang à travers cet organe, feront le sujet d'un autre mémoire.
Je ne fatiguerai pas plus long -temps l'attention de l'Académie en racontant les nombreuses déductions que l'on peut tirer des faits que j'es- ' père avoir prouvés.
Soit que je 'n'aie fait qu'éclaircir quelques faits douteux , soit que les résultats auxquels je suis arrivé puissent être regardés comme entièrement nouveaux , j'apporte mon travail comme
une offrande au temple de la science française, où heureusement les préjugés ne privent pas la physiologie de la part qui lui est due dans les honneurs philosophiques.