SUPPLÉMENT AU MÉMOIRE
Pour mettre en évidence la vérité des principes émis dans le mémoire précédent relativement au mécanisme de la circulation veineuse, et pour faire sentir que les deux grandes lois de la nature , la gravitation et la pression, sont également applicables à la matière animée et à la matière inerte ,
1, Nous supposerons deux tubes chacun de la forme de la lettre U (i), ayant le même diamètre, et dont chacune des branches aura quatorze pouces de longueur. Un de ces tubes sera de verre, et l'autre d'une substance mince et flexible comme une veine.
2. Qu'on injecte dans la branche A du premier tube du mercure par saccades , il montera dans la branche B jusqu'à ce que les deux branches soient pleines ; et si l'on continue cette injection dans la branche A, le mercure sortira
(i) Voyez la plancbe, fig. 3.
en B par des saccades égales el isochrones à celles de A.
3. Si l'on pratique la même opération sur le second tube, la même quantité de mercure ne suffira pas pour le remplir, parce que, comme les parties inférieures du tube auront à supporter une pression de vingt -huit pouces de mercure , c'est-à-dire de quatorze de chaque côté , il est clair que ses parois minces et flexibles se laisseront distendre, et que rien ne sortira en B qu'après qu'on aura injecté en A. une quantité de mercure bien plus grande que celle employée dans la première opération. En admettant même que le mercure arrive au niveau de B , les saccades du jet qui en sortira ne seront ni égales ni parfaitement isochrones aux injections faites en A , parce qu'une portion de la force injectante et de la quantité de mercure injecté sera employée à produire de nouvelles distensions. La moindre altération dans la distensibilité sera donc sensible dans les saccades en B , quelle que soit la force d'injection.
4. Qu'on prolonge la branche B du premier tube jusqu'à vingt-huit pouces ou soixante-seize centimètres, et qu'on établisse le vide dans le réservoir E qui la termine , le mercure qui se trouve dans les branches A B sera forcé par la pression de l'atmosphère de s'élever jusqu'à E.
5. Si l'on peut faire sortir le mercure du réservoir E à mesure qu'il se remplit , et en même temps renouveler le vide , tout le mercure qu'on injectera en A montera vers E.
6. Supposons le second tube dans les mêmes circonstances, la portion du tube B E ne contenant plus rien qui puisse offrir de résistance, puisque le vide est fait, et la résistance de ses parois étant beaucoup moindre que la gravitation du mercure, le tube s'affaissera de B jusqu'à E , et le mercure n'y montera pas , ou trèspeu, à moins qu'on ne rende ce tube incompressible par l'introduction d'un autre tube capable de résister à la pression de l'air, comme dans la première expérience.
7. Si au moment où le vide se fait , le tube flexible est plein jusqu'en E d'un liquide dix ou douze fois plus léger que le mercure , s'il est divisé de distance en distance par des valvules qui seraient chacune la base d'une petite colonne de ce liquide, et si de plus on continue les injections non - seulement en A, mais en plusieurs points entre C et E , et qu'on suppose les parois de ce tube flexible attachées aux parties environnantes de manière à s'opposer à l'affaissement, alors le réservoir étant proportionné à la quantité injectée, le tube flexible A E ne s'affaissera pas, et le vide qui se renouvelle en E agira sur
le liquide aussitôt que la puissance injectante l'aura poussé jusqu'au point convenable.
8. 11 est évident que dans le premier tube la puissance injectante seule exercée en Al suffira pour faire sortir un liquide en B avec la même régularité qu'il aura été injecté, et que la pression atmosphérique seule le fera s'élever de G jusqu'au vide E sans l'aide de l'injection (2-4).
9. Dans le tube mince et flexible, au contraire, la puissance injectante seule ne fera jamais sortir la même quantité de liquide en B, ni aucune quantité avec régularité , quelque grande que l'on suppose la puissance injectante, et quelles que soient les conditions du tube, pourvu qu'on lui laisse la distensibilité (3).
1 0. Si le mécanisme qui débarrasse le réservoir E du liquide le fait entrer en même temps dans le tube A, et qu'il y ait des soupapes pour empêcher que le renouvellement du vide n'agisse sur ce liquide dans la branche A, alors, tant que le vide se renouvellera et que le tube restera entier, la circulation du liquide continuera (5).
11. Si le vide se fait en moindre proportion , la quantité du liquide étant la même , il y aura accumulation dans les parties déclives du tube.
12. Si, par l'eflfet d'une pression mécanique exercée sur les parois de la branche C B du tube flexible, le Uquide qu'il contient est forcé vers la
partie la moins résistante ( c'est-à-dire le vide ) , alors le réservoir sera obligé de se dilater plus rapidement, le mécanisme qui doit débarrasser ce réservoir sera forcé de répéter ses efforts plus souvent, et il y aura accélération dans la branche A C.
10. Si le réservoir E se distend et se remplit plus souvent qu'il n'est débarrassé, sa contraction forcera une portion de son contenu de refluer vers B.
14. Si l'injection du liquide dans la branche A vient à cesser ou diminuer beaucoup, la continuité de la colonne dans la branche B sera interrompue en très - peu de temps par la pression atmosphérique sur les parois du tube, et le vide ne pourra pas se renouveler. Alors inclinez le tube vers E , la gravité du liquide le fera couler de C en E , la continuité de la colonne se rétablira, et le vide se fera avec bien moins de difficulté, parce que la gravitation du liquide deviendra nulle,
15. Si l'on suppose une ouverture à la branche E C en D dans le premier tube , l'air entrera par cette ouverture, forcera le mercure de monter jusqu'à E, et occupera sa place; mais dans le tube flexible, la pression atmosphérique affaissera ses parois au-dessus de l'ouverture, et le vide cessera d'agir sur les parties situées au-des-
sous. Une portion du liquide injectée en A sortira alors par l'ouverture D , et le reste sera employé à distendre la portion inférieure du tube (9). Si l'on faille vide sur l'ouverture pratiquée en D, d'abord l'air n'y entrera pas, et une portion du liquide qui, autrement, aurait été forcé de monter jusqu'en E sera rappelée par le vide en D, et à plus forte raison une plus grande portion du liquide contenu en A G.
16. 11 est évident que le liquide contenu dans le tube flexible ne peut monter enE qu'à l'instant où le réservoir se distend pour former le vide , et qu'au moment où la tendance au vide cesse d'exister, le liquide obéira aux lois de la gravitalion, et distendra les parties inférieures du tube (5).
17. Il est facile aussi de concevoir que les mouvemens du liquide dans la branche A seront directement en rapport avec la force injectante, comme les mouvemens du liquide dans la branche B le seront avec l'expansion du réservoir E , et qu'une influence mutuelle sera exercée de part et d'autre en raison de la communication des deux branches en G , soit par un canal unique, soit par plusiem's canaux.
18. Supposons maintenant que le réservoir E soit la partie la plus inférieure du tube : alors la force injectante aura contre elle, dans le tube A,
la gravitation du liquide, et sera favorisée , avi contraire, dans le tube B, et par cette même gravitation, et par la pression atmosphérique.
19. Mais, comme la pression atmosphérique est égale partout, si la force qui comprime le réservoir E est capable de résister à la gravitation du liquide dans la branche B, alors le liquide injecté en A ne sera reçu en E qu'au moment où la tendance au vide commencera.
20. Si la partie du tube A jusqu'à B est d'ime matière incompressible, alors le liquide sortira de B par saccades isochrones et égales à celles de l'injection exercée en A (2). La dilatation du réservoir E n'aura d'influence sur le liquide contenu dans le tube A B qu'aux points où il devien t flexible, et la gravitation vers le réservoir E n'existera que de B jusqu'à E , portion où le liquide s'accumulera avec distension du tube flexible proportionnée à la quantité du liquide , et à la résistance opposée à son entrée dans le réservoir E.
2 1 . Si une portion du tube devient flexible en 0, le réservoir E étant toujours la partie la plus déclive, alors le renouvellement et la cessation du vide dans le réservoir causeront une dépression etune expansion correspondantes dans cette portion du tube. Mais aussitôt que la portion flexible G redeviendra inflexible, cette dépression
et cette expansion cesseront nécessairement , parce que la pression atmosphérique n'y exercera plus d'action.
22. Supposant toujours la portion C flexible, si l'on renverse le tube de manière que C soit la partie la plus déclive , alors la gravitation du liquide dans les deux branches ayant lieu vers C , et la force injectante exercée en A poussant le liquide vers le même point, l'expansion et la dépression notées plus haut n'auront plus Ueu.(3).
25. Appliquons ces données à l'animal, à l'homme, par exemple, l'aorte et la veine-cave inférieure sont le tube flexible; les cavités ihoraciques, et notamment le péricarde, sont le réservoir où se fait le vide; le cœur est l'instrument qui débarrasse le réservoir et qui injecte le liquide en A. 11 est facile de voir que tout ce que nous venons de dire se trouve parfaitement exact, relativement aux parties qui sont audessous du cœur.
24. Le cas où le réservoir ( les cavités thoraciques ) est la partie la plus déchve , et où le tube est en partie inflexible , mérite plus d'attention. Ce tube est représenté, chez l'homme, par les artères carotides, d'une part; les veines jugulaires et caves supérieure, de l'autre.