‹ Recherches expérimentales sur les causes du mouvement du sang dans les veinesChapitre 6 sur 8 · La partie ferme du tube est le crâne, qui · texte numérisé non relu

La partie ferme du tube est le crâne, qui

est une cavité dont la forme n'est pas susceptible d'altération, et par conséquent dont le contenu ne peut pas être altéré en volume, quoiqu'il puisse être modifié dans sa densité.

26. Les veines qui rampent entre les deux tables des os plats du crâne et dans la substance des vertèbres et autres os offrent surtout un exemple frappant du tube inflexible.

2'j. La pulsation jugulaire prouve que le sang contenu dans ces vaisseaux est sujet aux lois générales de la gravitation. Ainsi les expériencès pratiquées sur les veines jugulaires des animaux dans la position horizontale offrent des résultats différens de celles faites dans la position verticale.

Expérience.

Je fixai le tube de verre (fig. 2 ) dans la veine jugulaire d'un cheval debout, de manière que le courant du sang passât par la boule , et j'observai ,

1° Que le jet du sang qui venait du côté de la tète n'était nullement synchronique avec l'inspiration.

â° Que les oscillations au-dedans du globe étaient plus fréquentes que le pouls, mais que celui-ci exerçait une influence marquée sur le courant dans le globe.

Ainsi ^ quand on comprimait, même légè-

renient, l'artcre carotide mise à découvert en même temps que la \eine , les mouvemens dans le globe devenaient moins marqués, etviceversâ.

Le même cheval étant couché , les mouvemens du sang au-dedans du globe étaient parfaitement synchroniques avec l'inspiration.

Pendant que le cheval était debout , un caillot se forma au-dedans du globe , et la veine se resserra sur elle-même au-dessus de ce même globe. Alors les pulsations jugulaires synchroniques avec celles de l'artère devinrent très-manifestes à ce point (20). Cette ciirconstance donne la cause de la différence d'opinions manifestées par plusieurs physiologistes sur la manière dont se fait la pulsation jugulaire, les uns ayant fait leurs observations sur l'homme dans la station verticale, tandis que les autres ont examiné les animaux placés dans la position horizontale.

11 y a en ce moment à la clinique de M. le professeur Laennec un ancien conducteur de diligences, âgé de soixante-huit ans , chez lequel on a observé long-temps une pulsation marquée synchronique avec le pouls dans les jugulaires externes , les veines superficielles du sternum , et même celles du bras ; chaque fois qu'on a pratiqué des saignées nécessitées par sa maladie {tevis hypertrophia). On a vu diminuer cette

pulsation; une diarrhée spontanée l'a fait diminuer également; mais cependant elle restait toujours évidente.

En faisant réciter quelque chose à ce malade, la pulsation cessait entièrement pendant qu'il parlait; les veines étant alors gonflées et saillantes ( 20 ). Chaque fois qu'il inspirait en récitant, les veines s'affaissaient tout à coup, et ainsi de suite à plusieurs reprises ( 19 ).

Quand la tète de ce malade était placée plus bas que son cœur, la pulsation jugulaire cessait entièrement, et les veines se gonflaient prodigieusement (22).

Ce malade est devenu hydropique, et l'abdomen s'est rempli rapidement d'une grande quantité d'eau, avec gène de respiration, etc., la pulsation jugulaire étant toujours évidente.

On lui a fait la ponction. Une quantité énorme de sérosité ( dix à onze litres ) a été évacuée.

Le lendemain, la pulsation déjà notée avait disparu; les jugulaires externes s'étaient affaissées, et maintenant elles n'offrent de gonflement que quand il tousse ou qu'il expire fortement (19, 20).

L'accumulation du sang , qui avant la ponction montait presque jusqu'à l'angle de la inà-^ choire dans les jugulaires externes, se fait . à présent au-dessous de la clavicule, et les jets

du sang qui tombent de la tête passent par les veines du cou sans se faire apercevoir.

Probablement la pulsation observée avant la ponction reviendra aussitôt qu'un nouvel épanchement hydropique dans l'abdomen commencera à rétrécir les cavités thoraciques (i).

M. Laennec, à qui tous les étrangers qui suivent sa clinique et ses leçons intéressantes de pathologie doivent tant par l'accueil obligeant qu'il leur fait et l'attention avec laquelle il dirige leurs recherches, en me permettant de faire ces observations dans ses salles , a bien voulu en constater l'exactitude avec moi.

Quant à la dépression et l'élévation du cerveau qui s'observe dans certaines cii-canstances chez les animaux vivans pendant la respiration (21 ), je me contenterai de citer les mots de Haller.

« Ergo si vivo animali non nimis debilitato^ cra- « nium aperueris , aut trepano, aul luico duram- V. que membranam detexeris , et digito à cranio « depresseris j vidcbis ad singulas impirationes V. subsidere cerebrum aut solum, aut cum suis in-

(i) Des observations postérieures ont confirmé pleinement cette conjecture. Je dois à la complaisance de Mt Mitiadeck Laennec les occasions fréquentes et favorables que j'ai eues d'observer ce malade. Ce jeune médecin , doué d'un jugement solide», ést déjà très-avantageusement connu par sa savante analyse du travail du docteur Baron, médecin anglais, sur certaines maladies du poumon.

. volucris. Vicissim in expiratione idem cerebrum « sur gère, cranio se admovere , digitum impositum « repellere.

« El vix respiraiionis in cerebrum effectus de- « monstrari potest, nisi duram matrem à cranio « depresscris. (T. 2, lib.

Les causes de ces phénomènes, selon Haller

sont :

1° La facilité plus grande que le sang du cœur droit trouve à pénétrer dans les poumons pendant l'inspiration.

« Nascitur ergo derivatio, et sanguis venosus un- « dique ad eam sedeni conf uit.

2° Ladifficulté qu'il éprouvedans l'expiration:

« In expiratione thorax contra hit ur, compri- « muntur putmonesj auriculce, venœ cavce, fit re~ « fluxus in venas cerebri. Hinc pressa , ut ego « presseram thorace , elisâque venâ cavâ , perindè « cerebrum elevatur. »

Ici il est essentiel de remarquer qu'après avoir mis à découvert une portion de la duremère chez l'animal vivant, l'élévation et l'affaissement du cerveau ne se manifestent pas tant que la membrane adhère aux os et ne cède pas àla pression atmosphérique; mais aussitôt qu'une partie du tube devient flexible par la séparation delà dure-mère des os du crâne, ces phénomènes se manifestent (21 ), à moins qu'on ne mette

la tète de l'ariimal dans la position la plus déclive, parce qu'alors ils deviendront impossibles par les raisons déjà indiquées ( 22 ) , comme j'en ai fait l'expérience sur un cochon d'Inde vivant.

COISCLV SION.

De tout ce que nous avons dit dans le supplément , il est évident que les lois de la gravitation et de la pression atmosphérique et mécanique s'appliquent aussi-bien à la circulation des fluides dans les vaisseaux des animaux vivans à sang chaud qu'aux mouvemens des fluides dans des tubes inertes , ayant toujours égard aux modifications qui peuvent être causées dans les premiers par l'influence nerveuse, par la structure des tissus, la composition des liquides, etc., modifications qui ne peuvent pas exister dans les seconds.

Pour donner quelques exemples de l'identité des phénomènes qui s'observent dans les deux cas, je citerai les suivans:

L'infiltration des extrémités inférieures chez les dyspnéiques (11).

L'effet de l'exercice violent (1 2).

La pulsation des veines synchroniques avec la respiration (i5).

L'évanouissement et la manière de le faire ces-

ser en plaçant la tête plus bas que le corps posé horizontalement (i4}'

L'effet d'une ouverture d'une veine loin du cœur (i5).

L'effet d'un vide placé sur cette ouverture ( 1 5) .

La circulation dans la téte (18).

L'engorgement des jugulaires pendant l'expiration (19 , i20).

La pulsation jugulaire correspondante avec celles des artères (20).

L'élévation et la dépression de l'encéphale chez les enfans avant la clôture des fontanelles (21).

DÀVTD BARRY,

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