I-A PRESSION
une région d’écueils, ou près d’une cote pendant le brouillard. Le sondeur avertisseur pourra fonctionner utilement si son câble n’a que quelques mètres de long.
Quant à l'utiliser pour la connaissance des grandes pressions et l'exploration des grands fonds, il n'y faut pas songer.
Nous signalerons encore la modification apportée au sondeur de Brooke par Berryman du Gyclops et par Belknap et Sigsbee. Ces perfectionnements avaient pour but de rendre le décrochement plus certain et l'inclusion de la vase plus complète. Ce sont d ailleurs des modifications de détail, sans beaucoup d importance, j’aime mieux, plutôt que de m’y attarder, vous' dire un mot du sondeur du prince Albert de Monaco.
Il porte le nom de sondeur à clef. Il est destiné à remédier aux in-
Fig. CO. — Sonde de V Hirondelle et’de la Princesse- Alice.
convénients que présentaient les précédents et dont le principal était de mal retenir les substances vaseuses.
« Les valves de l'ancien sondeur à chambre risquaient de s’endommager par le contact de fonds durs; voici comment fonctionne le sondeur à clef. C’est en principe (fig. 60) un cylindre creux de fer A, dans lequel coulisse librement, guidé par deux petites traverses d’acier BB, une tige de section rectangulaire terminée à sa partie supérieure par un anneau qui sert à suspendre l’appareil au fil sondeur. Deux petites encoches DL disposées près de cet anneau ont pour objet de supporter le fil de fer E, qui retient seul plusieurs anneaux en fonte FFFF, charge de l’appareil, variable suivant la profondeur supposée. A sa partie inférieure le tube reçoit une pièce de bronze G de meme diamètre extérieur, évidée suivant deux troncs d cône opposés par leurs petites bases. Au milieu de cette pièce, qui fait office de robinet, se trouve placé un véritable boisseau en acier II, terminé d'un côté par une clef plate Iv, et de l’autre par un petit téton carré L sur lequel est vissée une rondelle en goutte de suif M.
« Cette rondelle (à droite) et la clef (à gauche) s’effacent dans des échancrures N prises sur le corps du robinet, quand les bagues glissent le long du tube. Avant chaque opération, l’intérieur de l’appareil est soigneusement nettoyé, le robinet est graissé, mais de façon à obtenir, dans toute la mesure du possible, que le corps gras ne se mélange pas avec les matériaux ramenés du fond. La clef est placée transversalement pour faire correspondre l'orifice du boisseau avec le canal intérieur du robinet; un courant ascensionnel pourra donc s’établir pendant la descente, à travers le robinet et l’intérieur du tube.
« Pour éviter que le robinet puisse se fermer de lui-même, la clef est maintenue horizontale pendant la descente par le moyen d’un fil cassant, qui relie au fil suspenseur du lest une petite ouverture faite dans l’extrémité extérieure de cette clef (fig. 61).
« Lorsque le tube s'appuie sur le fond de la mer, la tige G qui supporte, au moyen du fil de fer E, les bagues en fonte, continue à descendre dans son intérieur jusqu’à l'arrêt des tra-
LA PRESSION
HT
verses 1J1>, et la tète Je bronze en forme d’étrave P, qui termine la partie supérieure du tube, venant rencontrer le fil suspenseur, le fait échapper de ses encoches. Les bagues de fonte glissent
Fig. Cl. — Uétail du robinet du sondeur à clef.
alors et rabattent, en passant sur elle, la clef qui ferme le robinet (fig. 02).
« Le tube rempli de matériaux est remonté jusqu’à la surface avec d’autant plus de facilité qu’il abandonne son lest sur le fond ».
Les premiers sondeurs que l’on a utilisés étaient portés par une corde de chanvre.
Mais un pareil câble était très lourd, il s’imbibait d’eau et tenait sur le pont une place considérable. Les derniers, au contraire, étaient suspendus à un fil d’acier d’un millimètre à peine de diamètre assez résistant pour porter 140 kilogrammes. La Compagnie de Chàtillon et Commentry fabrique de ces cordes à piano par bouts de plusieurs milliers de mètres, h' Hirondelle en possédait un échantillon de 10 kilomètres. Le fil d'acier n’est pas seulement très résistant, il est mince, donne peu de prise à l’eau et par conséquent fait très peu dériver le poids sous l'influence du courant. Grâce à lui, le sondeur tombe presque verticalement.
La manière dont le fil était placé sur le pont du Talisman et de Y Hirondelle est représenté par notre figure G3.
Fig. 02
Sondeur a clef au moment où on le remonte
LA PRESSION
Les 10 000 mètres de lil étaient enroulés sur une bobine P assez peu volumineuse. Le bas de cette bobine trempait, à la façon des meules à aiguiser, dans une solution aqueuse de glycérine qui peut empêcher l'oxydation du fil. Je recommanderais pour ma part de la remplacer par de la vaseline tenue chaude pendant les opérations au moyen d’une simple lampe à alcool ; je répondrais ainsi de la non-oxydation de la corde de piano. En
Fig. 63. — .Machine à sonder du Talisman.
quittant cette bobine, le fil de sonde va s’enrouler une fois sur une poulie à gorge il qui a juste 1 mètre de diamètre; elle tournera évidemment à mesure qu’il se dévidera.
A cette roue d’un mètre se trouve fixé l'axe d’un compteur de tours; par conséquent chaque fois qu’elle fait une révolution, c’est qu’un mètre de lil s’est enfoncé dans la mer. Le nombre de tours de la roue indique de ce chef la profondeur.
Le fil de sonde, en quittant le compteur, s’en va passer sur une roue A qui n’est pas fixe mais bien mobile sur deux rails
placés sur une bigue G, puis il remonte, va passer sur la poulie K, descend dans l’anneau à réa G et de là à la mer.
Le chariot A a deux buts : d'abord il tend le fil de telle
sorte que, dans les mouvements de roulis, il monte et descend à l’inverse du navire ; il empêche donc les chocs brusques et par conséquent les ruptures.
Au moment où le poids touche le fond, le fil se trouve détendu, le chariot tombe brusquement en bas des rails et indique que le sondage est fini.
Vous apercevez de plus un cable ponctué C qui va de ce
LA. PRESSION
chariot à un levier L de la bobine P. Ce levier s’attache, d’autre part, à un 1 rein p ; quand le chariot monte ou descend, il serre ou desserre le frein et permet ainsi un déroulement plus ou moins actif du fil. C’est donc la tension même du lil qui, automatiquement, se règle d’elle-même.
La machine à sonder de Y Hirondelle était analogue à celle du Talisman , ce sont là des appareils qui fonctionnaient bien.
Celle du Blake , imaginée par Sigsbee, est représentée par notre figure 64.
Elle est un peu plus compliquée peut-être, mais elle tient moins déplacé à bord, on peut l’emballer dans une caisse assez étroite.
Elle est composée d’un tambour A d’une brasse de circonférence, munie d’une gorge profonde. Le compteur de tours Best adapté à l’axe de ce tambour et il en numérote les révolutions. Ces révolutions ne valent pas juste une brasse puisque les tours de spire, s’enroulant l’un sur l’autre, ont une certaine épaisseur, ce qui fait que les premiers tours comportent un fil plus long que ceux qui sont au-dessous. Mais on peut faire d'avance une table donnant d’une part le nombre de tours et d’autre part la longueur qu’ils représentent.
Ce sont les poulies CDE montées sur le même axe qui servent à remonter le poids. L'une reçoit le fil d’acier, l’autre une bande de caoutchouc qui va en même temps sur la gorge du cylindre A, enfin la troisième porte une corde sans lin qui va à la machine à hisser.
L’accumulateur est formé par des ressorts à boudin contenus dans les tubes FF. Ils supportent la poulie L qui a juste une demi-brasse de circonférence.
Un compteur de tours est aussi fixé à cette poulie. Il faut donc diviser le nombre de tours donné par le compteur par 2 pour avoir le nombre de brasses filées.
S est une poulie qui sert à écarter le plomb du bordage du navire.
Deux dynamomètres XetW indiquent la puissance de friction
de la corde sur le tambour A. Thoulet nous apprend que cet appareil manœuvre avec une grande facilité. 11 paraît qu un sondage de 100 brasses se fait en 50 secondes. Ln sondage profond de 3000 brasses ne demande guère plus d une heure, montée et descente comprises.
Fig. Gô. — Alachiue à sonder du bureau topographique fédéral suisse.
Le corps des ingénieurs suisses a imaginé pour le sondage des lacs une machine fort ingénieuse qui rend des services tels que la reconnaissance des profondeurs peut être acquise avec une extrême minutie, de 10 en 10 mètres par exemple. Il ne faut pas plus d'un quart d'heure par coup de sonde : un ingénieur en peut faire trente environ dans sa journée (fig. 65).
L'appareil se compose d'un tambour A sur lequel est enroulé
LA PRESSION
le fil d’acier qui va d’autre part passer sur les poulies II et C, puis finalement en E, d’où il est conduit au bordage du navire. Sur la roue G est un compteur de tours U, mais il a ceci de particulier que c'est le poids de la sonde qui tient le compteur embrayé à la roue C : dès que le plomb touche et perd son poids, le compteur débraye et s’arrête. C'est là une excellente disposition, mais elle n’est applicable que pour des profondeurs moyennes.
Le plomb de sonde est formé d'une tige où deux boulets sont enfilés. 11 se termine par une coupe qui rapporte les échantillons du fond.
Tout récemment, le prince Albert de Monaco vient d’imaginer un sondeur pour le yacht Princesse-Alice. Il comporte, je crois, les derniers perfectionnements (fig. 6G). Le lil d’acier est enroulé sur un grand tambour T, qui peut être mis en mouvement par le moteur à vapeur C et le volant Y. Le câble passe de là sur une première poulie en rapport avec un fort ressort à boudin R. Cette poulie, par une tige articulée, est en rapport avec le frein du tambour qu’elle peut serrer sur la gorge. Quand le déroulement cesse, le ressort, n’étant plus comprimé, agit sur la poulie, qu’il serre d’un coup le frein et il arrête le système. Or le déroulement cesse quand le poids touche le fond : l'appareil est donc automatique, il s’arrête do lui-même quand le sondage est achevé.
Ce seul système suffirait à compenser le roulis du navire, comme dans le sondeur Thibaudier. Pour plus de sûreté, le câble avant de gagner la mer parla poulie P'', passe sur une autre poulie P' qui l’envoie sur une moullc attachée à un fort ressort à boudin qui supplée le chariot de la machine Thibaudier.
Ce ressort se tend et se détend en suivant le roulis. Il se détend aussi d’un seul coup au moment où le plomb touche le fond. Il va sans dire qu’un compteur G indique à chaque instant la longueur du câble qu’on a filé. Cet appareil a déjà fonctionné pendant la campagne faite par la Commission autrichienne sur la Pola. Il a donné d’excellents résultat*.
Jusqu’à présent, Messieurs, nous n'avons étudié que des sondeurs dans lesquels la profondeur était déduite de la longueur du fil déroulé. Ces sondeurs demandent des corrections si le navire est en marche (et il l’est toujours, ne serait-ce que par le fait des courants). En effet, le fil n'est pas vertical, il tend à prendre une direction oblique qui nécessite des calculs. C’est
Fig. G6. — Machine à souder de la Princesse-Alice.
pour arriver à les éviter qu’on a imaginé les divers bathomètres dont il me reste à vous dire un mot.
On a d’abord eu l'idée d’attacher au plomb de sonde une hélice. A mesure que le plomb descendrait cette hélice tournerait et ses révolutions pourraient être recueillies par un compteur de tour. L'hélice ne marquerait pas les déviations horizontales
LA PRESSION
et ne donnerait évidemment ([ne la verticale. Au remontage, l’hélice se déscmbrayerait dés le premier tour.
Le premier de ces sondeurs a été imaginé par Massey, le second par le Coëntre, c’est celui que je fais passer sous vos yeux. Ces appareils sont bons, mais à une condition, c’est qu'il n’y ait pas de courant très fort dans la région où ils fonctionnent, sinon les ailettes tourneraient sans qu'il y ait descente. Thoulet propose même de s’en servir pour obtenir une certaine notion sur les courants profonds (fig. 67).
Un autre appareil destiné à éviter aussi les mesures de cordeset les corrections de déviation est le batliomètre de Thomson. Qu'on imagine une cloche de verre qu'on descend renversée dans la mer. L'air s'y comprimera, après 10 mètres la cloche sera à moitié pleine d’eau, à 20 mètres elle le sera aux deux tiers, etc. Si nous enduisons de chromate d'argent rouge l'intérieur de la cloche, l’eau salée jaunira ce sel dans les points où elle montera et nous aurons ainsi la mesure du niveau le plus élevé où elle sera arrivée quand nous ramènerons l’appareil à bord. 11 est bien certain que les situations obliques prises par l'appareil seront sans aucune importance. Seulement on voudra bien noter que la température change pcn-
Eig. GT. — Sondeur à hélice de Le Coëutre.
liant la descente, ce qui modifie le volume du gaz comprime, que, si peu que l’appareil oscille en route ou en frappant le fond, l’eau ira lécher les parois dans des régions qu’elle n'aurait pas atteintes sans cet accident.
Enfin, si entre 1 et 10 mètres il y a une grande dénivellation d’eau dans la cloche fermée, il n’en est plus de meme
quand on en est vers 1000 mètres par exemple où, pour 10 mètres, il n'y a plus qu’une variation impossible à lire ; que serait-ce vers 5 ou 6000 mètres ?
J’ajouterai que, chaque jour, les indications de l’instrument varient avec la pression du baromètre. C’est trop de correction et je doute que, même perfectionné, le bathomètre de Thomson puisse jamais servir.
Il n’en est peut-être pas de même de celui de Fol ni surtout de celui de Siemens.
Fol remplit d'eau un ballon au-des- Fig. es. - Bathomètre de Fol. sus duquel se trouve un entonnoir
rempli de mercure. Il n’y a pas une bulle de gaz dans tout le système (fig. 68). On descend l’appareil ; l’eau et le verre se compriment, mais l’eau bien plus que le verre, le mercure pénètre donc dans le ballon d’eau et cela en proportion même de la compression : il tombe au fond de ce ballon. Quand on remonte, l'eau se dilate, elle sort du ballon en barbottant dans le mercure. Mais le métal qui est tombé au fond y reste, lui. On le recueille, on le pèse et il dit de combien l’eau s’était comprimée. On sait donc à combien d’atmosphères elle était soumise au fond : en multipliant par 10 on a la profondeur.
On peut corriger la température facilement. Mais la correction la plus ennuyeuse est celle de la compression du vase de verre qui, en rétrécissant celui-ci, va à l’inverse de la pénétra-
LA PRESSION
lion du mercure, si bien que celle-ci 11e résulte que de la différence qu'il y a entre la compressibilité de l’eau et celle du verre.
C’est pour obvier à cela que je proposerais le bathomètre suivant (fig\ 60). Un grand vase de cuivre mince A aura la capacité qu’on désirera 11 sera avantageux, comme on va voir, de lui donner de grandes dimensions. Un hectolitre ne me semblerait pas de trop. 11 n’y a pas à craindre le poids, puisque nous savons qu’il nous faut un minimum de 60 à 70 kilogrammes pour aller au fond avec assez de vitesse.
Notre vase A est ouvert en haut par un robinet à trois voies 11 que manœuvre le long levier L. Un collier s'attache au-dessus de ce robinet, il soutient trois (ils d’acier ou de chanvre C réunis en patte d’oie au niveau du câble de descente. Sur la troisième voie du robinet se trouve un sac de caoutchouc épais, aplati et vide d’eau.
Quand on descend l'appareil, le robinet est dans la position 1, c'est-à-dire que le ballonnet est fermé et que le robinet est ouvert de la bouteille à l'extérieur. La grande bouteille se remplit donc d’eau dès qu’elle est immergée. On la descend et au fur et à mesure qu'elle s’abaisse l’eau s’y comprime naturellement.
Fig. CO. — Balhomètre de Reguard.
Arrivée sur le fond, elle se couche, le traînage sur la vase accroche le grappin qui est au bout du levier L et ferme du coup le robinet qui prend dès lors la situation 2. La communication avec l’extérieur est supprimée, mais la bouteille communique avec le ballonnet B. On remonte le bathomètre, l'eau se décomprime et l’excès de liquide ainsi produit va se déverser dans le ballonnet TL Arrivé à bord, celui-ci est dévissé, on verse l’eau qu’il contient dans une éprouvette graduée.
On a dès lors tous les éléments du problème.
Les travaux concordants de Wertheim, de Grassi, de Tait, de Buchanan, montrent que l’eau de mer se comprime en moyenne de 0,00000430 par mètre. Un réservoir de 100 litres donnera donc une diminution du volume de l'eau égale à 0,00000430 X 1000 pour 10 mètres de descente soit 0m,0043. Pour une dénivellation de 3000 mètres, par exemple, l'eau diminuera de 0,00000430 X 100 X 3000 soit l,u,290.
C’est précisément cette eau qui s’emmagasinera dans la bouteille, qui s'y trouvera enfermée à la clôture du robinet et qui regorgera dans le ballon B à la remontée. Donc Payant mesurée, il suffira de diviser le nombre obtenu par 0,0000043 X Y pour avoir la profondeur. Il y aura à faire une correction de température car, à la clôture du robinet, l’eau était froide ; elle se sera réchauffée en remontant et se sera dilatée.
La lecture donnerait donc un chiffre trop fort.
On remarquera en T, sous le levier L, un tube, il contient un thermomètre à renversement, très bien protégé, qui rapportera la température du fond par un procédé que nous ferons connaître dans une autre leçon.
On notera aussi que si des gaz se dégagent de l’eau à la montée, par suite de la diminution de pression, ils n’entacheront nullement les résultats, car ils se réuniront, il est vrai, en B, mais quand on ouvrira celui-ci ils s’échapperont tout simplement et n’entreront pas dans la lecture du volume de l’eau transvasée dans l’éprouvette.
A mon avis, le premier des bathomètres est celui de Sic-
LA PRESSION
mens. Bien construit et bien employé, il permettrait de faire en quelques années la carte topographique des fonds aussi soigneusement qu'on a fait celle des continents.
Il ne nécessite pas de cordes, de bobines, il fonctionne sans cesse, il suffi t de le lire pour savoir au-dessus de quel fond on se trouve comme il suffit, de lire un baromètre pour savoir sous quelle pression d'air on est placé.
Il est fondé sur ce principe que l’ai traction que la terre exerce sur un corps est proportionnelle à la densité des couches situées au-dessous de ce corps. Un poids qui pèse un kilogramme sur terre ne pèse plus le même poids exactement sur mer, môme à pareille latitude, et cela tout simplement parce que l’eau est moins dense que les roches.
Sur terre l’attraction est exercée par une colonne de rochers d’une densité égale à 2,750 ; sur mer, elle est exercée par la même colonne moins une colonne variable d’eau salée de densité égale à 1,026. Or cette colonne c’est justement la profondeur qu’on cherche.
Le batliomôtre est formé d’un tube d’acier assez long (fig. 70) fermé par une large membrane d’anéroïde très sensible.
T . , ... . . Fig. 70. — Ratliomctre de
Le tout est rempli de mercure, rour que Siemens.
la membrane ne se crève pas elle est soutenue en son milieu par un piton, maintenu lui-môme par de solides ressorts à boudin.
En haut, le tube est fermé et terminé par un tube capillaire roulé en spirale et plein d’huile. Quand la pesanteur du mercure augmente, il pousse sur la pellicule d’anéroïde et l'enfonce, l’huile le suit et descend dans le tube capillaire, le contraire a Regnard. 9
lieu quand la pesanteur diminue, c’est-à-dire quand la profondeur d'eau augmente.
La température est sans action, car les variations que le mercure subit de son fait sont compensées, comme dans un pendule, par rallongement des ressorts d’acier qui agissent en sens inverse.
On comprend qu’un pareil outil, suspendu à une cardan, au centre d’un navire, indique à chaque instant sans aucune manœuvre combien d'eau se trouve au-dessous de lui, comme un baromètre dit combien d’air est au-dessus de lui.
On pourrait graduer le bathomètre mathématiquement. Il est plus commode de le faire par comparaison avec un sondeur à fil.
Sur le Faraday , le bathomètre a été essayé et a donné les meilleurs résultats ; à peine a-t-il laissé un ou deux mètres d'erreur. Néanmoins on ne s’en sert nulle part, il est probable qu’il aurait besoin d’être perfectionné : le physicien constructeur qui arrivera à le livrer parfait rendra un grand service à l’océanographie.
Messieurs, c’est grâce à cet arsenal compliqué que nous connaissons aujourd’hui la profondeur des eaux et par conséquent la pression que supportent les animaux qui y demeurent.
Les anciens n’avaient pas sur ce point des notions même approchées. Les poètes et le peuple avec eux déclaraient que la mer était sans fond. Les géomètres grecs estimaient la profondeur moyenne à 1800 de nos mètres pour la mer qu’ils connaissaient, ils n’étaient pas très éloignés de la vérité. D’ailleurs ils se basaient sur ce fait que la mer devait avoir en profondeur ce que les montagnes avaient en hauteur, les matériaux des montagnes extraits de la terre avaient constitué les bassins des mers.
Plus près de nous, Bufîon donne à la mer une profondeur moyenne de 440 mètres ; vous allez voir combien il est audessous de la réalité. Lacaille estime la profondeur des mers à 500 mètres et Laplace, par un raisonnement analogue à celui des Grecs, l’a porté à 1000 mètres seulement.
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Vous savez déjà, Messieurs, d’après ce que nous en avons dit, qu’il faut multiplier ce chiffre par 8 au moins pour arriver à exprimer la vérilé sur ce point.
Malheureusement nous sommes loin de connaître les profondeurs de la mer comme nous connaissons le relief du sol : les coups de sonde sont encore rares, espacés les uns des autres de centaines de kilomètres. Ce n’est guère que dans les endroits où on a immergé des câbles télégraphiques que le fond a été exploré et cela ne fait en somme que des lignes tracées au milieu de l'immensité.
L’opinion que j'ai émise devant vous déjà plusieurs fois est vraie jusqu’à un certain point. Les vieux marins ont coutume de dire : Telle cote, tel fond. Cela signifie que la pente du sol se continue dans les eaux. Là où la plage est plate, le sol de la mer va s’enfonçant lentement; si la côte est formée de montagnes, leur pente se prolonge dans les eaux et les grands fonds se trouvent de suite.
Sur la cote du Brésil, Fitz-Roy, sondant d’un côté de son navire, trouvait un fond de 10 mètres. Sur l’autre bord la sonde donnait 40 mètres. Sur la côte landaise, chez nous, au milieu d'un fond bas et sablonneux, s’ouvre une sorte de canal déplus de 100 mètres de fond, c'est le gouffre de Cap-Breton qui va joindre les grands abîmes de l’Océan.
Nous n’allons pas ici, Messieurs, parcourir chaque mer et examiner sa profondeur moyenne ou extrême : c’est là l’œuvre de l’océanographe.
Ce qu'il importe au biologiste de connaître, ce sont les limites des pressions auxquelles peuvent être naturellement soumis les êtres vivants et. l'étendue géographique sur laquelle ces pressions se produisent.
Or, non loin de nous, dans la Méditerranée, nous rencontrons déjà des profondeurs de 4000 mètres, au nord des Syrtes, presque au centre géométrique de cette mer.
Une ligne qui joindrait la pointe de l’Italie à Tunis, en passant par la Sicile, représente assez bien une sorte de seuil qui
divise la Méditerranée en deux bassins. Le centre de ces deux bassins est à peu près la partie la plus profonde.
Quatre cents atmosphères, voilà la pression que supporte l'animal qui vit au fond de cette mer.
Je ne vous dirai rien de la profondeur de la Manche, de la mer du Nord, delà Baltique. Deux à trois cents mètres, voilà leurs plus grands fonds; 20 à 30 atmosphères sont les seules pressions que supportent au plus leurs habitants. Dans leur plus grande étendue, elles ne dépassent guère 60 mètres : il y a môme des points où elles n’ont que 10 mètres de lond : bien moins par conséquent que beaucoup de fleuves.
La pose du câble transatlantique a permis de dresser la carte de l’ Atlantique-Nord au moyen de coups de sonde assez rapprochés. La profondeur qui sépare l'Europe de l’Amérique est d'environ 3500 mètres (350 atmosphères). Le point le plus profond de cette région est à 4431 mètres.
Entré la côte d’Afrique et le Yucatan la plus grande profondeur est de 5000 mètres (500 atmosphères), on la rencontre près dçs îles du Cap-Vert. Le fond se relève au contraire subitement au niveau des petites Antilles après s’être abaissé à 5500 mètres dans la mer des Caraïbes.
La plus grande profondeur de l’Atlantique se trouve à 157 kilomètres au nord de Saint-Thomas. Elle est de 7091 mètres (700 atmosphères environ).
Si on en croyait les premiers sondages, F Atlantique-Sud serait encore plus profond que l’Atlantique-Nord.
Près du Brésil, nous l’avons dit, Denham a trouvé un fond de 13 900 mètres, et Parker un autre de 15 900. Seulement, à cette époque, on ne tenait pas compte des déviations de la sonde : ces régions ont à peine un fond de 5500 mètres. En réalité l’Atlantique-Sud a en moyenne 4500 mètres de profondeur.
Les dérouleurs de fils ont naturellement sondé le Pacifique comme ils l'avaient fait de l’Atlantique et, là encore, ce sont les tentatives de pose de câble qui ont amené à réaliser ce long et pénible travail.
LÀ PRESSION
Mais, avant môme qu’on eût sondé le Pacifique, on connaissait sa profondeur moyenne, grâce à un calcul que l’on peut faire sur la rapidité de propagation des ondes produites par une secousse de tremblement de terre.
Fig. 71. — Coupe de l’Océan Atlantique entre la France et les îles du Cap-Vert.
Cette vitesse de propagation est fonction de la profondeur de l'eau. Elle peut être exprimée d’après Airy de la manière suivante :
d’après Airy et Bâche :
d’après Russel :
Le 23 décembre 1854 un tremblement de terre agita tout le Japon.
11 fut ressenti douze heures après de l’autre côté du Pacifique à 11 000 kilomètres de là.
En appliquant la formule on trouve que la profondeur moyenne est de 4285 mètres.
Le tremblement de terre du 23 août 1868, qui se produisait en Amérique et celui du 9 mai 1877 permirent de calculer que le Pacifique présente entre Arica et les Sandwich une profondeur moyenne de 4691 mètres, entre Iqnique et llilo une profondeur de 4252 mètres et une profondeur de 4060 mètres entre Iquique et Ilonolulu.
On ne connaissait encore que ces données générales quand le navire Tuscarora explora le Pacifique, de la Californie au Japon, en vue de la pose d’un cable. Le capitaine Belknap ne donna pas moins de 483 coups de grande sonde sur un déve-
Fig. 72. — Planisphère indiquant les principales profondeurs dans le Pacifique
et l’Atlantique.
loppcmcnt de 10 000 kilomètres. C'est ce travail que représente notre schéma (fig. 73).
Entre l’Amérique et les Sandwich le fond est en moyenne de 4392 mètres. C’est presque exactement ce qu’avaient trouvé les mathématiciens par le calcul de la vitesse des ondes.
Piès de la cote du Japon, la sonde indique un creux de 8373 mèties. C est le point le plus profond que l’on connaisse dans aucune mer. La pression y est de 857 atmosphères. Il porte en océanographie le nom de fosse du Tuscarora.
L’Océan Indien commence à être connu : on y a trouvé des fonds de 5300 mètres ; mais les sondages sont encore bien éloignés les uns des autres. Les récents travaux de John Murray vont jeter un jour nouveau sur ce point.
LA PRESSION
golfe Persique et la mer Rouge, leur fond moyen est de 100 mètres, leur plus grande profondeur de 900.
L’Océan Antarctique est mal connu, le Challenger y a pour-
Coupc de l’Océan Pacifique cuire Cap Flaltery ci Yokohama.
lant fait un sondage de 3640 mètres. L’Océan Arctique a été mieux observé.
Tandis qu’au nord de la Sibérie les fonds de 2a mètres se piolongent jusqu’à 230 kilomètres des côtes, on trouve entre l’Islande et le Groenland des fonds de 2830 mètres et, entre celui-ci et l’Amérique, des fonds de 3673 mètres.
Otto Krümmel, cité par Reclus, a exprimé dans le tableau que je mets sous vos yeux la profondeur moyenne de toutes les mers.