‹ Recherches expérimentales sur les conditions physiques de la vie dans les eauxChapitre 6 sur 42 · CD · texte numérisé non relu

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pluie, jusqu’au fond des mers où ils s’accumulent de toute éternité, tendant en réalité à combler leurs bassins : prenant à la côte et à la surface les éléments minéraux qui se trouvent ainsi entraînés vers le fond, de telle sorte que les grands dépôts géo-

logiques se continuent sous nos yeux et que nous assistons à la manière dont se sont formés les terrains de sédiment.

Wyville Thompson a même été plus loin. Pour lui, la période crétacée continue dans les fonds de l'Océan qui en sont, pour ainsi dire, restés à ce point de l'évolution géologique ; si bien que nous assistons encore à la formation silencieuse des mêmes bancs de craie que nous rencontrons émergés de tant de points du globe, sièges des antiques mers secondaires.

Fig. 36. — Rhabdospkère.

Cette opinion absolue est fort contestée aujourd’hui, attendu que les êtres qui ont formé la craie sont loin d’être tout à fait identiques à ceux qui abandonnent maintenant leurs carapaces au fond des abîmes. Mais il n'est pas niable qu'il se forme en ce moment même au fond des mers une boue faite de cadavres animaux et végétaux, et nous ne savons pas du tout quelle roche pourrait donner cette boue si quelque cataclysme venait l’élever, la découvrir et l'exposer aux agents atmosphériques.

Un récent travail de Murray, ajouté à d’anciennes recherches de Pourtalès, va bien nous faire comprendre dans quel ordre

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do succession sc forment ces différentes vases. La carte de l'Océan Indien, que je place sous vos yeux, vous montre (|ue tout le long des côtes de l’Afrique, le long du continent antarctique et surtout autour du continent asiatique, il se dépose une grande quantité de ces vases que l'on a appelées terrigènes parce qu'elles ne sont que des détritus rocheux et sableux arrachés aux terres par les eaux sauvages; puis, le long du continent antarctique, dans l’endroit ou fondent les glaces, où

par conséquent beaucoup d’eau douce abaisse la salure de la mer, nous observons un abondant dépôt de Diatomées : en revanche, les Foraminifères manquent, mais nous les voyons former une nappe énorme qui comprend tout le centre de l'Océan. Dans les points les plus profonds de celui-ci, nous observons la disparition des Globigérines et à leur place nous voyons d’abondants dépôts de Radiolaires siliceux.

On s’est beaucoup demandé comment, puisque Foraminifères et Radiolaires vivent ensemble à la surface, il pouvait y avoir

une sorte de partage dans les boues qu'ils vont former sur le fond. Deux théories, qui seraient d’ailleurs à démontrer, peuvent expliquer ce point de science. Partout où il existe des Fora-

Fig. 38. — Carte de l’Océan Indien d’après Murray. Elle indique la nature du

fond de la mer.

minifères, il y a aussi des Radiolaires mélangés, mais la réciproque n’est pas vraie. De plus, les Radiolaires forment des dépôts toujours plus profonds que les Foraminifcres.

Il serait donc possible d’admettre que les coquilles calcaires des Foraminifères arrivent déjà à moitié dissoutes par l’eau de

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mer quand elles rencontrent le fond assez tôt; mais si, dans leur 1res lente descente, elles doivent trouver le fond plus bas, elles ont le temps de se dissoudre complètement avant de l’atteindre, de telle sorte que les Radiolaires à coquilles siliceuses et insolubles arriveraient seulement sur ce fond et y formeraient des dépôts sans aucun mélange.

Une autre théorie admet que dans certains points de la mer, et pour des causes variées, il se trouve un grand amas d’acide carbonique, liquide sous la haute pression qu’il supporte, et

Fig. 39. — Schéma indiquant l’ordre de succession des dépôts vivants à mesure

que l’on descend dans l’Océan.

que cet acide devenu puissant attaque et dissout aussitôt les coquilles calcaires, forme du bicarbonate de chaux soluble et respecte absolument les coquilles siliceuses qui restent seules dans la vase.

11 me reste à vous faire connaître l’ordre de distribution en profondeur de ces dépôts. C’est Pourtalès qui nous l’indique d’après les recherches qu'il a accomplies sur la côte est des États-Unis. D’après lui, les Miliola se trouvent de 0 à 80 mètres; les Tnmcatulina de 50 à 1 40 ; les Marcjinulina et les Cristellaria de 140 à 400. A 400 mètres arrivent les Ptéropodes. Les Globigérines commencent à 3000 mètres et vont jusqu’à 5000.

C’estaprès ce niveau qu’il nous faudrait placer les Radiolaires , après quoi on ne trouve plus rien que des argiles absolument

Regnard. ®

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azoïques dont nous allons parler tout à l’heure. C est ce que représente le schéma que je vous présente (fig. 39).

Messieurs, après les vases composées de cadavres d animaux et de végétaux, nous rencontrons les dépôts d’abîmes. G est vers 3000 mètres qu’ils commencent. Là, plus trace de coquilles microscopiques, elles sont toutes dissoutes. Le fond de la mer est tapissé d’une argile grise ou rouge qui n est que le résultat de l’action de l’eau de mer sur le iond volcanique de l’Océan et sur les roches primitives qui le forment. Aucune trace de sédimentation animale ne s’y trouve, et même celte couche molle d’argile rouge est peu épaisse, car la sonde va frapper à travers elle sur le roc nu. On a quelquefois ramené du fond des blocs de pierre qui y étaient tombés accidentellement, une rayure très nette montrait jusqu’où ils étaient ensevelis dans la vase, leur sommet étant baigné par l’eau.

Au milieu de ces vases rouges, on rencontre quelques minéraux, des sphérules magnétiques et des nodules manganésiens. Ont-ils été lancés par des volcans, sont-ils de nature cosmique? C’est ce qu'on discute encore aujourd’hui ; mais leur étude est plus celle de l’océanographe que celle du biologiste ; je ne puis donc que vous renvoyer sur ce point aux travaux de Murray, de Renard et de Thoulet.

Ce qui nous intéresse davantage, c’est que dans ces argiles on a rencontré une grande quantité de dents de Squales et d'os tympaniques de Baleines, derniers vestiges.de ces animaux. — Certaines dents même appartenaient à des espèces aujourd'hui éteintes. Un coup de drague donné par le Challenger, au sud des Marquises, rapporta, nous dit Thoulet, plus de 100 dents de Requins et 40 caisses tympaniques de Baleines.

Yous seriez étonnés, Messieurs, si, vous entretenant du fond des Océans, je passais sous silence le Bathybius qui fit, il y a peu, son apparition dans le monde avec tant d’éclat, j'allais dire de fracas. — Le Porcupine , draguant les fonds de l’Océan, ramena dans ses appareils une sorte de gelée transparente, remplie de Coccolithes et il parut à Huxley que cette gelée était ani-

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niée de mouvements sarcodiqucs analogues à ceux de ces êtres primordiaux <|ue l’on appelle les monères. On retrouvait donc au fond de la mer, au milieu de ces boues, de ces argiles dont nous venons de nous entretenir, l’être le plus simple, le prototype de la vie. Et il ne s’agissait pas d’un être microscopique ; le Bathybius pouvait occuper sur le fond des espaces immenses comme une couche de gélatine vivante répandue sur la vase et mêlée avec elle. Le sol même des mers vivait d’une existence simple mais constatable par le mouvement et la respiration chimique. L’enthousiasme fut grand, il semblait qu’on tenait la clef de la création et l'origine de la vie. On est un peu calmé aujourd’hui. Des naturalistes considérés pensent que le Bathybius n'a été qu'une apparence trompeuse, qu'un artifice de préparation cl qu'on l'obtient toutes les fois qu’on mêle de l’eau de mer avec de l’alcool; il se produit alors un précipité gélatineux de sulfate de chaux. Les partisans du Bathybius n’ont pas désarmé pour cela ; mon rôle d'historien est de ne pas prendre parti et de vous exposer simplement les deux avis, sans y mêler le mien. La question, d’ailleurs, n’a pas l'importance philosophique qu’on lui donne. Le Bathybius n’est pas le seul être monérien qui existe et, fùt-il un résultat artificiel, il ne nous resterait pas moins les Protomyxa , les Amibes et autres êtres analogues qui marquent le début de l'organisation vitale et que personne ne songe à nier.

Nous devons rapprocher du Bathybius un autre être primordial, sorte de gelée vivante, lui aussi, auquel M. de Folin a donné le nom de Bathybiopsis simplicissimus. L’auteur l’avait rencontré dans les dragages du Talisman , au niveau du golfe de Gascogne. 11 serait, lui aussi, le principe des êtres; sa première division en s’entourant d’une coquille s’abriterait dans une demeure et nous serions ainsi sur la voie de la formation du type Foraminifère. Il convient d’attendre que l’opinion des zoologistes soit arrêtée sur le fait même de l’existence de cette glaire vivante avant d’en tirer quelque conséquence physiologique. La revue que nous passons ensemble des animaux qui peuvent,

par leur existence, modifier le fond des mers serait incomplète certainement si je ne vous disais un mot de l’œuvre des Polypiers.

Michelet les appelle des faiseurs de mondes, et vous savez que celte expression n’a rien d’exagéré puisqu une quantité d’iles de l'Océan Pacifique et de l’Océan Indien reposent sur les amoncellements minéraux qu’ils ont créés. Comme les horaminifôres, ils prennent à l’eau de mer la chaux qu elle a arrachée aux rivages et dissoute ensuite pour la remettre au jour et en refaire des blocs qui finissent par émerger des eaux.

Les Polypiers ne vivant que dans les eaux chaudes, dans celles dont la température ne s’abaisse jamais au-dessous de 20n, c’est vous dire qu’on ne constate leurs travaux que dans la zone tropicale ; et, encore là, ne descendent-ils guère sur les fonds qui dépassent 00 mètres; la température de l’eau, dans ces profondeurs, n’étant plus suffisante pour eux.

Les Méandrines et les Poritcs sont surtout les espèces qui composent ces amas immenses de coraux qui forment des îles véritables. Tant qu’un peu d’eau les recouvre encore, les animaux vivent et couvrent le fond de la mer d’une sorte de tapis diapré des plus riches couleurs : le jaune, le rouge carmin, l’orangé se mêlent en formant les dessins les plus splendides. Mais quand les bancs arrivent à ce point qu'ils émergent de l’eau, les animaux meurent et leurs squelettes calcaires demeurent seuls visibles. La surface que bat le Ilot pendant la haute marée ressemble alors à un champ, blanc comme la neige et sur la surface duquel on voit encore les arabesques finement ciselées ou les broussailles pierreuses laissées par la couche supérieure des Polypiers. Mais bientôt l’usure par les vagues, par les agents atmosphériques ne tarde pas à intervenir, le bout des branches pierreuses se casse, pénètre dans les anfractuosités et les méandres, les bouche en se soudant et il ne reste plus qu’un sol uni où on aurait peine à reconnaître la riche végétation calcaire qui naguère encore en formait la surface.

L’unification de l’édifice est encore aidée par une foule de

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Mollusques qui viennent chercher un refuge au milieu du Polypier déshabité, y soudant leurs coquilles et augmentant l'enchevêtrement général. Enfin la pluie de Foraminifères qu’on rencontre partout vient encore s’interposer dans les moindres interstices et ainsi se trouve formé une sorte de marbre dont la

surface arrive au-dessus du niveau des eaux.

Dans beaucoup de mers du sud, l’activité volcanique est loin d’être éteinte, aussi comprend-on facilement comment le fond, s'élevant lentement, les bancs de Polypiers arrivent rapidement au jour; 290 grandes îles du Pacifique n’ont pas d'autre origine; elles représentent ht) 000 kilomètres carrés. Reclus nous apprend que le roi des Maldives (des îles innombrables) prend le titre de sultan des treize mille atolls et des douze mille îles. Ce titre oriental n’a, paraît-il, rien d’exagéré, le nombre des petits récifs de corail n’étant pas susceptible d’être supputé.

Quand la surface du récif est arrivée franchement au-dessus du niveau des Ilots, les oiseaux de mer s’y arrêtent, y déposent leurs œufs et aussi leurs excréments : l'azote intervenant, la terre végétale apparaît. Quelque graine apportée par le vent se met à germer. Les insectes entraînés par les tempêtes s’y abattent et voilà la vie qui intervient. Il ne faut pas deux siècles pour que de grands arbres aient poussé : l’homme arrive et s’établit sur sa nouvelle conquête.

Depuis qu’on s'occupe de la genèse de ces terres nouvelles émergées des eaux sur les édifices des myriades de Polypiers, on en a vu naître pour ainsi dire sous l’œil d’un même observateur. En 1825, file Bikri n’était pas émergée; en 1860, elle était déjà recouverte de végétation (Reclus).

La manière dont arrive cette végétation nous explique pourquoi les espèces sont peu nombreuses. L’ile Rose est couverte de forêts et pourtant les botanistes n’y trouvent que deux espèces différentes.

Les Polypiers construisent vite étant donnée leur petitesse et l’immensité de leur travail. Sur la côte de la Floride, ils

bâtissent 30 centimètres par siècle. Dans le Pacifique, certaines espèces font 2 mètres tous les cent ans. D'autres seraient, diton, capables d’en construire 6 dans le même temps.

Voilà pour la hauteur, mais jugez de la masse d après les surfaces que je vais vous citer. Sur les côtes de la mer Rouge, du Pacifique et de l’océan Indien, des centaines de mille de kilomètres sont bordés de récifsde corail. Près du détroit de J orrès. 500 kilomètres de mer disparaîtront un jour si la grande barrière de corail arrive à la surface. En Floride, 80 000 kilomètres carrés de terres émergées sont l’œuvre des Polypiers et le fond de la mer en est encore tapissé.

J’ai supposé jusqu’ici que le fond de la mer se soulevait et mettait à nu le sommet du banc de Polypiers; il n'en est pas toujours ainsi et, quelquefois, le sol au contraire s’affaisse; néanmoins les Polypiers arrivent à émerger. C'est ici que doit intervenir la fameuse théorie de Darwin sur la formation des atolls.

Certaines îles de corail sont circulaires et au milieu se trouve une sorte de grand lac d’eau salée qu’elles entourent comme un simple cordon.

Nous avons dit que les coraux ne peuvent vivre au-dessous de 50 mètres, or on voit ce cordon descendre à 2 ou 300 mètres de profondeur et partout il est formé de Madrépores.

Cette disposition ne peut être expliquée, d'après Darwin, que par le mécanisme suivant. Une île se trouve entourée d’un récif de corail croissant à la profondeur que ces colonies recherchent. L île s’affaisse, entraînant ce banc. Les coraux cessent de vivre quand ils arrivent trop bas; mais sur leurs cadavres calcaires une autre colonie s’établit vite, que l'affaissement condamne bientôt à mort et ainsi de suite, en solde que, plus T île-support va en s'affaissant, plus les coraux qui l'enserrent travaillent avec activité. Quand Pile a tout à fait disparu, elle est remplacée par une mer circulaire située à l'intérieur d’un cordon qui n’est que la colonie coralliairc continuant à s’accroître. Quand elle est près d’émerger, les vagues détachent des blocs à la partie

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externe de l’anneau et les lancent sur la partie la plus interne qui se trouve ainsi plus élevée que les eaux; les oiseaux, les insectes y arrivent et tout se passe comme nous avons déjà dit pour les récifs régulièrement soulevés par l’action volcanique directe.

11 faut donc admettre deux théories pour expliquer l'exhaussement des coraux : ou bien dans les points où le sol s’affaisse, ils bâtissent, comme le veut Darwin, pour compenser la descente et rester dans les régions chaudes, ou bien ils s’établissent sur des accumulations d’organismes calcaires au moment où ces accumulations de Foraminifères sont arrivées à la hauteur qui convient.

Avant de quitter cette histoire naturelle du fond de l'Océan, je voudrais vous dire un mot d’un appareil que j’ai imaginé et qui pourrait rendre quelques services pour l’exploration de ce fond.

11 s'agit d’un système qui permettrait de le photographier directement. On voit de suite l’intérêt qu’on trouverait à rapporter des images exactes représentant la configuration du sol, les espèces fixées et même les animaux qui pourraient se trouver par hasard devant l'objectif au moment où il s’ouvrirait.

Pour qu’un pareil instrument puisse fonctionner il faut :

1° Que le fond de la mer soit éclairé;

2° Que l’appareil soit toujours rigoureusement au point;

3° Il doit s’ouvrir et se fermer pour un temps de pose connu ;

4° Il ne doit subir aucune pression de la part de l’eau.

Nous proposons d’obtenir ces différents résultats par le dispositif que nous vous présentons (fig. 40).

Une caisse ronde, formée d'un tube de cuivre, est. fermée à ses deux extrémités par des plaques de cuivre circulaires dont la supérieure se fixe sur une bague de caoutchouc au moyen de boulons à oreilles.

Dans cette caisse, se trouve renfermée une chambre noire G dont la glace sensible est fixée dans un châssis à rideaux S.

Cette chambre est portée sur un affût dit à crinoline qui se pose sur le sol quand on descend l’appareil.

La distance du solà l’appareil est de ce fait toujours la même,

l’objectif est donc toujours au point.

La plaque supérieure de la caisse est percée d'un trou où s’engage le robinet R, surmonté d'un ballon compensateur B analogue à celui de notre lampe électrique. Il est destiné comme pour celle-ci à annihiler l'influence de la pression de l’eau.

Il faut maintenant que l'appareil s’ouvre et se ferme à des intervalles donnés. Ceci est réalisé par l’appareil M composé d’un disque qui est mû par un mouvement d'horlogerie. Ce disque est percé d’une fente F demi-circulaire. Quand, par suite du mouvement de rotation, elle vient à passer devant l'objectif, elle en ouvre la lumière ; quand survient la partie pleine du disque, l'objectif est fermé. 11 est facile de régler le volant à ailettes Y de telle sorte que le passage de la fente dure un temps donné.

Fig. 40. — Dispositif proposé pour Reste à éclairer le fond de la photographier le fond de la mer

ou toute autre cavité inaccessible, mer qui pourrait se trouver trop

sombre pour être photographié.

Pour cela, une couronne de petits accumulateurs E, E, entoure la chambre noire. Ils sont réunis en tension et apportent leur courant à 2 lampes Edison placées au dehors de chaque

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côte de l'objectif et protégées contre la pression par une cloche de piézomôtre solidement mastiquée.

Pour que les accumulateurs ne s’épuisent pas en dehors du temps de pose, c'est le disque M qui, en tournant, établit le courant au moment où la fente F arrive devant l’objectif et qui le rompt au moment où cette fente a terminé sa course.

Un système de câbles en patte d’oie N permet d'immerger l'appareil et de l'attacher aune légère bouée.

Pour opérer on met une glace sensible en S, on lance le volant Y après avoir placé le disque de façon que la fente arrive le plus tard possible en face de l’objectif. Les accumulateurs, bien chargés, sont en rapport avec les lampes. O11 referme la boite A, on ouvre le robinet U, on immerge, on attache labouée et on se retire au loin. Le trouble causé dans l’eau par la descente de l’appareil se dissipe, la pose a lieu, puis tout rentre dans l’ordre, on relève l'appareil, on change la glace et on est prêt pour recommencer.

Je ne puis encore vous montrer de clichés faits avec cet instrument, j’attends une prochaine campagne pour m’en servir et pour y apporter les perfectionnements que l'expérience m'indiquera.

Messieurs, la nature du fond a, sur les animaux qui y vivent, une influence considérable. Les animaux littoraux sont munis d'organes qui leur permettent soit de s’y fixer soit de s’enfermer dans le sable, ne laissant pour ainsi dire passer que l’extrémité

de leur tube digestif ou de leur appareil respiratoire.

Vous connaissez les Mollusques bivalves dont la coquille se fixe sur le moindre rocher pendant que d’autres, munis de byssas , s’accrochent à tout endroit où ils peuvent prendre prise. Quelques autres Mollusques même, comme les Patelles, arrivent à creuser le roc et à s'y faire commeune chambre. Les Oursins, dans un autre ordre d’animaux, nous présentent la même habitude à un degré assez complet pour que l’animal soit tout entier renfermé dans la loge qu'il se fait (fig. 41).

Les roches les plus dures peuvent être attaquées par l’animal:

la lave, le granit, le gneiss, le grès ; les uns veulent que l'Oursin ait fait sa loge en se remuant lentement et en usant la roche avec scs épines; d’autres veulent que ce soit avec les pièces de la lanterne d’Aristote que l’animal attaque volontairement les pierres les plus dures.

L’Oursin en se creusant ainsi une grotte se met à 1 abri de la trop grande agitation des eaux, de plus il s’assure contre la mise à sec au moment de la marée. Les Oursins qui vivent plus profondément, dans les lieux où la mer ne se retire plus et où les vagues sont milles, ceux-là, dis-je, ne se creusent pas de cavités.

Voilà donc que la nature du fond, quand il est dur, influe sur la forme et les habitudes des êtres vivants. S'il est sahlon-

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ncux il en sera de meme : des Poissons, des Mollusques comme les Couteaux s’enfonceront subitement quand la mer se retirera et se mettront de la sorte à l’abri du dessèchement.

Dans les profondeurs, dans les points où ne subsistent plus que les vases molles terrigènes, animales ou volcaniques, les êtres vivants ont du adapter leur mode d’existence, leurs moyens de locomotion à pareil habitat. C'est ce que Perrier a très bien décrit en nous montrant les modifications que subissent les animaux qui vivent sur ces grands fonds.

.le lui laisse la parole tant sa description me semble parfaite et impossible à abréger.

« Point de lumière solaire, une température voisine de 1°, point de courants ou de mouvements tumultueux dans les eaux, point de végétaux verts, point de rochers anfractueux, une vase homogène pour sol, une pression énorme; telles sont les conditions au milieu desquelles les animaux des grands fonds doivent passer leur existence, les conditions auxquelles leur organisme doit s’accommoder. Ces conditions n'imposent pas à tous des mœurs également différentes de celles des animaux littoraux correspondants.

« Les phytozoaires, qui vivent fixés au sol, ceux dont la lente progression n’a besoin pour s’éclairer que d’organes de toucher délicats, les éponges, les polypes, les échinodermes, ne sont pas évidemment placés par l'absence de lumière dans des conditions qui leur soient spéciales.

«L'abaissement de la température, l’accroissement de la pression n'exigent pas, pour être supportés, de modifications apparentes chez les animaux.

« Les seules conditions qui pourraient imposer aux phytozoaires des changements de structure sont l'absence de mouvement dans un milieu qui contribue d’ordinaire pour une part importante à la dissémination des œufs et des larves et qui apporte de lui-même l’oxygène et les aliments; l’absence de végétaux verts qui impose un régime animal ; l’absence de corps solides, qui rend difficile la fixation au sol; l’absence d'anfractuosités.

qui entraîne la suppression des retraites où tant d animaux aiment à s’abriter. A la première de ces causes on peut rattacher la fréquence chez les animaux des grands fonds de dispositions permettant aux jeunes de se développer en demeurant attachés à leur mère.

« Tous les Pterasteridæ , parmi les Étoiles de mer; le Cidaris nutrix ; Y Hemiaster cavernosus, parmi les Oursins ; la Cladodactyla crocea , parmi les Holothuries, conservent leurs petits soit dans des poches spéciales, soit parmi leurs piquants ; cette habitude, déjà très répandue chez les Crustacés des rivages, se présente chez ceux qui habitent les grands fonds avec quelques particularités intéressantes; les jeunes de Y Arcturus Baffini, par exemple, se fixent à ses antennes. Cette même absence des courants confine davantage les animaux nageurs dont les Phytozoaires fixés se nourrissent, dès lors ces derniers ont tout avantage à ne pas former des masses ramifiées, mais à se fragmenter et à se disséminer le plus possible, de manière à pouvoir chasser sur un plus vaste espace. O11 s’explique ainsi la rareté des Polypiers branchus, tels que les Lophohelia ou les Dendrophyllia , et l’abondance des Polypiers solitaires, tels que les Cary ophy Ilia , les Stephanntrochus , les Flabellum , qui n’ont même pas besoin de se fixer et reposent le plus souvent librement sur le sol. En l'absence de corps solides fixes, les animaux sédentaires sont dans l’obligation de prendre pour ainsi dire racine dans la vase, et de vivre au sommet de pédoncules plus ou moins longs, s’ils ne peuvent s’enfouir dans le sol pâteux qui les entoure.

« C’est ce qu’on observe chez un grand nombre d’Éponges, qu’elles soient monactinillidées, comme les Sty/ocordyla , les AmphUectus et les Chondrocladia ou hexactinillidées, comme les Pheronema , les Bose/la , les Euplectella et surtout les Hyalonema ; c’est ce que l’on voit encore chez le Monocaulon et nombre d’autre Polypes hydraires, chez les Virgularia et les Umbellularia , parmi les Alcyonnaires, qui ne sont en somme que des Yérétillesà pédoncules énormes; c'est ce qui explique

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que les Crinoïdes pédonculés, tels que les Pentacrines, et surtout ceux qui sont pourvus de racines, comme les Rhizocrimis , Bathycrimis et Hrjocrinus , aient persisté uniquement dans les grands fonds ; c'est encore ce qui explique pourquoi, dans ces grands fonds, les Ascidies pédonculées, à la façon des Bolténies, telles que les Ascopem , les Corynacidia , etc., sont plus fréquentes que partout ailleurs.

« Une même disposition que l'on rencontre chez des animaux aussi différents vivant dans les mêmes conditions éveille évidemment l'idée que cette disposition est la conséquence plus ou moins directe des conditions d'existence auxquelles sont soumis les animaux qui la présentent.

« On a rattaché à l’obligation de ramper à la surface de la vase la substitution de la symétrie bilatérale à la symétrie rayonnée chez un grand nombre d'IIolothuries abyssales. Cette substitution est si générale que les Holothuries rayonnées, les Holothuries normales, deviennent l'exception dans les régions profondes. On peut également considérer comme avantageuse dans ces conditions la mollesse du corps des Oursins de la fa-

mille des Echinothuridés et des Etoiles de mer de la famille des Ptérostéridées, mollesse qui leur permet de s’aplatir facilement et d’augmenter ainsi leur surface d’adhérence ; la grande longueur des bras chez un grand nombre d’Etoiles de mer des genres Zoroaster , Dorigona, A rchaster ; leur longueur et leur multiplicité chez les Brisingidées; le développement exceptionnel des pattes chez les Pycnogonidés et les Crustacés des genres Ptychogaster , Lit ho de s, Lispognathus , Cirtomaia , Platymaia , et à un degré moindre Scyramathici , Geryon , Gonoplax. Mais ici apparaît une distinction délicate. Les pattes des Artiozoaires ne sont pas seulement des organes de tact, dont la fonction exploratrice peut se combiner à tous les degrés avec la fonction exploratrice des organes de vision. »

Mais, Messieurs, il n’y a pas que la nature solide ou vaseuse du fond qui puisse influer sur la vie des animaux. La couleur même de ce fond, les algues qui le garnissent sont cause que

la livrée des êtres vivants change dans le but de les protéger.

Vous savez ce qu'est le mimétisme. Darwin a longuement insisté sur son rôle dans la conservation des espèces. Tel oiseau, le perroquet par exemple qui est d'une couleur verte, comme le feuillage des arbres dans lesquels il vit, échappe par cela même à la vue de ses ennemis et son espèce va toujours se propageant pendant que disparaissent les espèces d’une nuance plus tranchée. Les animaux terrestres se trouvent aussi avoir souvent la couleur du fond sur lequel ils vivent. Le Lièvre a la couleur des terres labourées, une Perdrix tassée ressemble à s’y méprendre à une motte de terre; la femelle du Faisan couve sur le sol et possède sa couleur et c'est au point que certains animaux suivent la livrée delà terre elle-même. L’Hermine et le Lagopède sont bruns l'été; ils deviennent blancs quand la neige recouvre les campagnes.

Ce que le sol émergé peut produire, le sol marin le fait aussi : les animaux pélagiques, qui vivent au large, sont transparents comme du cristal et se contondent avec l'eau à ce point que les gens non exercés ne les voient pas. Ceux qui vivent à la cote prennent la couleur de cette cote si bien qu’un homme du monde, se promenant sur un rivage, n'y remarquera pas d’animaux, là même où un pêcheur, un zoologiste, feront une ample récolte.

Les Poissons, les Mollusques qui vivent parmi les Algues ont la couleur de ces Algues. Lq Labre, ce beau poisson si commun sur notre cote bretonne, est vert comme les prairies marines qu’il habite : il est noirâtre sur les cotes où poussent les fucus bruns. Dans la mer des Sargasses, cet Antennarius marmoratus qui va de plante en plante sans jamais gagner aucun bord ressemble tellement à une Algue qu’on ne peut guère l’en distinguer; ses nageoires se terminent par des filaments tout à fait pareils aux frondes des Sargasses, il est brun comme ces plantes et piqueté de points qui représentent assez bien leurs vésicules flottantes (fig. 42).

C’est chez le PJujllopteryx Eques que cette adaptation au fond

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nous semble le plus admirable. Cet animal habite le sud de l’Australie; lui aussi demeure au milieu des Algues. Ses nageoires, les épines de son dos ont pris la forme de longues lanières sans cesse agitées par l'eau, en même temps que les fucus ; sa couleur est juste la même que la leur, si bien que le Poisson demeure à l'affût protégé contre ses ennemis qui ne le

Fig. 42. — Antennarius marmoratus. — Exemple de Mimétisme.

voient pas, armé contre ses victimes qui passent, sans se douter de sa présence, à la portée de sa bouche vorace (fig. 43).

Darwin raconte que les Poissons qui vivent sur les bancs de coraux de l’Océanie ont des couleurs vives et piquetées qui font confondre leur livrée avec le sol vivant formant un tapis au coloris le plus brillant. Il en est de même des Cypræa qui habitent dans la même région.

Dans nos cours d’eau, YApus, qui vit sur la vase au milieu des feuilles en décomposition, présente lui-même l’aspect d’une petite feuille sèche. Il n’y a pas jusqu’à son appendice caudal qui ne simule un pétiole réduit et desséché.

Il existe même des animaux qui peuvent modifier leur livrée

lentement ou instantanément quand ils changent de fond.

BIOLOGIE DU FOND DES MERS

Dans le premier groupe se placent un certain nombre de Poissons de nos rivières. Jurine prétend que les Lotes que l'on pèche dans les profondeurs du lac Léman sont plus pâles que celles que Ton trouve à la surface. Cette manière de voir est loin d’être celle de tout le monde; les pêcheurs et les naturalistes de Concarneau ont en effet remarqué que les Scorpènes que l'on prend sur le rivage sont d'un brun roussâtre, tandis que celles que l'on prend sur des fonds moyens, où la lumière est moins intense, sont d’un noir violacé. Les marchands de Poissons dorés les tiennent à l'obscurité pour qu’ils conservent des teintes riches: ils savent fort bien qu’au grand jour et à plus forte raison au soleil ils deviennent très pâles.

J’ai voulu juger cette question expérimentalement et je vais vous présenter le résultat de mes recherches. Yoici deux Carpes âgées d'un an et demi environ, elles sont nées ici des deux mêmes parents : elles ont, comme vous voyez, atteint le même développement. Mais leur couleur est bien différente. Depuis un an l'unc est dans un vase très propre et placé au grand jour, l’autre a été le même temps dans une obscurité absolue. La première est d'un jaune très clair, l'autre est presque noire : c’est une expérience qu’il faudra refaire sur beaucoup d’espèces ; elle est malheureusement très longue, comme vous voyez.

On peut du reste exécuter sur certains animaux des recherches d'une durée bien moins grande. Dès 1883, Stark avait remarqué que les Loches, les Perches sont pâles quand on les fait vivre sur un fond clair, et foncées quand on les fait vivre sur un fond sombre ; il savait aussi que les Congres pris dans la vase du rivage sont roussâtres, pendant que ceux que l’on pêche dans les roches sont d’un beau noir : il avait aussi constaté cela sur les Poissons plats, Soles, Turbots, Limandes ; c’est, disait-il, pour échapper plus facilement à leurs ennemis qu’ils possèdent cette faculté.

En 1872, de la Blanchère communiquait à l’Institut une observation qu’il avait faite dans le midi de la France. Des Cyprins avaient été enlevés d'une rivière sombre et herbeuse,

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puis transportés au milieu des champs, dans une mare, et exposés en plein soleil ; ils avaient perdu leur couleur vive et étaient devenus d'un ton très clair. Des Tanches d'un beau vert bronzé qui vivaient dans un bassin rempli d'herbages avaient été aussi transportées dans un pays marneux et dans un étang à l’eau toujours trouble et blanchâtre. Quand on les avait pêchées, on les avait trouvées blanches et même rosées.

Ces effets de mimétisme peuvent se produire sur la Tanche avec une rapidité telle que devant vous ils vont se réaliser. Voici deux Tanches qui vivent depuis quelques mois dans notre aquarium, au milieu d ' Hippuris, A' È Iode a et autres plantes très vertes. Elles sont du plus beau vert bronzé. Ces deux Tanches ont 12 centimètres de long et sont bien pareilles l'une à l'autre. Je les choisis jeunes parce que le résultat n'est certain qu'avec des sujets peu âgés. Voici, d’autre part, un grand vase dans lequel j’ai mis de l'eau que j'ai rendue bourbeuse en y délayant de la craie en poudre, j’y place une des Tanches. En moins de deux heures elle devient tout à fait incolore, tellement qu'on voit la couleur de son sang et de ses muscles à travers sa peau et qu’elle est comme rosée.

Je la replace dans l’aquarium au milieu des herbes. Il lui faut près de quatre heures pour reprendre sa teinte vert foncé. En la mettant dans de l'eau charbonneuse le résultat se produit plus vite (voy. Planche I).

Ce qui se passe encore assez lentement sur la Tanche se produit avec une vivacité très grande sur d’autres animaux aquatiques. Ainsi la Crevette commune (le Crangon) est transparente et blanche quand elle nage dans l’eau; vient-elle à se poser sur le sable, on voit son corps se couvrir de petites taches qui le font se confondre avec le sol. Le Poulpe commun, la Seiche prennent aussi et instantanément la nuance approchée du milieu qui les entoure, mais c’est sur le Turbot que l’expérience se fait le plus facilement. Voici un jeune Turbot de 12 à 13 centimètres de long; je le pose dans une cuvette de porcelaine; vous le voyez devenir d’un blanc éclatant, je le passe subite-

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