CINQUIÈME LEÇON
LA PRESSION
Messieurs,
Par le seul fait qu’ils vivent dans l’eau, les êtres aquatiques sont soumis à un certain nombre de conditions physiques, qui ne sont pas les mêmes que pour les animaux aériens.
La première, celle qui frappe au premier abord, c’est l’énorme pression qu’ils supportent.
Tandis que les êtres qui vivent dans l’air ont à supporter une pression qui ne dépasse guère 1 kilogramme par centimètre carré, qui diminue à peine de moitié pour les oiseaux de haut vol, et qui n’augmente que dans des proportions insignifiantes par le fait des changements barométriques, les animaux aquatiques voient la pression augmenter de 1 kilogramme au moins toutes les fois qu’ils subissent une dénivellation de 10 mètres, puisque 10 mètres d’eau de mer représentent sensiblement une atmosphère. Or, dans notre deuxième leçon, nous avons vu que la drague ou la nasse avaient ramené des animaux vivants d’une profondeur de 6 à 7 mille mètres. Ceux-là supportaient donc une pression six à sept cents fois plus grande que ceux qui vivent à la surface des Ilots.
Nous aurons à étudier bientôt les changements physiologiques qui peuvent résulter de cette condition physique. Mais, auparavant, notre rôle de biologiste est de rechercher d’abord par quels moyens nous sommes mis en mesure d'affirmer qu’elle
LA PUESSION.
existe bien dans 1 Océan, dans ([iiels endroits de la mer on la rencontre, dans quelle proportion elle se présente sur notre globe.
C’est grâce à la sonde que nous y parviendrons. La première idée que l'on ait, pour prendre la profondeur d’une mer ou d'un lac, c’est de monter en bateau, de descendre un poids au bout d'une corde, de mesurer de combien cette corde entre dans l’eau, et on aura, pense-t-on, la profondeur. Eh bien, cette chose si simple est absolument impossible. Si on procède ainsi, on pourra dévider de la corde indéfiniment, on ne sentira pas le choc du poids; et puis même, admettons qu’on l'ait perçu, quand on voudra le retirer, la corde se brisera, à coup sûr, en un point quelconque de sa longueur, et on ne saura rien du tout sur le sondage que l’on voulait accomplir.
C'est ainsi que peuvent s’expliquer certaines profondeurs inouïes trouvées à l'Océan. La frégate américaine Congress avait donné, à un point de l’Atlantique, une profondeur de 15 240 mètres, et encore, à ce point, sa ligne était entièrement filée, et on ne trouvait pas le fond. Ln pareil résultat s’explique simplement par ce fait que le plomb avait touché depuis longtemps et que la ligne descendait, par son propre poids, et s’enroulait sur le fond ; cela eut pu durer indéfiniment.
11 est certain, pourtant, que pour les faibles profondeurs, quand on ne doit pas dépasser 200 mètres, ce moyen primitif suffit. On attache un plomb prismatique à une corde, et on enduit la base de ce plomb de suif, afin qu’il rapporte un échantillon du fond. Quelquefois, on remplace le suif par une lance de fer barbelée, qui ramène dans ses rainures ce même échantillon.
Le suif est suffisant pour les marins; il est fort mauvais pour le biologiste, car il englue les grains de sable ou les animaux, et les rend impropres à toute étude.
Il convient alors de se servir du sondeur à chambre ou du sondeur à coupe.
Le premier se compose d’une masse de plomb d’une cinquantaine de kilogrammes (lig. 51). A sa partie inférieure, il est ter-
miné par un emporte-pièce en fer, qui pénètre dans le tond au moment du choc. Des trous O permettent 1 évacuation de l’eau pendant cette pénétration. Quand, ensuite, on relève la sonde,
le clapet C chavire et vient fermer la base de l’emporte-pièce, lequel revient chargé d'une rondelle représentant la composition du sol.
Le sondeur à coupe est plus simple encore et plus facile à manier. Au-dessous du plomb est vissé un cône creux à base supérieure ouverte. Un disque de cuir est mobile le long de la tige qui visse le cône au plomb. Quand la sonde descend, le frottement de
l'eau relève le disque de cuir, puis, au moment du choc, le cône entre dans le sol; il en prend un échantillon qui, pendant la remontée, se trouve protégé par le disque de cuir que l'eau pousse sur la coupe à la façon d’un clapet.
Ces appareils sont absolument insuffisants, aussitôt qu'on prétend arriver à une certaine profondeur.
Ce sont les marins des Ltats-Unis qui, sous l'impulsion de Maury, firent les premiers travaux sur les sondages à grande profondeur. Ils tentèrent d’abord des sondages au moyen de boulets qu'ils attachaient à une ligne fine. On suivait le déroulement de la corde, et quand on le voyait se ralentir, on en induisait que le boulet avait tou-
Fig. 51. — Soudeur h chambre.
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