PR EM 1ÈRE PARTIE
Examen des principales opinions émises sur les fonctions du nerf spinal.
Willis.
Galien (i) n’avait sur le spinal que des connaissances fort incomplètes, et il considérait ce nerf comme un rameau du pneumogastrique (6epaire).
Willis (2), le premier, décrit le spinal comme un nerf particulier, et lui reconnaît une origine et une distribution distincte de celles du pneumogastrique; le premier, aussi, il attribue un rôle physiologique différent à ces deux nerfs, et regarde le spinal comme un nerf moteur volontaire, tandis qu’il assigne au vague une propriété motrice involontaire.
Le nerf accessoire ( spinal ), dit cet anatomiste , est formé à son origine par tous les filets émanés de la moelle qui se réunissent en un tronc blanc et arrondi avant leur sortie par le trou déchiré postérieur. Toutes les racines nerveuses , au contraire , qui naissent plus haut et ne se rassemblent point en un tronc unique avant leur sortie du crâne, appartiennent au pneumogastrique.
Cette délimitation originelle établie, Willis poursuit le spinal dans sa distribution, et signale les connexions qu’il offre dans le trou déchiré postérieur avec le pneumogastrique. 11 regarde déjà cette anastomose comme le lien physiologique entre ces deux nerfs : c’est dans ce point, dit-il, qu’il leur est
(1) De Dissectione nervorum, cap. 10. Voyez la thèse de M. Daremberg : Exposition des connaissances de Galien sur l’anatomie , la physiologie et ta pathologie du système nerveux ; 1841 , in-4°.
(2) « Révéra nervus vagus provinciam satis amplam habet ; atta- « men non adeo diffusant, uti vulgo creditur, » etc. (Willis, cap. 23, ed. de 1681.)
possible, à la faveur d’une étroite union, de se communiquer leurs fibres et par suite leurs propriétés.
Voici comment il interprète physiologiquement cette union nerveuse : le nerf accessoire moteur volontaire remonte dans le crâne et s’adjoint au vague, non pour lui fournir des filets (1), mais au contraire pour en recevoir des fibres douées d'une influence motrice involontaire : d’où il suit qu’indépendamment de sa vertu motrice volontaire propre, qu’il tire de la moelle, le spinal possède, de plus, par cet emprunt de fibres au vague, une faculté motrice involontaire acquise. De celte manière, le spinal se trouvera désormais lié à l’action du vague ; il combinera son influence motrice avec la sienne pour agir sympathiquement dans certains actes involontaires, comme ceux qui se passent dans le cou et le membre supérieur. Ce nerf deviendra dès lors l'auxiliaire subordonné du pneumogastrique, ou mieux son accessoire , suivant l’expression de Willis.
Puis l’auteur ajoute que c'est afin de contracter cette union importante dans le trou déchiré postérieur que l 'accessoire , qui naît de la moelle cervicale avec les nerfs volontaires, est obligé de remonter dans le crâne et de parcourir un trajet si bizarre.
Si l’on voulait critiquer Willis avec la science de nos jours, on pourrait lui objecter que la dissection démontre avec la dernière évidence un filet considérable ( branche anastomotique interne) envoyé dans le vague par le spinal. Ce dernier nerf fournirait donc, au lieu d’emprunter, et par ce seul fait la doctrine de Willis se trouverait, dira-t-on , en désaccord avec l’anatomie.
Je crois que cette appréciation serait inexacte. En effet, le pneumogastrique et le spinal, à leur origine, ne sont pas
(I) « Iste ( accessorius ) ad hune modum a eervice assurons ac « intra cranium delatus, » etc. (Will. , toc. cit .)
tellement distincts et séparés qu’on ait dû toujours être d’accord sur les limites assignées à chacun d’eux.
Si l’on comprend dans le spinal (comme on le fait aujourd’hui )"les trois ou quatre filets libres qui sont les plus rapprochés du vague , on constatera , en les disséquant avec soin, que c’est seulement dans le trou déchiré postérieur qu’ils s’accollent au tronc du spinal, et que ce sont ces mêmes filets qui se détachent un peu plus bas pour se réunir au vague. On remarquera encore d’autres fibres plus profondément situées, qui, croisant la direction de celles-ci, se rendent du pneumogastrique au spinal. De sorte qu’en réalité on déterminera un échange de filets entre ces deux nerfs.
Mais si nous admettons pour un moment la délimitation de Willis ( et cela est indispensable pour juger sa théorie ), nous devrons restreindre le nerf accessoire aux seules origines qui se réunissent dans le canal vertébral pour former un tronc blanc et arrondi , et nous restituerons au nerf vague les rameaux les plus supérieurs qui vont former la branche anastomotique des modernes.
Eu ne regardant pas cette branche comme une anastomose entre les deux nerfs, Willis est donc conséquent à sa description, et sa description me paraît exacte, en tant que prouvant que la branche dite anastomotique du spinal est à peu près exclusivement formée par les filaments originaires les plus élevés du spinal que Willis considérait comme les derniers filets inférieurs du vague.
C’est certainement pour ne pas avoir fait cette remarque que Bischoff accuse Willis d’ignorance et lui reproche de ne pas avoir vu que l’accessoire envoie un rameau clans le vague. Qualis autem erat anatomiœ scientia, non mirurn est WiUisium non perspexisse quod sit accessorium inter et vagum vera ratio , etc. (1).
(1 ) Bischoff , Nen'i accessorii Willisii , anatomia et physiologia, Commentatin; Darmstadt , 1832, p. 64.