J'ai vingt fois répété de semblables expériences
Lorsqu'on irrite la portion du nerf inférieure à la ligature ou à la section , le membre de l'animal se contracte et s'agite ; mais l'animal n'en ressent absolument rien. Les parties situées audessous de la ligature forment une espèce de système isolé et étranger au système général de l'économie. On peut brûler ces parties , les dilacérer, y déterminer des convulsions affreuses; l'animal reste doux et calme.
Au-dessus de la ligature, au contraire, la moindre irritation le tourmente et Finquiète ; et c'est, pour le coup, le membre ligaturé qui devient à son tour étranger au trouble général de l'économie.
9. J'ai coupé transversalement le nerf sciatique d'un pigeon, dans sa portion fémorale; J'ai irrité le tronc inférieur un peu au-dessus de sa division en poplités externe et interne; et il y a eu contraction de tous les muscles auxquels ce tronc ou ces divisions se rendent.
J'ai coupé le poplité interne ; je l'ai irrité par son bout inférieur: et l'irritation est demeurée
confinée aux seules ramifications de cette branche du sciatique.
J'ai poursuivi cette branche , de section en section , jusqu'à ses dernières ramifications. L'effet de l'irritation a toujours été de plus en plus circonscrit et réduit; mais il a persisté jusque dans les plus extrêmes subdivisions.
10. J'ai coupé , sur une grenouille , tout le plexus nerveux qui va à la jambe. J'ai chagriné l'animal : il a voulu s'enfuir ; mais la jambe a refusé de lui prêter son secours. J'ai irrité la moelle de l'épine : il y a eu des convulsions par tout le corps , à l'exception de la jambe dont j'avais coupé les nerfs.
J'ai irrité le plexus nerveux de cette jambe : toute la jambe a manifesté des mouvemens brusques et saccadés. J'ai coupé le nerf sciatique un peu avant son passage à travers l'échancrure ischiatique ; j'ai irrité le bout supérieur, et il n'y a plus eu de contractions que dans les muscles antérieurs de la jambe ; l'inférieur , et il n'y en a plus eu que dans les muscles postérieurs. J'ai coupé le popliié externe , et il n'y a plus eu de convulsions que dans les muscles de cette branche irritée.
Enfin, j'ai poursuivi par des coupures successives les subdivisions du popliié externe jusqu'à leurs derniers ramuscules : l'effet excitateur des
DU SYSTÈME NEKVEUX. q
contractions a persisté jusque dans les lamuscules les plus extrêmes.
1 1, Ainsi, 1° un nerf, irrité dans un point quelconque de son trajet, provoque à l'instant des douleurs et des contractions.
2° Une simple ligature, ou une section opérée sur le trajet d'un nerf , y établit sur-le-champ deux centres d'action , et s'y interpose entre deux ordres de phénomènes : sensation au-dessus , et contraction au-dessous. La contraction est donc essentiellement distincte de la sensation : on peut provoquer l'une séparément de l'autre ; on peut séparément les conserver , les abolir ou les reproduire.
5° Qu'on intercepte entre deux ligatures une portion de nerf dépouillée de ses rameaux , et qu'on irrite cette portion : il n'y aura ni sensation ni contraction. La sensation et la contraction n'appartiennent donc pas au nerf.
1 2. En résumé, quand un nerf se continue librement des centres nerveux aux parties musculaires , son irritation est suivie tout à la fois de sensation et de contraction ; quand la communication du nerf avec les centres nerveux est interrompue , il n'y a plus de sensation ; quand c'est la communication avec les parties musculaires , plus de contraction ; quand c'est la
10 PROPRIETES ET FONCTIONS
communication avec les centres nerveux et les parties musculaires , plus de sensation ni de contraction.
Le nerf se borne donc à exciter la sensation et la contraction , sans être par lui-même ni sensible ni contractile : il ne sent pas , il ne se contracte pas ; il excite. La propriété excitatrice des sensations et des contractions est donc une propriété distincte des unes et des autres.
Mais cette propriété , le nerf l'a dans toute son étendue , et dans tous les points de cette étendue. Cette propriété lui est donc essentielle.