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Symptômes qu'offre dans l'homane la lésion du cerveau
proprement dit.
L. On l'a déjà vu (et la démonstration de ce fait est lun des résultats les plus importants de cet ouvrage), le cerveau proprement dit (2), est
le siége exclusif de l'intelligence.
(1) Mém. de l’Acad roy de chir., t. 1.
(2) Lobes ou hémisphères cérébraux.
… IL Aussi, les lésions (du moins les lésions profondes ) 1 cerveau proprement dit, sont-elles constamment suivies de la perte de l'intelligence. Et cet effet s’observe dans l'homme comme dans les animaux.
LIL. Je trouve, dans le Mémoire de Lapeyronie, déjà cité (Te se observations recueillies sur l'homme, et qui offrent presque autant de précision que pourraient en offrir des expériences.
« Un homme de trente-deux ans, dit Lapeyro- » nie, avait commencé un an avant sa mort à » avoir par intervalles des absences ; il était sujet » à des pesanteurs de tête et à 4 étourdisse- » ments très considérables... dans ses bons mo- » ments, il conservait toute sa mémoire; mais au » bout de six mois il la perdit totalement ; quel- | » que temps aprés, ses absences tournérent en » assoupissements tres considérables, ses sens s’af- » faiblirent peu à peu; il en perdit entièrement » l'usage, et tomba dans un assoupissement lé- » thargique dans lequel il mourut.
» Nous trouvâmes la partie supérieure du corps » calleux presque entièrement détruite par une » lymphe épaissie et à demi suppurée ; la portion
: À Den CR ne MORE RQ % end EN + Di (r} Observations par lesquelles on tâche de découvrir la partie du cerveau où l'âme exerce ses fonctions. Mém. de l'Acad. roy. des
sc., année 1741.
» restante de ce corps élait méconnaissable par le » désordre et la confusion qui y régnaient... (1): » ÎV. Voici uñe autre observation de Lapeyronie, plus curieuse encore. Il s’agit d’un abcès qui s'était formé sur le corps calleux. Le malade avait perdu l'usage de tous ses sens ; il était plongé dans uni aSsoupissement profond, etc. On appliqua jusqu'à trois couronnes de trépan sur le crâne. Enfin, l’abcès fut ouvert. « Des que le pus qui pesait sur * le corps calleux fut vidé, dit Lapeyronie, l’as- » Soupiésement cessa, et la vue et la liberté des » sens revinrent : les accidents recommencèrent à
» esure que la cavité se remplissait d'une nou-
Le
» vélle suppuration, et ils disparaissaient à mesure
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» que les matières sortaient. L'injection produisait » le même effet que là présence des matières: dès » qué j'en remplissais la cavité , le malade perdäit » la raison et le sentiment, et je lui redonnais l'un et » l'autre en pompant l'injection par le moyen » d'une seringue... Au bout de deux mois, le » jeune homme fut parfaitement guéri; il eut la
» tête entièrement libre, et ne ressentit plus la » moindre incomtmodité ;, quoiqu'il eût perdu une
(1) Observations par lesquelles on täche de découvrir la partie du cerveau où l'âme exerce ses fonctions. Mém. de lAcad. roy.
des sc., année 1741.
392 OPÉRATION » portion très considérable de la substance du » cerveau (1).»
V. Lapeyronie place, comme je l'ai déjà dit, dans le corps calleux le siéve de l'âme. Mais, comme je l'ai déjà dit aussi, c'est que Lapeyronie ne se rend pas bien compte de la véritable étendue des lésions qu'il croit n'intéresser que le corps calleux (2).
Le corps calleux se prolonge de chaque côté dans chaque hémisphère, et, par conséquent, la lésion profonde du corps calleux est la lésion même des hémisphères. ï
VI Au reste, il n’est que trop évident que le corps calleux, pris en soi, ne saurait être le siége de l'intelligence.
D'abord, les oiseaux (3) manquent de corps calleux; et cependant ils ont tous de l'intelligence, et quelques uns même beaucoup d'intelligence.
Ensuite, on ne peut retrancher un lobe cérébral sur un mammifère, sans couper le corps calleux, sans le diviser parle milieu, sans le détruire en partie; et cependant, comme Je l'ai fait voir par une foule d'expériences réunies dans cet ou-
(a) Jbid, (2) Voyez ci-devant, p. 262.
(3) Et tous les autres vertébrés ovipares.
DU TRÉPAN. 333 vrage, on peut retraucher un lobe, et par conséquent diviser, détruire le corps calleux, sans détruire l'intelligence. Tant qu'un lobe cérébral reste entier, l'intelligence subsiste.
Le corps calleux, pris en soi, n'est donc pas le siége de l'intelligence.
Le siége réel de l'intelligence est l'hémisphère du cerveau; et le corps calleux n’est qu'une partie de cet hémisphére.
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Apoplexie du cervelet ohservée sur des oiseaux,
I. Le 12 avril 1823, on m'apporta, parmi les animaux qui devaient servir à mes expériences, une jeune poule dofit les aliures représentaient tout-à-fait les allures d’un animal ivre.
Cette poule chancelait presque à chaque instant sur ses jambes, soit qu'elle se tint simplement debout, soit qu'elle voulût marcher ou courir ; elle tournait à droite quand elle voulait aller à gauche, à gauche quand elle voulait aller à droite; elle reculait au lieu d'avancer, etc. Frès souvent aussi elle tombait sur ses jambes, qui fléchissaient et pliaient tout-à-coup sous elle. Mais c'était surtout quand elle s'élançait pour fuir ou pour grimper sur un point élevé que, ne pou-
a OPÉRATION
vant plus maitriser et régulariser des mouvements devenus plus rapides, elle tombait et roulait quelquefois long-temps à terre, sans pouvoir rénssir à se relever et à reprendre lPéquilibre.
Ces singuliers phénomènes avaient trop d'analogie avec ceux que venaient de me présenter mes expériences, alors toutes récentes encore, sur le cervelet, pour que je ne fusse pas impatient de voir ce qui pouvait en être. Je procédai donc tout de suite à cet examen.
Je commençai par mettre le crâne à nu: j'en trouvai les os tout parsemés de points noirâtres. J'enlevai les os; j'ouvris la dnre-mère, et il s'écoula aussitôt une grande quantité de lymphe qui recouvrait l'encéphale. |
Quant aux parties mêmes de l’encéphale, les lobes cérébraux et les tubercules bijumeaux étaient dans leur état naturel, et offraient leur couleur ordinaire. Le cervelet, au contraire, avait un aspect jaunâtre qu'il devait à un nombre infini de points et de stries jaunes, ou plutôt couleur de rouille, qui en couvraient toute la surface. Je l'ouvris, et je trouvai dans son centre un amas de matière purulente et coagulée , du volume à peu près d'un grain de millet. Cet amas de matière purulente était parfaitement isolé de l'organe qui le contenait dans une cavité creusée dans son
DU TRÉPAN. 335 | intérieur. Les parois de cette petite cavité étaient extrêmement fines et lisses.
‘IL En 1828, » je vis à la ménagerie du Jardin a Plantes un coq atteint d'une maladie cérébrale , dont tous les symptômes semblaient indiquer encore le siége dans le cervelet.
Dans la poule qui précède, les mouvements avaient quelque chose de fougueux et d'impétueusement désordonné. Dans ce coq, au contraire, les mouvements étaient calmes et lents; ils se faisaient avec peine, comme avec paresse, mais leur trouble et leur défaut d'équilibre n'en paraissaient pas moins. |
Ainsi, par exemple, si l'animal se tenait debout, ses jambes fléchissaient à tout moment sous lui; s'il marchait, on apercevait une sorte d’ hésitätion dans ses mouvements, on le voyait chanceler, et quelquefois, surtout si on le faisait marcher vite, perdre l'équilibre et tomber. Enfin, sa tête et son cou étaient dans un état d instabilité ou d' oscillation presque continuelle.
Ce coq mourut dans les premiers jours du mois d'août. J'ouvris son crâne. Les veines ou smus de la dure-mère qui répondent au cervelet, tant le supérieur que les latéraux , étaient péuflés et gor-
: gés de sang. Quant aux 1h cérébraux et aux tubercules bijumeaux , ils se trouvaient encore cette
fois-ci dans leur état naturel, et offrant leur couleur ordinaire; mais le cervelet avait une couleur rosée, couleur qu'il tirait d'un nombre infini de points et de stries rouges dont toute sa surface était parsemée. Les points ressemblaient exactement à de petites ecchymoses qu auraient produites des piqûres d’épingle faites sur cette surface; et les stries ressemblaient à des veinules gorgées de sang, ou, mieux encore, à des filets de sang. Au reste, il n'y avait que la superficie de l'organe qui offrit de pareilles stries et de pareils points : tout l’intérieur, parfaitement sain, conservait sa couleur naturelle. |
IIL Cette même année, 1828, on m'apporta un jeune coq qui ne pouvait, non plus, se tenir quelque temps debout sans chanceler sur ses jambes ; il chancelait encore plus quand il voulait marcher ou courir : son cou oscillait ou tremblait presque toujours, surtout quand il s'allongeait et S'éloignait du corps. Cette oscillation cessait si l’on offrait quelque appui au bec ou à la tête de l'animal.
On voit que ces symptômes se rapprochaient tout-à-fait de ceux que je venais d'observer sur le coq précédent : aussi l'état des parties cérébrales fut-il entièrement le même. .
La dure-mère m'offrit le même engorgement
de ses veines ou de ses sinus dans la région du cervelet; le cervelet, la même couleur rosée, et cette couleur également due à des points et à des stries rouges, dont toute sa surface était parsemée. Je retrouvai enfin la même intégrité dans l'intérieur du ceryelet, et le même état naturel du reste de lencéphale. |
IV. Maintenant, si l'on compare ces trois observations entre elles, on voit, 1° qu'il y a deux degrés distincts d'apoplexie : une apoplexie profonde, ou dont le siége pénètre jusque dans le centre même de l'organe ; et une apoplexie superficielle , ou dont le siége n'atteint que la superficie de l'organe;
2° Qu'à chacun de ces degrés différents d'apoplexie correspondent des symptômes propres et déterminés : à l’apoplexie profonde, un trouble et un désordre complets des mouvements ; à l'apoplexie superficielle, une simple enstabilité ou défaut de situation fixe et équilibrée;
3° Que l'apoplexie profonde s'accompagne de l’apoplexie superficielle {1), mais qu'il n'en est pas de même de celle-ci, qui peut exister sans l’au-
(1) Dans la première observation, la superficie de l'organe
offrait des traces de lésion, comme l'intérieur.
338 OPÉRATION tre (1), et qui n'en paraît que le premier degré; 4° Enfin que l'apoplexie, même l'apoplexie profonde, Vapoplexie la plus grave par conséquent, est susceptible de guérison : ce que montre bien la première observation par la couleur jaune des points et des stries qui recouvraient la surface du cervelet, par l’isolement de la matière épanchée, et surtout par la cicatrisation parfaite des points de l'organe qui entouraient l’épañichement.
$ VIIL.
Lésions simultanées du crâne et de l’'encéphale.
I. Dans la premiere des trois observations qui précèdent, les os du crâne étaient, comme on l’a vu, parsemés de points noirâtres.
J'ajoute ici que les points altérés du crâne répondaient précisément aux points altérés de l’encéphale.
IL On mapporta, le 3 décembre 1828, un jeune coq. Il devait servir à une expérience sur l'encéphale.
Je mis le crâne à nu, et j'aperçus, sur le frontal gauche, un point noirâtre.
(1) Dans les deux dernières observations, la surface de l'organe offrait seule des traces de lésion.
Je suivis ce point avec précaution : il me con-
duisit à un point correspondant placé sur la dure-
mère, et ce point de la dure-mère me conduisit à un autre placé dans le lobe cérébral gauche.
Le point altéré du lobe cérébral était de cou-
leur jaunâtre, et paraissait comme le dernier vestige d’une apoplexie ancienne et déjà guérie.