‹ Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, dans les animaux vertébrésChapitre 103 sur 167 · MOUVEMENT DU CERVEAU · texte numérisé non relu

MOUVEMENT DU CERVEAU

S Le:

I. Le mouvement du cerveau a été connu de tout temps. Ce mouvement se fait sentir très distinctement à la fontanelle des enfants. Il suffit, d’ailleurs, de la plus simple expérience de physiologie, il suffit de mettre le cerveau à découvert sur un animal vivant, pour voir aussitôt que le cerveau se meut en masse.

IL. On a cru, pendant quelque temps, que le mouvement du cerveau n'était que le mouvement de la dure-mère (1). Et cependant il suffisait encore de la plus simple expérience de physiologie pour échapper à une pareille erreur ; car, quand on a enlevé la dure-mère, non seulement

(1) …..Statim suspicari cæpimus quod dura-mater fortes eos atque ordinatos motus non effecerit per arterias quæ in ipsa disseminiatæ sunt,verum per suam prœcipuam texluram quæ cum texlura cordis æmulatione contendit. Baglivi : De fibra motrice. Baglivi va si loin , qu'il appelle la dure-mère le cœur du cerveau, cor cere-

dri. Ibid.

le cerveau se meut, mais ilse meut d'une manière plus marquée.

IL, Vers le milieu du dernier siècle, Schlichting vit le rapport qui lie le mouvement du cerveau aux mouvements de la respiration (1). Il vit le cerveau s'élever pendant l'expiration ; il le vit s'abaisser pendant l'inspiration. Et cette partie de ses expériences est incontestable : une correspondance réelle, certaine, lie donc le mouvernent du cerveau aux mouvements de la respiration.

IV. Mais quelle est la cause de cette correspondance ? C'est cette cause que ne tardèrent pas à chercher Haller et Lamure (2).

V. Selon Haller, selon Lamure , le mouvement du cerveau dépend du flux et du reflux alternatifs du sang veineux. Dans l'expiration, le sang reflue de la veine cave supérieure dans les veines

(1) De motu cerebri. Mém. de l'Acal. des sciences : Savants étrangers , t. I. p. 113.

(2) Schlichting n'avait eu , sur la cause, du mouvement du cerveau, que des vues très vagues. Il ne saits’il faut attribuer ce mouvement au sang ou à l'air... Dubius persæpe atque diutius hœæsi, dit-il, utrum universum cerebrum detumescens se constringat, ne ut systolis cerebri effectu..……. An ne expiratione cruor aut aer, vel uierque , majori copi& cerebrum versus et in illud fortius prematur, ipsum que tumefaciat , atque inspiratione, cessante tune ista pressione, cruor aut aer, aut uterque, deorsum delabatur, aut superiorum partium pressione deprimatur, atque sic collapsum, aut

constrictum cerebrum detumescat? Ibid, p. 117.

jugulaires, et des veines jugulaires dans les sinus du cerveau, et le cerveau s'élève. Dans l'inspiration, au contraire, le sang est aspiré, et par suite flue ou coule des sinus du cerveau dans les veines jugulaires, des veines jugulaires dans la veine cave supérieure , et le cerveau s'abaisse (1).

VI. Le reflux du sang, pendant l'expiration, de la veine cave supérieure dans les veines jugulaires, est un fait constant.

Si, sur un animal vivant, on met à nu la veine jugulaire, surtout près de la poitrine, on voit, à chaque expiration (2), le sang refluer du cœur vers le cerveau.

D'un autre côté, si, sur un animal vivant, on ouvre un sinus du cerveau, on voit le sang couler d'un mouvement inégal, ralenti pendant l'inspiration , et accéléré pendant l'expiration (3).

VIT Aïnsi donc, pendant l'expiration : d'une

(1) Voyez. pour Haller , ses Mém. sur les parties sensibles et irritables du corps animal et ses Éléments de physiologie. t. IV; et, pour Lamure, son mémoire intitulé : Recherches sur la cause des mouvements du cerveau, qui paraissent dans l'homme et les animaux trépanés. Mém. de l’Acad. roy. des sc., année 1749.

(2) Ce reflux ne dépend pas uniquement de l'expiration. Il subsiste après la mort de l'animal (et même quand le thorax est ouvert), tant que l'oreillette droite du cœur se contracte.

(3) l'ai déjà indiqué ce fait dans le XVIH° chapitre de cet ouvrage. Voyez ce chapitre, à la p. 287.

DU CERVEAU. 343 part, le sang reflue du cœur dans les veines jugulaires; et, d'autre part, les sinus du cerveau se gonflent.

VIIL Mais, r° le reflux du sang dans les veines jugulaires, va-t-il jusqu’à gonfler les sinus du cerveau? Et, 2° le gonflement des sinus va-t-il jusqu'à soulever le cerveau? C'est ici que commencent les difficultés.

IX. On peut douter, premièrement, que le reflux du sang, à cause des valvules, s'étende des veines jugulaires jusqu'aux sinus.

J'ai toujours vu , sur la veine jugulaire, le reflux être très sensible près du cœur; l'être déjà beaucoup moins à l'endroit où la jugulaire primitive se divise en deux autres (la jugulaire externe et la jugulaire interne ); et ne l'être presque plus, passé cette division. |

X. On peut douter, en second lieu, que le gonflement des sinus aille jusqu’à soulever le cerveau ; car si plusieurs sinus sont placés sous le cerveau, plusieurs le sont au-dessus. |

Toutes les artères, du moins toutes les artères principales, tous les troncs artériels du cerveau, sont placés, au contraire, à la base du cerveau, ou sous le cerveau. |

XI. À ne considérer donc que le côté anatomique du phénomène, le mouvement du cerveau

semblerait dépendre, au moins autant, si ce n'est même beaucoup plus, de l’action des artères que de l'action des sinus veineux. Et c’est en effet ce que plusieurs physiologistes n'ont pas craint d'avancer. :

« Les mouvements alternatifs d’élévation ou » d’abaissement qu'offre le cerveau sont isochro- » nes, dit Richerand, à la systole et à la dias- » tole des artères placées à sa base : l'élévation » correspond à la dilatation , l'abaissement au res- » serrement de ces vaisseaux ; la respiration n’est

» pour rien dans ce phénomène (1). »

XIL. Voilà donc le mouvement du cerveau tour à tour attribué aux sinus veineux et aux artères. Et ce n'est pas tout. Selon Haller, il ny a pas un seul mouvement du cerveau ; il y en a deux : un qui répond au reflux du sang dans les sinus veineux , et un autre qui répond au mouvement ds artères.

XIIT. La question qui m'occupe, en ce moment, est donc très complexe. Il s’agit de voir, d'abord, s'il ya deux mouvements du cerveau, ou s'iln'y en

(1) Nouveaux Éléments de physiologie, t. I. Il y a bien des erreurs dans cette proposition de Richerand; car, comme on va le . ao , à À »

voir : 1° le mouvement du cerveau n'est pas isochrone à celui des artères, mais à celui de la respiration; et 2° la respiration est pour

tout dans ce phénoméene.

DU CERVEAU. 345 a qu'un ; il s’agit de voir ensuite quelles sont les forces par lesquelles le cerveau se meut, soit qu'il n'ait qu'un mouvement, soit quil en ait deux. XIV. Je commence par examiner la première de ces deux questions, savoir, s'il n'y a qu'un mouvement du cerveau, ou s'il y en a deux.

$ IL

[. Je mis, sur un lapin, le cerveau à nu, par l’ablation de la voûte du crâne.

Je vis aussitôt le mouvement du cerveau; etje vis qu'il répondait, avec l'évidence la plus complète , aux mouvements de la respiration.

Le cerveau s'élevait pendant l'expiration ; il s’abaissait pendant l'inspiration.

Il y avait pourtant des moments, et ces moments se reproduisaient même assez fréquemment, où le cerveau paraissait immobile.

Mais dès qu'on gênait la respiration, en pressant, par exemple, les narines de l’animal, on voyait aussitôt le mouvement du cerveau reparaître , et reparaître avec d'autant plus de force que l'animal faisait de plus grands efforts pour respirer.

Ainsi, plus les inspirations étaient profondes, plus le cerveau s’abaissait d'abord, pendant l’inspiration, et plus il s'élevait ensuite au moment de l'expiration.

Le mouvement du cerveau correspond donc aux mouyements Le la respiration.

Il. Et de plus, ce mouvement qui répond à Frs respiration est, pour le cerveau, le seul mouvement de totalité, de masse.

Car, 1° dans les moments où la respiration se fait sans effort, iln ‘y a qu'un mouvement du cerveau presque cases ; 2° quand il y a un mouvement marqué du cerveau, il répond toujours à un mouvement de la respiration; et 3° enfin on peut ralentir, accélérer, affaiblir, accroître le mouvement du cerveau, selon qu'on ralentit ou qu'on accélère, selon qu'on accroît ou qu'on affaiblit les mouvements de la respiration.

IL I n'y a donc, comme je viens de le dire, qu'un mouvement du cerveau (1); et, comme je viens de le dire encore, ce mouvement correspond aux mouvements de la respiration.

IV. Haller croit qu'il y a deux mouvements du cerveau, dont l'un répond à la respiration; et dont

(1) C'est-à-dire qu'un mouvement du cerveau en masse : car pour le mouvement, pour l'agitation intime de toutes les parties du cerveau, mouvement déterminé par l’action de tous les vaisseaux artériels et veineux qui sé rendent dans cet organe, et dont j'ai parlé dans un précédent chapitre (Voyez ci-devant, chapitre XIX, pag. 319), ce mouvement n'est pas un mouvement du cerveau en masse ; et, de plus, il n’est pas sensible à lœil.

DU CERVEAU. 347 l'autre répondrait, selon lui, au mouvement des artères (1).

Mais c’est que Haller borne, et tout-à-fait à tort, le premier aux seuls mouvements du cerveau qui se lient, d’une manière si manifeste, aux grands efforts de la respiration (2).

V. Haller fait donc, d’un seul mouvement, mal vu, deux mouvements distincts ; le mouvement qu'il attribue aux artères n'est donc encore que le mouvement déterminé par la respiration, maisun mouvement plus faible, parce qu'il est déterminé par des efforts de respiration plus faibles. Il n'y a donc, encore une fois, qu'un seul mouvement du cerveau, et ce mouvement unique ne dépend que d’une seule cause, savoir, la respiration.

VI. Mais selon quel mécanisme, mais par quelles forces, la respiration détermine-t-elle ce mouvement ?

C'est ici la seconde des deux questions qu'il s'agit de résoudre.

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